J ART. IV. — ABDIAS
roboam II. Amasias, le chef des prêtres infidèles de Béthel, irrité des prédictions d'Amos, en avertit le roi, et veut forcer le prophète à quitter le royaume d'Israël ; mais le Voyant, nom qu'Amasias lui donne sans doute par dérision, vu, i2, veut remplir la mission que Dieu lui a confiée, et annonce à son persécuteur le châtiment qui l'attend. — La vision de la corbeille de fruits confirme la ruine prochaine du royaume des dix tribus. La cinquième et dernière vision, ix, nous montre Dieu ordonnant la ruine du temple schismatique de Béthel et celle du peuple impie. La prophétie se termine néanmoins par des paroles d'espérance et par la peinture du règne messianique, ix, 11-15. S. Jacques, Act., xv, 16, applique expressément au Messie, Amos, ix, 11.
ARTICLE IV
Abdias.
Vie. — Époque. — Analyse.
1084. — Vie d'Abdias.
Abdias (le serviteur de Jéhovah), est le quatrième des petits prophètes (1). Sa prophétie ne nous fait connaître que son nom. Une tradition le confond avec le pieux Israélite dont il est question dans l'histoire d'Achab et d Élie, et qui s'appelait aussi Abdias, III Reg., xvni, 3, mais il n'est pas possible de savoir si elle est fondée (2). Une autre tradition voit en lui un prosélyte Iduméen, sans doute parce qu'il a prophétisé contre l'idumée, ou bien le troisième capitaine envoyé par Ochozias à Élie, IVReg., i, 13 (3), etc. On peut conclure de sa prophétie qu'il était du royaume de Juda ; nous ne pouvons rien affirmer de plus sur sa personne.
Son langage est animé et rapide, abondant en apostrophes et en interrogations ; le style est pur et souvent très poétique.
(1) Le nom d'Abdias est assez commun dans l'Ancien Testament, III Reg., XVIII, 3; 1 Par., m, 21; vu, 3; m, 38; ix, 16; 44; xii, 9; XXVII, 19; II Par., xvii, 7; xxxiv, 12; I Esd., viii, 9; II Esd., x, 5.
(2) S'oir S. Jérôme, Commentariorum in Abdiam liber, t. xxv, col. 1099.
(3) Ps.-Épiphan., De vttis prophetarum, c. xv, t. XLiii, col. 407.
634 CHAP. VI. — LES DOUZE PETITS PROPHÈTES. [lOSol
1085. — Époque à laquelle a vécu Abdias.
L'époque d'Abdias est très difficile à déterminer. Les uns le regardent comme le plus ancien des petits prophètes, les autres le font vivre du temps de la captivité (1). La brièveté de sa prophétie, qui non seulement n'a point de titre, mais ne renferme aucune allusion assez précise, explique ces divergences si considérables entre les savants. On peut, néanmoins, sans affirmer le fait comme certain, regarder le prophète Abdias comme le plus ancien de tous ceux dont les écrits nous ont été conservés. — i" Il existe entre sa prophétie et celle de Jérémie contre l'Idumée une très grande ressemblance ; elle est poussée à tel point qu'on est obligé d'admettre que l'un des deux a eu sous les yeux l'œuvre de l'autre, et tout porte à croire que c'est Jérémie qui a imité Abdias (2). Le petit prophète a donc prophétisé avant le grand, mais
(1) Il n'y a pas moins de trois cents ans de différence entre la date que lui assigne M. Keil, 889-884 av. J.-G. et celle que lui assigne M. Meyrick, 586, Obadiah, dans le Speakers Bible, Londres, 1876. Hilzig. si connu par ses hardiesses, l'a fait descendre jusqu'à l'an 312, mais il est seul de son avis. M. Le Hir, comme M. Keil, en a fait un des plus anciens prophètes, il ne l'a placé cependant que vers l'an 784.
(2) Depuis les études approfondies de Caspari sur ce sujet, tous les critiques, à l'exception de l'aventureux Hilzig, ont reconnu que c'est Abdias qui a précédé Jérémie. Telle est l'opinion d'Eichhorn, Schuurrer, Schullz, Rosenmûller, Jâger, Hendewerk, Maurer, Delitzsch, Keil, Pusey, Wordsworth, Meyrick. Comme l'a très bien établi Kueper, Jérémie a rattaché presque toutes ses prophéties sur les peuples étrangers à celles de ses prédécesseurs, la prophétie contre les Philistins, xLvir, à celle d'Isaïe, xiv, 28-32; contre les Aloabites, XLviii, à celle d'Isaïe, XV et XVI ; contre les Ammonites, xLix, 1-6; à celle d'Amos, r, 13-15; contre Damas, xlix, 23-27, à celle d'Amos, i, 3-5; contre Babylone, L et Li, à celle d'Isaïe, xiii-xiv, 23. — La prophétie contre lldumée offre de plus dans Jérémie ce caractère particulier qu'elle renferme les expressions et les tours qui lui sont propres, mélangés avec les termes employés par Abdias, lesquels ne se rencontrent nulle autre part dans Jérémie. Au contraire, eu dehors des traits communs, Abdias n'a rien de ce qui est particulier au grand prophète, et il est mieux suivi et mieux lié, comme cela doit naturellement avoir lieu chez l'auteur original. Cf. Abd., 1-8, avec Jér., XLix, 7, 9, 10, 14-16. M. Meyrick reproduit tout au long, dans un tableau synoptique eu hébreu les passages parallèles des deux prophètes, Obadiah, p. 563.