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Des sources des deux premiers livres des Rois

\° L'auteur n'en indique qu'une, le Livre des Justes, d'où il a tiré l'élégie de David sur la mort de Saûl et de Jonathas (1) , mais on peut croire qu'il a eu entre les mains des documents historiques, émanant des prophètes, et auxquels Tauteur des Paralipomènes a puisé comme lui, car les sections, II Reg., viii-xxiv et I Par., xi- XXI, quoique différant à certains égards dans l'exposition, à cause de la diversité du Lut poursuivi, concordent parfois mot pour mot, ce qui parait indiquer une source commune, peut-être celle que mentionne I Par., xxix, 29, c'est-à-dire les écrits de Samuel et de Gad. — 2° Les livres de Samuel forment d'ailleurs un tout suivi et bien fondu et ne sont pas une compilation indigeste d'anciens matériaux, quelquefois contradictoires, comme l'ont prétendu les rationalistes de nos jours. Nous avons vu que l'auteur a suivi un plan déterminé, n° 4.65; les contradictions qu'on a voulu relever sont imaginaires, comme nous allons le montrer.

470. — Des contradictions prétendues des deux premiers livres des Rois.

1° Ce qui est dit I Reg., x , i, que Saûl a été sacré par Samuel, sur Tordre de Dieu, n'est pas en opposition, ainsi qu'on

si leur authenticité était constatée, que les deux premiers livres des Rois ont été écrits sous Roboam, après l'invasion de Sésac, roi d'Egypte. Les autres indications chronologiques qu'on lit dans le texte, I Reg., VIII, 8; xii, 2; xxix, 3, 6, 8; II Reg., vu, 6, ne jettent aucun jour sur la question.

(1) II Reg., i, 18. Le livre des Justes ou du Juste, comme l'appelle le texte hébreu, n'est cité que dans ce passage et Jos., x, 13, à l'occasion du miracle du soleil arrêté. C'était probablement le nom donné à une collection de poèmes nationaux et populaires, qui existait déjà du temps de Josué, et auxquels on ajoutait, au fur et à mesure de leur composition, les chants les plus remarquables. Les Septante ne mentionnent pas ce livre dans Josué, x, 13, ils le nomment seulement dans il Reg., 1,48.

l'a prétendu, avec ï Keg., x, 20-25, où Saûl est choisi par le sort. David fut aussi sacré d'abord par le même prophète et reconnu plus tard par le peuple. Saûl est secrètement désigné par Dieu avant de l'être publiquement dans l'assemblée du peuple.

2» Les deux causes pour lesquelles les Hébreux désirent un roi , savoir la cupidité des enfants de Samuel, I Reg., viii, 3- 5, et les menaces d'invasion des Ammonites, I Reg., xii, 12, 13, ne s'excluent point, comme on Ta affirmé : elles concordent parfaitement ensemble; seulement l'historien ne s'est pas cru obligé de les faire connaître en même temps j. mais quand il en a trouvé l'occasion.

3° Une origine différente est-elle attribuée, I Reg., x, H et XIX , 24, au proverbe : Num et Saul inter prophetas? — Nullement; le premier passage indique la véritable origine de ce proverbe ; le second , à quel moment il fut remis en circulation et devint plus connu.

4° David, I Reg., xvi, 18-22, demeure auprès de Saûl pour lui jouer de la cithare; plus tard, quand il a vaincu Goliath, le roi lui demande quelle est sa famille, xvii , 55-38. La conciliation de ces deux passages est jugée difficile; elle a paru impossible, dit-on , aux Septante, puisqu'ils ont supprimé, dans leur traduction, vingt- neuf versets, c'est-à-dire xvii, 12-31 et xvii, 55-xviii, 5. Le P. Houbigant et beaucoup d'autres ont rejeté ces passages comme interpolés. — Leur omission par les Septante ne prouve rien , parce que leur version offre beaucoup d'autres exemples d'additions, de retranchements et de changements, d'où l'on ne peut rien conclure contre la vérité des Livres Saints (1). Quant à la

(1) Le Codex Vaticanus, qui est reproduit dans les éditions ordinaires des Septante, ne renferme pas, il est vrai, les passages en question, mais d'autres manuscrits de cette version les contiennent, et ou les lisait dans les exemplaires dont se servait l'Église grecque, puisque les commentateurs grecs les ont cités et ont essayé de les expliquer. « Quoraodo Saul ignoravit Davidem? demande Théodoret, lnten\, XLiii in I Reg., t. xlxxx, col. 567-568. — Duorum alterum c^t iutelligendum, répond-il. Vel quod furore percitus non sentiebat eum pulsaulem cilbarum, vel quod invidia eum in furorem verterit, ita ut exacte scire vellet wideyiam esset. « Ce dernier membre de phrase donne, croyons -nous, la véritable exollcation. — Procope de Gaza

contradiction, elle n'existe pas, puisque l'auteur lui-même rattache xvii, 12, à xvi, en disant : David, fîlius viriEphratasi, de quo supra dictum est; hébreu : Ephrataei istius. Saûl demande quelle est la famille de David, de qua stirpe, xvii, 55, non qui il est.

5° On allègue aussi comme contradictoires les faits rapportés, I Reg., XXIV et XXVI : David, qui aurait pu tuer Saûl, se contente de lui couper le bord de son vêtement dans la caverne d'Engaddi et de lui enlever sa lance et sa coupe à Hachila. — On suppose faussement que les deux chapitres racontent le même fait. Il n'en est rien. David épargna deux fois les jours de Saûl , dans des circonstances très différentes.

6** Il est dit, I Reg., xv, 35 : Non vidit Samuel ulfra Saul usque ad diem mortis suse, et nous lisons cependant I Reg., XIX, 24, au sujet de Saûl : prophetavù... coram Samuele, — Le premier verset cité signifie que Samuel n'alla plus voir Saûl pour lui faire visite, mais non qu'il ne le vit plus, même accidentellement, comme dans cette circonstance.

7*' Une dernière contradiction qu'on croit découvrir dans

répète à peu près la môme chose, Comm. in l. I Reg., c. xvit, 53, t. Lxxxvii, col. 1103 — Hugues de Saint- Victor, dans ses Adnotatiuncutae in II Beg., xvii, t. clxxv, col. 99, répond de la manière suivante : « Quomodo Saul hic David ignorât et progeniera ejus quserif, cum superius ad Isai patrem ejus misisse legatur, dicens : Mitte ad me David filium tuum qui est in pascuis, David quoque ad eum venisse et coram eo stetisse, dilectusque ab eo fuisse, et armiger ejus factus asseratur. Sed notandum quod potentes in quotidiana hominum frequentia positi, non omnes circa se conversantes possunt agnoscere : preecipue eos quos nec dignitas personse commendat, nec diutina conversatio familiares efficit. Quia igitur David puer adhuc et contemptihilis, neque regia familiaritate dignus brevi tempore cum Saule manserat, non mirum est si eumdem modo ad tam egregium opus procedentem diligentius notatum ignorât. Nam quod prius eum ad Isai patrem ejus mittens ex nomine vocat, nequaquam notitiae adscribendum est, quia eo nomine illum vocat quod ex relatione suggerentium didicit. Non autem ex prœcedentis notitia familiaritatis agnovit. » — ï Reg., XVII, 54, donne lieu à une nouvelle difficulté. « Cum nondum habitasset Hierosolymis, quomodo in banc urbem intulit [David] caput alienigenae? — Jebussei quidem adhuc eam inhabitabant : eis autem terrorem incussurus, ostendit illis caput viri iûsignis fortitudinis. » Théodoret, Interr, LXll in I Reg., col. 567,

les deux premiers livres des Rois est relative au récit de la mort de SailL I Reg., xxxi, 2-6 et II Reg., i, 2-12, ne sauraient avoir été écrits, dit-on, par le même écrivain, puisqu'ils contiennent deux versions différentes du même événement. — Il est vrai que les deux récits sont inconciliables, mais c'est parce que le premier raconte les choses telles qu'elles se sont passées en effet, et que le second est une invention de rAmalécite(l). L'historien rapporteles mensonges de l'Amalécite, parce qu'ils ont été dits : que conclure de là contre sa véracité ou contre l'unité de composition? Évidemment rien.

§ II. — Des deux derniers livres des Rois.

Contenu et division. — But de l'autenr. — Auteur. — Sources. — Véracité. — Contradictions prétendues. — Difficultés chronologiques. — Tableau chronologique comparé des rois de Juda et d'Israël.

471. ~ Contenu et division des III« et IV« livres des Rois. Ces deux livres n'en forment réellement qu'un, partagé en deux par les Septante et par la Vulgate. Ils contiennent l'histoire de 427 ans, selon la chronologie ordinairement reçue, c'est-à-dire depuis l'avènement de Salomon, en 4015, jusqu'à la destruction du temple, en 588 (2). On leur a donné le nom de livres des Rois, parce qu'ils s'occupent principalement de l'histoire des rois depuis la mort de David jusqu'à la captivité. Ils se partagent en trois sections : 1° règne de Salomon, III Reg., i-xi (4015-975); 2» histoire des royaumes séparés de Juda et d'Israël, lïl Reg., xii-IV Reg., XVII (975-721); S*» histoire du royaume de Juda depuis la ruine du royaume d'Israël jusqu'à la captivité de Babylone,

(1) La plupart des interprètes anciens et modernes n'ont vu que des mensonges dans le récit de la mort de Saûl tel qu'il est fait par l'Amaléeite. Théodoret, répondant à ceux qui reprochaient à David d'avoir tué le messager qui lui avait annoncé la mort de son rival, dit, entre autres choses, pour le justifier : Verbis quoque addiderat mendacium^ se nominans occisorem Saulis. In librum II Regnorum Interr. /, t. Lxxx, col. 598. Procope de Gaza s'exprime ainsi : Fingit^ quanquam frustra, se Saulem interfedsse. In lib. Il Regum, i, 15, t. Lxxxvii^ pars 1*, col. 1119. a Nous ne doutons pas, dit Calmet, In I Reg., xxxi, 4, p. 349, que ce que raconte l'Amalécite à David,... ne soit absolument faux. »

(2) En ne tenant pas compte de l'épisode de la sortie de prison de Jéchonias, en 561, IV Reg., xxv, 27-30.

IV Reg., xvm-xxv (721-588). Ils commencent là où s'arrêtent les deux livres de Samuel, mais ils forment une œuvre indépendante et complète, comme le prouvent l'unité du plan , la manière particulière de présenter les faits et le style propre de Técrivain, n® 466.

472. — But et plan de l'auteur des III^ et IV« livres des Rois.

V Le but de l'auteur est de montrer l'accomplissement de la promesse de Dieu à David : Cumque completi fuerint dies tuiet dormieris cum patribus tuis, suscitabo semen tuum post te, quod egredietur de utero tuo, et firmabo regnum ejus. Jpse sedificabit dornum nomi'ni meo, et stablliam thronum regni ejus usque in sempiternum. Ego ero ei in patrem et ipse erit mihi in filium : qui si inique aliquid gesserit, arguam eum in virga virorum, et in plagis filiorum homïnum. Misericordiam autem meam non auferam ab eo, sicut abstuli a Saul, quem amovi a facie mea, II Reg., vu, 12-15.

2° Nous voyons tour à tour les rois fidèles à Dieu récompensés de leur fidélité et les infidèles punis de leurs péchés, mais non rejetés comme Saûl. Les fautes de Salomon sont châtiées en la personne de son fils Roboam qui perd dix tribus, mais conserve Jérusalem et la tribu de Juda. Les successeurs de Roboam portent aussi le poids de leurs iniquités ou sont protégés par le Seigneur, selon qu'ils le méritent. Israël expie par la déportation son incurable idolâtrie; Juda satisfait à la vengeance divine par la captivité de Babylone.

3° Pour rendre visible l'intervention de la Providence dans le gouvernement de son peuple, l'auteur des derniers livres des Rois fait surtout des extraits d'ouvrages antérieurs plus développés, mais en les coordonnant et les disposant selon le plan qu'il s'était tracé, de manière à produire une œuvre pleine d'unité. La marche qu'il suit est toujours uniforme : il décrit le commencement, le caractère et la fin de chaque règne ; il indique la mort et la sépulture de chaque roi en termes à peu près identiques (1) ; il apprécie les actions des princes

(1) Cf., pour la mort et la sépulture, III Reg., xi, 43; xiv, 20, 31; XV, 8, 24; XXII, 51; IV Reg., vm, 24; xiii, 9; xiv, 29; XV, 7, 38; xvi,

[173] ART. I. — INTRODUCTION AUX LIVRES DES ROIS. "''i

d'après la loi de Moïse (1) et marque avec so'n :a chronologie (2).

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