EXPÉRIENCE
Ouvert le 5 juillet par Le Roy et Bailly.
J’ai attaché, sans beaucoup de précaution, à nn bâti d’environ quinze pouces de long , très-irrégulièrement fabrique, dt-ux horloges ordinaires dont le pendule battait les secondes.
"Après avoir réglé ces horloges à peu près , je me snis aperçu, au bout de quelque temps , qn’elles battaient constamment les secondes ensemble. J’ai dérangé à dessein leurs vibrations , elles se sont toujours remises , en sorte que depuis plus de quatre mois (i) , sans y avoir touché , elles ne se sont point dérangées de la moindre différence.
La cause de cette égalité constante et de cet isochronisme se fait bientôt apercevoir; en effet, le choc occasionné par l’échappement de chaque pendule communique un mouvement au bâti qui les soutient, et lui fait faire un nombre d’ébranlemens et de vibrations particulières et analogues à chaque clioc. Ces ébranlcmens et ces vibrations se contraignent parce qu’elles ne sont pas exactement semblables ; d’où il arrive que de ces deux mouvemens il s’en forme un moyen qui influe à son tour sur les*pendules, en sorte que de la combinaison de ces trois mouveinens composés des vibrations, du choc des deux pendules et des fibres du bois* du bâti , il
(i) Josias Émary a bien vu deux horloges battre la même seconde pendant trois mois ; mais elles étaie^h très-voisines , et probablement le plancher transniellait les vibrations. ( La-» lande, tom. u, art. 3465, pug. 65a, édit. de.,i 7 t)a.
s’en forme un commun et moyen entre tous , qui les comprend et les unit ensemble.
D'après rette expérience , j’ai pensé que le moyen sûr de régler le pendule d’une horloge serait de lui joindre deux, trois, ou même un plus grand nombre d’horloges de même grandeur et même calibre; d’attacher ces horloges à un bâti solide de bois de sapin bien choisi, qui aurait le fil du bois a angle droit avec la verge du pendule. *On pourrait lui donner une forme agréable; on ferait tous les essais possibles pour en déterminer la figure, la longueur, la largeur et l’épaisseur ; on pourrait le disposer et le creuser en forme d’instrument de musique, lui tendre à l’unisson des cordes de boyau ou de laiton par le moyen des chevilles.
J’assure que ces horloges à peu près réglées battront tonstamment les secondes ensemble; les erreurs respectives se compenseront, les irrégularités qu’elles occasionnent dans une seule disparaîtront dans l’assemblage de plusieurs, et se réduiront à rien par les contractions respectives : elles seront d'autant plus difficiles à se déranger , que les erreurs seront respectivement très-petites , et que le nombre de ces erreurs sera multiplié, parce que chacune séparément se confondra dans la combinaison de toutes ensemble^ etc. * '
J’espère même qu’il sera possible de faire de bonnes horloges à ressort et à balancier; de les enchâsser en nombre suffisant sur une caisse en forme d’instrument de musique, tendu de cordes, comme les précédentes; qu’il sera facile de trouver * les moyens d$les mettre dans un vaisseau et même dans une voiture, suspendues dans des caisses gar- 1 nies de coussins de crin. Elles doivent, comme je
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pense , produire le même effet que celles dont j’ai donné le détail, et battre ensemble les secondes, etc. A Paris, ce 19 août 1772.
Signé, N. Noël, garde et démonstrateur du cabinet de physique du roi , à Passy.