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De la forme des prophéties

Elle est assez variée; cependant, le plus souvent, chaque prophétie comprend quatre parties : 1° une exhortation; 2^ une accusation et des reproches ; 3° des menaces de châtiments; 4° des promesses comme récompense de la conversion à laquelle sont invités les pécheurs. Telle est la marche la plus ordinaire que suit le prophète dans la manifestation des volontés de Dieu. Il s'exprime communément sous forme de discours, mais le discours, comme nous allons le voir, n° 897, est fréquemment mêlé de visions, de récits d'actions symboliques, de cantiques, d'élégies, etc. En général, le langage est moins poétique que celui de Job et des Psaumes; les vers proprement dits sont rares ; les récits historiques sont en simple prose ; les oracles prophétiques sont tantôt en prose ordinaire, tantôt en prose caractérisée par le parallélisme.

897. — De la manière dont Dieu révélait sa volonté aux prophètes.

Dieu faisait ses révélations aux prophètes de plusieurs manières. Les trois principales étaient la parole, la vision et le songe. i° La parole, "ill, dâbâr. Le recueil des prophéties de Jérémie porte pour titre : Verba Jeremiœ.., Quod factum est verbum Domini ad eum, Jer., i, 1-2. De même celui d'Osée et de Joël : Verbum Domini quod factum est ad Osée, i, 1 ; Verbum Domini quod factum est ad Joel^ i, 1 (2). Par la parole divine, il faut entendre sans doute, d'ordinaire (3), non pas un langage articulé et sensible aux oreilles corpo-

(1) Ce qui a été dit, n»» 162, 166, du double sens de l'Écriture, littéral et mystique, s'applique particulièrement aux prophéties. Les unes concernent N.-S. dans le sens littéral, comme Is., vu, 14; Matth., i, 23; lea autres dans le sens spirituel, comme Osée, xi, 1 ; Matth., ii, 15. Cf. no892.

(2) Cf. Is., VII, 3; VIII, 1; Ez., i, 3; ii, 1-2; m, 1, etc.

(3) Dans certaines circonstances, Dieu s'est révélé certainement par des sons articulés, I Reg., m, 4; Ex., m, 4, etc.

relies, mais une voix qui se faisait entendre au dedans (i). La plupart des communications divines étaient faites de cette manière. Le prophète les transmettait ensuite au peuple dans des discours qu'il prononçait de vive voix (2) ou qu'il écrivait pour les faire connaître sous cette dernière forme.

2° Dieu se révélait aux prophètes par des visions^ pTH, khâzon. C'est le titre des prophéties d'Isaïe : Visio Isaiœ, filii Amos (3). Les exemples de visions abondent dans les prophètes, surtout dans Ézéchiel (4). En quoi consistaient-elles? Dieu les représentait-il aux yeux du corps d'une manière sensible et physique, ou seulement à l'imagination par des images qui n'avaient aucune réalité extérieure? Les exégètes ne sont pas d'accord sur ce point. S. Jérôme se prononce pour le second sentiment. Parlant de la fameuse vision des ossements arides d'Ézéchiel, il dit que Dieu eduxit eum m spiritu^ non in corporey sed extra corpus (5). Cette opinion semble la plus commune, mais peut-être ne faudrait-il pas l'étendre absolument à tous les cas (6). Quoi qu'il en soit, il est certain que les visions prophétiques ne sont pas des fictions ; Dieu les avait réellement présentées à l'esprit de ses interprètes. — Souvent elles étaient rendues comme palpables, au peuple, par des actions symboliques^ Ez., iv, etc. Plusieurs, il est vrai, croient que ces symboles n'étaient que décrits, et non représentés comme dans un tableau vivant ; qu'Ézéchiel, par exemple, n'avait pas tracé réellement sur une brique le plan de Jérusalem, iv, \, mais simplement écrit ce que nous lisons dans son livre. On ne voit pas néan-

(1) Num., XII, 6-8; Apoc, i, 10.

(2) Is., vu; xsxvii, 6, 21; Amos, vu, 10; Jer., xxi; xxviii, 5; Ez., XIV, 1, etc.

(3) Is., I, 1, etc. Cf. Num., xii, 6; Joël, ii, 28. l'i) Ez., 1, 4, etc.; cf. is., vi; Zach., i, 8 sq.

(5) In Ezech., I. XI, c. xxxvii, t. xxv, col. 347.

(6) AiQsi, si ron considère l'apparition de l'archange Gabriel à Daniel, VIII, 16 sq., comme une vision, on doit reconnaître que cette vision fut réelle; mais au lieu de donner à ce fait et autres semblables le nom de simple vision, on peut, afin d'enlever toute équivoque, leur attribuer celui d'apparition, Dieu faisant apparaître son ange au prophète pour lui communiquer ses volontés par la parole.

moins pourquoi il n'aurait pas exécuté ce que Dieu lui commandait de faire, au moins quand Texécution était facile.

3° Dieu se manifestait aussi, mais plus rarement, à ses prophètes par des songes (1). Ce mode de communication prophétique différait du second, principalement en ce que la vision avait lieu pendant l'état de veille, tandis que le songe avait lieu pendant le sommeil. — Du reste, dans le songe comme dans la vision, le Seigneur se servait ordinairement des images qui étaient familières aux prophètes pour en revêtir ses révélations ; c'est ainsi que les visions d'Isaïe et de Jérémie ont une couleur palestinienne, tandis que celles d'Ézéchiel et de Daniel sont remplies de traits et de symboles empruntés à la Chaldée.

A" De quelque manière que Dieu révélât l'avenir au prophète, il le lui manifestait comme déjà présent ou même comme passé (2), de là vient que l'écrivain emploie si fréquemment, même quand il s'agit d'un temps futur, le prétérit que l'on a appelé prophétique.

5° Puisque Dieu communiquait ses volontés aux prophètes par la parole, par des visions ou par des songes, il suit de là que le don de prophétie était transitoire, et non habituel ou permanent (3), et que les prophètes ne connaissaient que ce que Dieu jugeait à propos de leur révéler chaque fois par une manifestation spéciale (4).

(1) Num., XII, 6 ; Joël, ii, 28; Dan., i, 17; vir, 1.

(2) « Mos... est prophetarum omnium de nondum factis ut de factis loqui, dit S. Jean Chrysostome, In Gen, J, hom.x. n» 4, t. lui, col. 83, quia enim mentalibus oculis videbant quae post multorum annorum curricula erant futura, idcirco quasi nunc ob oculos posita spectarent, ita cuncta narrabant. » — « Id jam olim prophetis in more fuit, qui de futuris rébus quasi jam factis loquuntur. »Id., In Joa. hom. xiii, n» 3, t. Lix, col. 89.

(3) a Lumen propheticum non inest intellectui prophetae per modum formas permanentis, alias oporteret quod semper prophetae adesset facultas prophetandi, quod patet esse falsum... Relinquitur ergo quod lumen propheticum insit animée prophetae per modum cujusdam paasionis vel impressionis transeuntis... Mens prophetae semper indiget nova revelatione... Unde manifestum est quod prophetia, proprie loquendo, non est habitus. » S. Th., 2* 2» , q. 171, a. 2.

(4) « Non oportet prophetis omnia prophetabilia nota esse. » Ib. a. 4.

6° La prophétie, par sa nature même, est un don gratuit, gratta gratis data. Ceux qui en ont été favorisés dans l'Ancien Testament étaient d'ordinaire de saints personnages, mais Dieu pouvait, à son gré,[révéler l'avenir, même à des hommes pécheurs, comme il le fit à Balaam, Num., xxiv, 15-24.

898. — De l'état psychologique des prophètes pendant la révélation divine.

4» Les prophètes ne perdaient ^orniVusage de leurs facultés, lorsque Dieu se révélait à eux par une parole intérieure^ ce qui était le cas le plus ordinaire, n" 897, 1° (1); il n'y avait alors aucun changement extérieur dans leur état, aucun trouble ni aucune modification dans l'exercice régulier et normal de leur intelligence et de leur liberté. « Ea visio prophetica, qua mens prophetae illustratur lumine intelligibili aut speciebus intelligibilibus formatur, non fit cum abstractione a sensibus, » dit S. Thomas (2).

2** Il n^en était pas de même quand la révélation, se produisant en vision ou en songe, n'' 897, 2» et 3°, avait lieu dans une extase : les prophètes perdaient, dans ce cas, l'usage de leurs sens; ceux-ci étaient fermés et insensibles aux objets extérieurs, comme dans un sommeil profond; l'âme était inactive, passive (3), et impuissante à réagir

(1) Cette question a été souvent traitée d'une manière cont'ase, et en apparence contradictoire, faute d'établir les distinctions nécessaires.

(2) S. Th., 2a 2» , q. 173, a. 3.— « Illis [prophetis], dit S.Jean Chrysostome, omnia manifesta erant, et in illis prophetabant utipsos decebat, cum intelligentia et libertate omni. Ideo pênes illos erat et loqui et non loqui ; neque enim necessitate tenebantur, sed potestatis honore donati erant. Ideo Jonas fugit, ideo Ezechiel distulit, ideo Jeremias recusabat. Deus vero non cum necessitate impellit ipsos, sed consiliis, hortalionibus et comminationibns utitur, mentem tenebris non offundens. Daemonis enim proprium est et tumultum et furorem et multam immittere caliginem; Dei vero est illuminare, et quse opus est cum intelligentia docere. » In I Cor., n» 2, t. lxi, col. 242. « Per sancti Spiritus contactum, dit Origène, ut ita loquar, mentem eorum [prophetarum] perspicaciorem animamque splendidiorem factam fuisse. » Contra Celsum, VII, 4, t. xi, col. 1426.

(3) C'est à cet état extatique des prophètes qu'il faut appliquer ce que disent les Pères, quand ils nous montrent ces saints person-

sur ce qu'elle percevait, mais son pouvoir de perception était élevé au plus haut degré, elle entendait et voyait avec la plus grande netteté (1). Ainsi Daniel dort profondément, quand l'ange Gabriel et l'homme vêtu de lin lui apparaissent; il se relève, d'abord sur ses genoux, puis sur ses pieds; il reçoit alors la révélation divine, à la suite de laquelle il tombe évanoui. Voilà l'extase prophétique (2).

3° Il faut remarquer d'ailleurs soigneusement que, de quelque manière que fût communiquée la révélation céleste, le prophète n'était jamais dans l'état de délire, à plus forte raison de démence, qui caractérisait les devins du paganisme lorsqu'ils rendaient les oracles des faux dieux (3). Il

nages comme des instruments de musique dont joue l'Esprit Saint. Athénagore, Leg. pro Christianis^ ix, t. vi, col. 908; Glem. Alex., Cohort. ad Gent., i, t. viii, col. 59, les comparent à une flûte; S. Justin, Cohort. ad Grxc, viii, t. vi, col. 255; S. Éphrem, Rhythm., xxix; cf. S. J. Chrys., Ad popuL Antioch.j hom, i, 1, t. XLix, col. 16-17, à une lyre: S. Grégoire le Grand, Mor. in Job. Prœf., i, 2, t. lxxv, col. 517, à une plume, etc. S.Basile a dit, dans un passage remarquable : « Quomodo prophetabant purae ac pellucidse animse? Nempe eae velut spécula factae divinae operationis, imaginem integram inconfusamque et nuUa ex parte affectibus carnis turbatam repraesentabant. » Comm. in Is. Proœm., n" 3, t. xxx, col. 122. Voir aussi S. Hippolyte, De Antichristo, II et m, t. x, col. 730-731.

(1) Is., VI, 1; Zach., ii, 1; Mich., i, 1; Act., x, 11; xxii, 18; Apoc, I, 12 : « Intelligentia enim est opus in visione, » dit Daniel, x, 1.

(2) Dan., viii, 18; x, 9 (texte hébreu); viii, 18; x, 10-11; viii, 19; X, 12; X, 15, n. Cf. viii, 27; Act., x, 10; xi, 5; II Cor., xii, 1; Apoc, I, 10. — « Quando fit revelatio prophetica secundum formas imaginarias, dit S. Thomas, necesse est fieri abstractionem a sensibus, ut talia appositio phantasmatum non referatur ad ea quae exterius sentiuntur. » 2» 2», q.l73, art. 3.

(3) Philon et les montanistes eurent le tort d'identifier l'état des prophètes avec celui des devins. « L'intelligence humaine s'en va, dit Philon, quand l'Esprit Saint arrive, et elle revient quand part celui-ci, parce que le mortel ne peut demeurer avec l'immortel. » Quis rerum divinarum hœres, éd. Mangey, t. i, p. 511. Cf. De vita Mosis, 1, 1. t. ii, p. 124; Josèphe, Antiq. j'ud., IV, vi, 5. Les montanistes exagérèrent peut-être encore davantage : « Defendimus, in causa novae prophéties, gratiae extasim, id est amentiam, convenire. In spiritu enim homo constitutus, praesertim cum gloriam Dei conspicit, vel cum per ipsum Deus loquitur, necesse est excidat sensu^ obumbratus scilicet virtute

savait donc toujours ce qu'il prophétisait , quoique il pût ne pas saisir toute la portée de plusieurs de ses oracles (1), et ignorer, par exemple, la signification prophétique que Dieu attachait, dans un sens spirituel, à ses paroles, comme la prédiction de la fuite de Jésus-Christ en Egypte (2).

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