‹ Manuel bibliqueChapitre 420 sur 476 · ART. IV. — ABDIAS · texte numérisé non relu

ART. IV. — ABDIAS

combien de temps auparavant ? 11 est impossible de donner à celle question une réponse certaine. Abdias reproche aux tduniéens d'avoir applaudi aux malheurs de Juda, lors de la prise de Jérusalem par les étrangers, Abd., ^ 1-14 ; mais il ne nous dit pas quels étaient ces étrangers. De là la difficulté. Jérusalem, avant d'être détruite par Nabuchodonosor, avait été prise et pillée cinq fois depuis qu'elle était devenue capitale ; 1° par le roi d'Egypte, Sésac, III Reg., xiv, 25, sous Roboara; 2° par les Philistins et les Arabes, sous Joram, II Par., XXI, i6; 3° par le roi Joas d'Israël, sous Amasias, IV Reg., XIV, 13; 4° par les Chaldéens, sous Joakim, IV Reg., XXIV, i, et 5° sous Jéchonias, IV Reg., xxiv, 10. Abdias ne peut parler de la première prise de Jérusalem par Sésac ; les iduméens étaient alors soumis au royaume de Juda ; il ne peut pas davantage faire allusion à la quatrième et à la cinquième, qui sont contemporaines de Jérémie, non plus qu'à la troisième, puisqu'il dit expressément que la capitale de la Judée fut ravagée par des étrangers, ce qui ne saurait s'appliquer aux Israélites du Nord, mais convient parfaitement aux Arabes et surtout aux Philistins, dont le nom même signifie « étrangers, w et est généralement traduit ainsi par les Septante, àXAcçùXouç, 19, cf. 11. C'est donc du temps de Joram qu'a vécu et qu'a prophétisé Abdias, à l'époque où les Iduméens secouèrent le joug de ce roi de Juda, IV Reg., yiii, 20-22; II Par., xxi, 8-10, et où ils applaudirent aux ravages des Phihstins et des Arabes de l'Arabie Pétrée, H Par., xxi, 17. — 2° Nous arrivons à la même conclusion en comparant la prophétie d' Abdias avec celle de Joël. Les rapports entre ces deux écrivains sacrés sont généralement admis. Joël, malgré son originalité incontestable, a imité Abdias, cf. Joël, ii, 32 (Héb. m, 5), et Abd., 'f 17, de même qu'Abdias a imité les prophéties de Balaam en quelques points, cf. Num, xxiv, 21, 18 et Abd., ff. A, 18 sq. Joël a prophétisé au plus pendant une vingtaine d'années; Osée etAmos prophétisèrent soixante- quinze ans environ après Abdias. Abdias doit donc dater de la fin du règne de Joram.

1086. — Analyse de la prophétie d'Abdiat.

La prophétie d'Abdias ne renferme que 21 versets : c'est récrit le plus court de tout TAncien Testament. Parvus propheta, veî'suum supputatione, non sensuum, dit S. Jérôme (1). r II prédit la ruine de l'Idumée, 1-9; 2" à cause de la part coupable qu'elle a prise aux malheurs du peuple de Dieu, 10-16. 3° Jérusalem au contraire sera sauvée et triomphera d'Esaû et de tous ses ennemis, 17-21 (2). — Les Iduméens sont le type des faux amis qui, au lieu de soutenir ceux à qui ils devraient porter secours, les abandonnent au jour du malheur. Ils sont aussi la figure des ennemis de l'ÉgUse, qui triomphe de ses adversaires par la force du Messie. — La prophétie d'Abdias contre Édom fut accomplie probablement par Nabuchodonosor, quand il traversa ce pays pour envahir l'Egypte; elle le fut surtout par Jean Hyrcan, qui enleva à jamais aux descendants d'Ésaû leur caractère national (3). Quant à la prophétie messianique, elle se réalise tous les jours.

ARTICLE V

Jonas.

§ I. — Introduction au livre de Jonas.

Vie de JonaB. — Caractère de son livre. 1087. — Vie de Jonas,

Jonas, le cinquième des petits prophètes (4), était du royaume d'Israël. Son père s'appelait Amathi, Jonas, i, 1 (5),

(1) Commentariorum in Abdiam liber ^ 1, t. xxv, col. 1100.

(2) Le mot traduit par Bosphore, f. 20, est en hébreu Sépharad, localité dont la situation est tout à fait inconnue. Cf. Schrader, KeilinschrifLen und Geschichtsforschung, 1878, p. 116-119. Les Israélites modernes ont une prédilection particulière pour les sept derniers versets d'Abdias, à cause des promesses qu'ils contiennent. Quelques-uns de leurs commentateurs les ont interprétés d'une manière étrange : par Sarepta, ils entendent la France^ par Sépharad, l'Espagne, par Édom, Rome.

(3) Josèphe, Ant. fud., X, ix, 7; XII, ix, 1.

(4) Cf. F. Kaulen, Liber Jonx propheLr, Mayence, 1862.

(5) D'après la tradition juive, Jonas était le fils de la veuve de Sa-

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et le lieu de sa naissance, Gaih-Hépher, dans la tribu de Zabulon (kaud grandis viculus, dit S. Jérôme), aujourd'hui Medjad, au nord de Nazareth, sur la route de Séphoris à Tibériade. Son livre n'est point daté, mais nous savons qu'il vivait du temps de Jéroboam II, roi d'Israël, par IV Reg., XIV, 25 ; l'identité du personnage qui est nommé en cet endroit avec notre prophète est généralement admise, parce que celui dont il est question dans les Rois est aussi prophète et également fils d'Amathi.

1088. — Caractère du livre de Jonas.

1° Le livre de Jonas ne ressemble pas aux autres écrits prophétiques ; il ne contient point d'oracles proprement dits. C'est un récit historique de la mission qu'il reçut d'aller prêcher la pénitence aux Ninivites et de la manière dont il l'accomplit. Il est écrit en style simple et en prose (à Texception de la prière, ii, 3-10, qui est en vers). S'il est rangé parmi les livres prophétiques, c'est parce qu'il a pour auteur un prophète, et que, quoiqu'il ne contienne aucune révélation directe de l'avenir, il nous fait connaître le séjour de Jonas pendant trois jours dans le ventre d'un poisson, merveille qui figure le séjour de N.-S. pendant trois jours dans le tombeau {\). Cette circonstance si extraordinaire de la vie de Jonas a provoqué de tout temps les railleries des incrédules (2),

repta, ressuscité par le prophète Élie, III Reg., xvii, 17-24. S. Jérôme, Prsf. in Jon., t. xxv, col. 1118; Ps.-Épiphane, De vitis Prophetarum, c. XVI, t. XLiii, col. 407.

(1) Matth., XII, 39 ; xvi, 4; Luc, xi, 29-32. « Jonas, columba pulcherrima, dit S. Jérôme, Ad Paulin., t. xxviii, col. 143, naufragiosuo passionem Domiai prœflgurans, mundum ad pœnitentiam revocat. »

(2) Hoc genus quœslionis raulto cachinno a paganis graviter irrisumanimadverli.wS. Aug.,£p.cii, Quœst. vi, DeJonapiopheta^t.xxxni, col. 382. — « Devoratur ergo a cete Jonas, tresque dies ac totidera noctes in eo permanet vates; quae res omnem excedere fidem audientibus videtur, maxime iis qui a Graecorum scholis sapienteque doctrina ad hanc historiara accédant. » Théophylacte, Enarrat. in Jonam, ii, 1, t. cxxvi, col. 931. S. Augustin répond, dans le passage indiqué plus haut et qui mérite d'être lu en entier : « Ad hoc respondetur quod aut omnia miracula credenda non sint; aut hoc cur non credatur causa nuUa sil. » Voir aussi S. Cyril. Alex., In Jonaniy t. LXXl, col. 615.

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638 CHAP. VI. — LES DOUZE PETITS PROPHÈTES. [i088]

mais rien n*est impossible à la puissance de Dieu, et puisqu'il jugeait à propos, dans sa sagesse, de forcer par là son ministre à exécuter ses volontés et à devenir le type du mys' tare de la résurrection de son fils, pourquoi notre faible esprit oserait-il trouver à redire aux voies de la Providence (1)? 2° Cette Providence se montre admirable dans toute Thistoire du prophète. La prédication de Jouas à Ninive n'était pas un fait sans portée; elle avait au contraire la signification la plus haute : en même temps qu'elle était pour ses compatriotes une exhortation à se repentir de leurs péchés (2), elle annonçait que Dieu ne voulait pas se révéler seulement aux enfants de Jacob, mais aussi à ces gentils si méprisés des Juifs ; c'était la prédiction de notre vocation à la foi : — « SuL nomine Ninive, Gentibus salutem nuntiat, » dit S. Jérôme (3) ; — comme le prélude du voyage des mages à Jérusalem et de la fête de l'Epiphanie. De plus, dans aucun autre livre de la Bible, la patience, la bonté et la miséricorde de Dieu n'apparaissent en traits plus touchants (4) : sa compassion pour le pécheur, sa facilité à lui pardonner, le soin qu'il prend de veiller sur tous, même sur les païens et jusque sur les animaux, sont peints dans ce récit en traits ineffaçables, et non?

(1) Le caractère historique du livre de Jouas est confirmé par Tobie, XIV, 4-6, 15 (texte grec) ; Josèphe, Ant. j'ud., IX, x, 2, mais surtout par le témoignage de N.-S., Matt., xii, 39,41; xvi, 4; Luc, xi, 29. (Le passage grec de Tobie est sujet à quelques difficultés.)

(2) « Scripta sunt ista ad correptionem Israelis, dit Théopbylacte. Qui enim non rubore suffundantur, si isti homines barbari et magna potentia florentes, et in deliciis ducentes vitam, qui nuUo tempore unquam propbetam audiverunt, adeo celeriter et sponte obediverunt prœdicatioui, ipsi vero lege Dei instituti ab ineunte aetate, et populus Dei eximius existentes, eos intérim, qui ipsis salutem annuntiabant, interfecerunt? » Expos, in Jonam argumentum^ t. cxxvi, col. 910. Cf. Matt., XII, 41 ; Luc, xi, 32.

(3) S. Jérôme, Ad Paulin., t. xxviii, col. 143. Théopbylacte dit la même chose, loc. cit., col. 907-910. Voir aussi S. Cyrille d'Alexandrie, In Jonam, i, 1, t. i.xxi, col. 602-606.

(4) « Benignus cum sit Deus..., prophetas misit, ut verbis eos (Judœos) terreret neque rébus ipsis puniret : quod et erga Ninivitas prœstitit. Nam et illic olim urbem se eversurum minatus est, non ut everteret, sed ul non everteret. » S. J. Chrys., In illud Isaix : Ego Dominus^ n. 6, l. LVi, col. 151.

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