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Discussion du texte du vœu de Jephté

Ceux qui soutiennent que Jephté n'immola point sa fille iterprètent le texte de deux manières difi'érentes : 1° Seloi> 5S uns, il faut rendre les mots qae S. Jérôme a traduits : tm holocaustum offeram Domino^ Jud., xi, 31, i^diT sit Jehovm LUT offeram in holocaustum, c'est-à-dire, si ce qui viendra le

(1) Jephté n'est pas justifié davantage par Jud., xr, 29 : « In illo :

U factus est Domini Spiritus super Jephté, considerabis quod jam modo

magistratuni transierat, ac contra hostes paulo ante victores insur-

ïxerit, ac proinde Spiritus confîrmatioue indigebat. Nec vero ob levé

)siu3 votum indicit, nec ob generis nobilitatem, nec ob vitœ ante actaB

splendorem, imo nec ipsum Deus in hoc excitasse dicitur, semel vero

excitatum ad justam victoriam est comitatus. » Procop. Gaz., In Jud.^

t. Lxxxvii, pars i, col. 1071.

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premier de ma maison, au devant de moi, quand je retournerai à Maspha, est une personne^ je la consacrerai au service du tabernacle (d); si c'est un animal qui puisse être offert en sacrifice, je l'immolerai au Seigneur comme holocauste. — 2° Selon d'autres, Jephté a l'intention d'off'rir à Dieu une personne^ non une cliose^ mais en la consacrant à son service, non en l'égorgeant sur l'autel. Examinons successivement ces deux interprétations.

d° Pour que la première interprétation fût admissible, il faudrait A) qu'on pût traduire par une particule disjonctive la particule hébraïque 1, ve, qu'on rend ici paraw^, « ou », et B) que Jephté n'eut pas eu exclusivement l'intention de vouer une personne, — Or, A) on ne peut pas traduire par une particule disjonctive la particule hébraïque 1, ve, car la disjonction s'exprime en hébreu par it^, 'ô, non par % ve. Si on pouvait parfois employer le 1, ve, dans un sens exclusif, ce qui est très contestable (2), c'était seulement a) quand l'équivoque n'étaitpas possible, et b) quand le contexte lui-même indiquait le sens exclusif. Mais, a) l'équivoque était assurément possible, elle était même certaine, puisque toutes les anciennes versions ont traduit ici le 1, ve, par et, au lieu de le traduire par ou. Et b) le contexte, loin d'indiquer ici le sens exclusif de om, s'y oppose formellement ; car, pour qu'on eût le droit de traduire : « sera à Jéhovah ou en holocauste », il faudrait qu'il y eût opposition ou exclusion entre les deux membres, ce qui n'est pas, puisque l'holocauste était j pour Jéhovah. — De plus, B) Jephté a eu exclusivement l'in-

(1) Ex., XXXVIII, 8; I Reg., ii, 22; Il Mac, m, 19; cf. Protevangelium ]acobi, c. VII et viii, Tischendorf, Evangelia apocrypha, 1876, p. 14 sq.

(2) Quelques hébraïsanls prétendeat, mais à tort, que la coDJonctioû T, ve, peut avoir en certains cas le sens disjonctif, par exemple, dans une éuuméralion. « 1 etiam disjunctive poni, pro aut, id magnopere coercendum et vix uuo probabili exemple nititur (quoique cette particule soit répétée des milliers de fois dans la Bible),.. Ex., xxi, 15, 17, verba percutiens patrem suum et matrem suam morietur, et nuiledicens patri siio et matri sux worie^w/^itaintelligendasunt, utverbumsii* gulatim unicuique legis membro applicetur, qui percutit patrem et qui percutitmatrem.» Gesenius, Thésaurus tùigux hetjrseit et chaldaicâg,\\.3^^. Nous n'avons même pas d'ailleurs dans Jud., xi, 31, une énumératiou.

teution de vouer une personne. L'explication que nous discutons attribue à Jephté l'intention de vouer soit ane personne, soit une chose. Elle applique le premier membre, (« à Jéhovah, ») aux personnes, et le second (« en holocauste, ») à un animal susceptible d'être immolé. Cette distinction n'est pas fondée, parce que le chef galaadite promet exclusivement à Dieu une personne. S. Jérôme a traduit avecraison, Jud. , xi, 3 1 , par quicumque prunus fuerit egressus de foribus domus mese, et non par quidquid. Tous les termes du texte hébreu ne peuvent s'appliquer qu'à des êtres raisonnables, non à des animaux. ({ Egredi alicui redeunti e ptigna victori obviam, nonnisi de hominibusdici potest, » observe Rosenmûller (l). « Non utique his verbis pecus aliquod vovit, avait déjà dit S. Augustin, quod secundum legem holocaustorum posset oflerre. Neque enim est aut fuit consuetudinis, ut redeuntibus cum Victoria de hello ducibus pecora occurrerent... Procul dubio nihil ahud quam hominem cogitavit (2). »

2" D'autres interprètes reconnaissent que le sens généralement attaché au vœu de Jephté : f offrirai en holocauste la première personne qui viendra au devant de moi, est le seul qui puisse être a.'opté, mais ils entendent ces paroles dans un sens figuré. L'holocauste, disent-ils, n'est pas ici un holocauste sanglant, c'est l'immolation de soi-même par la virginité. Renoncer au mariage, en Orient, à cette époque, était un grand sacrifice, surtout pour la fille du vainqueur des Ammonites; son père, en la vouant au célibat, se privait de tout espoir de postérité, car elle était son unique enfant. Ainsi, sans faire au texte aucune violence grammaticale, les défenseurs de cette explication arrivent au même résultat que ceux de la précédente : Jephté ne fît pas périr sa fille, il la consacra à Dieu.

Cette interprétation est ingénieuse. Elle a cependant contre

(1) Scholia in Judices, xi, 31 ; 1833^ p. 278. Remarquons que les cbieua n'étaient pas du nombre des animaux qu'on pouvait offrir en sacrifice.

(2) S. Âug., Quxst. XLix iii Jud. y t. xxxiv, col. 812. S. Augustin a traité longuement la question de la liUe de Jephté, col. 810-821; il a réi.oudu eu particulier aux objections qu'on pourrait eu tirer contre Uieu et la Sainte Ecriture, et tout ce passage mérite d'être lu.

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elle Vusage de la langue et les mœurs du pays. V On ne rencontre nulle part dans l'Ancien Testament le mot holocauste employé dans un sens métaphorique. 2° Le vœu de virginité était inconnu à cette époque chez les Juifs, et nous n'en trouvons aucun exemple certain avant la Sainte Vierge. Les Nazaréens, qui appartenaient à Dieu d'une manière spéciale, se mariaient, Jud., xiii, 5 et xiv, 2sq.; I Reg., I, 25 et viii, 5; les vierges mêmes qui avaient été présentées au tabernacle ou au temple recevaient un époux, comme Marie reçut Joseph. Gomment Jephté aurait-il donc pu entendre, par le mot holocauste, la virginité ?

Concluons. L'Écriture nous dit qu'il accomplit son vœu, Jud., XI, 39. Ce que nous savons de son caractère, Jud., xi, 3; xii, 4-6, donne trop Heu de penser que l'exécution de sa promesse fut l'immolation de sa fille, après qu'elle eût pleuré deux mois sa virginité, c'est-à-dire sa mort sans enfants. Dura promissio, acerbior solutio^ quant necesse habuit lugère etiam ipse qui fecity dit S. Ambroise. Jn vovendo fuit slultus, quia discretionem non habuity et in reddendo impius, dit S. Thomas (1).

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