CHAPITRE III
Une urine parfaitement normale, claire et transparente au moment de l'émission, se remplit toujours, en se refroidissant, d'un nuage floconneux plus ou moins dense, qui reste en suspension ou se rassemble au fond du vase. On donne généralement à ce nuage le nom de mucus de la vessie. Cette dénomination est impropre, dans ce sens qu'il n'est point nécessaire que l'urine renferme de la mucine pour que ce nuage se forme. En effet, l'urine entraîne toujours avec elle une quantité plus ou moins considérable de cellules épithéliales de la vessie; pendant le refroidissement de l'urine et le repos, ces cellules se rassemblent; en même temps, il se fait un dépôt d'urates, d'acide urique, quelquefois d'oxalate de chaux, qui se fixent sur ces cellules, et autres détritus organiques. C'est tout cet ensemble qui forme le nuage en question. Il n'y a donc là absolument rien d'anormal. Nous engageons le lecteur à consulter sur ce sujet le travail du Dr Méhu, paru dans le Bulletin de thérapeutique, août 1876.
Macas. — A part le nuage dont nous venons de parler, l'urine peut contenir du mucus provenant de la vessie. Ce mucus est analogue à celui sécrété par toutes les membranes muqueuses et contient de la miicine.
La mucine, dont nous avons déjà dit quelques mots page 187, est une matière albuminoïde (jui communique une consistance visqueuse et filante à tous les liquides qui en renferment. Cette substance est en réalité insoluble dans l'eau; mais, si elle est en contact avec une grande quantité de ce liquide, elle s'y gonfle, s'y dissémine tellement qu'elle peut traverser le filtre et simule une véritable dissolution. Maintenant que nous sommes fixés sur la nature exacte de ce phénomène, nous continuerons à le distinguer sous le nom de dissolution.
Caractères. — La mucine est précipitée par l'acide acétique, et le précipité ne se redissout pas dans un excès de cet acide. Cette propriété la différencie très nettement de l'albumine et permet de les séparer lorsqu'elles se rencontrent dans la môme urine. L'alcool la précipite également ; mais le précipité peut se redissoudre dans l'eau, taudis que celui produit par l'acide acétique reste insoluble dans l'eau pure et ne l'est que dans l'eau légèrement alcalinisée, car les alcalis dissolvent la mucine avec facilité. Les acides minéraux chlorhydrique et- azotique précipitent la mucine; mais un excès de ces acides dissout le précipité, ce qui la différencie encore de l'albumine. Le sulfate de magnésie, le bichlorure de mercure, l'acétate neutre de plomb et le sous-acétate la précipitent également. Elle n'est point coagulée par la chaleur : le nitrate acide de mercure la colore en rose à chaud.
•' ■" ■'Il arrive assez fréquemment que l'urine entraîne du mucus de la vessie et par conséquent contienne de la mucine. Cette dernière, disséminée dans tout le liquide, donne un peu plus de cohésion au nuage formé par les débris épithéliaux dont nous avons parlé tout à l'heure.
Si l'on examine au microscope une urine qui contient du mucus, il est à peu près impossible de distinguer la mucine , bien qu'elle ne soit pas dissoute ; elle est tellement diluée et transparente qu'elle ne modifie pas la lumière
trausniise ; mais , si avant de l'examiner ou ajoute de l'acide acétique, qui la coagule ou plutôt la condense, elle devient visible et constitue des masses fibreuses, déliées, que la teinture d'iode colore. Du reste, le mucus contient encore un élément très facilement reconnaissable : ce sont les cellules épithéliales. Nous en parlerons plus loin.
A- part ces caractères microscopiques, on peut caractériser chimiquement la mucine. Si en effet, après avoir filtré l'urine, on y verse de l'acide acétique, on obtient un louche plus ou moins abondant; ce louche, insoluble dans un excès d'acide acétique, disparaît par l'addition d'un acide minéral.
Une urine dans laquelle les flocons nuageux seraient très abondants et qui ne donnerait pas de louche par l'acide acétique ne contiendrait pas de mucine.
La présence d'une petite quantité de mucus dans l'urine n'a pas de grande signification; mais il devient très abondant dans le catarrhe vésical et la cystite ; en un mot, il indique une Inflammation des muqueuses, locale ou généralisée. On constate une augmentation de mucus daus la fièvre typhoïde , la pneumonie , la pleurésie.
Pus. — Dans un grand nombre de cas, la mucine est accompagnée de pus dans l'urine : les muqueuses, d'abord enflammées, sécrètent une proportion plus considérable de mucus, puis du pus.
Le pus est une matière de consistance crémeuse, blanchâtre ou jaune verdàtre, qui se produit dans tous les tissus qui sont le siège d'une inflammation. Lorsque, pour une cause quelconque, une partie du système urinaire, depuis les reins jusqu'à l'urèthre, est irritée, enflammée, 11 se produit du pus qui se mélange à l'urine et est expulsé avec elle.
De même que le sang, le pus est formé de deux parties, une hquide ou plasma, et l'autre solide, constituée par des
globules opaques ou blanchâtres et rpii lui donnent son aspect caractéristique.
Le plasma du pus peut être séparé par filtration; c'est un liquide clair, de couleur ambrée, alcalin et coagiilable par la chaleur (il est bon de le neutrahser avant de le chauffer). Il renferme en effet plusieurs matières albuminoïdes, globuline, sérine, myosine et pyine. Cette dernière est précipitée par l'acide acétique, exactement comme la mucine; mais, ainsi précipitée, elle peut se redissoudre dans l'eau, ce qui la distingue de la mucine, qui, dans les mêmes conditions, ne se redissout pas dans l'eau. Après avoir précipité la pyine de cette manière et filtré, on peut déterminer la précipitation des autres matières albuminoïdes en saturant le plasma par le sulfate de magnésie.
Le point important pour nous est le suivant : c'est que le pus renferme des matières albuminoïdes coagulables par la chaleur; lors donc qu'une urine renfermera du pus, on pourra isoler les globules du pus par filtration ou par repos prolongé ; ils se rassemblent alors au fond du vase, et le liquide filtré renfermera les matières albuminoïdes et donnera un louche par l'action de la chaleur.
L'élément le plus caractéristique du pus est constitué par les globules ou leucocytes.
Leucocytes OU globules du pus. — Ces globules (fig. 30) sont d'un blanc grisâtre, circulaires, aplatis, d'un diamètre un peu plus considérable que ceux du sang (8 à 10 millièmes de millimètre). Ils renferment de un à quatre noyaux dans leur intérieur ; ils sont très finement granulés, ce qui leur donne un aspect tout à fait caractéristique. Il faut constater ces caractères dans l'urine assez récente, car, par un séjour prolongé dans l'eau ou dans l'urine, les leucocytes se gonflent, les granulations s'effacent, et les noyaux deviennent plus nets. L'acide acétique les distend beaucoup , les rend transparents , et permet d'apercevoir les noyaux qui étaient masqués par les granulations ;
puis les leucocytes ainsi gonflés finissent par crever. Les alcalis caustiques les dissolvent assez facilement.
Le pus, au contact des alcalis caustiques, se gonfle et prend une consistance de gelée visqueuse, adhérant forte-
ment aux parois du vase. On se sert ordinairement d'ammoniaque pour produire cette action, et c'est un bon moyen de reconnaître le pus dans l'urine et de le différencier du mucus, qui, lui, se liquéfie et se dissout dans les alcalis.
Si donc une urine doit sa consistance visqueuse à du mucus, elle devient fluide par l'addition d'ammoniaque ; si au contraire elle renferme du pus, elle s'épaissit et devient parfois tellement gluante qu'on peut renverser le vase sans rien faire tomber. Pour faire cet essai, on place l'urine dans un verre à pied, on y ajoute environ 1/5 de son volume d'ammoniaque et l'on bat avec une baguette de verre.
Le plus souvent, le mucus accompagne le ims dans l'urine. Par refroidissement et repos, les leucocytes se rassemblent au fond du vase, sont englobés dans le réseau formé par la mucine et constituent ainsi le dépôt glutiueux qu'on désigne sous le nom de muco-pus. Très souvent, les urines purulentes présentent une consistance visqueuse pour les causes suivantes : ces urines subissent très rapidement la fermentation ammoniacale (décomposition de
Fig. 30. — Leucocytes.
l'urée), et le carbonate d'ammoniaque produit agit sur les globules de pus et produit l'action que nous venons d'indiquer.
Toutes les fois que l'on obtient dans une urine un léger trouble avec l'acide acétique, et qu'à l'examen microscopique on constate la présence des leucocytes, on est en droit d'y trouver de l'albumine, et par suite de conclure à la présence du pus dans cette urine.
Epithéiium. — Dans le dépôt nuageux qui se forme dans l'urine normale, on rencontre des cellules épithéliales provenant le plus souvent de la vessie ; ces cellules sont encore beaucoup plus nombreuses lorsqu'il y a du mucus vésical, car la desquamation est alors abondante.
Cette desquamation peut avoir lieu depuis les reins jusqu'à l'urèthre, et les cellules qui en proviennent onl parfois une forme spéciale qui permet de reconnaître leur origine.
Nous parlerons des cellules épithéliales des reins, eu même temps que des tubes urinaires.
Les cellules épithéliales que l'on rencontre le plus fré-
Fig. 31. — Cellules épithéliales de la vessie et du vagin.
quemment sont celles de la vessie. Elles se présentent sous forme de plaques transparentes, rectangulaires, à angles arrondis ou eUiptiques, à bords plus ou moins contournés, mais^ayant toujours à leur centre un noyau très appareni
et plus fortement accentué que les bords de la cellule (fig. 31). Elles sont isolées ou réunies en plaques plus ou moins larges et constituant un réseau. Ces cellules se rencontrent dans l'urine de la femme aussi bien que dans celle de l'homme. Dans l'urine de femme, on trouve des cellules épitlîéliales provenant du vagin. Souvent même, elles sont abondantes, lorsqu'il existe un état inflammatoire de cette cavité. Elles présentent la même forme que les cellules épithéliales de la vessie, mais sont plus grandes, à bords phis mimes, et le noyau central Q?,ipluspeUt (bas de la figure 31).
Les cellules épithéliales qui proviennent des uretères et des bassinets sont plus petites que les précédentes, en forme de massue ou de fuseau, et ayant le noyau dans la partie renflée.
L'épithélium de l'urèthre est pavimenteux.
La présence dans le sédiment de l'urine de quelques cellules épithéliales n'a aucune importance ; mais, si elles sont très abondantes, cela indique une desquamation considérable , et par suite une inflammation de tel ou tel point du système urinaire. Si la forme de la cellule est caractéristique, on peut connaître l'endroit qui est le siège de cette inflammation. La desquamation épithéliale abondante est presque toujours accompagnée de production de pus, et par conséquent l'examen microscopique montre des leucocytes à côté de ces cellules.
Urines sanguinolentes. — On rencontre assez souvent des urines sanguinolentes ; suivant la proportion de sang extravasé, la couleur de l'urine varie du rose au rouge et même au noir.
Le sang étant composé de deux parties, une liquide (sérum) et l'autre solide (fibrine, globules), on retrouve dans l'urine tous les éléments qui le composent.
Le sérum renfermant de l'albumine, toute urine sanguinolente est en même temps albumineuse ; mais il arrive
fréquemment que la quantité d'albumine est hors de proportion avec celle du sang extravasé, et dès lors elle provient en même temps d'une autre source.
Il ne faut pas oublier que l'urine de la femme contient toujours des traces de sang pendant les quelques jours qui suivent les règles et qu'on y rencontre encore des hématies, alors même qu'elle ne présente plus de coloration rosée sensible.
Ce qui caractérise le plus nettement l'extravasion du sang dans l'urine, c'est la présence des hématies ou globules sanguins.
Les hématies (flg. 32) se présentent sous forme de dis-
Fig. 32. — Hématies.
ques légèrement bi-concaves, d'un diamètre de six à sept millièmes de millimètre, avec une épaisseur de deux millièmes. Vus en masse, les globules du sang paraissent rouges ; ils sont jaunâtres par transparence ; la dépression centrale paraît plus foncée et simule un noyau. Ces globules sont très élastiques et passent facilement h travers les pores du papier. Ils se déforment très facilement; l'addition de sulfate de soude, en grande quantité, dans le sang lui-même ou dans le liquide qui en renferme, prévient cette déformation, leur conserve leur couleur et leur fermeté et permet de les séparer par le fdtre.
Pour bien constater la forme des globules sanguins, il faut les examiner dans une urine récente, car ils se défor-
ment, se glonflent à la suite d'un séjour prolongé dans ce liquide, surtout lorsqu'il devient ammoniacal.
Une urine peut renfermer les éléments du sang de deux manières et sous deux formes différentes.
1 ° Il y a seulement extravasion du sang peu de temps avant l'émission et simple mélange des deux liquides. On retrouve alors dans l'urine les globules du sang non altérés, et par repos dans un verre conique ils se rassemblent au fond de ce vase. 11 suffit alors d'enlever ce dépôt avec un tube effilé et de l'examiner au microscope ; si la quantité en est assez considérable, on le fait chauffer dans un tube avec une pastille de potasse caustique, et on obtient une coloration brune, avec reflets verts par réflexion ; cette coloration est due à l'hématine qui prend naissance dans ces conditions. On peut faire cette réaction sur l'urine même, sans attendre qu'elle ait déposé, si elle renferme une quantité assez considérable de sang. Dans l'urine filtrée, en recherche l'albumine : on a dès lors les deux principaux caractères du sang.
2" Si le sang est extravasé dans l'urine longtemps avant l'émission, ou qu'on ne puisse examiner l'urine que longtemps après l'émission, alors qu'elle est déjà décomposée, on ne peut plus retrouver des globules. On constate seulement par le repos la formation d'un dépôt rougeàtre plus ou moins abondant. Cela arrive toutes les fois qu'une urine sanguinolente est devenue ammoniacale dans la vessie. Dans ces conditions, la matière colorante du sang, Yhémoglobine, est mélangée à l'urine et dissoute dans ce liquide, et dès lors ces urines ne s'éclaircissent pas par le repos. On ne peut alors caractériser le sang que par l'examen spectroscopique.
Voici en quoi consiste ce mode d'analyse. Devant un spectroscope disposé comme l'indique la figure 33, on dispose à la place do la lampe M une petite cuve de verre renfermant de l'eau teintée de sang ou de l'urine sanguinolente.
Au lieu du spectre continu (jue donnerait la flamme M' si elle était seule, l'observateur, en regardant parla lunette A, voit un spectre interrompu par deux bandes noires, qu'on désigne sous le nom de spectre d'absorption de l'hémoglo-
bine ; l'une de ces bandes est située dans le jaune et l'autre dans le vert. Hoppe-Seyler, qui a découvert et étudié ces bandes, prétend qu'elles sont encore visibles lorsqu'on opère sur une dilution de sang à un dix-millième. Ce spectre est désigné sous le nom de : spectre de l'hémoglobine oxygénée.
Si, dans la solution aqueuse de sang, on verse. quelques gouttes de siilfhydrate d'ammoniaque, on prive l'hémoglobine de l'oxygène qu'elle contient, et dès lors son spectre est modifié. Au lieu de deux bandes d'absorption, on n'en
observe plus qu'une seule, beaucoup plus large et occupant tout l'espace des deux bandes de l'hémoglobine oxygénée et l'intervalle qu'elles laissaient entre elles.
On peut faire cette expérience avec l'urine sanguinolente ; on y verse quelques gouttes de suifhydrate, et au lieu de deux bandes on n'en observe plus qu'une seule.
Ces deux essais sont parfaitement probants et suffisants pour la clinique.
Fibrine. — Lorsqu'une urine renferme du sang en forte proportion, elle renferme également de la fibrine, qui en se coagulant englobe les globules sanguins et autres sédiments. La fibrine qui provient ainsi du sang épanché en nature forme toujours des caillots assez volumineux et caractérisés par les hématies qu'ils renferment.
Cette fibrine devient assez souvent le noyau de calculs, puis elle se résorbe à la longue : on expUque ainsi la formation de cavités qu'on rencontre dans certains calculs. Très rarement, on rencontre dans l'urine de la /îôrme, qui provient d'une transsudation du plasma du sang (en l'absence de globules). Une telle urine se remplit de coagula par refroidissement ; parfois, elle se prend tout entière en gelée ; ces faits sont à peu près totalement inconnus en France.
C'est encore la fibrine qui, sous forme de coagula microscopiques, constitue certains dépôts qu'on désigne sous le nom de tubuli, tubes urinaires, et qui proviennent d'une exsudation des canalicules du rein , la fibrine constituant un tube qui reproduit à sa surface la partie interne du canahcule qui lui a servi de moule.
Tubes du rein, tubuli, cylindres urinaires. — On
désigne sous ce nom des éléments anatomiques provenant des reins, d'où ils se détachent ou bien dans lesquels ils prennent naissance par suite des exsudations fibrineuses dont nous venons de parler. — Ces éléments ne sont pas toujours d'origine pathologique ; ils affectent une forme cylin-
drique ou tabulaire, d'où leur uom. Il est souvent impossible de déterminer exactement leur valeur pathologique ; c'est surtout la persistance de leur apparition qui en fait l'importance. Du reste, on no peut retrouver dans l'urine qu'une partie des tubes du rein, attendu que le diamètre de l'anse descendante des canaux de Ilenle est trop faible pour laisser passer les épithéliums des tubes contournés, qui sont une des parties les plus importantes du rein, 1° Tantôt les tuîjes qu'on rencontre dabs l'urine sont con-
stitués par la couche épithéliale des tubes de Bellini, qui s'est détachée sur une certaine longueur et a été entraînée par l'urine. En se détachant ainsi, elle entraîne, adhérentes à sa surface, les cellules propres de ces tubes, qui sont mu-
nies de leur noyau : ce sont les tubes non clesquamés. — Assez souvent, les tubes ont perdu tout ou une partie de ces cellules : ce sont alors des tubes desquamés; parfois, ces tubes sont en outre incrustés de granulations graisseuses: ce sont alors des tubes desquamés et graisseux (affections aiguës des reins, empoisonnement par le phosphore) (fig. 34, a).
2» On rencontre aussi fies cylindres qui sont le produit d'une exsudation des tubes de BeUini; ces cylindres sont constitués par de la fibrine et se sont moulés sur la paroi interne du tube comme dans un moule. Très souvent, ils sont pleins, de couleur jaunâtre et comme cireux ; souvent aussi, ils renferment des hématies et des leucocytes (maladie de Bright) (fig. 34, P).
3» Tubes hyalins. — On donne ce nom à une troisième variété de tubes qu'on rencontre dans la maladie de Bright chronique; ils sont creux, formés par une membrane très mince et tellement transparente que leurs bords seuls sont nettement visibles; encore faut-il faire varier convenablement l'éclairage (fig. 34, v).
Pour rechercher plus facilement les tubes, on laisse déposer l'urine dans un verre conique, et l'on aspire le dépôt au moyen d'un tube effilé. On peut colorer la préparation avec une goutte de solution de fuchsine ; cette matière se fixe avec énergie sur les tubes et cellules épithéliales et les rend facilement visibles.
Cellules épithéliales du rein. — On trouve souvent aveC la première variété de tubes des cellules épithéhales du rein (voir la figure 34) qui se sont détachées des canalicules ; ces cellules sont lenticulaires avec un noyau assez volumineux ; les cellules qui proviennent des calices ou des bassinets sont munies d'une queue.
Sperme. — La présence du sperme dans l'urine est assez fréquente; comme le sang et le pus, le sperme est composé de deux parties : des éléments solides en suspension dans un bquide. Toutes deux se mélangent à l'urine. La
partie liquide renferme une matière albuminoïde, la s-permatine, qui est précipitée par l'acide acétique, mais est soluble dans un excès de cet acide, ce qui la différencie de la mucine. — La partie solide renferme des spermatozoïdes, des leucocytes et des sympexions.
On retrouve ces divers éléments dans les sédiments de l'urine.
Spermatozoïdes. — Le spermatozoïde (fig. ^S) se compose
Fig. 35. — Spermatozoïde.
de deux parties, la tête et la queue; la forme générale rappelle celle du têtard de grenouille; la tête est triangulaire, allongée, à angles émoussés. La queue est très effilée; sa longueur est dix à douze fois plus considérable que celle de la tête, parfois davantage. Ou rencontre assez souvent des spermatozoïdes incomplètement développés ou dont la queue est brisée.
Les leucocytes sont les mêmes que ceux que nous avons déjà décrits; enfin les sympexions sont des corps assez singuliers, transparents, très minces, friables; leur forme est arrondie, régulière ou non; ils se réunissent assez souvent et forment de petites masses qui englobent les spermatozoïdes.
Pour rechercher les spermatozoïdes dans l'urine, il suffit de la laisser déposer dans un verre conique.
Au bout de douze heures, tous les spermatozoïdes sont réunis dans le dépôt avec les autres substances en suspension. Si la quantité de spermatozoïdes est assez considérable, l'acide acétique peut donner lieu à la production d'un louche; mais la recherche, la constatation du spermatozoïde est plus probante encore. M. Rouvier a indiqué le procédé suivant pour rechercher les spermatozoïdes dans une urine qui n'en renferme que très peu. On réunit la totalité de l'urine dans un grand vase et on laisse le dépôt s'effectuer. Au bout de douze heures, on décante, et le dépôt est transvasé dans un tube à essais et agité avec de l'éther sulfurique. Au bout de quelques instants , cet éther se sépare et vient surnager sous forme de couche gélatineuse ; on l'enlève à l'aide d'un tube effilé, et on le fait tomber dans un verre à précipiter; on ajoute quelques gouttes d'eau distillée; l'éther évaporé, les spermatozoïdes se retrouvent dans l'eau distillée. L'éther agit en dissolvant les matières grasses et mucosités contenues dans l'urine et entraine en même temps les spermatozoïdes qui sont adhérents à ces mucosités.
La présence des spermatozoïdes dans l'urine est très fréquente, et on les rencontre indifféremment dans l'urine d'homme ou de femme après le coït. A part ces conditions, la présence des spermatozoïdes dans l'urine de l'homme est un signe de pollutions ou de spermatorrhée. Ou rencontre très souvent dans l'urine des spermatozoïdes incomplètement formés.
Kyestéine. — On désigne sous ce nom la substance qui forme la pellicule blanchâtre, et irisée si elle est mince, qui apparaît à la surface de certaines urines, si on les conserve quelque temps. On remarque surtout cette pellicule sur l'urine des femmes enceintes, et on lui accordait autrefois une certaine valeur au point de vue du diagnostic de' la grossesse. Il n'en est rien, car on peut rencontrer la kyestéine dans l'urine de toutes les femmes et même dans celle
de l'homme. Elle n'est point constituée par une matière spéciale^ mais bien un mélange de matières grasses, de vibrions, de phosphate ammoniaco-magnésien.
Cette substance n'offre donc aucun intérêt ni au point de vue chimique ni au point de vue clinique.
Champignons et ferments. — L'apparition de ces corps dans l'urine normale est un fait constant, lorsqu'on la conserve un certain temps. Nous avons vu (p. 40) qu'elle éprouve d'abord la fermentation acide, puis la fermentation ammoniacale. A chacune de ces deux phases correspond un ferment spécial.
On a assez rarement occasion d'observer le ferment de la fermentation acide, puisqu'il n'y a que les urines normales qui éprouvent cette fermentation si on les conserve un temps suffisant, et le plus souvent on rejette une urine lorsqu'on s'est assuré qu'elle ne renferme aucun élément anormal.
Ce champignon est constitué par de petites cellules sphériques ou elliptiques. Ces cellules présentent un noyau à leur centre et se réunissent en chapelets à la manière des ferments.
On observe beaucoup plus fréquemment le champignon de la fermentation ammoniacale, puisque toutes les urines et surtout celles qui renferment des éléments anormaux sont susceptibles de l'éprouver. Ce ferment, d'après MM. Pasteur et Van Tieghem, est une algue (Torulacée), analogue au Torula Cerevisias, mais beaucoup plus petite, 0 miUim. OOlo. Ces cellules se développent par bourgeonnement et dans l'intérieur de l'urine. Elles sont surtout abondantes dans le dépôt blanchâtre mélangé de phosphate ammoniacomagnésien qui se rassemble au fond du vase. Nous avons vu (p. 68) comment on pourrait isoler ce ferment et lui faire décomposer rapidement l'urée.
Champignons de l'urine sucrée. — Ce champignon est analogue à celui de la levure de bière. On peut le rencontrer
dans une urine qui ne renferme pas de sucre ; mais c'est surtout dans l'urine qui en renferme qu'il apparaît et se développe avec rapidité, surtout pendant les chaleurs. Il décompose le sucre en alcool et en ackle carbonique. Ce ferment se développe après l'émission de l'urine et, comme tous les spores, provient de l'extérieur. Si l'on en rencontre dans l'urine au moment de l'émission, il faut admettre qu'il s'est introduit de l'extérieur jusque dans la vessie et développé dans ce réservoir.
Ce ferment est le plus volumineux de ceux que nous signalons ici. Les cellules sont rondes ou légèrement elliptiques; le diamètre varie de 0 millim. 005 à 0 millim. 007. Il se multiplie par bourgeonnement et est toujours disposé en chapelets. Ces cellules sont brillantes et ne renferment point de noyau, ce qui permet de les reconnaître lorsqu'elles sont isolées.
Sarcine. — La sarcine est une algue que l'on rencontre très rarement dans l'urine : Munk l'a rencontrée dans une urine un peu albumineuse, au moment de l'émission ; pour ma part, je l'ai observée une seule fois dans un sédiment d'urine albumineuse et renfermant des tubes, que j'avais conservée pour préparation microscopique. Elle s'y est développée au bout d'un certain temps, car je ne l'avais pas rencontrée dans l'urine récente. M. Mébu l'a trouvée dans un liquide céphalo-rachidien. Elle est constituée par de petits granules sphéroïdes qui se réunissent entre eux, de façon à former des cubes extrêmement réguliers et dont toutes les arêtes sont arrondies ; la grosseur de ces cubes varie : on en rencontre qui sont composés de plus de 500 petites sphères.
infnsoires. — On rencontre des infusoires dans toutes les urines même normales, si on les conserve un temps suffisant pour qu'ils puissent se développer; dans les urines qui renferment des éléments anormaux, surtout de l'albumine, ils peuvent apparaître très rapidement, et même
exister au moment de rémission. Dans ce cas, leur présence a une signification importante, car elle montre que l'urine s'allère dans l'intérieur des voies urinaires. Après l'émission, ils peuvent se développer très rapidement, surtout si l'on conserve l'urine dans des vases malpropres.
On rencontre deux sortes d'infusoires : la?, monades, sous forme de granules très fins (diamètre Omillim. 001), animés du mouvement brownien ; et des bactéries ou bâtonnets très minces, mais d'une longueur variant de 0 millim. 004 à 0 millim. 008 : elles sont cloisonnées et comme formées par une agglomération de monades réunies en chapelets ; elles sont animées d'un mouvement de reptation très rapide.
On rencontre ces infusoires dans toutes les urines, aussi bien acides qu'alcalines. Ces urines sont toujours louches et ne s'éclaircissent ni par repos ni par fdtration, les bactéries traversant les pores du papier.
Substances accidentelles. — On peut trouver dans l'urine un assez grand nombre de substances accidentelles et dont la présence est souvent fort embarrassante.
Fibres -végfétaies. — On rencontre très souvent des fibres végétales provenant soit de la chemise et des vêtements, ou de toute autre cause ; ces fibres ne pourraient être coufondues qu'avec les tubes du rein ; mais, avec un peu d'attention, on les en distingue facilement; leurs contours sont très accentués ; elles sont plus volumineuses et marquées de nombreuses lignes longitudinales et parallèles. On rencontre également des poussières venant de l'atmosphère, des débris, qu'il est entièrement impossible de caractériser.
On trouve très fréquemment des grains d'amidon et de fécule; ces derniers se reconnaissent facilement à leur grosseur et à leur forme : le bile est toujours visible. Les grains d'amidon de blé ou de riz, souvent très abondants dans l'urine de femme, peuvent quelquefois
embarrasser, car ils sont sphériqiies et souvent très petits.
On devra, en cas de doute, faire glisser sous la lamelle de verre une goutte d'eau iodée : immédiatement, l'amidon, quelle que soit sa provenance, se colorera en bleu, et aucune confusion ne sera possible ; on peut encore faire l'examen à la lumière polarisée, et tous les grains d'amidon se teinteront d'une belle croix de Saint-André, noire sur un fond blanc lorsqu'on aura obtenu le maximum d'extinction. Le centre de cette croix correspond au bile.
On trouvera également du hjcopode, employé aux mêmes usages que la poudre de riz ou d'amidon.
J'ai enfin trouvé des sarcoptes de la gale et plusieurs fois le sarcopte du fromage, des vieilles farines , celui que Galés avait d'abord cru être cause de la gale. Il diffère du sarcopte de la gale par la longueur de ses pattes, qui atteignent le diamètre du corps et qui sont terminées par des crochets, comme les pattes antérieures du pou du pubis, tandis que les pattes du sarcopte de la gale sont constituées par de gros et courts tubercules terminés par une longue soie garnie d'une ventouse. Ce sarcopte peut provenir de vases malpropres , de l'usage pour les soins de la toilette de vieilles farines ou poudres de riz et d'amidon, et peut-être même se développer dans les matières sébacées qui s'accumulent dans les replis des petites lèvres et qui séjourneraient longtemps chez les femmes peu habituées aux soins de la toilette.