ART. II. — JOËL
religion juive, sous l'influence du grand-prêtre Joïada, florissait dans tout son éclat (1).
• 1073. — style de Joël.
Presque chaque verset de Joël montre en lui un maître dans l'art de la parole ; sa langue est aussi pure qu'énergique, aussi vive que claire ; nous pouvons bien l'appeler classique, et, en fait, il servit de modèle aux prophètes qui le suivirent, lesquelles lui empruntèrent des passages entiers, par exemple, cf. Is., xiii, 3, avec Joël, ii, H ; Is., xiii, 6, avec Joël, I, 15 ; Is., xiii, 8, avec Joël, ii, 6, etc. Le prophète du Nouveau Testament a aussi emprunté à Joël, Apoc, ix, 2 sq.; xiv, 15. Son style s'élève, par la sublimité, au-dessus de celui des autres prophètes, excepté Isaïe et Habacuc. Il unit la force de Michée à la tendresse de Jérémie et à la vivacité de couleurs de Nahum. Sa description de l'invasion des sauterelles est un admirable morceau littéraire; on l'a accusée d'exagération, mais l'exactitude de chaque trait est garantie par les voyageurs qui ont été témoins du fléau, comme Shaw, Volney, etc. (2).
1074. — Analyse de la prophétie de Joël.
L'occasion de sa prophétie fut une terrible invasion de sauterelles, suivie d'une grande famine. Elle se divise en deux parties qui ont la forme de discours, i-ii, 17, et ii, 18iir. Les deux discours sont séparés l'un de l'autre par ce verset historique qui sert de transition, ii, 18-19 : « Zelatus est Dominus terram suam et pepercit populo suo, et respondit Dorainus et dixit populo suo »; etc. — 1" Joël décrit les ravages des sauterelles, en qui il voit les messagers de la colère de Jchûvah ou du jour du Seigneur, i-ii, 11, et il conclut cette
(1) T.-F. Bauer et Bunsen l'ont donc fait remonter trop haut eu le plaçant, le premier en 915, le second plua haut encore. Vatke, aucon traire, l'a placé beaucoup trop bas, en le faisant descendre jusqu'à Nabuchodonosor. La date que nous adoptons est celle qu'acceptent Credner, Movers, Hitzig, Ewald, Meier, Delitzsch, Keil, Auberleu, Scbmoller, Wûnsehe.
(2) Cf. La Bible et les découvertes modernes, o« édit., t. ii, p. 3-28-334.
626 CHAP. VI. — LES DOUZE PETITS PROPHÈTES. [\01d]
première partie par une exhortation pressante au jeûne et à la pénitence, ii, 42-17. — Sa parole dut être écoutée, car Joël continue, sous forme narrative, en disant que Dieu pardonne à son peuple, et il prédit un heureux avenir. Bientôt l'ennemi sera détruit et une pluie abondante rendra la terre fertile, II, 18-27. Cette pluie sera le symbole d'une effusion du Saint-Esprit sur son peuple, ir, 28-29 ; plus tard viendra le jour du Seigneur qui anéantira tous les ennemis des Juifs, rassemblés contre Jérusalem, dans la vallée de Josaphat. Les signes avant-coureurs de ce grand jour sont décrits, ii, 30-32, et le jour lui-même, m, 4-17. Ce jugement de Dieu amènera pour Juda et pour Jérusalem la plénitude des bénédictions messianiques, m, 48-21.
1075. — Que faut-il entendre par l'invasion de sauterelles décrite dans Joël?
L'invasion des sauterelles, qui occupe une si large place dans la prophétie de Joël, est interprétée de deux façons très différentes. — 4® La paraphrase chaldaïque , S. Éphrem , S. Jérôme et un grand nombre de commentateurs, n'ont vu dans ces insectes qu'un symbole des peuples païens, Assyriens, Mèdes, Perses, Romains. — 2° Beaucoup de modernes entendent cette invasion dans le sens littéral, s'appuyant surtout sur ce que le prophète ne parle que des dégâts causés dans les champs et du mal fait aux animaux, non aux personnes, tandis que, s'il s'agissait d'une guerre, les personnes auraient eu beaucoup à souffrir, et Joël n'aurait pu se dispenser de parler de leurs tribulations. De plus, toutes ses paroles semblent se rapporter à un fait passé et non futur. — 3° Quoiqu'il soit difficile de ne pas voir dans les deux premiers chapitres un événement historique, on peut néan» moins concilier ensemble, jusqu'à un certain point, les deux Dpinions en admettant, comme cela paraît très vraisemblable, que Joël, dans sa seconde partie, considère l'invasion dont il a parlé dans la première comme le type du jugement de Dieu qui approche.