De l'obscurité des prophéties
Les prophéties sont souvent enveloppées d'obscurités (3).
divina, de quo inter nos et Psychicos [cattiolicos] quaestio est. Intérim facile est amentiam Pétri probare. » Tertull., Âdv. Marcion., iv, 22, t. II, col. 413. La plupart des Pères ont combattu avec force ce sentiment : « Prophetas non fuisse sicut vates (fxàvxei!;), dit S. Jean Chrysostome, hi Ps. xliv, n° 1, t. lvi, col. 183-184. Illic enim quando daenion animam invaserit, orbat mentem ac cogitationem, et rationem obscurat, et ita omnia illi ore suo loquuntur, mente nihil intelligente eorum quae loquuntur, non secus ac si tibia aliqua inanimata loquatur... Sed non ita facit Sanctus Spiritus, sed permittit ut cor cognoscat quae dicuntur. » — In I Cor., Hom. xxxi, n° 1, t. lxi, col. 241, il dit aussi' : « Hoc divinalori proprium est ut mente excédât, vim patiatur, pellatur, trahatur quasi furens. Propbeta vero non sic, sed cum vigili mente, cum temperanti constitutione, illa sciens quse dicit, omnia loquitur, etc. » — « Talis alienatio a sensibus, dit S. Thomas, en parlant de l'extase prophétique, non fit in prophetis cum aliqua inordinatioue naturaî, sicut in arreptitiis vel furiosis, sed per aliquam causam ordiuatam vel naturalem, sicut per somnium, vel spiritualem, sicut per contemplationis vehementiam : sicut de Petro legitur, Act., x, quod cimi oraret in cœnaculo, factus est in excessu mentis, vel virtute diviua rapiente, secundum illud Ezech., i : Facta est super eum manus Domini. » 2^ 2« , q. 173, art. 3. Cf. Euseb., H. E., v, 17, t. xx, col. 474; S. Jérôme, Prolog, in Nahum, t. xxv, col. 1232; Prolog, in Is., t. xxiv, col. 19; Origène, Contr. Cels., vu, 4, t. xi, col. 1426; S. Basile, In I Proœm., c. v, t. xxx, col. 126,
(1) Dan., XII, 8; Zach., iv, 5; IPet., i, 10.
(2) Os.. XI, 1 ; cf. Matth., ii, 15, etc.
(3) S. Jean Chrysostome nous a laissé deux homélies célèbres : De prophetiarum obscuntate, t. LVi, col. 163-192. Outre les raisons que nous indiquerons, il en signale quelques autres, comme celles, de la part de Dieu, de ne pas exposer à de trop grands dangers les prophètes qui prononçaient des choses désagréables, col. 168, et de ne pas rendre la loi mosaïque méprisable, en prédisant trop clairement son abrogation, col. 173. D'autre part, comme nous ne comprenons pas, ou que nous comprenons difficilement la langue originale des prophètes, col. 178, il s'ensuit que leurs oracles sont doublement obscurs; il expose d'une ïuaDière frappante cette dernière cause, — Théophylacte a aussi très bien résumé les causes de l'obscurité des prophéties dans un pas-
Gela tient à plusieurs causes. 4° L'une des principales, c'est notre ignorance. Nous ne connaissons pas beaucoup de choses qui étaient familières aux contemporains des prophètes, et, par conséquent, ce qui était clair pour eux est incompréhensible pour nous; nous ignorons le sens d*un grand nombre d'allusions aux lieux , aux temps, aux événements, aux personnes, aux usages, aux mœurs ; ainsi Isaïe, dans sa prophétie contre Moab, xv-xvi , nomme beaucoup de localités qui nous sont totalement inconnues; de là la difficulté de comprendre ce qu'il en dit. — Cette cause d'obscurité peut néanmoins diminuer par suite du progrès de nos connaissances archéologiques et historiques, et elle diminue, en effet; par exemple, les oracles d'Isaïe, xviii-xx; de Jérémie, xliii- XLiv; xLvi ; d'Ézéchiel, xxix-xxxii, contre l'Egypte, sont devenus beaucoup plus intelligibles depuis que les travaux des savants de notre siècle ont pénétré le secret des monuments et des ruines de l'Orient.
2° Une partie de l'obscurité des prophéties tient cependant aux prophéties elles-mêmes. Il est dans leur nature de n'être point complètement claires et précises, parce qu'elles prédisent des événements qui n'ont pas eu lieu encore (i ) ; elles ne peuvent les faire connaître que d'une manière générale, sans indiquer un grand nombre de circonstances accessoires; elles nous donnent un croquis de l'avenir, mais non un tableau achevé. Par une suite nécessaire, elles sont un peu vagues, leurs formes et leurs contours sont indécis et comme enveloppés d'une sorte de nuage. De même que plusieurs faits anciens sont obscurs pour nous, parce que nous n'en connaissons que quelques linéaments, comme par exemple l'histoire de Lamech et de ses femmes, Gen., iv,
gage malheureusement mutilé, Proœmium expositionis sanctorum prophetarum, Pat. gr., t. cxxvi, col. 570.
(1) « Hœc est dignitas prophétise, noa ut res présentes denuntiet, sed ut futuras praeuuntiet. Prophetia porro cum occulte prolata faerit, post rerum eventum fit manifestior, ante eventum vero minime. Itaque quia tum obscure dicebantur, ignotae erant : cum autem res contigerant, propterea manifesta erant, quae dicta fuerant. » S. J. Chrya., Dq prophetiarum obscuritate^ hom. ii, n« 1, t. lvk col. 177.
2;]-24 ; de même les événements futurs prédits par les prophètes sont indistincts à nos yeux, parce que nous n'en voyons qu'un trop petit nombre de traits. 3" Une autre cause de l'obscurité des prophéties, c^est absence de distinction des temps dans les prédictions de l'avenir. Elles sont comme des tableaux sans perspective. Souvent Dieu révélait à la fois aux prophètes divers événements, qui devaient s'accomplir à des époques diverses ; il les leur montrait néanmoins sur un même plan, quelle que dût en être la date ; les plus rapprochés et les plus éloignés étaient confondus ensemble, comme la ruine de Jérusalem et la fin du monde, dans S. Matthieu , xxiv. Il est par là même extrêmement difficile de les démêler.
900. — De la manière dont étaient promulguées les prophéties.
1° Les prophètes faisaient connaître ordinairement leurs oracles au peuple de vive voix dans les lieux où ils se rassemblaient, Is., VII, 3 ; Jér., xxvi, 2; xxxvi, 10, etc.; c'était le moyen le plus efficace de les propager promptement. Jérémie, ne pouvant s'adresser lui-même à ses compatriotes, leur fit quelquefois lire par Baruch , son secrétaire, les prophéties quli lui avait dictées par écrit, Jér., xxxviii, 4-14.
2° Certaines parties des livres prophétiques n'ont probablement été publiées que par écrit, comme la seconde partie d'Isaïe, XL-Lxvi , et d'Ézéchiel , xl-xlviii, qui, contenant des prédictions relatives à des temps éloignés , c'est-à-dire à l'avènement du Messie, n'avaient pas besoin d'être connues aussi rapidement.
3* D'autres parties des prophéties ont vraisemblablement été communiquées à'abord oralement aux Juifs et rédigées ensuite par leurs auteurs, qui ont abrégé et résumé euxmêmes leurs discours primitifs. La plupart des livres des petits prophètes paraissent contenir, non des prédictions séparées et indépendantes les unes des autres, mais un ensemble d'oracles , groupés et réunis de manière à former un tout, conservant seulement la substance de la prédicatiou et des révélations prophétiques.
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4** Dans ce cas, ce sont évidemment les prophètes euxmêmes qui ont recueilli leurs œuvres ; il y a tout lieu de penser qu'il en a été de même pour tous, et que chacun d'eux a formé la collection de ses prophéties. La collection des plus anciens prophètes est supposée par les moins anciens qui les ont imités : Jérémie est rempli de citations (1), et Zacharie en appelle aux écrits de ceux qui l'ont précédé, i, 4; vu, 7, 12.