‹ Manuel bibliqueChapitre 405 sur 476 · DANIEL · texte numérisé non relu

DANIEL

ARTICLE I

Introduction au livre de Daniel.

Vie du prophète. — Texte et versions de son livre. — Preuves de l'authenticité — Réfutation des objections.

1053. — Vie de Daniel.

Daniel, « Dieu est mon juge ou mon défenseur, » le quatrième des grands prophètes, était de race royale, Dan., i, 3 ; Josèphe, Ant. jud.^X, x, 1. Il fut emmené captif à Babylone, la troisième année du règne de Joakim (606), cf. n° 980, note. Là, avec trois de ses compagnons, il fut élevé à l'école du palais royal, observa fidèlement la loi mosaïque, gagna la confiance de celui qui était chargé de veiller sur lui, i, 8-16; fît de rapides progrès, et, au bout de trois ans, i, 5, 18, eut l'occasion de montrer sa pénétration d'esprit et sa perspicacité en expliquant le songe de Nabuchodonosor, ii, 14 sq. ; et en montrant l'innocence de Susanne, xiii, 45 sq. Le roi le nomma gouverneur en chef, ii, 48. H interpréta plus tard un second songe de Nabuchodonosor, iv, 7-27, et le mané, thécel, phares du festin de Balthasar, v, 10-28, quoiqu'il n'occupât plus alors son ancienne position officielle parmi les mages, V, 2, 7, 8, 12. Après la conquête de Babylone par les Mèdes et les Perses, il devint, sous Darius le Mède, le premier des trois ministres deTempire, Dan., vi, 2 ; il excita ainsi l'envie, et ses ennemis le firent jeter deux fois dans une fosse aux lions, où il fut miraculeusement préservé, vi ; xiv, 29-42, ce qui l'affermit dans les bonnes grâces de Darius. Cyrus se montra également bien disposé envers lui, vi, 28; cf. i, 21. C'est la S*» année de ce roi, 534, qu'il eut, sur les rives du Tigre, sa dernière vision, x, 1, 4. La fin de sa vie nous est inconnue.

Uii bas-relief des portes de bronze de Balawat, de l'époque de Salmanasar, roi d'Assyrie (859-825 avant J.-C), représente divers supplices, entre autres celui de la fournaise, auquel furent con-' damnés les compagnons de Daniel. On y voit les flammes jaillissant, par les ouvertures, avec une grande violence. Les tètes* d'une dizaine de suppliciés sont figurées au-dessus et aux côtés de la fournaise, afin de montrer qu'elle est destinée à ceux qui périssent par le feu.

[I05i] ART. I. — INTRODUCTION AU LIVRE DE DANIEL. C03

Où croit communément qu'il mourut à Suse ; on y montre son tombeau, où les pèlerins se rendent en foule. Ézéchiel, dans ses prophéties, cite Daniel, avec Noé et Job, comme un modèle de justice, xiv, 14, 20; il vante aussi sa sagesse, xxviii, 3. — Le dernier des grands prophètes occupa, à la cour des rois de Ghaldée et de Perse, une situation analogue à celle de Joseph à la cour des pharaons. Au commencement et à la fin de rhistoire du peuple juif, nous voyons ainsi un représentant du vrai Dieu auprès des monarques païens. Daniel n'exerça pas sur l!avenir de son peuple une influence de même nature que Joseph; mais par sa position et plus encore par ses oracles, par ses prédictions sur la venue du Messie, il agit puissamment sur ses frères et prépara ainsi les voies à Tavènement du Christianisme (1).

1054. — Du texte et des versions de Daniel.

La langue de Daniel appartient à une période de transition. Son livre est écrit en deux dialectes différents , une partie en hébreu et une partie en araméen (2). L'introduction, i-ii, 4*, est en hébreu. A l'occasion de la réponse faite au roi en araméen, cette dernière langue est employée, ii, 4*'-vii. Quand Daniel raconte ses visions, il reprend, excepté dans la première, vu, l'idiome par lequel il avait commencé, viii-xii. Les parties dites deutérocanoniques, m, 24-100 et xiii-xiv, n'existent plus qu'en grec. — L'hébreu de ce livre a les plus grandes ressemblances avec celui d'Habacuc et d'Ézéchiel. L'araméen, comme celui d'Esdras, a une forme plus archaïque que celui des autres documents les plus anciens que nous possédons en cette langue, comme les Targums. —

. (1) Sur Daniel, voir les Bollandistes, Acta 'Sanctorum, t. v, julii 21 die, De S. Daniele propheta Babylone sylloge historica, p. 117-130. (2) La partie araméenne de Daniel est généralement appelée chaldéenne. Cette dernière expression est impropre et peut induire en erreur, en faisant croire que la langue employée par Daniel dans cette partie de son livre est la langue des Chaldéens; c'était, comme le dit le texte, le dialecte des habitants d'Aram ou de la Syrie, n^OHN, 'arâmilh (jupiati, syriace. Daniel réserve le nom de lingua Chaldxorum à celle qui s'écrivait avec les caractères cunéiformes, Daa., i, 4.

606 CHAP. V. — DANIEL [lOoo]

On rencontre dans Daniel quelques termes techniques d'origine grecque. — La traduction grecque de Daniel qu'on lit dans les éditions imprimées des Septante, est celle de Théodotion, n° 114 (1). Notre version Vulgate a été faite sur l'hébreu et Taraméen pour la partie protocanonique; sur Théodotion, pour la partie deutérocanoniqne. — Les chapitres XIII et XIV, contenant l'histoire de Su saune et celle de Bel et du dragon, n'existent plus qu'en grec. Ils ne sont pas probablement du même auteur que les 12 chapitres précédents.

1055. — Preuves de raulhenticité du livre de Daniel.

L*authenticité du livre de Daniel est universellement niée aujourd'hui par les rationalistes; ils prétendent qu'il est apocryphe et que les prophéties qu'il contient ont été écrites après coup, post eventum^ du temps des Machabées. — La tradition a toujours admis au contraire Daniel comme un livre canonique et digne de foi. Toute la partie qui subsiste encore en hébreu et en araméen est acceptée sans contestation par les Juiîs et les chrétiens; quant à la partie qui n'existe plus qu'en grec, elle est rejetée par les Juifs et les protestants; mais le concile de Trente en a consacré avec raison l'autorité, n" 35 (2). — Les principales preuves de l'authenticité de Daniel sont les suivantes : l** Le témoignage du Nouveau Testament, Matth,, xxiv, 15; Heb., xi, 33 ; etc.

(1) La traduction de Daniel par Théodotion fut substituée de bonne heure à celle des Septante dans les Églises grecques. « Illud qnoque lectorem admoneo, Danielem non juxta lxx interprètes, sed juxta Theodotionem Ecclesias légère, » dit S. Jérôme, Comm. in Dan.. ProL, t. xxv, col. 493. Il répète la même chose dans la Préface de sa traduction do Daniel, et il ajoute qu'il ne sait pas pourquoi cette substitution a été faite : « Hoc cur accident, nescio. » Il affirme néanmoins que la version des Septante était infidèle : « Hoc unum affirmare possum quod multum a veritate discordet, et recto judicio repudiatus sit. » On Ta crue perdue jusqu'au siècle dernier, où elle a été retrouvée par de Magistris et publiée d'après le Codex Chisianus^ Daniel secundum Septuot ginta, Rome, 1772.

(2) On peut voir les preuves spéciales de la canonicité de Dan., in, 24-100; xiii-xiv, dao8 Vieusse, La Bible mutilée par les protestants p. 182-202.

— 2" Celui de Josèphe; il raconte, Ant. Jud., XT, viii, o, qu'on montra les prophéties de Daniel à Alexandre le Grand, quand ce dernier visita Jérusalem. — 3° Le premier livre des Machabées, qui est presque contemporain des événements qu'il raconte, suppose l'existence du livre de Daniel, I Mac, II, 60; bien plus, la connaissance de la version grecque de ce livre, 1 Mac, i, 54 et Dan., ix, 27; I Mac, ii, 59 et Dan., m, (voir le texte grec) ; par conséquent celui-ci avait été écrit assez longtemps avant cette époque. — 4" On ne peut expliquer l'admission de Daniel dans le canon juif qu'en le regardant comme une œuvre authentique. Ce canon était clos avant l'époque des Machabées, et par conséquent tous les écrits qu'il contient sont d'une date antérieure. — 5° La connaissance minutieuse que possède l'auteur des mœurs, des coutumes, de l'histoire et de la religion chaldéennes est une preuve qu'il était contemporain des faits qu'il raconte; après la ruine de l'empire de Nabuchodonosor par les Perses et les Mèdes, personne n'aurait pu être initié à tant de détails minutieux doiit les découvertes modernes confirment l'entière exactitude. — 6"* La langue est celle d'un homme vivant à l'époque de la captivité. 11 avait l'habitude de s'exprimer dans les deux langues, hébraïque et araméenne; du temps des Machabées, on ne parlait plus qu'araméen : l'emploi de certains mots, d'origine aryenne et non sémitique, ne s'explique non plus que par l'habitation de Daniel à la cour des rois perses : un Juif écrivant en Palestine n'aurait jamais usé de pareilles expressions (1).

i036. — Réfutation des objection» contre raulhenticilé de Daniel.

Pour rejeter l'authenticité du livre de Daniel, les incrédules s*appuient : i° sur les faits surnaturels qu'il contient et qu'ils traitent de fabuleux et d'impossibles; les miracles sont incroyables; les prophéties trop circonstanciées pour avoir été rédigées avant les événements. — Nous ne contestons pas qu'il n'ait fallu une intervention miraculeuse de Dieu pour

(1) Oû peut voir le développement de ces preuves dans La Bible et les découvertes modernes, t. iv, p. 421-576.

603 CnAP. T. — DANIEL. [lOoG]

produire quelques-uns des événements dont il s'agit et pour découvrir l'avenir à un mortel ; mais nous croyons au miracle et nous ne rejetons pas un écrit parce qu'il n*a pu être composé que moyennant une révélation. La possibilité et Texistence du miracle sont pour tout chrétien aussi certaines que l'existence de Dieu qui le produit. Dieu jugea à propos de multiplier les prodiges pour se manifester aux Gentils et mettre fin à la captivité, du temps de Daniel, fcommeil l'avait fait à l'époque de l'Exode pour arracher son peuple à la servitude do l'Egypte, et comme il le fit depuis pour fonder son Église; il avait des raisons très sages pour agir ainsi, do même que pour prédire à l'avance la persécution d'Antiochus Épiphane. — 2° A ces objections a priori, on ajoute des objections de détail qui n'ont pas plus de valeur. L'auteur de l'Ecclésiastique n'a pas nommé Daniel parmi les prophètes ; donc, assure-t-on, il ne le connaissait pas. — La conclusion est fausse. Dans le canon hébreu, Daniel est placé parmi les hagiographes, non parmi les prophètes ; de là l'omission de Jésus ben Sirach, qui passe d'ailleurs également Esdras sous silence. QuanI; à la place donnée à Daniel dans la Bible hébraïque, elle a sa raison d'être dans le fait que ce personnage, quoiqu'il soit le quatrième des grands prophètes, eut une mission spéciale, en dehors de la mission ordinaire des prophètes; il joua un rôle dans Ihistoire de Babylone, et son œuvre a ainsi revêtu un caractère particulier dont aucun autr3 écrit de l'Ancien Testament n'offrait le prototype. — 3** On allègue aussi contre l'authenticité du livre de Daniel les noms grecs d'instruments de musique qu'on lit m, 5, 7, 10, et qui ne peuvent avoir été connus, dit-on, en Asie qu'à une époque moins ancienne que celle de Cyrus. — Cette objection porte à faux; il existait entre la Grèce et l'Asie antérieure des relations soit directes, soit indirectes, longtemps avant l'époque de Daniel ; il n'est donc pas surprenant que des noms grecs d'intruments de musique et ces instruments eux-mêmes fussent connus à Babylone. — Toutes les objections qu'on fait contre l'authenticité du livre de Daniel sont donc sans fondement.

[i058] ART. H. — ANAL. ET EXPL. DU. LIVRE DE DAKIEL. 609

ARTICLE II

Analyse et explication du livre de. Dciniel.

1057. — Division du livre de Daniel.

Le livre de Daniel se divise en deux parties très distinctes : la première, i-vi, est historique ; la seconde, yii-xii, est prophétique. Dans la partie historique, Daniel parle à la troisième personne; dans la partie prophétique, à la première, le verset d'introduction excepté, vu, 1 et x, 4. Malgré cette différence de langage, on admet généralement l'unité du livre. L'emploi successif des deux personnes s'explique par - la nature du sujet : le prophète raconte sous forme de narration impersonnelle les faits et les événements symboliques, parce qu'ils peuvent être directement contrôlés, mais il parle en son propre nom, quand il rapporte des révélations et des visions personnelles, parce qu'elles tirent leur autorité du témoignage même du prophète à qui elles ont été communiquées. On remarque quelque chose d'analogue dans les autres prophètes, Is., vu, 3 ; xx, 2 ; xxxvi-xxxix. — Un appendice, contenant l'histoire de Susanne et celle de Bel et du dragon, xiii-xiv, complète le livre de Daniel dans les Bibles grecques et latines {i).

!*• Partie : Partie historique, i-vi.

1058. — Résumé de cette partie.

Le but de cette partie du livre de Daniel n*est point de

donner une histoire sommaire de la captivité ou de la vie du

prophète, mais de nous faire connaître les moyens que Diei

employa, pendant cette période de châtiment et de désola-

f. tion, pour consoler, encourager et soutenir Israël, en liri

(l) Commentateurs catholiques : S. Hîppolyte, Fragmenta in Danit iem, t. X, col. 638-699; Théodoret de Cyr, Commentarius in visio7i€C Dayiielis, t. Lxxxi, col. 1255-1546; S. Éphrem, In Banielem prophetaiTÇ. îXplanaUo, Opéra siji'iaca,i. ii, p. 202-1^33; S. Jérôaie, Cotnmentario rum in Dnniefeni prophetam liber unus^ t. xxv, col. 491-584; Robiing, Dus Buch des i'ropheien Daniels^ in-S», Mayence, 1876; Trocbon, Daniel, 1882; ete.

GïO CnAP. V. — DANIEL. [1058]

inoutrant que Dieu ne l'avait pas abandonné. — 1® Le premier chapitre forme l'introduction à tout le livre, en nous apprenant comment Daniel fut élevé à la cour même du roi. — 2° Le second chapitre contient le récit d'un songe de Nabuchodonosor, en 602 ou 603, et l'explication qu'en donna Daniel. Le roi avait vu une statue dont la tête était d'or, la poitrine et les bras d'argent, le ventre et les cuisses de bronze, les jambes de fer, une partie des pieds de fer et l'autre d'argile. Le prophète expliqua au roi, comme Joseph l'avait fait autrefois au pharaon, la signification du songe. Les diverses parties de la statue marquaient les empires qui devaient se succéder dans le monde : la tête d'or, c'est l'empire de Nabuchodonosor ; la poitrine d'argent, c'est l'empire médo-perse; le ventre de bronze, c'est l'empire d'Alexandre et les royaumes des Séleucides et des Ptolémées, la Syrie et l'Egypte, qui en sont issus; les jambes de fer, c'est l'empire romain qui brise et écrase tout; les pieds, moitié argile, moitié fer, c'est ce même empire divisé en empire d'Orient et empire d'Occident. Une petite pierre, détachée de la montagne, c'està-dire Jésus-Christ, renverse le colosse, et Dieu fonde le royaume éternel de son Église. — 3° Dans le ch. m, 1-97, nous voyons comment Dieu sauva miraculeusement des flammes de la fournaise les compagnons de Daniel qui avaient refusé d'adorer la statue érigée par Nabuchodonosor; nous y lisons aussi le cantique par lequel ils remercièrent Dieu de sa protection. — 4° Les ch. III, 98-iv, renferment une lettre de Nabuchodonosor, dans laquelle ce roi raconte comment Daniel lui expliqua un songe destiné à lui annoncer qu'il vivrait sept ans comme une bête, atteint de cette espèce de folie qu'on appelle lycanthropie et qui consiste à croire que l'on a été changé en bête. Tout ce qu'avait dit le prophète s'était réalisé. — La forme épistolaire est abandonnée, iv, 25-30, et reprise 31-34. — 5<> Le ch. v décrit le festin de Balthasar, l'interprétation du mané, thécely phares, par Daniel, et l'accomplissement de ce qu'il avait prédit. — 6° Le ch. vi nous apprend comment Dieu sauva miraculeusement Daniel, dans la fosse aux lions, où l'avaient fait jeter la malice et l'envie

59. — SERVITEURS PUISANT LE VIN ET L'APPORTANT AUX CONVIVES DANS UN GRAND FESTIN.

(Bas-relief assyrien.) (Cf. Dan., V, et voir aussi Fig. 19, p. 160.)

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