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Mission de Samuel

Samuel, consacré à Dieu par sa mère, était appelé à jouer un rôle très important dans l'histoire d'Israël, beaucoup moins par les victoires qu'il remporta sur les Philistins et par les jugements qu'il rendit dans les cas litigieux, que par les changements qui datent de son époque et dont il fut l'agent principal.

i® 11 est le premier des prophètes y I Reg., ni, 20, dans la succession régulière de ces hommes extraordinaires, que Dieu fît apparaître dès lors sans interruption, pendant plusieurs siècles, pour servir de contrepoids à la royauté et pour être, parmi les enfants de Jacob, ses représentants, ses interprètes, ses ministres, les gardiens et les défenseurs de la religion. Ex quo sanctus Samuel propheta cœpit, dit S. Augustin, et deinceps donec populus Israël in Babyloniam captivas vehereturj... totum est tempus prophetarum (2). Moïse et Débora

(1) Cf. I Reg., II, 1 et Lue, i, 46; I Reg., ii, 4-5 et Luc, i, 51-53 ; I Reg., II, 7-8 et Luc, i, 52, 48. Pour tout ce qui regarde le cantique d'Anne, voir Mer Meignan, Les prophéties contenues dans tes deux premiers livres des Rois, 1878, p. 71-102. — S. Augustin a commenté ce cantique. De Civ. Dei, 1. XVII, c. iv, t. XLi, col. 526-532. — Sur la piété d'Anne, on peut voir S. J. Ghrys., De Anna sermones quinque. t. Liv, col. 631-676.

(2) S. Aug., De Civ. Dei, 1. XVII, c. 1, t. XLi, col. 523. On peut voir tout ce chapitre, intitulé : De temporibus Prophetarum. Cf. Act., m, 24; XIII, 20 i I Reg., IX, 9, 11, 18, 19; 1 Par., ix, 22; xxvi. 28; XXix, 29.

avaient été prophètes, mais c*est seulement à Samuel que s'ouvre cette série continue de personnages merveilleux devant lesquels vont souvent s'éclipser les rois eux-mêmes. Cette qualité de prophète, d'inspiré de Dieu, lui acquit, beaucoup plus encore que son titre déjuge, l'influence si considérable qu'il exerça sur Israël.

2** Non seulement il fut prophète; mais il créa les écoles de prophètes; du moins c'est de son temps qu'elles apparaissent pour la première fois, I Reg., x, 5, 10. Ceux qui en faisaient partie formaient une sorte de réunion ou communauté que les Septante appellent église, et la Vulgate, grex^ cuneus^ IReg., X, 5, 10. Ils avaient un supérieur (5a»2we/ stantem super eos, I Reg., xix, 20), auquel on donnait le nom de Père, 1 Reg., X, 12, ou de Maître, IV Reg., ii, 3, et ils étaient appelés fils des prophètes, IV Reg., vi, 1. Ils s'appliquaient à louer Dieu, l Reg., x, 5, 10; xix, 20-24; I Par., xxv, 1, 6; leur principale étude était sans doute celle de la loi. Leur nombre variait, selon les circonstances. Cf. III Reg.,xvni, 4; XXII, 6; IV Reg., ii, 16. Leur chef était vraisemblablement consacré par l'onction sainte, comme le fut Elisée, III Reg., XIX, \6; cf. Is., Lxi, 1 ; Ps. civ, 15. Ils ne prédisaient pas tous l'avenir (I), mais c'est là que furent élevés plusieurs de ceux dont Dieu fit, dans la Terre Promise, les organes de ses volontés. Samuel est ainsi le premier fondateur des institutions régulières d'instruction religieuse. Il les établit dans sa propre résidence, à Rama, dans des habitations rustiques que le texte sacré appelle Nayoth, I Reg., xix, 19 ; xx, 1, analogues peutêtre aux cabanes de feuillage qu'avaient plus tard les disciples d'Elisée près du Jourdain, IV Reg., vi, 4. Le texte sacré ne nous a pas conservé l'histoire suivie des écoles de prophètes, mais nous savons qu'elles se perpétuèrent et nous en trouvons

(1) Nous lisons dans l'histoire de Saûl : Num et Saul inter prophetas? I Reg., X, II, 12; xix, 24. Cf. n» 470, 3«>. — Le mot prophète ne s'entend pas ici de celui qui prédit l'avenir ou reçoit l'inspiration prophétique; il signifie simplement celui qui se livre aux exercices religieux des disciples des prophètes. Cf. I Reg., x, 5; xviii, 10; I Par., XV, 27; xxv, 1.

88 cnAP. ir. — les livres des rois. [483]

longtemps après àBéthel, IVReg., ii, 3; à Jéricho, IV Reg., 11,5; à Galgala, IV Reg., iv, 38, et ailleurs, IV Reg., vi, \. Cf. III Reg., XVIII, 4, etc.

3° Le fondateur des écoles de prophètes fut aussi le fondateur de la i^oyauté en Israël: il sacra Saûl, au nom de Dieu, et le réprouva, montrant en lui ce que ne devait pas être le monarque hébreu ; il sacra aussi David, le chef de la dynastie de Juda, le père du Messie et le modèle du roi selon le cœur de Dieu, malgré quelques écarts. Il ne vit pas régner David; d'autres prophètes devaient continuer auprès de ce prince l'œuvre qu'il avait inaugurée ; mais en face de Saûl, dont un homme d'un grand caractère et d'une puissante autorité déjà acquise pouvait seul dominer le caractère violent, impétueux et mobile, il représenta l'indépendance de la loi morale et la volonté divine, supérieure à tous les caprices des souverains. Lorsqu'il adresse à Saûl cette parole si profonde: Melior est obedieniia quam victimx et auscultare magis quam offei^re adipem arietum, î Reg., xv, 22, il nous montre quel rôle vont jouer les prophètes à la cour des rois, en même temps que, par ce mot, le fondateur des écoles prophétiques nous pré- Dare de loin aux révélations de l'Évangile.

§ II. -- Règne de Saul (1095-1035), I Reg., xiii-xxxi.

Caractère général. — Débuts et actions glorieuses. — Déclin et chute. 483. — Caractère général du règne de Saûl.

i** Le règne de Saûl se compose de deux parties complètement différentes : la première nous le montre tout à la fois l'élu de Dieu et l'élu du peuple, parvenant au trône non par usurpation ni par voie de conquête, mais par la volonté libre et le consentement de tous les intéressés, et répondant aux vues de Dieu sur sa personne : c'est la période glorieuse du début, I Reg., ix-xi; xiii, 1-5, 15-23 ; xiv. La seconde partie nous le fait voir infidèle à sa mission, désobéissant aux ordres de Dieu, rejeté par lui et se précipitant à sa ruine, xv-xxxi.

2» Ces deux moitiés de l'histoire du premier roi des Hébreux

paraissent contradictoires et inconciliables. Pourquoi est-il l'élu de Dieu, s'il doit manquer à sa vocation^ ou pourquoi manque-t-il à sa vocation, si Dieu l'y a appelé ? Nous rencontrons ici le même mystère que dans la vie du traître Judas. Le choix divin ne détruit pas la liberté humaine ; la grâce no s'impose pas ; même celui que le Seigneur désigne peut être entre ses mains un instrument indocile et rebelle. La Providence sait d'ailleurs tirer le bien du mal. Saûl prépara David. David fut le vrai type du roi théocratique, mais il n'aurait jamais été ce qu'il fut, si son prédécesseur n'avait été victime de sa révolte. Il fallait que le premier roi d'Israël fût un exemple pour tous ceux qui devaient venir après lui, et qu'il leur apprît, par ses malheurs, que le chef du peuple de Dieu ne pouvait pas le gouverner comme les autres monarques de l'Orient gouvernaient leurs sujets. De plus, les Hébreux euxmêmes méritaient d'être châtiés, et ils le furent en Saul et par lui : ils avaient rejeté la royauté divine, I Reg., viii, 7, ils avaient manqué de confiance en Dieu ; ils en sont punis par les malheurs de leur premier roi.

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