XXXVI, 16-3S
La félicité d'Israël deviendra la félicité universelle. Dieu pardonnera ses péchés à son peuple, 16-21; il le rassemblera des lieux dans lesquels il est dispersé, il le fera marcher dans ses commandements et lui communiquera un esprit nouveau, 22-28; il le bénira, et tous les peuples reconnaîtront ainsi qu'il est le seul vrai Dieu, 29-38.
1043. — G*» Vision des ossements desséchés, xxxvii.
Dans le ch. xxxvii, Ézéchiel décrit une de ses plus belles visions, celle des ossements desséchés qui revivent, 1-14. S. Jérôme l'appelle ; Visio famosa et omnium Ecclesiarum ChfHsti lectïone celebratay col. 346. Elle est accompagnée de celle des deux morceaux de bois réunis, qui ne forment plus qu'un seul tout, 15-28. L'une et l'autre sont le symbole de la résurrection du peuple captif sous un roi unique , sous la houlette du Pasteur-Messie qui a été déjà annoncé plus haut, xxxiv, 23. — 1° Les versets 1-10 exposent la vision des osseraent arides, les versets 11-14 en donnent l'explication. Théodoret a observé avec justesse (l)que la résurrection des corps se fait par deux actes successifs, comme la création de l'homme dans la Genèse; Dieu restitue d'abord le corps, 7-8, et puis il lui rend l'âme, 9-10. Dieu explique lui-môme à Ézéchiel le sens de ce qu'il lui a montré : Ossa hœc universa, domus Israël est, 11 ; elle se relèvera et sera rétablie dans la Terre Sainte. — Les Pères et les docteurs ont vu dans cette vision
(l) Théodoret, In Ezech., xxxvii, 8 : « Prîstinum opificium altéra instauratio consequitur. Sicut eniua primi parentis Adami corpus prias efiictum, deinde in ipsum anima inspirata fuit : ita hic quoque utraque convenere ad nroDriam compafcem. » T. Lxxxi, col. il9i.
596 CHAP. IV. — ÉzÉcniEL. [lOiG]
magnifique une preuve soit directe, soit plutôt indirecte et typique, de la résurrection générale. « Non posset de ossibua figura componi, si non idipsum et ossibus eventuram esset, » dit Tertullien. « Nec statim haereticis occasionem dabimus
— dit de même S. Jérôme, qui appelle ce passage parabolan resurrectionis — si haec de resurrectione communi intellig denegemus, nunquam enim poneretur similitudo resurrectio nis ad restitutionem Israelitici populi significandam , nisï staret ipsa resurrectio et futura crederetur, quia nemo de rébus non extantibus incerta confirmât. » Théodoret appelle très justemeni la vision d'Ézéchiel : Resurrectionis omnium hominum figura (l), — 2° 15-28. Non seulement Israël rô« couvrera sa patrie, mais il ne sera plus divisé : Juda et Éphraïm seront comme deux morceaux de bois inséparablement réunis.
1046. — 70 Extermination de Gog et de son armée, xxxviii-xxxix.
1° (( Cette prophétie est une des plus difficiles de l'Ancien Testament, dit Galmet, In Fzech.y xxxviii, 2. 11 y en a très peu qui aient plus partagé les anciens et les nouveaux interprêtes. » — 1° Gog, roi de Rôsch (Vulgate : caput)^ de Mosoch et de Thubal, dans la terre de INIagog, est un chef Scythe. Rôsch désigne une peuplade scythe qui habitait les environs du Taurus; Mosoch et Thubal, les Mosques et les Tibaréniens des auteurs classiques (2). Gog réunit ses soldats, et, sur
(1) Tertullien, Deresurr. carnis, xxx, t. Il, col. 837 ; S. Jérôme^ in loc, col. 349; Théodoret, In Ezech., xxx vu, 4-6, t. Lxxxi, col. 1191. Cf. S. Justin, il;)o/., i, 52, t. VI, col. 406; S. Irénée, Adv. Hxr.^ v, 15, t. vu, col. Il 04.
(2) Gesenius a réuni dans le Thésaurus linguœ hebrxx, p. 1253, les passages qui prouvent que Rôsch désigne une peuplade scythe. Pour Mosoch et Thubal, voir La Bible et les découvertes modernes, t. i, p. 257.
— Quant à Magog, Josèphe dit déjà, Ant. Jud., I, vi, 1, p. 20, que ce nom désigne les Scythes. S. Jérôme assure que les Juifs de son temps eu tendaient par Gog : génies Scythtcas immanes et innumerabilesy quas ivans Caucasum montem et paludum MœoLidem et prope Caspium mare ad îndiam usque tendantur. In Ezech. ^L XI, t. xxv, col. 356. Cf. Quocst. m Gen., x, 2; Assemani, Biblioth. orient., m, 2, p. 16, 17, 20; d'Herbelot, Biblioth. orientale, au mot Jagiouge; Bochart, Phalcg,t. m, p. 19.
— Sur Gog et Magog, cf. Tylor, La civilisation primitive, 1. 1, p. 445-446.
Les monuments antiques reproduits ici sont tous conservés au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. — 1. Yase en électrum du tombeau de Koul-Oba. Electrum or d'un ton pâle, dû à un alliage d'argent. Au tiers de la grandeur. — Le n» 2 reproduit dans son plein développement les scènes figurées sur le vase et qui nous donnent une idée exacte de la physionomie, du costume et des armes des Scythes. — 3. Objet en or. Moitié grandeur. Cavalier scythe, en chasse, s'apprêtant à percer de son javelot un animal accroupi qui parait être un lièvre. Plaque travaillée au repoussé et non estampée. — 4. Calcédoine. Trois quarts de grandeur. Magnifique entaille. Jeune guerrier, en costume phrygien, debout, tenant une lance de la main gauche. — 5. Objet en or. Deux tiers de la grandeur. Deux Scythes adossés tirant de Tare. La tête de l'archer à droite est perdue. — 6. Objet en or. Moitié grandeur. Figurine de Scythe, à tète barbue et cheveux longs. Il tient une coupe de la main droite; delà gauche, il soutient un carquois. — 7. Objet en or. Moitié grandeur. Deux Scythes tiennent chacun d'une main la même coupe à boire. Travail au repoussé, en ronde bosse. — Ces objets proviennent des fouilles de Kertch (Panticapée). Voir Antiquités du Bosphore cimmérien, publiées 'par ordre de l'empereur, in-f«, Saint-Pétersbourg,
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l'ordre de Dieu, les conduit du septentrion contre la Palestine ; il a dans son armée des habitants de presque tout le monde ancien : des Perses, des Éthiopiens et des Libyens, des fils de Gomer et de Thogorma, c'est-à-dire des Cimmériens et des Arméniens, xxxviii, 1-9. — 2° Son but est de piller et de dévaster la Terre Sainte redevenue prospère, iO- 16. — 3** Mais cette invasion de barbares ne servira qu'à apprendre aux païens quelle est la puissance du vrai Dieu, car il anéantira la formidable armée de Gog, 17-23. — 4° Elle périra sur les montagnes d'Israël, xxxix, 1-8* — 5° Il faudra aux habitants sept années pour brûler les armes des morts et sept mois pour ensevelir leurs cadavres, pendant que les oiseaux de proie se rassasieront de leur chair. 9-20. — 6° Toutes les nations apprendront ainsi que si Dieu a puni son peuple et Ta livré aux païens, parce qu'il avait péché, il s'est maintenant réconcilié avec lui et ne l'abandonnera plus, 21-29.
2* Gog est la figure des ennemis et des persécuteurs de l'Église, Apoc, XX, 7.
3° Dans les dernières années du vu" siècle av. J.-G., les Scythes avaient fait dans l'Asie occidentale une invasion formidable qui avait rendu leur nom redouté et exécré. Chassés des montagnes du Caucase, qu'ils habitaient, par les Massagètes, ils étaient descendus dans l'Asie Mineure; armés de l'arc et montés sur des chevaux, comme nous les représente Ézéchiel, xxxix, 3, et xxxviii, 15 (1), ils avaient pris Sardes; puis se tournant vers la Médie, ils défirent Cyaxare, roi de ce pays; de là, ils se dirigèrent vers l'Egypte. Psammétique parvint à les éloigner, a force de présents; revenant donc sur leurs pas, ils pillèrent le temple d'Ascalon; mais ils furent enfin battus et détruits, non pas cependant sans laisser leur nom après eux comme un synonyme de terreur et d'épouvante, Hérod., I, 103 sq. La tradition rattache le nom de Scythopolis, l'ancienne Bethsan , à la scène de leur désastre, Pline, V, 16; cf. Ézéch., xxxix, 11, 16. Le souvenir de leurs lavages et de leurs cruautés était encore récent et présent à
(1) Cf. pour Tare, Hérod., i, 33; tv,î32; Xénoph., i47îo6.,III, L,g 15; PlLu., vu, 57; i>ui': les cbevaux, lléroJ., iv, 46, Thucyd., ii, 96.