Caractère des deux premiers livres des Rois
1° Les deux premiers livres des Rois entrent dans de longs détails sur les faits qu'ils racontent, excepté dans quelques passages qui ont la forme abrégée de chroniques ou d'annales ; ils contiennent une véritable biographie des trois personnages que l'auteur nous présente, en se permettant seulement quelques répétitions, comme on en trouve dans Homère et dans tous les écrivains Orientaux. — 2° L'unité de composition est attestée par l'unité de plan et par le langage qui est toujours le même, généralement semblable à celui des écrits antérieurs, mais avec un certain nombre de mots et de locutions nouvelles.
t. Lxxxiii, col. 161-162, quanquam apud Latinos propter prolixitatem Bui in quatuor parlibus sit desectus, apud Haebraeos tamen in duobus divisus est voluminibus. » La division du livre de Samuel et du livre des Rois en deux formant en tout quatre livres, a été introduite pour la première fois, dans la Bible hébraïque, par Bomberg, dans ses éditions célèbres du texte original publiées à Venise en 1525 et années suivantes, n" 90, note.
(1) Le temps ne peut être rigoureusement déterminé, parce que nous ne connaissons pas la durée de la vie de Samuel, n» 449.
466. — L'auteur des deux premiers livres des Rois n'est pas le même qye l'auteur des deux derniers.
Les deux premiers livres des Rois n'ont pas été écrits par l'auteur du troisième et du quatrième, quoique plusieurs critiques l'aient soutenu. — 1° Ces deux livres forment un tout complet; les derniers chapitres du second forment même une sorte d'appendice qui montre que l'auteur était arrivé au terme de son œuvre. — 2° Le plan des deux écrivains n'est pas le même. Le plus ancien écrit plutôt des biographies que des annales ; il entre dans une foule de détails circonstanciés et peu importants en apparence ; le plus récent raconte brièvement ; il ne développe pas, il omet beaucoup de faits. — 3" Les deux derniers livres des Rois renvoient souvent aux sources auxquelles ils ont puisé, savoir les annales de Salomon, et celles des autres rois dont ils racontent l'histoire (I). Rien de pareil dans les livres de Samuel, qui mentionnent seulement le Livre des Justes, II Reg,, i, 18. — 4° L'historien de Salomon et de ses successeurs fait aussi des allusions directes aux livres de Moïse, et les cite; allusions et citations qu'on ne rencontre pas dans l'historien de Saûl et de David (2). — 5° Le style des troisième et quatrième livres des Rois se distingue enfin de celui du premier et du second par des néologismes et des aramaïsmes particuliers. L'historien de Saûl et de David est au contraire un des meilleurs écrivains en prose de l'âge d'or de la littérature hébraïque. Il tient parmi les prosateurs le même rang qu'Isaïe et Joël parmi les prophètes. Il n'a point les archaïsmes du Pentateuque, mais il y a cependant moins de difi'érence entre Moïse et lui qu'entre
(1) m Reg., XI, 41; xiv, 19, 29; xv, 7, 23, 31; xvi, 5, 14, 20, 27; XXII, 39, 46; IV Reg., i, 18; viii, 23; x, 34; xii, 19; xiii, 8, 12; xiv, 15, 18, 28; XV, 6, 11, 15, 21, 26, 31, 36; xvi, 19; xx, 20; xxi, 17,25; xxiii, 28; XXIV, 5.
(2) Ce dernier connaît certainement le Pentateuque, n» 241 ; il nomme Moïse, I Reg. xii, 6, 8, comme III Reg., viii, 9, 53, 56; IV Reg., xviii, 4, 6, 12; mais tandis que l'auteur de III et IV Reg., aime à mentionner expressément la loi, lil Reg., ii, 3; IV Reg., xiv, 6; XXI, 8; xxiii, 25, de même que les Annales des Rois de Juda et d'Israël, celui de 1 et II Reg. ne fait point de citations.
le poète Lucrèce et Virgile ; il n'a pas non plus ce qu'on a appelé les provincialismes de Fauteur des Juges, qu'on a supposé avoir vécu dans le nord de la Palestine; il est supérieur à l'auteur des Paralipomènes, qui appartient à l'âge de fer, et aussi à l'auteur des troisième et quatrième livres des Rois, chez qui l'on trouve un certain nombre de chaldaïsmes, tandis qu'on n'a pas pu en découvrir plus de six dans les deux livres de Samuel. Il y a quelques expressions qui lui sont propres; il est le premier qui appelle Dieu Dominus exercituum ou Jéhovah Sabaoth; mais cette dénomination devient très fréquente à partir de cette époque, et on la retrouve dans les deux derniers livres des Rois, comme dans les autres écrivains de la même époque (1).