ART. II. — JOËL. C
1076. — Prophétie de la descente du Saiut-Esprit au jour de la Pentecôte.
Joël prédit, ii, 28, sq., la descente dn Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, Act., ii, 47-21. Le post hœc, ii, 28, nouf transporte aux temps messianiques. Alors Dieu répandra son esprit sur toute chair, c'est-à-dire, sur les personnes de taule classe et de toute condition; les distinctions de race et de nation seront enlevées, et chacun pourra recevoir le Saint Esprit. C'est Tapôtre S. Pierre lui-même qui nous a expliqué cette prophétie, dans son premier discours, le jour même de la Pentecôte. Il la rapporte tout entière, Act., ii, 17-21 (Voir Joël, II, 28-32). Après avoir annoncé que tous les fidèles recevront le Saint-Esprit, Joël ajoute qu'il s'accomplira de grands prodiges, ii, 30; que le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang, ii, 31, mais que quiconque (Juif ou Gentil) invoquera le nom du Seigneur sera sauvé, ii, 32. S. Paul a cité ces dernières paroles, Rom., x, 13, pour éta* blir la doctrine de la vocation de tous les hommes à la foi : « Non enim est distinctio Judaei et Graeci, nam idem Dominus omnium. » Rom., x, 12. Jésus-Christ nous a expliqué lui-même, Matth., xxiv, 29; Marc, xfii, 24; Luc, xxi, 25, que les prodiges dont parle Joël, ii, 31 et m, 15; cf. ii, 10; Is., XIII, 10, Éz., xxxii, 7, s'appliquent aux signes qui précédèrent la ruine de Jérusalem, cf. Luc, xxi, 11, et plus particulièrement aux signes avant-coureurs du juge ment dernier.
1077. — Jugement de Dieu dans la vallée de Josaphat.
La vallée de Josaphat, dont le nom est si connu parmi les chrétiens, n'est mentionnée que dans un seul livre de la Bible, dans Joël, m, 2, 12 : Congregabo omnes gentes et deducam eas in vallem Josaphat; et Consurgant et ascendant gentes in vallem Josaphat. Le prophète annonce, dans le sens littéral, que Dieu jugera, c'est-à-dire punira, dans la vallée qu'on appelle ainsi, tous les ennemis de son peuple. Le texte original renferme un jeu de mots ; Dieu jugera (schephot) dans la vallée du Jugement de Dieu (Yehoschaphat.) Rien n'indique où est située cette vallée. Il est probable que Joël
désigne ainsi le lieu où, du temps du roi Josaphat, le Seigneur délivra son peuple de ses ennemis, II Par., xx, 1-29. « Quelques-uns (4) ont prétendu, dit Calmet, que la vallée de Josaphat était le lieu où tous les peuples se devaient rassembler au jugement dernier. Ce sentiment est aujourd'hui assez commun dans l'Église. Mais les anciens ne se sont pas toujours expliqués de la même sorte. Origène (2) croit que les peuples s'assembleront sur toute la terre et que l'éclat du Fils de Dieu sera comme celui d'un éclair, qui se fait voir en un moment par tout le monde. S. Jérôme et l'ancien auteur cité par S. Thomas sous le nom de S. Chrysostome parlent de même. S. Jérôme est un peu fort sur l'article, puisqu'il dit (3) qu'il est ridicule de croire que le Sauveur se manifestera dans un lieu resserré, lui qui est la lumière du monde. S. Hilaire (4) semble dire que les peuples s'assembleront au jugement sur le Calvaire, puisqu'il assure que le Fils de Dieu paraîtra dans sa gloire, au même lieu où il a été chargé d'opprobres. » Knoll, qui embrasse l'opinion populaire, dit cependant : « Multi putant quemlibet locum, in quo judicium habetur, et boni a malis separantur, vallem Josaphat nuncupari posse (5). »
ARTICLE III
Amos,
§ I. — Introduction a la prophétie d'Amos.
Vie du prophète. — Date. — Style.
1078. — Vie d'Amos.
Amos est le troisième des petits prophètes, d'après Tordre
(1) « Albert. Remig. Haimo. Liran. Vat. Tir. alii. »
(2) « Origea., In Matth., xxv, 32, 33. »
(3) « Hieronyin. m Matth., xxiv, 27. Mais S. Jérôme sur cet endroit de Joël semble détruire ce qu'il a dit sur S. Matthieu, puisqu'il avoue eu plus d'un endroit que tous les peuples seront rassemblés au jugement dans la vallée de Josaphat, ou dans la vallée du jugement, dont il ne fixe pas toutefois la situation. »
(4) « Hilar., In Matin., xxiv, 32. » — Ôalmet, Joël, m, 2, p. 165.
(5) Knoll, bistitutiones théologie l/ieoreticés, pars V, sectio m, cap. ii, art. 1, t. vi, p. ti22.
73. — BRA^'CHE DE SYCOMORE, FEUILLES ET FRUITS. vAD20S, V 14, p. 629.)
Dessin de M. l'abbé Douillard. La branche est la reproduction, d'après nature, d'un rameau du célèbre sycomore de Matariéh, près de l'ancienne Héliopolis en Egypte. Les feuilles et les figues ont été dessinées d'après des feuilles et des fruits desséchés. La figue A, à gauche, est moitié grandeur. — Le sycomore d'Egypte et de Palestine, fort différent de l'arbre qui porte ce nom en France, produit des fruits qui servent de nourriture aux gens de la campagne, mais qui ne peuvent être mangés qu'autant qu'on les a percés et ouverts, afin d'en adoucir l'amertume. C'est à cette occupation que se livrait le prophète Amos, à Thécué, et le véritable sens du passage, vu, 14, qui a été souvent mal compris, parce que le sycomore était inconnu hors de l'Orient. « Porro hoc quod ait, vellicans sycamina..., quidam ita edisserunt, dit S. Jérôme, ut sycamina velint appellari genus arborum quse Palestinœ nascuntur in campestribus, et agrestes afferunt ficus, quse si non vellicentur, amarissimas cariculas faciunt, et a culicibus corrumpuntur. » S. Jérôme n'accepte pas cette explication, « quia, ditil, solitudo in qua morabatur Amos, nullam hujuscemodi gignit arborem. » Comm. in Amos, vu, 14, t. xxv, col. 1077. Cette explication est néanmoins la vraie et le saint docteur lui-même a traduit exactement dans la Vulgate, « vellicans sycomoros. » Les sycomores qui ne poussaient plus à Thécué du temps de S. Jérôme, y avaient été cultivés du temps d'Amos.
[f079] ART. in. — AMOS. 629
reçu dans nos Bibles, le quatrième d'après l'ordre chronologique que nous avons adopté. L'orthographe de son nom montre qu'il était différent du père d'Isaïe, avec qui on l'a quelquefois confondu. Ce dernier s'appelait *Amots avec un aleph et un tsadé ; le petit prophète 'Amos avec un aïn et un samechy n"* 908. Il nous fournit lui-même sur sa personne quelques renseignements utiles à connaître pour l'intelligence de sa prophétie. 11 était berger (4) et piquait les fruits^ des sycomores à Thécué, à quatre heures de distance au sud de Jérusalem, i, \ ; vu, 14 (2). Sur l'ordre de Dieu, il quitta sa patrie pour aller à Béthel, dans le nord, prophétiser contre Israël, vu, 15. Quoiqu'il s'occupe principalement du royaume des dix tribus dans son livre, il parle plusieurs fois aussi de Juda (3).
* 1079. — Époque à laquelle prophétisa Amos.
i" L'époque où Amos prophétisa est indiquée, i, 1. C'était sous le règne d'Ozias, roi de Juda, 809-758 av. J.-C, et de Jéroboam II, 825-784, deux ans avant le tremblement de terre. Nous ignorons malheureusement à quelle date eut lieu
(1) « Deum qui humilia elîgit et quœ vilia sunt io mundo atque contempla, nobilibus praefert, 1 Cor., i, 27, Amosi exemplo testatum facere voluisse, non generis splendore aut dignitate, non liUerarum peritia, non humano consilio vel iodustria comparari, sed divino munere ac gratia propheliae donum pariter ac officium obtingere, quo tam rudes ac eimplices instruere quam nobiles ac doctos pro lubitu suo Spirilus Saoctus soleat. » Carpzow, Introductio ad libros propheticos V. T., 1731,
(2) « Fuit de oppido Thecue, quod sex millibus ad meridianam plagam abest a sancta Bethléem, quae mundi genuit Salvatorem; et ultra nullus est viculus, ne [nisi] agrestes quidem casse et furnorum similes, quas Afri appellant mapalia. Tanta est eremi vastitas, quae usque ad mare Rubrum, Persarumque et ^Elhiopum atque Indorum lerminos dilatatur. Et quia humi arido atque arenoso nibil omnino frugum gignitur, cuncta sunt plena pastoribus, ut sterilitatem terraB compensent pecorum multitudine. Ex hoc numéro pastorum Amos propheta fuit, imperitus sermone sed non scientia. Idem euim, qui per omoes prophetas, in eo Spiritus Sanctus loquebatur. » S. Jérôme, In Amos Proloçus, t. XXV, col. 989 990.
(3) Amos est cité deux fois dans le Nouveau Testament, v, 25-27, par S. Étieuue^ Act., vu, 42; et ix, 11, par S. Jacques, Act., xv, 16.
630 CHAP. VI. — LES DOUZE PETITS PROPHÈTES. [lOî^O]
cet événement, mentionné aussi Zach., xiv, 5 (1). Il est certain qu'Amos fut contemporain d'Osée; il le fut probablement aussi d'Isaïe, mais il était, croyons-nous, plus âgé qu'eux. 2" A l'époque où prophétisa Amos, le royaume d'Israël était très florissant sous le gouvernement de Jéroboam II. Ce prince était habile et, par des guerres heureuses, avait agrandi son royaume, qui s'étendait de la ville chananéenne d'Emath , dans la Coeiésyrie, autrefois limite septentrionale de l'empire de David, jusqu'à la mer Morte. Malheureusement le roi d'Israël, si habile à gouverner ses sujets au point de vue humain, n'avait point su leur faire pratiquer la religion de leurs pères : l'idolâtrie, avec tous les vices qui l'accompagnent, déshonorait ses États. C'est contre ces crimes que s'élève Amos : Dieu l'envoie pour annoncer aux coupables que, malgré la prospérité matérielle dont ils jouissent, Dieu les punira bientôt de leurs infidélités.
* 1080. — style d'Amos.
Le style d'Amos, sans s'élever jusqu'au sublime, se distingue par de grandes qualités : il est clair, vif, énergique, coloré comme les mûres des buissons qu'il taillait dans le désert de Thécué, ainsi que le remarque S. Jérôme (2). Les images sont la plupart originales, empruntées à la vie pastorale et aux scènes champêtres (3). Dans les ch. iv, vi et yii,
(1) Josèphe, Ântiq. fud.,lX, x, 4, et S. Jérôme,/» Amos, i, 1,t. xxv, col. 992, disent que le tremblement de terre eut lieu quand Ozias essaya d'usurper les fonctions sacerdotales, mais si l'on accepte cette tradition juive, on n'est pas plus avancé, car on ignore à quelle année précise il faut rapporter cet acte de la vie du roi de Juda.
(2) « Amos pastor et rusticus et ruborum mora distringens. » S. Jérôme, Prsef. ad Paulin., t. xxviii, col. 143.
(3) Allusions à la vie agricole et pastorale, i, 3; ii, 13; m, 5, 12; iv, 2, 9; V, 19; vu, 1 ; ix, 9, 13, 15; àla aature, iii,4, 8; iv, 7, 9; V, 8; vi, 12; IX, 3; à des événements historiques, i, 9, 11, 13; ii, 1; iv, 11 ; v, 26; aux institutions et aux usages nationaux, ii, 8; m, 15; iv, 4; v, 21; VI, 4-6, 10 ; VIII, 5, 10, 14. On rencontre dans Amos quelques locutions particulières : stuporem dentium est en parallélisme avec indigentiam panuniy IV, 6; superbiam Jacob, vi, 8; vin, 7; cf. Ps. XLVi (H. xlvii),5 ; Nah., II, 2; les hauts lieux d'isaac, vu, 9, et la maison d'Isaac, vu, 16, où la Vulgate traduit excelsa idoU et domum idoli; créons ventum, iv,