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P^'^' CHAP. II. — LES JUGES ET RUTH

généalogie, qui n'est point donnée par le livre des Rois, se lit ici, IV, 18-22; elle est incomplète, car de Phares, fils de Juda, jusqu'à David, elle ne comprend que dix membres, ce qui est insuffisant pour un intervalle de six à huit siècles; mais l'auteur a voulu nous indiquer seulement les principaux ancêtres du grand roi, et établir qu'il descendait de Juda, fils de Jacob. L'histoire d'une Moabite, Ruth, a fourni à l'écrivain sacré l'occasion de raconter l'origine du véritable fondateur de la monarchie Israélite. Elle vivait du temps des Juges; c'est pourquoi ce livre est considéré comme une sorte d'appendice ou de supplément du livre même des Juges. Il est d'ailleurs impossible de fixer à quelle date précise se sont passés les événem3nts mentionnés dans Ruth. Des critiques ont pensé que c'était pendant les invasions des Madianites qu'avait eu lieu la famine dont parle i, \ ; Josèphe dit que Booz vivait du temps d'Héli, après la mort de Samson, Ant.jud., V, ix, 1. Il est impossible de résoudre Jà question. Nous ne savons pas davantage quel est l'auteur de cet écrit. Le style ne ressemble ni à celui du livre des Juges ni à celui des deux premiers livres des Rois. Plusieurs l'ont attribué à Samuel, d'autres à Ézéchias , sans preuves. Il a été probablement composé peu après la mort de David, puisque la généalogie finale s'arrête à ce roi, iv, 22 (i).

461. — Caractère des personnages et enseignements du livre de Ruth

Le livre des Juges nous raconte presque exclusivement les infidélités du peuple, suivies de délivrances miraculeuses. Si l'on jugeait tous les Israélites d'après ces peintures naturellement un peu sombres, on serait porté à être sévère envers eux. Mais jusque dans ces temps troublés, il y avait des âmes fidèles au Dieu de leurs pères, des familles où le culte de Jéhovah se conservait dans toute sa pureté. Le livre de Ruth supplée avec bonheur sur ce point aux lacunes du livre des Juges ; il nous fait pénétrer dans l'intérieur d'une famille bethléhémite et nous trace un tableau achevé de la vie domestique.

(l) Commentaire : Théodoret, In Ruth, t. lxxx, col. 517-528.

lîW] ART. m. — LE LIVRE DE RUT». Cj

C'est une ravissante idylle d'une incomparable fraîcheur, d'une grâce charmante, d'une délicate sobriété de touche, une œuvre d'art exquise (l). Le plus habile poète n'aurait pu imaginer des caractères mieux harmonisés et mieuxchoisis. Quelle belle figure que celle de Booz, homme de foi, plein de l'idée de Dieu, dont la pensée est présente à tous les détails de sa vie, II, 4, 12 ; III, 40, 13, diligent et soigneux dans la culture de ses terres, ii, 4; m, 2, bon pour ses serviteurs, condescendant envers eux, aimé de tous, ii, 4; libéral envers les étrangers II, 8, respectant le droit des autres et observant la loi, jusque dans son amour pour Ruth, sa parente! — Quelle touchante et sympathique figure que celle de cette Moabite, d'un dévouement si généreux pour sa belle-mère et pour la mémoiri^ de son époux, d'une modestie si simple, d'une patience si grande dans le support de la pauvreté, d'une docilité si candide aux avis de Noémi ! Cette étrangère, adoptée par le peuple de Jéhovah, à cause de ses vertus, destinée à devenir un des ancêtres du Messie, n'est pas seulement pour nous un beau caractère : elle est le gage de notre vocation à la foi, pour nous, gentils, qui avons été appelés comme elle de l'erreur à la vérité : Gentium figuram gerit Ruth, quas, relie ti'spatriis, Israelùicœ genti inserta est (2). — Noémi est le type dp la mère de famille, de la femme forte que devait chanter plus tard l'auteur des Proverbes ; c'est la femme religieuse, fidèle à remplir ses devoirs avec tact, sagesse et prudence, comptant toujours sur Dieu, dans l'adversité comme dans la prospérité, I, 8; II, 20. — Et pour faire contraste à ces figures si attachantes, Orpha, qui n'est point méchante, mais qui n'a pas le cœur assez généreux pour suivre jusqu'au bout sa belle-

■(1) « La variété ne manque pas à la poésie des Hébreux, dil exandre de Humboldt. Tandis que depuis Josué jusqu'à Samuel, elle respire l'ardeur des combats, le petit livre de Ruth la glaneuse offre un tableau de la simplicité la plus naïve et d'un charme inexprimable. Goethe, à l'époque de son enthousiasme pour l'Orient, l'appelait le poème le plus délicieux que nous eût transmis la muse de l'épopée et de l'idylle. Commentar zum West-ostlichen Divans p. 8. •» Cosmos^ trad. Paye et Galuski, 1864, t. ii, p. 53-54, (2) Origène, R«M, t. xii, col. 990.

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