ART. V. — JONAS
ne trouvons nulle part des paroles plus émouvantes que celles qui terminent ce récit et qui sont relevées encore parle contraste du peu de générosité de Jonas, regrettant que Ninive n'ait pas été anéantie : « Dixit Dominus : Tu doles super hederam, in qua non laborasti, neque fecisti ut cresceretf qux sub una nocte nata est et sub una nocte periit. Et ego non parcam Ninive, civitati tnagnx, in qua sunt plus quant centum vîginti millia hominum quinesciunt quid sit inter dexteram et sinistram suam^ et jumenta multa ? » Ces idées si élevées, qui ne pouvaient entrer dans l'esprit d'un Juif avant N.-S., si ce n'est par révélation, sont une nouvelle preuve de la vérité de l'histoire de Jonas et de son caractère divin.
§ IL — Explication du livre de Jonas.
DivisioD da liyre. — Désobéissance du prophète. — Prédication à Ninive. — Conséquences de cette prédication.
1089. — Division du livre.
L'histoire de Jonas se partage en trois sections : 1" Ordre d'aller prêcher à Ninive non exécuté par le prophète, i-ii ; 2o Histoire de sa prédication forcée, m; 3° Mécontentement que lui cause le pardon accordé aux Ninivites et leçon que Dieu lui donne, iv.
1090. — !'• section : Ordre que reçoit Jonas d'aller prêcher à Ninive; sa désobéissance; sa punition, i-ii.
1** Dieu commande à Jonas d'aller à Ninive, exciter les habitants de cette ville à faire pénitence de leurs péchés. Le prophète, par antipathie sans doute pour les Assyriens, qui avaient déjà fait beaucoup de mal à Israël du temps d'Achab et devaient un jour ruiner le royaume de Samarie, résiste à la volonté divine : au lieu de prendre la direction de l'est, pour aller à Ninive, il va à Touest, à Jaffa, et s'embarque sur un navire phénicien qui se rendait à Tharsis, en Espagne. Une tempête s'élève ; les matelots y voient avec raison un signe de la vengeance céleste contre un de ceux qui sont sur le vaisseau ; on tire au sort pour découvrir le coupable. Fugitivus hic, dit S. Jérôme, sorte deprehenditur, non
G4<) cniP VI. — LES DOUZE PETITS rROPUÈTES. M 090]
viribus sortiur» et maxime sortibus ethnicorum, sed voluntate ejiis qui sortes regebat incertas. Jonas reconnaît alors que Dieu veut punir sa désobéissance, et il accepte avec résignation le châtiment. Non tergiversatur^ dit S. Jérôme, non dissimulât, non negat; sed qui confessus fuerat de fuga, pœnam libenter assumit, se cupiens perire, ne propter se et cœteri pereant. On jette le prophète à la mer ; mais le Seigneur ne veut pas sa mort, il veut seulement l'obliger à remplir la mission qu'il lui a confiée : il a préparé un grand poisson qui le reçoit dans son sein et lui conserve miraculeusement la vie (1).
2° Nous ignorons à quelle espèce appartenait le poisson qui engloutit Jonas. On dit vulgairement que c'était une balaine (2); mais outre qu'elle est très rare dans la Méditerranée, elle a la gueule trop étroite pour avaler un homme entier. Le texte sacré ne détermine rien ; il dit simplement dâg gadôlf « un grand poisson; » Vulgate, piscem grandem; Septante, xtjxoç, cf. Matt., xii, 40. Il est vraisemblable que c'était une espèce de requin très vorace, squalus carcharias Linnsei\ il abonde dans la Méditerranée et dévore avidement tout ce qu'il peut saisir ; on a trouvé un cheval dans le ventre d'un de ces poissons, pesant cent quintaux et péché à l'île Sainte-Marguerite, en France; dans celui d'un autre, un homme avec son armure (3). Un fait encore plus intéressant,
(1) Pour ne pas admettre le miracle, Hermann vonderHardt a imaginé que Jonas avait été rejeté sur la côte et reçu dans une hôtellerie qui avait pour enseigne une baleine; d'autres ont supposé qu'il avait été recueilli en mer par un navire qui s'appelait la Baleine!
(2) C'est ce qu'on a cru jusqu'à Bochart qui a démontré la fausseté de cette opinion, Hierozoicon, part. II, 1. v, c. xii, 1692, p. 741-746. A peine le bras peut-il entrer dans la gueule de la baleine. Il est vrai que le cachalot, qu'on a proposé depuis, a la gueule assez grande, mais il est rare dans la Méditerranée et n'est pas vorace comme le requin.
(3) Voir Lacépède, Histoire des poissons, t. i, p. 189; Bloch, Histoire des poissons, iv, 31, § 1; Starck, Animal Kingdom, p. 305; du Tertre, H'stoire des Antilles, t. i[, p. 203. — 11 est du reste évident que, quoi qu'il en soit de la voracité du requin, et alors même qu'on admettrait qu'il pouvait avaler Jonas vivant, le prophète ne put rester vivant dans le ventre du monstre que par miracle. — Les Hollandais appellent cette
[1090] ART. V. — JONAS. 6 il
c'est celui qui est raconté delà manière suivante : a II arriva en 1758 que, pendant une tempête, un matelot tomba d'une frégate dans la mer. [Un requin], qui était tout près, saisit aussitôt le malheureux qui nageait et criait au secours, et la victime disparût sur-le-champ dans sa large gueule. Tandis qu'il nageait, quelques-uns de ses camarades s'étaient déjà jetés dans la chaloupe pour lui porter secours. Au moment même où il était dévoré, le capitaine du vaisseau, témoin de l'accident, eut assez de présence d'esprit pour ordonner de tirer sur le monstre avec un fusil qui était sur le pont. Le coup fut tiré avec tant de bonheur que le requin cracha aussitôt le matelot qu'il avait dans la gueule; sa proie n'était que légèrement blessée et elle fut repêchée aussitôt, encore vivante, par la chaloupe ; le poisson lui-même fut pris par les autres marins avec des harpons et des cordes, monté sur la frégate, et là suspendu en travers pour qu'il pût sécher. Le capitaine en fit ensuite don au matelot si extraordinairement préservé par la Providence. Et celui-ci se mit à parcourir l'Europe pour le montrer (I). »
3° Du sein du monstre qui l'avait englouti, Jonas adressa à Dieu une prière touchante, dans laquelle il implora son pardon, et lui promit obéissance (2). Le Seigneur l'exauça et le poisson déposa le prophète sur le rivage, probablement dans les environs de Joppé, le troisième jour après l'avoir dévoré.
espèce de requin le requin de Jonas, Jonas-Haay. On l'appelle aussi en français lamie.
(1) Des Ritters Cari von Linné voUstândiges Natursxjstem , mit einer ausfûkrlichen Erklàrung ausgefevtiget von Ph. Ludw. Statins Mûller, III Theil, Nuremberg, 1774, p. 268-261). L'auteur dit qu'il a vu lui-même le requin et le représente pi. xi, Cg. 5 : Der Meiischejifresser (le maugeur d'hommes) , squalus carchorias. Au sujet du cachalot, cf. ib., I Thcil, p. 503.
(2) Cette prière est empruntée en partie aux Psaumes : Jon., ii, 3 et Ps. XVIII, 7; cxx, 1 ; — Jon., ii, 4 et Ps. xlii, 8; — Jon., ii, 5 et Ps. XXXI, 23 ; — Jon., ii, 6 et Ps. xviii, 5 et lxix, 2 ; —Jon., n, 8 et Ps. cxlii, 4; xviii,7; — Jon., ii, OetPs. xxxi,7; — Jon., ii, iO et Ps. m, 9; xlii, 5 et L, 14, 23. (Nous citons les Psaumes d'après l'hébreu, où laressemblauce est plus frappante). C'est ainsi que Dieu a voulu qu'un de ses prophètes nous apprît à nous servir des Psaumes pour prier.
642 CnAP. VI. — LES DOUZE PETITS rROPnÊTES. [1002]
1091.— II« section : Prédication de Jonas à Niaive, m.
Jonas, désormais docile, se rend à Ninive, et il annonce à la cité coupable qu'en punition de ses péchés, dans quarante jours elle sera détruite. Le texte dit que Ninive était civitas magna, itinere trium dïerum, ni, 3. Plusieurs interprètes ont pensé, d'après cela, qu'il fallait trois jours pour traverser la ville ou du moins pour en faire le tour; mais ce n'est pas le sens du texte : il signifie simplement qu'il fallut trois jours à Jonas pour parcourir, dans tous les sens, les difiërents quartiers et faire entendre partout la menace du Seigneur. Ninive, bâtie sur les deux rives du Tigre, était, en effet, assez grande pour que le prophète eût besoin de trois jours afin d'accomplir sa mission. Les habitants de la capitale de l'Assyrie crurent à la parole de Dieu ; ils adoraient des divinités particulières, mais ils pensaient que les dieux des autres peuples étaient des dieux véritables. Sur l'ordre du roi, qui était probablement Binnirar (l),'ils firent pénitence, afin d'apaiser le courroux du Seigneur, depuis les hommes jusqu'aux animaux (2). Dieu, touché de leur repentir, leur fit miséricorde.
1092. —III» section : Mécontentement que cause à Jonaa le pardon accordé aux Ninivites, iv.
Jonas, dont la sensibilité était très vive, ne vit pas sans peine que Dieu faisait miséricorde aux Ninivites et ne réalisait point les menaces qu'il l'avait chargé de faire en son nom contre la cité coupable; il s'en plaignit au Seigneur, et se retira hors de la ville. La, pour se mettre à l'abri de Tar-
(1) La situation de l'empire niniviteà cette époque est parfaitement ressemblante au tableau qu'en trace le livre de Jonas, G. Rawlinson, Ancient monarchies, t. ii, p. 122-127. Cf. La Bible et les découvertes modernes, t. iv, p. 75-83; Ninive ai tempi di Giona profeta, Civiltà caltolica, 15 mai 1880, p. 401-418.
(2) Hérodote remarque que les Perses faisaient aussi en quelque sorte participer les animaux à leur douleur. Après la mort du général Masistîos, qui avait péri à la bataille de Platée, ils tondirent leurs chevaux et les autres bêtes de somme, en signe de deuil, ix, 24. Cf. Plutarque, Aristide, XIV, in fin.; Brisson, De regno Pcrsarum princip., ii, c. 206.
LE lUCLX.
Le ricin croît spontanément en Orient. C'est plutôt un arbrisseau qu'un arbre, mais il peut atteindre quatre à cinq mètres de hauteur. Quoiqu'on ne le cultive pas comme une plante capable de dojiner de l'ombre^ ses larges feuilles peuvent parfaitement mettre à l'abri du soleil.
[1092] ART. VI. — MTCnÉB. 643
deur du soleil, il se construisit une hutte. Dieu fît pousser une plante dont la croissance fut si rapide qu'elle protégea le prophète de son ombre. Cette plante est nommée dans le texte qiqayon; la Vulgate traduit par hedera; les Septante, par gourde ou citrouille ; on croit aujourd'hui communément que c'est le ricin (1), plante aux larges feuilles qui grandit très rapidement, mais qui se flétrit aussi promptement, quand elle est endommagée (2). Un ver la piqua le lende-
(1) Ricinus commiinis Linnœi, appelée aussi pa/wa Christij l'arbre merveilleux. Dioscoride le décrit ainsi, iv, 164, irept -/.(xeo); : « Arbuscula est parvae ficus altitudine, foliis platani, truncis ramisque cavis iu calami modum. » Le qiqayon est d'après les Talmudistes le Kik ou Kiki des Égyptiens, d'où l'on extrayait une espèce d'huile. Hérod., ii, 94; Pline, //. iV., XV, 7. Pline l'appelle ricinus. S. Jérôme a entendu aussi le ricin par qiqayon : Pro cucurbita sive hedera, iu hebraeo legimus ciceion. Est autem genus virgulli vel arbusculœ, lata habens folia in modum pampini et umbram deusissimam, suo trunco se sustinens, quîB in Palestiua, creberrime nascitur et maxime in arenosis locis iiiirumque in modum, si sementem in terram jeceris cito confota consnrgit in arborem, et intra paucos dies quam berbam videras, arbusculam suspicis. • Comm. in Jon., iv, 6, t. xxv, col. 1148. S. Jérôme nous a expliqué lui-même, immédiatement après ce passage, pourquoi il a traduit dans Jonas qiqayon par hedera, lierre, quoiqu'il sût très bien que ce mot désignait le ricin : <« Unde et uos eodem tempore que interpretabamur prophetas, voluimusid ipsum ilebreœ lioguse nonien {Ciceien) exprimere, quia sermo latinus banc speciem arboris non habebat [Pline est le seul auteur latin ancien, //. N., xv, 7, qui ait nommé cette plante, ricinus] :sed timuimus grammaticos, ne invenirent licentiam commeutandi, et vel bestias Indice, vel montes Bœoliee aut istiusmodi quœdam portenta conflngerent, secutique sumus veteres translatores, qui et ipsi hederam interpretati sunt, quae graece appellatur y.tacô; : aliud enim quod dicerent non habebant. « C'est sans doute à cause do la vague ressemblance de xtaaoç, lierre, avec qiqayon, que xktgo; fut adopté par quelques traducteurs grecs. Les Septante ont xoXoxuvôt], d'où la cucurbita de l'ancienne Italique. On sait par une lettre de b. Augustin à S. Jérôme, Ep. LXXf, n° 5, t. xxxiii, col. 242-^43, comment la substitution ù'hedera a cucurbita produisit une sorte de révolution dans l'église d'Oéa, en Afrique.
(2) « Rtimphius, in Herbario Amboinensi, 1. VI, c. 46, t. iv, p. 95^ narrât calidioribus diebus, tenui cadente pluvia, in ea generari erucas nigras magna multitudine, ejus folia per uuam noctem subito depnscentes, ut nudae modo costae supersint, idque se ssepius, non siue admiratione vidisse, simillime, addit, arbusculae olim niuiviticui. » J. D, Rlichaelis, Supplementa ad Lexica hebraica, pars vi, p. 218. Cf. Celse, Uierobotanicon , t. il, p. 273.
•il.
Gi^ CTIAP. VI. — LES DOUZE PETITS PROPDÈTES. [1094]
main matin et aussitôt elle fut morte. Un vent d'est venant alors à souffler, Jonas fut brûlé par le soleil" et il exprima à Dieu sa douleur. Hé, quoi ! lui répondit Dieu, tu es sensible à la perte d'une plante, et tu aurais voulu que je fusse insensible à la pénitence de Ninive, où il y a plus de cent vingt mille enfants innocents ? Ce dernier chiffre suppose à Ninive une population d'environ 600,000 âmes. — Le livre se termine ici brusquement, laissant au lecteur le soin de méditer sur les paroles profondes que Dieu vient de prononcer.
ARTICLE VI
Mîchée.
Vie, époque, style. — Analyse, explication de sa prophétie. 1093. — Vie, époque de Michée.
Michée, dont le nom complet était Michaya, Jer., xxvr, 18, (( qui est comme Jéhovah? » est le sixième des petits prophètes. Il était de Moraslhi, dans les environs de Geth, et différent d'un autre prophète Michée, fils de Jemla, qui vivait un siècle auparavant, III Reg., xxit, 8, 37. Il prophétisa à Jérusalem, sous les règnes de Joatham, d'Acbaz et d'Ézéchias, Mich., i, i ; il fut par conséquent contemporain d'Isaïe. Ses oracles s'adressent à toutes les tribus, mais particulièrement au royaume de Juda. Leur authenticité n'est pas sérieusement contestée : elle est garantie par la citation qui en est faite dans Jérémie, xxvi, 48, et par les rapports qu'on remarque entre Michée et Isaïe; Mich., ii, ji et Is., xxvni, 7; Mich., m, 5-7 etls.,xxix, 9-12; Mich., lu, 12et Is.,xxxir, 43-14; Mich., iv, i-5 et Is., ii, 2-5; Mich., v, 2-4 et Is.^ vu, 44; VIII, 9-15 (4).
* 1094. — Style de Michée.
Le style de ce petit prophète est remarquable par.rélévalion des pensées, l'éclat et la vivacité de l'expression, la richesse des images et des comparaisons, i, 46; ii, 42-44; IV, 9-10, la verve, la clarté, l'élégance, la pureté, l'harmo-
(1) On peut voir les traditions concernant la vie de Michée dans Ps.-Èpiphuae, De vilis prophelarum, u» 13, t. XLiii, col. 407.
[1095] ART. VI. — MIGDÉE. 645
nie; il aime les jeux de mots, comme tous les écrivains orientaux, i, 10-15; ses transitions sont brusques, m, 12- IV, 1; IV, 9-11; vu, 11-12.
1095, — Analyse et explication de la prophétie de Michée.
La prophétie de Michée renferme trois discours commençant tous par audiie, i, 2; ni, 4; vi, 1 : 1" Châtiment de Samarie et de Juda; i-ii; 2° Abaissement de Juda; glorification! de la maison de Dieu et restauration de Sion par le Messie, III- v; 3° La voie du salut, vi-vii. — Il prédit l'invasion de Salmanasar, i, 6-8; IV Reg., xvii , 4-6; celle de Sennachérib, i, 9-16; IV Reg., xvni, 13; la destruction de Jérusalem, m , 12; VII , 13; la captivité de Babylone, iv, 10, et le retour, iv, 1-8; vu , H; rétablissement du royaume messianique, IV, 8, et la gloire de Bethléem, v, 2.
V JDans le premier discours, i-ii, Michée annonce le châtiment des péchés d'Israël, i, 2-5, la ruine de Samarie, 6-7; la dévastation de Juda et la transportation de ses habitants, 8-16, à cause des violences des grands, ii, 1-11. Dieu traitera copendant avec bonté les restes de son peuple, 12-13.
2° Dans le second discours, iii-v, le prophète s'étend plus longuement , m , sur les péchés des princes, des faux prophètes, des juges iniques et des mauvais prêtres, et il leur prédit la ruine de Sion et du temple; mais il s'étend surtout sur la promesse du rétablissement d'Israël, in novissimo dierum, IV, 1; elle n'occupait que deux versets dans le premier discours, ii, 12-13 ; elle remplit ici les deux chapitres iv et v. Michée annonce la conversion des Gentils, la naissance du Messie à Bethléem , v, 2, Matth., ii, 6; Joa., vu, 42, et le triomphe du peuple de Dieu. Voici la traduction de la prophétie sur Bethléem, d'après l'hébreu, v, 2-5:
Et toi, Bethléem Éphrata,
Quoique trop petite pour compter entre les mille de Juda,
C'est de toi que sortira pour moi
Celui qui doit être le maître en Israël,
Dont lorigine est antique,
[Et remonte] aux jours les plus anciens.
Aussi les livrera-t-il jusqu'au teoips où eufantera celle qui doif enfanter,
Jusqu'à ce que le reste de ses frères retourne avec les enfants d'Israël; 11 se tiendra ferme et il gouvernera avec la force de Jéhovah, Dans la gloire du nom de Jéhovah, son Dieu, [la terre,
Et ils reviendront [les captifs] et il sera grand jusqu'aux extrémités de Il sera la paix.
« Il est certain, dit avec raison Calmet, qu'on ne peut nommer aucun libérateur d'Israël, depuis la captivité de Babylone, à qui tous les caractères marqués ici conviennent à la lettre, si ce n'est Jésus-Christ, vrai Messie, chef, dominateur, prince et libérateur d'Israël. »
S. Matthieu, ii, 6, paraît rapporter une partie de ce passage d'une manière contraire au véritable texte. Et tu, Bethlehem Ephrata^ parvulus es in millibus Juda^ dit Michée. Nequaquam minimaes in principibusJuda, lisons-nous dans l'Évangile. La signification de la prophétie n'est pas altérée sous cette dernière forme. Dans l'Ancien Testament, il s'agit directement de la grandeur matérielle de Bethléem, et indirectement de sa grandeur morale; c'est l'inverse dans le Nouveau Testament, mais le fond de la pensée est le même. Quant à la diversité de la forme, S. Jérôme l'a expliquée en disant que l'évangéliste avait reproduit en historien les paroles des scribes, telles qu'ils les avaient prononcées (i), cependant il est plus vraisemblable que S. Matthieu n'a pas eu l'intention de rapporter les termes mêmes de Michée et qu'il s'est contenté d'en donner le sens.
3° Le troisième discours, vi-vii, est un dialogue entre Dieu et son peuple; il dépeint d'une manière dramatique quelle a été l'ingratitude de ce dernier. Le prophète, vi, J-2, annonce la discussion; 3-5, Dieu rappelle à Israël les bienfaits dont ill'a comblé; 6-7, le peuple, ne pouvant nier son infidélité, demande comment il pourra désarmer la colère divine; 8, Michée lui montre la voie du salut et lui répond que c'est en faisant le bien; 9-16, malheui' aux enfants de Jacob s'ils/
(1) « Quod testimonium nec Hebraico nec Septuaginta inlerpretibus conveuire, me quoque taceute, perspiciium est, et arbitror, Matlhaeum Yolentem arguere scribatuui et saeerdotum, erga diviooe Scripturaî lectionem, negligeatiam, ôic eliam posuisse ut ab eis dictum est. » S. Jérôme, hi Mœh., 1. II, c. v, t. xxv, col. 1197.