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CHAPITRE III

ÉLÉMENTS DE LA BILE Pigments et acides biliaires.

La bile humaine est un liquide vert jaimâtre au moment de sa production et dont la couleur se fonce par suite de son séjour dans la vésicule biliaire. Elle est visqueuse, gluante. Elle ne renferme pas de matières albuminoïdes. Le précipité qu'y fait naître l'alcool concentré est formé par de la muàne; sa densité varie de 1020 à 1033, et elle renferme environ le dixième de son poids de matériaux solides, dont les principaux sont les acides et les pigments biliaires, la mucine et la cholestérine.

Nous allons les passer successivement en revue :

Mucine. — La mucine ne fait pas partie constituante de la bile, telle qu'on la rencontre dans les canaux hépatiques ; elle est sécrétée par les parois de la vésicule biliaire, et son mélange avec la bile a Ueu dans ce réservoir. On peut l'extraire de la bile en traitant ce liquide par quatre ou cinq fois son volume d' alcool concentré et séparant par le filtre le précipité ainsi formé.

La bile ainsi débarrassée de la mucine n'est plus susceptible d'entrer en putréfaction.

La mucine séparée de la bile par l'alcool peut facilement se redissoudre dans l'eau. La mucine est également pré-

cipiLéc de la bile par l'acide acétique; dans ces cas, Ic^ précipité ainsi produit n'est plus soluble dans l'eau pure, mais seulement dans l'eau alcalinisée.

La mucine n'est point un produit de sécrétion spécial à la vésicule biliaire; on la retrouve dans le mucus qw sécrètent toutes les membranes muqueuses (voir à Mmcus) : ou la rencontre assez souvent dans l'urine sans qu'elle provienne de la bile.

Acides biliaires. — On peut considérer la bile (abstraction faite des matières colorantes; comme une dissolution de deux sels à base de soude : le cholate de soude (abondant dans la bile de bœuf) et le choléate ou taurocholate de soude, très abondant dans la bile des carnivores et dans celle de l'homme.

L'acide cholique est parfois désigné sous le nom d'acide glycocollique, parce qu'on peut le dédoubler en glijeocolk et acide cJiolalique ; Vacide choléique est désigné sous le nom d'acide taurocholique, parce qu'on peut le dédoubler en taurine et acide cholalique. Cet acide cholalique peut être considéré comme le point de départ des acides biliaires ; nous reviendrons plus tard sur ce point.

La bile de l'homme contient du cholate et du choléate de soude; mais ce dernier sel est le plus abondant.

On peut les extraire en bloc de la bile en opérant de la manière suivante. On mélange la bile avec du noir ani- j mal et on évapore à siccité au bain-marie. Le résidu est I traité à chaud par l'alcool concentré. On filtre, puis on évapore pour retirer l'alcool, et on mélange avec de Véthei anhydre; il se fait alors un précipité gélatineux qui prend peu à peu l'aspect cristallin ; on le désigne sous le nom de sel naturel de la bile, bile cristallisée de Platner. C'est un mélange de' cholate et de choléate de soude. Le choléate domine si l'opération a été faite avec de la bile humaine ; c'est au contraire le cholate de soude qui se trouve en plus forte proportion si l'on s'est adressé à la bile de bœuf.

ÉLÉMENTS DE LA BILE 18i^

Préparation des acides biliaires cholique et choUique. — On opère de préférence avec la bile de bœuf, qu'on peut se procurer facilement et en grande quantité.

AcJde cholique ou g-lycocollique C^SlPs^^xO'^. — Ou verse dans la bile de bœuf de ïacétate neutre de plomb tant qu'il se forme vm précipité ; on recueille ce précipité et on répuise par l'alcool bouillant. Dans le liquide alcoolique filtré, ou sépare le plomb par un courant d'hydrogène sulfuré ; on filtre de nouveau et on évapore en consistance sirupeuse ; le liquide ainsi obtenu est conservé et ne se prend en masse cristalline qu'au bout d'un temps très long.

L'acide cholique est soluble dans 300 fois son poids d'eau froide; il se dissout facilement dans l'alcool et très peu dans l'éther. Il se combine avec les alcalis et donne des sels très solubles dans l'eau.

Les solutions dévient à droite le plan de la lumière polarisée.

Acide choléique ou tauroctaolique C^^H^Az^O^^S^. — Cet acide est peu abondant dans la bile de bœuf, mais l'est beaucoup plus dans la bile humaine. Que l'on opère sur l'une ou sur l'autre, on commence par éliminer l'acide cholique par un traitement à Vacétate neutre de plomb ; on ajoute alors un liquide filtré de sous-acétate de plomb contenant de l'ammoniaque, et il se forme un précipité de choléate de plomb, que l'on met. en suspension dans l'alcool et qu'on décompose par un courant d'hydrogène sulfuré, comme pour la préparation de l'acide choléique; on termine de même.

Uacide choléique, ainsi que l'indique sa formule, contient du soufre ; il est ordinairement liquide ; en le maintenant longtemps dans le vide en présence de l'acide' sulfurique, on peut le dessécher; mais il ne cristalhse point. Il se dissout bien dans l'eau et dans l'alcool, et donne des sels en se combinant aux alcahs. Lui et ses sels dévient à droite le plan de la lumière polarisée.

Transformations des acides cholique et cholélque. —

■Ces deux acides sont susceptibles d'éprouver des Iransformations rertiarqual)les, indiquées par le second nom sous lequel on les désigne parfois.

L'acide cholique bouilli plusieurs lieures avec un acide ou un alcali caustique se dédouble en glycocolle et en acide rholaliquG en fixant deux molécules d'eau :

C32H43AzO>2 4- 2H0 = C48H400'o + C^H^AzO* Acide cholique. Acide cholalique. Glycocolle.

Par une transformation du même ordre, ïacide choléique <lonne de même de Vacide cholalique et de la taurine :

CB2H'VSAzOi*S2 + 2H0 = G^SHWO'o + CHY'kzO^S'^ Acide choléique. Acide cholalique. Taurine.

C'est pour ces raisons que l'on considère Vacide cholalique C'*'IP"O'0non azoté comme le point de départ des deux acides biliaires et qu'on a donné à Vacide cholique le nom iVacide glycocollique et à Vacide choléique celui d'acide taurocholique, pour rappeler cette origine. Cet acide cholalique est peu soluble dans l'eau même bouillante, et soluble dans l'alcool et l'éther. On peut l'obtenir cristallisé en tétraèdres incolores et brillants. Si on le chauffe vers 200 degrés, ou si on le soumet à une ébuUilion prolongée avec les acides minéraux, il se dédouble à son tour en eau et en dyslisine C^^H^^O^

La taurine C^ÎFAzS^O^ est un corps très curieux, remarquable par sa grande richesse en soufre ; on peut l'obtenir en faisant bouillir plusieurs heures avec de l'acide clilorhydrique une bile riche en acide choléique, par exemple celle d'un Carnivore. Après filtration, on évapore à siccité et on reprend le résidu par l'alcool très concentré ; la taurine insoluble reste dans le résidu. On la dissout ensuite dans l'eau bouillante et on la fait cristalliser.

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Elle cristallise eu petits prismes clinorhombiques, transpareuts et incolores : elle se dissout daus 13 parties d'eau froide et plus facilement dans l'eau bouillante. Elle est presque insoluble dans l'alcool très concentré, et sa solution aqueuse n'est précipitée ni par les sels d'argent ni par ceux de mercure et de plomb.

Réaction des acides biliaires. — Les acides biliaires et leurs dérivés sont tous susceptibles d'éprouver une réaction commune qu'on désigne sous le nom de réaction de Pettenkofer et qui sert à les caractériser.

Elle consiste en une coloration pourpre qu'ils développent au contact simultané de Vacide sulfiirique et du sucre avec le concours d'une température d'environ 60 degrés. €ette température est presque toujours atteinte par la chaleur provenant du mélange de l'acide sulfurique avec l'eau qui tient en dissolution les acides biliaires; mais si la chaleur dégagée n est pas suffisante, on doit chauffer légèrement.

Voici commenl on opère : Dans un verre à pied, on place le liquide qui contient les acides biliaires (urine) avec quelques gouttes d'une solution de sucre, puis on fait tomber en petit filet de l'acide sulfurique concentré ; en même temps, on agite avec une baguette de verre ; la chaileur dégagée est toujours suffisante pour porter le mélange à une température convenable; la coloration, d'abord violette, passe au pourpre. 11 ne faut pas ajouter trop de sucre ni surtout trop chauffer (si l'on est obligé d'employer la chaleur), car l'acide sulfurique réagit sur le sucre, le carbonise, et le mélange se colore en noir. Parfois l'urine ne renferme pas assez d'acides biliaires pour donner directement la réaction de Pettenkofer.

Si d'abord elle contient de l'albumine, il faut l'en débarrasser, car cette substance entrave la réaction. Puis on évapore à siccité 300 à 400 grammes d'urine' et on épuise -le résidu avec de l'alcool à Su" ; on filtre et on évapore

cette solution alcoolique. Le résidu qu'elle abandonne est de nouveau traité par Vulcool absolu, qui laisse les sels indissous. La nouvelle solution alcoolique ainsi obtenue esl évaporée, et le résidu dissous dans l'eau, puis précipité par une quantité strictement nécessaire de sous-acétate de plojnb (éviter un excès). Lorsque le précipité est bien rassemblé au fond du vase, on décante, puis on jette sur un filtre ; on le dessèche par compression entre plusieurs doubles de papier buvard; on Tépuise par l'alcool bouillant, qui dissout les cholates et choléates de plomh. — Cette dissolution alcoolique est additionnée de carbonate de soude, qui transforme les acides biliaires en sels de soude solubles, tandis que le plomb passe à l'état de carbonate; on évapore à siccité au bain-marie, puis on reprend par l'eau distillée, qui dissout les cholates et choléates de soude.

Cette dissolution est alors soumise à la réaction de Pettenkofer.

Pigments biliaires. — Les matières colorantes de la bile sont au nombre de cinq :

La bilirubine C^^H'^Az^O^, La biliverdine C^-^H^oAz^O'o, La biliprasi7ie C^sH^^Az^O'^, La bilifuchsine La biUhumine »

Toutes ces substances, que l'on peut extraire soit de la bile, soit des calculs biliaires , paraissent dériver d'une seule, la bilirubine.

Bilirubine C^^A'^Az^'O^ — Pour Cette raisou que cette substance est le point de départ de toutes les autres, elle ne se trouve qu'en petite quantité dans la bile, où elle est combinée avec les alcalis terreux ; elle constitue presque exclusivement certains calculs biliaires.

Pour la retirer soit de la bile, soit de l'urine ictérique, on additionne ces liquides d'acide chlorhydrique et on les agite avec du chloroforme. Si l'on opère sur des calculs,

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on commence par les pulvériser et les traiter par l'éllier pour les débarrasser des matières grasses et de la cholestériue qu'ils renferment; puis on les traite par l'eau bouillante qui dissout les sels; enfm on les chauffe avec de l'acide chlorhydrique et on évapore à siccité ; le résidu ainsi obtenu, est épuisé par le chloroforme bouillant, qui dissout la bilirubine.

Dans les deux cas, on obtient une solution chloroformique de bilirubine : on la distille. Pour cette opération, on se sert avec avantage du petit alambic spécial que j'ai fait construire. Le résidu est ensuite repris par l'alcool : la bilirubine insoluble dans ce dissolvant se précipite, et l'alcool retient en dissolution la bilifiichsine (voir plus bas) ■ on fdtre ; la bilirubine reste sur le papier : on la lave à l'alcool, qu'on réunit au premier.

La biluribine retenue sur le filtre est alors dissoute dans^ le chloroforme, puis précipitée une seconde fois par l'alcool et finalement reprise par le chloroforme et cristallisée^ par évaporation de ce dissolvant.

La bilirubine se présente sous forme d'une poudre jaune orangé, cristallisée en prismes microscopiques. Elle est insoluble dans Veau, très peu soluble dans Valcool et Véther , très soluble dans le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone. Ces solutions sont précipitées par les sels métalliques solubles, et il se forme des précipités formés par une combinaison des oxydes de ces métaux avec la biluribine, combinaison qui est insoluble dans l'eau et le chlo-reforme. La bilirubine se dissout avec facilité dans les alcalis caustiques. Ces solutions sont fortement colorées. Si l'on étend d'alcool une solution alcaline de bilirubine et qu'on y ajoute un 'peu d'acide azotique, il se produit une succession de couleurs dans l'ordre suivant : du jaune, la solution passe au vert, au bleu violet, au rouge, au jaune sale. Si l'on n'agite pas le liquide, toutes ces couleurs sesuperposent.

La réaction se produit également en l'absence de l'al- •cool, mais il faut alors se servir d'acide azotique contenant des vapeurs nilreuses (il suffit pour cela de l'exposer au soleil ou d'y projeter au moment de s'en servir quelques parcelles d'azotite de potasse).

Les solutions alcalines de bilirubine deviennent rapidement vertes au contact de l'air; elle se transforme en biiir verdine en absorbant de l'oxygène.

En résumé, la bilirubine est la plus importante des matières colorantes de la bile ; c'est la seule qui ait une individualité propre : toutes les autres en dérivent.

Biiiverdine C^^IPOAz^O'o. — Nous venons de voir comunent elle dérive de la bilirubine; c'est donc un produit ■d'oxydation. On la prépare en exposant à l'air une solution alcaline de bilirubine, dans un vase à large surface ■et en agitant de temps à autre. Puis, lorsque la coloration verte ne paraît plus augmenter, on précipite par l'acide clilorhydrique. Le précipité est lavé à l'eau, puis traité par l'alcool bouillant, qui dissout seulement la biliverdine et l'abandonne par évaporation, sous forme d'un résidu verdàtre . La bilirubine est évidemment soluble dans les alcalis caustiques et en est précipitée par les acides;- elle se dissout dans Yéther et le chloroforme ; ces solutions sont vertes, ce qui les distingue de celles de bilirubine. Elle donne avec l'acide azotique la môme succession de coul,eurs que la bilirubine. Les agents réducteurs, tels que l'acide sulfureux, détruisent sa couleur verte et la font passer au jaune.

On trouve la biliverdine dans l'urine ictérique, et souvent elle y existe en quantité assez considérable pour donner lieu à un précipité, lorsqu'on ajoute dans l'urine (luelques gouttes d'acide clilorhydrique.

Biliprasine C'^H'-^^Az^O^. — La biliprasine dérive de la biliverdine par l'addition de deux molécules d'eau ; on la rencontre en petite quantité dans les calculs biliaires.

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Pour l'eu extTcaire, on pulvérise ces calculs et ou les épuise successivement par Veau, Vacicle chlorhydrique, Yéthei' et le rhlorofoi-me, de façon à enlever toutes les substances solubles dans ces dissolvants ; la biliprasine reste dans le résidu : on l'en extrait par Valcool.

Hydrobilirubine C''-H*»Az'*0^. — M. Maly, en traitant par l'amalgame de sodium de la hilirubine dissoute dans une solution faible de potasse caustique et en précipitant ensuite par l'acide chlorhydrique, en a séparé une matière ayant encore quelques caractères de la bilirubine, mais en différant parce qu'elle est soluble dans l'alcool et presque insoluble dans l'eau ; elle l'est assez cependant pour que sa solution dans ce liquide vire au rouge par l'addition d'un acide. Cette hydrobilirubine ne donne plus de réaction colorée avec l'acide azotique nitreux, et sa solution dans l'eau ammoniacale (contenant un excès de cet alcali), additionnée de chlorure de zinc, devient dichro'ite, rouge pâle par transmission et présente de très beaux reflets verts par réflexion.

On rencontre assez fréquemment Y hydro bilirubine dans Turine. On la caractérise par l'action successive du chlorure de zinc et de Vammoniaque. Rarement l'urine contient assez d' hydrobilirubine pour donner uu précipité quand on Ja traite par les réactifs indiqués; il est pour ainsi dire toujours nécessaire d'isoler ce pigment. Au lieu d'avoir recours au sous-acétate de plomb, il est beaucoup i)lus simple d'avoir recours au sulfate d'ammoniaque, comme le fait M. Méhu. L'urine est saturée de ce sel, puis passée sur un filtre qui retient le pigment. Après dessiccation, on traite ce filtre par l'alcool ; ce dissolvant s'empare de Y hydrobilirubine et se colore en jaune. 11 suffit alors d'ajouter dans cet alcool du chlorure de zinc et de Vammoniaque pour obtenir la coloration et le dichroïsme caractéristiques de Y hydrobilirubine.

Biiifuchsine Q^^W^ki^O^. — Cette substance accompagne la bilirubine dans la bile, l'urine, les calculs. Elle

présente les mêmes propriétés. Nous avons vu, en parlaiil de la bilirubine (page 192), comment on la séparait de cette substance en traitant par l'alcool le résidu de la distillation chloroformique. Pour retirer la bilifuchsine,i\ ne reste plus qu'à évaporer cet alcool et à laver le résidu à l'étlier.

Ses solutions alcalines sont d'un brun rouge.

Biiihamine. — Celte dernière matière, dont il nous reste à parler, est très incomplètement étudiée, et on n'en connaît pas la composition centésimale. Elle reste comme résidu lorsqu'on a traité un calcul biliaire successivement par tous les dissolvants neutres {eau, alcool, éther, chloroforme) et l'acide chlorhydrique ; il reste alors une matière brune que l'on dissout dans un alcali caustique, soude ou ammoniaque, et qu'on précipite ensuite par l'acide chlorhydrique ; cette matière est la bilihumine. |

Recherche des pigments biliaires. — On caractérise les j pigments biUaires dont nous venons de parler par l'action qu'exerce sur eux l'acide azotique nitreux. Nous avons indiqué cette réaction en parlant de la bilirubine. On la i désigne sous le nom de réaction de Gmelin. Nous indique- j rons plus loin comment on la produit avec Turine ictérique.

Choiestérine. — La cholestérine fait partie des éléments de la bile; mais, comme on ne la rencontre jamais dans l'urine qu'à l'état de sédiment, nous en parlerons en traitant de ces derniers. ji

Urine ictérique. — Sous certaines influences, les élé- ' ments de la bile et principalement les pigments biliaires passent dans l'urine. Ce liquide acquiert alors une coloration spéciale, caractéristique : on le désigne sous le nom d'wn'ne ictérique.

Une telle urine est brune, jaune, jaune verddtre, verte, el tache fortement le linge; la réaction est tantôt acide (l'urine est alors verdàtre), tantôt alcaline (l'urine esl jaune ou brune). Ces différentes colorations tiennent à la prédominance d'une des matières colorantes de la bile.

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Il est toujours assez facile de caractériser une urine ictérique; parfois cependant il est nécessaire d'isoler lepigment afin de le caractériser. L'agitation d'une urine ictérique avec les dissolvants neutres (étlier et chloroforme) ne donne pas toujours des résultats satisfaisants.

Si l'urine est colorée en jaune, la bilinibine prédomine; on peut alors acidifier cette urine avec de l'acide chlorhydrique, puis l'agiter avec du chloroforme, dans lequel la bilirubine est soluble; si au contraire l'urine est verte et que la biliverdine prédomine, il faut l'agiter avec Véther; il peut même arriver que, si la biliverdine est abondante, elle se dépose lorsqu'on ajoute l'acide chlorhydrique.

Souvent aussi, ce traitement ne donne pas de résultats satisfaisants ; on soumet alors l'urine à la réaction de Gmelin. Dans un verre à pied, on place quelques centimètres cubes d'acide azotique nitreux i (voir page 194), puis, au moyen d'un tube effilé, on fait arriver à la surfacede l'urine préalablement filtrée. La coloration commence d'abord à la surface de séparation, puis s'étend à l'urine dans l'ordre suivant : vert, bleu, violet, rouge qX jaune. Puis, au bout d'un certain temps, toutes ces nuances se confondent, et le mélange reste uniformément teinté en orangé. Pour que la réaction soit caractéristique, il faut constater très nettement l'existence de la couche verte et violette: l'acide azotique donne en effet une coloration rouge avec des urines qui ne renferment pas de pigments biliaires. Si l'urine renferme de l'albumine, il faut préalablement séparer cette albumine par la chaleur avant de soumettre l'urine à l'action de l'acide azotique nitreux.

On peut également rechercher dans une urine ictérique la présence des acides biliaires, et pour cela on la soumet

1. il faut que l'acide ne soit pas trop chargé de vapeurs nitreuses, car alors il décompose l'urée, et l'agitation qui résulte du dégagement gazeux mélange les différentes couches du liquide et empêche d'observer ht réaction.

à la réaction de Petteukofer (voir page 191); mais ces acides passent toujours dans l'urine en faible quantité relativement aux pigments biliaires, et le plus souvent, si l'on veut constater leur présence, on est obligé de les isoler préalablement.

11 se présente assez souvent des cas où l'on ne peut •caractériser les pigments biliaires en opérant directement sur l'urine. Il devient alors nécessaire d'agiter avec ■du chloroforme l'urine préalablement acidifiée et de répéter plusieurs fois cette opération tant que le chloroforme se colore; on réunit le chloroforme provenant de ces traitements et on le fdtre, puis on le place dans un verre à pied et l'on fait arriver à la surface de l'acide azotique nitreux, lequel, étant plus léger, surnage le chloroforme. La coloration se produit au sein du chloroforme, mais en sens inverse de celui que nous avons indiqué plus haut, puisqu'ici l'acide azotique occupe la partie supérieure du vase.

M. le Méhu conseille de précipiter l'urine par l'acé- ■tate neutre de plomb; le précipité est recueilli sur un filtre, lavé à l'eau distillée, puis dissous dans Veau ammoniacale; cette dissolution, évaporée, abandonne les pigments biliaires {bilirubine, biliverdine), qu'on peut séparer par le chloroforme, Yéther et caractériser ensuite. On peut aussi, d'après le même auteur, précipiter les pigments biliaires que contient l'urine en la saturant de sulfate d'ammoniaque. On sépare le précipité par le filtre, et, en le traitant successivement par les divers dissolvants, on peut en séparer la bilirubine et la biliverdine.

M. le docteur G. Paul a fait connaître il y a quelque temps un moyen assez commode pour déceler les pigments biliaires. On prépare une solution aqueuse à 1 pour 500 de violet de méthylaniline (violet de Paris). Cette solution, qui est d'un très beau violet, vire au rouge lorsqu'on la mélange avec de l'urine ictérique. Il se forme, d'après mes

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recherches, une sorte de laque, et il n'y a pas qu'un simple mélange de couleurs, comme on l'a prétendu à tort.

Passage dans l'urine des matières colorantes de la rhubarbe, du sené, du semen contra. — La rhubarbe, le sené et toutes les substances qui renferment de l'acide chrysophanique colorent l'urine en jaune brun. Avec un peu d'attention, on ne peut confondre ces urines avec une urine ictérique ; en effet, elles virent au rouge par l'addition d'un alcali caustique, et très souvent contiennent de l'oxalate de chaux en abondance (provenant de la rhubarbe); de plus, elles ne donnent pas la réaction de Gmelin. Enfin il ne faut jamais négliger d'interroger le malade. La matière colorante du semen contra passe également dans l'urine, qu'elle colore en jaune; mais cette coloration passe au rouge par l'action des alcalis caustiques et disparait par l'addition d'un acide.

Urines dites hémaphéiques. — On doune très improprement ce nom à des urines de coloration rougeâtre ou acajou, avec sédiments d'un rouge plus ou moins vif, que l'on rencontre dans un certain nombre d'affections du foie. Au premier abord, on pourrait les prendre pour des urines sanguinolentes ; mais l'examen microscopique suffit pour empêcher cette erreur, d'autant plus facile à commettre que ces urines renferment parfois de ï albumine. Il peut également arriver que ces urines soient sanguinolentes ; elles renferment alors des hématies.

Les caractères de ces urines sont assez tranchés.

On ne peut, malgré leur couleur, les confondre avec des urines ictériques, car elles ne donnent pas la réaction de Gmelin. Elles se colorent en rouge violacé ou en bleu lorsqu'on les étend de deux à trois fois leur volume d'acide Morhycbique ou sulfurique ; Yacide azotique les rougit fortement : la nuance varie de Vacajou au rouge hyacinthe.

Lorsque le sédiment est abondant, il fixe avec énergie <e pigment, et on peut enlever la matière colorante, avec

difilcullc, il est vrai, en Iraitant par l'acool, qui se colore en rouge acajou.

M. Méhii a démontré que ce pigment, qui d'un côté a quelque ressemblance avec la bilirubine, en diiïére par sa solubilité dans l'eau et dans l'alcool; ses solutions alcalines ne verdissent pas au contact de l'air ; il ne donne pas lieu à la réaction de Gmelin; enfm son pouvoir colorant est inliniment moins considérable que celui de la bilirubine. Ce pigment provient du foie, aussi M. Méhu propose-t-il de désigner les urines qui en renferment sous le nom d'urines rouges hépatiques. On leur avait donné le nom (Turines hcmcqjhêiques, parce que Ton supposait que le principe colorant était l'hémapbéine, matière brune résultant de la décomposition de Thématine et étudiée par Franz Simon. Pour extraire ce pigment rouge, M. Méhu conseille d'aciduler l'urine et de la saturer de sulfate d'ammoniaque; il est môme bon d'employer un léger excès de ce sel. Le pigment se sépare et est recueilli sur un fdtre ; après dessiccation, on traite par l'alcool concentré, qui dissout le pigment et le sépare du sulfate d'ammoniaque qu'il retient.

Les urines qui renferment ce pigment peuvent en même temps être ictériques, albumineuses ou sucrées.

Coloration bleue de l'urine. Urines bleues. — Nous avons déjà indiqué cette coloration page 7.

Lorsque la matière colorante bleue existe en quantité notable, on l'observe dans les urines qui sont en putréfaction et .par suite alcalines; elles contiennent alors un sédiment abondant de phosphates et carbonates terreux.

Un examen rapide montre que cette matière colorante violacée est un mélange de deux substances, l'une bleue et l'autre rouge. Si en efl'et on agite une de ces urines avec du chloroforme ou de Véther, ces dissolvants se séparent chargés de teintes roses ou violacées, mais jamais de bleu.

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D'autre part, si l'on filtre l'urine primitive, le filtre retient une matière bleue, et l'urine filtrée colore toujours en rose le chloroforme ou Véther. On en conclut que la matière bleue est insoluble dans l'eau et dans l'urine, tandis que la matière rouge est soluble dans ces liquides.

La matière bleue a reçu le nom d'uroglaucine (Ileller) ou à'indigotine (Schunck) ; elle présente les propriétés de l'indigotine végétale, et la même composition C'CK^AzO^. Elle est insoluble dans l'eau, l'éther, le chloroforme, mais se dissout un peu dans l'alcool froid et assez facilement dans l'alcool bouillant. Elle se dissout dans l'acide sulfurique concentré et le colore en bleu. On obtient alors une véritable solution sulfurique d'indigo qui est précipitée par l'eau et décolorée par les produits chlorés et nitreux. Les substances réductrices, telles que le sulfhydrate d'ammoniaque, le proto-sulfate de fer, la décolorent et la font passer à l'état d'indigo blanc.

On peut se procurer de Viiroglaucine en filtrant les urines à dépôt violacé ; après dessiccation du filtre qui relient seulement la matière bleue, on le traite par l'alcool concentré bouillant. Ce dissolvant se colore en violet et par évaporation abandonne Yiiroglaucine souillée de quelques sels. On enlève ces sels par un lavage à l'eau froide, et on dissout une seconde fois Vuroglaucine dans l'alcool bouillant. Par une évaporation ménagée, on obtient de petits cristaux prismatiques, aUongés, d'un très beau bleu ; l'alcool qui leur a servi d'eau-mère retient les dernières traces de matière colorante rouge. Eu opérant ainsi, on peut déterminer la proportion d'uroglaucine contenue dans une urine.

La matière colorante rouge a reçu le nom dHndirubine ou wrhodine. Elle est très soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, le chloroforme ; aussi elle reste en dissolution et passe avec elle lorsqu'on jette ce liquide sur un filtre pour on séparer Vuroglaucine.

Pour isoler cette indirubine, on acidifie très légèremeril l'urine avec Yacide acétique ou chlorhydrique, on la filtre et on l'agite avec du chloroforme ou de l'éther. On évapore ces dissolvants, et le résidu est l'indirubine.

On peut la reprendre par l'alcool, qu'elle colore en très beau rouge, et faire évaporer de nouveau; l'indirubine ne cristallise pas. En opérant sur un poids déterminé d'urine et en pesant le résidu, on peut déterminer la proportion d'indirubine.

Ces deux matières colorantes ne préexisteraient pas dans l'urine, mais proviendraient, d'après M. Schunck, de la décomposition d'une autre substance découverte par Heller et appelée par lui itroxanthine. Schunck la nomme indican et lui attribue la formule G^eiIsiAzOï'.

Cet indican ou indicane existe dans l'urine normale, mais en très faible quantité; sa proportion augmente dans certaines affections. Pour l'extraire, on précipite de l'urine récente par le sous-acétate de plomb, on sépare par le liltre ce premier précipité et on le rejette. Dans l'urine filtrée, on ajoute alors de l'ammoniaque, de manière à obtenir un second précipité, que l'on sépare à son tour et que l'on met en suspension dans l'alcool. On le décompose par un courant d'hydrogène sulfuré; l'indicanmis en liberté se dissout dans l'alcool. On filtre pour séparer le sulfure de plomb, et Talcool est évaporé au baiu-marie, puis le résidu abandonné dans le vide en présence de l'acide sulfurique.

L'indican ainsi [obtenu retient assez souvent des traces | de sucre, dont on peut le débarrasser en l'agitant avec do j l'oxyde de cuivre; puis on enlève le cuivre dissous eu faisant passer dans la liqueur quelques bulles d'hydrogène sulfuré. I

C'est cet indican qui est la source des matières colo- I rantes bleue et rouge dont nous avons parlé. I

Il peut en effet, sous l'influence des acides et des fer- I

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ments, se- dédoubler en donnant de Viirogkiucine (ou indigotine), de Vwrhodine et un sucre particulier, Vindiglucine G^H^O*, qui ne peut fermenter et réduit facilement la liqueur cupro-potassique.

Cette même décomposition s'accomplit sous l'influence des ferments et par conséquent dans l'urine en putréfaction. C'est pour cela que l'on trouve de ïuroglaucine et de Vurrhodine dans ces urines. On utilise la décomposition de Yindican sous l'influence des acides pour mettre en évidence la présence de cette substance dans l'urine. Il suflil en efi"et de faire bouillir une urine avec un dixième de son volume d'acide chlorhydriqiie, ou bien de la traiter à froid par deux à trois fois son volume du même acide, pour obtenir une coloration violette, si l'urine contient de l'indican. Il est bon, comme contrôle, d'agiter la même urine avec de Véther, qui doit se charger de Vurrhodine produite en même temps. On élimine ainsi la cause d'erreur provenant de l'action qu'exerce l'acide chlorhydrique sur les matières albuminoïdes. En effet, une urine qui renferme de l'albumine se colorerait en violet par l'action de l'acide chlorhydrique ; mais cette urine, agitée avec l'éther, ne colorerait pas ce dissolvant; et du reste il est toujours facile de constater la présence de l'albumine, et dès lors on est averti de cette cause d'erreur.

Pour la recherche de l'indican, on peut substituer l'emploi de Y acide azotique k celui de l'acide chlorhydrique ; mais il faut employer cet acide avec précaution, car un excès peut décolorer l'indigotine mise en liberté ; son emploi est avantageux lorsque l'on recherche l'indigotine dans une urine putréfiée. Une telle urine contient en elïet du suifhydrate d'ammoniaque, dont l'action réductrice a décoloré l'indigotine. Dans ces conditions, l'acide azotique agit comme oxydant et fait reparaître la couleur.

On rencontre surtout l'indican dans l'urine des cholériques et des sujets atteints de carcinome.

Leucine G'^H'^AzO'*. — La leucine esl un produit conslant de la décomposition des matières animales riches en azote et de l'action des alcalis et des acides forts sur ces mêmes matières. Elle existe normalement, en même temps <|ue la tyrosine, dont nous parlerons tout à l'heure, dans le foie, le pancréas et la rate ; elle passe parfois dans les urines, mais seulement dans les cas de ramollissement du foie.

Propriétés. — La leucine est assez soluble dans l'eau froide : 3,7 pour 100, et davantage dans l'eau bouillante; elle est très peu soluble dans l'alcool même bouillant, insoluble dans l'éther. Elle cristallise en petites lamelles na- (Tées lorsqu'elle est pure; mais, lorsqu'elle est impure, telle qu'on peut l'obtenir dans une recherche clinique, elle se présente sous forme de petites boules jaunâtres, hérissées de pointes fines. Chauffée avec précaution vers 170°, elle ne fond pas, mais se sublime directement en flocons lanugineux, comme le fait l'oxyde de zinc; ce caractère la distingue de la tyrosine. Si l'on élève davantage la température, vers 180 degrés par exemple, la leucine se décompose, et il distille un liquide jaune qui cristallise par refroidissement; c'est un alcaloïde, Y artvjlamine ^ <;'»Hi3Az.

En solution alcaline, le permanganate de potasse décompose la leucine en acide carbonique, oxalique, valcrique et en ammoniaque.

Tyrosine C'^H^AzO^ — La tyrosine se forme en même temps que la leucine dans la décomposition des matières organiques azotées; elle existe normalement dans le foie, la rate, le pancréas; on trouve la tyrosine dans Turine dans les cas de ramolUssement du foie, accompagnant la leucine.

Propriétés. — La tyrosine est peu soluble dans l'eau froide; elle se dissout dans loO parties d'eau bouillante; elle est excessivement peu soluble dans l'alcool froid ou

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diaud et dans l'éther ; elle se dissout facilement dans les acides et les alcalis. Elle cristallise en longues aiguilles blanches, soyeuses, s'enchevêtrant facilement. Ces aiguilles sont elles-mêmes formées d'autres plus petites, groupées en étoiles. Lorsqu'elle cristallise par évaporation de sa solution ammoniacale, les petites aiguilles se disposent en rayons autour d'un centre commun et constituent une petite sphère.

Elle ne se sublime pas quand on la chauffe, ce qui la distingue de la leucine, et se décompose avec une odeur de <'orne brûlée.

La solution aqueuse de tyrosine n'est précixjitée ni par l'acétate neutre, ni par le sous-acétate de plomb, mais seulement par le sous-acétate ammoniacal.

L'azotate mercurique versé dans une solution bouillante de tyrosine la précipite en flocons rouges, et la liqueur prend une coloration rose; il faut verser avec prudence, car l'azotate mercurique contient toujours un excès d'acide azotique, et cet acide détruit la coloration. Il faut donc tout d abord ne pas employer un azotate trop acide. Si l'on place dans une capsule un fragment de tyrosine avec une goutte d'acide sulfurique concentré et qu'on chauffe légèrement, la tyrosine se dissout ; on étend d'eau et on sature l'excès d'acide avec du carbonate de baryte, et on fait bouillir. Si ensuite au liquide fdtré on ajoute quelques gouttes de perclilorure de fer, on obtient une belle coloration violette.

Préparation. — Le procédé le plus avantageux est le suivant, dû à Stœdeler ; il permet de préparer en mênie temps la leucine et la tyrosine.

On prépare un mélange de 1000 grammes d'acide sulfurique et de 4500 grammes d'eau, et on y ajoute 500 grammes de corne râpée. On fait bouillir le tout pendant dix-huit heures au moins dans une chaudière de cuivre, en rempla- ^:ant l'eau à mesure qu'elle s'évapore ; on étend ensuite

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