ART. H. — JOËL
le châtiment; la longanimité et les bienfaits de son maître n'ont servi qu'à l'endurcir, mais l'heure de l'expiation est proche ; il compte sur l'Assyrie et sur l'Egypte, il se repaît de vent ; que Samarie périsse, parce qu'elle a abreuvé son Dieu d'amertume ! Néanmoins la bonté de Dieu est telle que si l'infidèle se convertit, il lui accordera le pardon.
ARTICLE U Joël.
Vie et époque de ^nol. — Son style. — Analyse et explication de sa prophétie. — Du jugement général dans la vallée de Josaphat.
1071. Vie de Joël.
Joël, fils de Phatuel, est le second des petits prophètes dans la Vulgale. Son nom signifie « Jéhovah est Dieu. » Nous ne savons rien de sa vie, si ce n'est qu'il était du royaume de Juda (1). Peut être vivait-il à Jérusalem (2). Le Pseudo-Épiphane le fait à tort de la tribu de Ruben, et dit qu'il était né et qu'il fut enseveli à Béthoron, entre Jérusalem et Césarée (3). Quelques commentateurs supposent, sans preuve, qu'il était prêtre.
* 1072. — Époque de Joël.
i<* Ses prophéties ne sont pas datées, mais on peut regarder comme certain qu'elles sont des plus anciennes qui nous soient parvenues. Voici d'où on peut le conclure. 1"» Elles sont antérieures à celles d'isaïe. Ce dernier avait, en
(1) « la Joël, dit S. Jérôme, omne quod dicitur, ad tribum Juda et ad Jérusalem pertioere credendum est, et nuUam omuino Israelis... in hoc fieri mentionem. » Comment, in Joël, 1, 1, t. xxv, col. 949-950.
(2) Joël, I, 13 sq.; ii, 1, 9; m, 1, 6, 8, 18-21 (Heb., iv, 1, 6, 8, 18-20 ou V, 10-12). — La diviriiou de la prophétie de Joël est différente dans l'hébreu et dans la Vulgate. Les éditions de la Vulgate se divisent en trois chapitres. Dans l'hébreu, le cb. ii se termine au f. 27 et le ch. m est formé des ciuq derniers y^. du ch. ii de la Vulgate, 28-32. Le ch. m de la Vulgate devient ainsi le cb. iv de l'hébreu. Dans quelques éditions du texte hébreu, le cb. iv est lui-même subdivisé en deux, le ch. iv ayant huit versets et le cb v treize versets, c'est-à-dire les yf. U-îl.
(3) Pseudo-Épiphane, De vitis prophetarum. c. xiv, t. XLiii, col. 407
effet, les écrits de Joël sous les yeux : c'est ce qui résulte de l'étude du ch. xiii, 6, du grand prophète, où est reproduit littéralement un membre de phrase de Joël, i, 15. 2° Amos Ta aussi imité. Il lui a emprunté les premiers mots de sa prophétie, et ce qui prouve que c'est Amos qui emprunte, c'est que ces mots, dans Joël, appartiennent évidemment au contexte. Cf. Amos, i, 2, et Joël, m (Héb., iv), 16, ainsi que la belle image par laquelle il finit et dans laquelle il nous représente, dans les mêmes termes, des ruisseaux de vin découlant des montagnes, Amos, ix, 13, et Joël, m, (Héb., iv), 18. Joël est donc antérieur à Amos, dont les écrits sont datés du règne d'Ozias de Juda et de Jéroboam II d'Israël.
2° Mais combien de temps avant Amos Joël a-t-il prophétisé? On ne peut le déterminer avec quelque probabilité que par rétude intrinsèque de sa prophétie. Parmi les ennemis de son peuple que Dieu châtiera un jour, Joël nomme l'Egypte, l'Idumée, Tyr, Sidon et les Philistins. Il passe sous silence les Syriens, menacés plus tard, par Amos, i, 3-5, de la ruine et de la déportation en Assyrie, parce que, conduits par leur roi Hazaël, ils avaient fait une campagne contre Jérusalem, après s'être emparés de Geth, sous le règne de Joas, IVReg., XII, 18 sq. ; II Par., xxiv, 23 sq. Si Joël ne les mentionne pas, il est à croire que cette omission provient de ce qu'il a écrit avant que les Juifs eussent à se plaindre d'eux ; de même que l'omission des Assyriens et des Ghaldéens s'explique par le fait que ces deux peuples ne menacèrent les enfants de Jacob qu'à une époque postérieure. Nous sommes ainsi reportés au règne de Joas pour la date de Joël, et d'autres données nous confirment dans l'opinion que c'est sous ce roi, et sous ce roi seulement, avant la campagne d'Hazaël, qu'il a prophétisé : 1° Il ne s'élève point contre les péchés occasionnés en Juda par la puissance assyrienne, objets des plaintes d'Osée et d'Amos ; 2° il n'attaque pas non plus l'idolâtrie à laquelle le peuple s'abandonna sous Joram, Ochozias et Athalie; 3* il suppose, au contraire, que Dieu est fidèlement servi : ce sont là tout autant de traits qui ne conviennent qu'aux premiers temps du roi Joas, à cette époque où la