Rata abrssinica , Lindl. flïon. p. 1 itL
tentrionale de l’Afrique, et l’on ignore celles qui peuplent l’intérieur de cette immense contrée. Des hommes plus féroces, ou du moins plus à craindre que les lions et les panthères qui rugissent dans les forêts de l’Afrique, opposent une barrière jusqu’ici insurmontable aux excursions des naturalistes les plus intrépides.
Nous commencerons à explorer l’Europe par le nord, et en nous écartant un peu à l’occident, nous trouverons l’Islande. Celte malheureuse terre , que les feux dévorans des volcans et les glaces éternelles des pôles semblent se disputer, n’oflre qu’une soixantaine de végétaux à l’observation des botanistes, si l’on en retranche quelques mousses et quelques lichens. La végétation y est tellement rare, tellement pauvre, que les liabitans sont réduits à nourrir leurs chevaux, leurs vaches et leurs moutons, avec des poissons desséchés ; et cependant à travers les fissures de ses roches stériles, croît spontanément le rosier épineux (i), à fleurs pâles, solitaires, affectant la forme d’une coupe.
Dans la Laponie, pays guère moins disgracié delà nature que l’Islande, on voit briller, presque sous la neige, l’incarnat vif de la jolie petite rose de mai (2). 11 semble que la nature, ait placé là une des plus aimables fleurs de ce genre pour distraire agréablement les misérables Lapons des montagnes de glaces et des immenses plaines de neige qui leur fatiguent les yeux pendant neuf mois de l’année. On retrouve cette charmante espèce en Norwège, en Danemarck et en Suède. Les Lapons rencontrent encore a travers les chétifs arbres verts dont leurs rennes vont manger les mousses et les lichens parasites , la rose rougeâtre (5), dont les fleurs sont quelquefois d’un rouge de sang.
Les roses : rouillée (4) , à fleurs pâles, réunies deux ou trois ensemble ; de mai (5); cannelle (6), à fleuis simples ou doubles, petites et d’un rouge pâle; ainsi que plusieurs autres espèces, croissent en Danemarck, en Suède, en Russie, et dans tout le nord de l’Europe.
Dix espèces, environ, sont indigènes.à l’Angleterre. La rose a pétales roclées (7) , se plaît à montrer son feuillage
(i') Rasa spinosissima, Lindl. Mon. p. 5o.
fa") R osa maïalis , Lindl. Mon. p, 34 .
f 3 ) Roua rubella , Lnc. bot. t. 2021.
(4) ftosarubiginosa, Lindl. Mon. p. 80.
Rusa maïalis , Lindl. Mon. p. 34-
l7j Rosa involuia , Lindl. Mon. p. 56.
mil
sombre et ses grandes fleurs rouges et blanches au milieu des tristes forcis de sapins qui croissent sur les hautes mon| tagnes de 1 Ecosse. On dirait qu’elle a contracté les babil tudes des arbres résineux qui la protègent, car ses feuilles,! lorsqu on les froisse, exhalent une odeur très prononcée dl tcrebenthine. Les mêmes montagnes possèdent encore les* roses: sabine ( 1 ), arbrisseau charmant, è fleurs souvent! reunies ; velue (a) à fleurs blanches ou d’un rouge foncé I ordinairement réunies deux à deux ; et des haies ('£)
Les environs de Belfast, en Irlande, sont le seul endroit! au monde ou croît spontanément le rosier irlandais (i) .1 arbrisseau insignifiant, mais ayant fourni le sujet d’une ' anecdote assez singulière. Les professeurs et les amateurs • de botanique de Dublin promirent un jour cinquante g„i J nees a celm qm découvrirait en Irlande une plante indigèml nouveUe M. Templeton, pour répondre aux vœux plaiiam- ! samment patriotiques de MM. les savans Irlandais, leurl produisit ce rosier , et reçut les cinquantes gainées de ré-1 compense. Ce qu’,1 y a de mieux , c’est que le rosier irlan- 1 dais n est rien autre chose que le spinosissima quand il croît fertfleT S ° in » rat ’ et le canina dans les terres grasses et
L’Allemagne, qui paraît être la partie de l’Europe la moins riche en rosiers, en possède cependant de fort remarquables. Parmi les plus mtéressans est le rosier a fruit, turbine (5) dont les fleurs très doubles sont posées sur un ovaire en forme de toupie; et le rosier des champs (6), i» fleurs grandes, ronges et doubles dans une variété cubi
d - , Ia Suisse ’ et « général toute la chaîne des Alpes est riche en rosiers. On y trouve très com- '■ munemçnt celui des champs que je viens de citer, et en- i éLTJri n SPCCCS : 13 I,0S£ ,. DES Alpes (7h arbrisseau très ' tnrf nn’ fl !, UrS r °YS es ’ Sülltaires > ayant fourni à la cnl- \ moi Fs A, grand non,bl ^ d’agréables espèces ; le rosier a fo- 1 tiOLEs aicuuxonnées (8), dont les fleurs moyennes, d’un i
Q Mon. p.
î) B osa villom , Lwn. sp. pl. r 0 A ') Bosa canina, Linn s». mn'
Posa canina, Linn sp. iori Posa hibernica , Lindl. Mon. p. 82.
Posa lurbinata, Wiu.n. 1. 1 10 „3 Posa arveiuis , Lindl. Mon. 12.
Posa alpina , Linn. sp. 7 o3.
Posa spinulifolia, Df.matiu. Iss, p. n ,
DES EOSES. 1>T
ïouge pèle, sont moins remarquables que ses folioles épineuses , exhalant, lorsqu’on les froisse, une légère odeur de térébenthine.
Il est fort singulier que les deux rosiers qui se plaisent de préférence surles montagnes couvertes de pins et de sapin», celui-ci et le rosier a pétales roulés, des montagnes d’Ecosse , soient les serties qui exhalent l’odeur de térébenthine.
Nous citerons encore parmi les espèces remarquables des Alpes suisses , savoyardes et françaises, le rosier a feuilles rouges (1), dont les tiges , de la même couleur, et les jolies petites roses d’un rouge foncé, se détachent agréablement sur le feuillage des autres arbrisseaux.
Dans la partie orientale et méridionale de l’Europe, on trouve beaucoup de rosiers, mais dont un grand nombre n’a pas encore été décrit. C’est ainsi que la Crimée ne nous en fournira pas un seul qui soit connu , tandis que si l’on s’en rapporte aux voyageurs, et en particulier à Moor Craft, ils y sont très communs.
La Grèce et la Sicile possèdent le rosier glutineux (2) , dont les folioles sont glanduleuses et visqueuses sur leurs deux surfaces. Ses fleurs sont petites, solitaires, et d’un rouge pâle.,
L’Italie et l’Espagne ont aussi des espèces qui leur sont propres. Le rosier de Pollin (3) a de belles grandes fleurs pourpres, réunies deux à trois ensemble , et se trouve dans les environs de Vérone, sur le mont Baldo. Le rosier musqué ( 4) et le rosier d’Espagne (5), croissent tous deux en Espagne. Le dernier n’a pu encore être classé dans les tribus formées par Lindley, faute d’avoir été suffisamment étudié. Ses fleurs, d’un rouge clair, paraissent en mai.
Le rosier toujours vert ( 6), commun aux îles Baléares, croît spontanément dans tout le midi de l’Europe , et se trouve également en Barbarie. Ses rameaux grimpans sont continuellement parés d’un feuillage d’un vert luisant fort agréable , entremêlé de fleurs très nombreuses , blanches et odorantes.
11 nous reste à parler de la France, et nous ferons voir que notre belle patrie n’a pas moins été favorisée par la na-
(i) Rosa rubrifolia , Vilid. Delpli. 3. 549.
(3) Rosa glulinosa, T.indl. Mon. p. 95.
(3l Rosapollmaria, Pollin. Plant, veron. l3.
44) Rosamoschala, Willd. sp. ?.. 1074.
4 5) R osa htspanica , Miller. Dict. n° 7.
,((>) Rosa sempervirens, Lindl. Mon. p. 117.
ture sous le rapport des roses , que sous celui des autres richesses végétales.
Si nous ouvrons la Flore française de De Candolle, nous ; voyons que dix-neuf espèces sont indigènes dans nos bos- j quets, et aucun royaume du monde, pas môme celui de ’i la Chine , ne peut en compter autant. Aussi, on peut as- r surer qu’il n’est pas un bois, une haie, un buisson, qui n’en possèdent une ou plusieurs espèces. Nous ne les mentionnerons pas toutes ici, mais nous signalerons les plus belles , comme nous l’avons fait pour les autres parties de la terre. :
Dans le Midi, on voit briller au milieu de tous les ro- j siers, la rose jadne (i) aux pétales dorés, et ses charmantes j variétés, à corolles d’uu beau rouge de capucine, ou panachées de jaune et de rouge. C’est une des espèces qui tranche le plus avec les autres.
Le ROSIER A FEUILLES DE PIMPRENELLE (2) , SC plaît dailS les
terrains sablonneux d’une grande partie du midi de la France. Ses fleurs blanches, à onglet jaune, ont fourni plusieurs charmantes variétés à la culture. Dans les bois de l’Auvergne, dans ceux du département des Vosges et dans plusieurs autres localités croît le rosier cannelle ( 5 ), qui doit son nom à la couleur de ses tiges. Ses fleurs sont pe- j rites, rouges et solitaires. La rose de Champagne (4)* une 1 des plus jolies miniatures de nos parterres, ornent les riches coteaux des environs de Dijon , par ses charmantes pe- ■ rites fleurs solitaires, toujours très doubles, d’un beau pourpre. Le rosier de france (5) est un de ceux qui a donné les ' plus nombreuses et les plus belles variétés, dont les fleurs affectent un grand nombre de nuances. Celles que l’on désigne sous le nom de roses de Provins , sont quelquefois très j agréablement panachées de bandes blanches, roses, et purpurines.
Dans le département des Pyrénées orientales croît spontanément le rosier .MUSQUii (6), bel arbrisseau dont les fleurs nombreuses, en corymbc, exhalent uneodeur agréable ayant une légère analogie avec le musc , et fournissent une huile ; essentielle très aromatique. Une variété charmante, à fleurs
(O T! os a eglanieria, Linn. sp. no 3 .
(2) R osa spinosissimet, Linn. sp. -70:
( 3 ) Posa cinnamomea , L.nn. sp. -0 (41 Rosaparvifolia, Willd. sp.
(■<) R osa galli'ca , Linn. sp. -04.
pi) Rosa moschalu ; Decand. Fl. fr. 1
DES ROSES. l 5
doubles, est connue dans nos jardins sous le nom de rosemuscade.
Le rosier blanc (1) , commun dans nos haies et sur presque toutes nos collines boisées, est généralement cultivé dans les jardins où il a produit un grand nombre de variétés. Nous ne devons pas oublier ici la rose des haies (2), non pas à cause de ses jolies fleurs d’un blanc rose, ayant fourni peu de variétés doubles, mais bien à cause de ses tiges élégantes, droites, vigoureuses, connues par les cultivateurs sous le nom à.'églantiers , si précieuses pour recevoir la greffe de toutes les espèces et variétés.
Cette esquisse rapide de la géographie des roses, établit suffisamment, je crois, que la patrie de cette charmante fleur n’est pas seulement l’Orient, comme le disent les nomenclateurs , mais qu’on la trouve partout où il y a des hommes capables d’apprécier l’élégance de ses formes, son brillant coloris, et les suaves parfums qu’elle exhale.
Littérature des roses.
Dès la plus haute antiquité la rose était connue, dès qu’elle fut connue, elle devint l’objet de l’admiration des hommes et de leurs soins empressés. On s’occupa d’elle d’une manière si générale , qu’il est peu de peuples en Europe et en Asie , dans l’histoire desquels elle ne joue un rôle plus ou moins important.
Selon Theïs , son nom est dérivé du celtique rhood ou rhudd , qui signifie rouge, d’où l’on a fait rhos en langue armorique , rosha en sclavon, et rhodon en grec. De ce dernier nom serait dérivé le rosa des Latins, selon Varon , e probablement le nom-que la rose porte dans presque tou es les langues de l’Europe. Si cette étymologie n’est pas vraie, elle a au moins quelque vraisemblance (3).
L’imagination vive et brillante des grecs, ne leur permettait pas de donner à la reine des fleurs une naissance commune, aussi leurs poètes, qui en paraient toutes leurs riantes fictions, lui donnèrent-ils une origine céleste. Yoici comment Anacréon la raconte.
Rosa alba , Linn. sp. 703.
(2) Rosa canina, Linn. sp. -o/J.
(3 ) La rose se nomme : en arabe nard, i rose- en italien et en espagnol, rosa; en rotêf en hollandais , roosen ; etc., etc.
en allemand ,
Des fleurs je chante la plus belle,
La rose, trésor du printems ;
Thaïs, à ma chanson nouvelle.
Viens mêler tes aimables chants.
Des humains la foule charmée, Admire ce don précieux.
Et la pure haleine des dieux De ses parfums est embaumée.
Dans la saison chère aux amours, Des Grâces la troupe riante ,
Pour en compose^ ses atours ,
Va cueillir la rosè-naissante.
Vénus empruntant ses couleurs.
En parait encor plus charmante.
La rose est chère aux doctes sœurs , Et le poète heureux la chante ;
Dans les buissons, pour la saisir,
La main glisse et brave l’épine ;
Qu’il est doux alors de cueillir De l’amour la fleur purpurine,
Et dans un ravissant loisir D’en savourer l’odeur divine .,
Des festins la rose est l’honneur ,
Et dans ces jours oit le buveur Livre à Bacchus son âme entière , Pour lui, moins douce est la lumière Que ne l'est cette aimable fleur.
Sans la rose que peut-on faire ?
Des sages qu’Apollon préfère.
Lisez les vers harmonieux ;
Elle teint les doigts de l’aurore ;
Des nymphes le bras gracieux Lui doit l’éclat qui le décore ;
Et des plus tendres de ses feux , Vénus entière se colore.
Dans nos maux sa vertu souvent Fut utile au dieu d’Épidaure,
Et ses guirlandes sont encor#
Des morts le dernier ornement.
Bien que 1» tems lui fasse outrage La rose orne encor le bocage ,
Et jusqu'à son dernier moment,
A les parfums de son jeune âge.
Me faut-il raconter comment La terre fit ce bel ouvrage ?
Alors que, glissant sur les flots ,
Sortit du sein de l’onde émue La belle reine de Paphos ,
Cypris, rougissant d’être nue ;
Quand du cerveau du roi des cieux,
Terrible et respirant la guerre,
S’élança la déesse altière
Dont l’aspect fit trembler les dieux;
Cybèle, à ce double prodige,
N’opposa, pour charmer les yeux ,
Qu’un bouton et sa jeune tige.
L’Olympe en le voyant sourit, * Af -•
Et sur la plante répandit Du nectar la douce rosée ;
Des parfums du ciel arrosée , tBB Soudain fraîche et majestueuse ,
Parut, sur la branche épineuse ,
La rose que Bacehus chérit (t).
pas les doux plaisirs qu elle donne. Le 1 , Douille de rose btoere^tStP un Sent quelle rougit. Cette
grave question devint le sujet dtine: polei^ «T ’ naî(;nt peu dangereuse, parmi leurs poete • y 6nus , et voici
que la rose devait sa couleur au sa D . ■ - j
passionnément qu elle quitta le P som bres fo-
chasse sur les montagnes esc»rpées et dans les somor^ rêts. Mars s’en aperçut, et le terrible dieu d v ^ u , &S[ont cendit de l’Olympe pour venger sur s5 ff . entraîna que Vénus faisait à son amour. La deess T „ tint son jeune amant dans un épais buisson de îoscs,« ?
(i) Anacrevn, traduction de jVl. de §aint-Yictor.
caché pour le dérober à la fureur du dieu. Dans sa précipitation elle se piqua au pied avec un aiguillon, et depuis ce teins les roses restèrent teintes de son sang (i).
Théophraste et Bion, soutinrent que la chose s’était autrement passée. Mars , disent-ils, pour se venger d’Adonis, lui envoya un sanglier qui le mit en pièces, et tandis que Venus inconsolable métamorphosait en anémone les restes déplorables de son amant, quelques roses sur lesquelles son sang avait jailli, se teignirent de rouge pour toujours.
Ovide et le voluptueux auteur du Pervigilium vcneris sont du même sentiment. Le dernier dit :
Ipsa jussit manè ut udæ Virgines nubant rosæ,
Fusse aprugno de cruore Atque amoris osculis.
D’autres poètes racontèrent d’une manière foute différente l’origine du riant carmin qui pare les roses. Ils disent qu un jour, dans un accès de gaîté occasionée par une trop forte dose d’ambroisie, l’Amour se mit à danser devant les autres dieux. Mais il chancela bientôt, et, en se laissant tomber, il renversa une coupe de nectar qu’il tenait a la main. La liqueur divine, en tombant jusque sur la terre, teignit de sa couleur vermeille les roses qui se trouvèrent dessous.
J’ignore quelle origine les Persans attribuent à la rose , mais je sais que leurs poètes l’ont chantée aussi souvent que ceux de l’antique Europe. Le plus célèbre d’entre eux , haady, 1 emploie dans toutes les comparaisons où il veut jeter de la grâce et de la délicatesse. Il la fait même figuier dans la morale de ses apologues, et en cela, il lui fait jouer un rôle absolument neuf. Cilons-en un exemple : » Un jour, dit-il, je vis une touffe de gazon qui entourait » un rosier. Comment! m’écriai-je, cette herbe vile , faite » pour etre foulée au pied, viendrait vivre de compagnie » avec les roses ? et je me baissai pour arracher le gazon.
(t) Aplnbonii tamorph. lib. 10
'? p.P nna -fm. — Tlicocrite , idvl.
Clüuthen ,Ve ràptu ProSerpinte,
Carpu signa sui .
2Î. Oviû. Me r
* lorsqu’il me dit avec timidité. Epargne-moi, je t’en sup- » plie ! je ne suis pas rose, il est vrai, mais au parfum que » j’exhale, on s’aperçoit au moins que j’ai vécu avec des » roses. »
Les Turcs , grossiers et ignorans, donnent à la rose, à ce que dit Busbeck, une origine qui n’est pas du tout poétique. Ils la font naître de la sueur de leur épileptique prophète. Ils la cultivent en grand pour extraire de ses pétales cette huile essentielle dont ils parfument leurs mosquées, ét qu’ils nous vendent au poids de l’or.
Il n’est pas jusqu’aux Juifs, ce peuple ignoble, sans cesse en rébellion contre un Dieu qui se manifestait directement, ce peuple, dont l’histoire est presqu’entièrement composée des exemples les plus dégoûtons des vices de l’humanité , il n’est pas jusqu’aux Juifs, dis-je, qui n’aient su apprécier les charmes delà rose, dont ils couronnaient le front de leurs sacrificateurs. Moïse dit qu’avant la chute du premier homme , les roses naissaient sans épines.
Mais revenons aux Grecs, à ce peuple aimable et brdlant, qui anoblissait ou au moins parait de ses grâces particulières , tous les objets auxquel il touchait.
Les Grecs firent de la rose l’emblème de la jeunesse, et, sous ce point de vue, la dédièrent à la dca rosea, déesse aux doigts de rose, à l’Aurore. Comme emblème de la beauté, ils la consacrèrent à Vénus. Elle était dédiée à Cupipidon , lorsqu’elle devenait le symbole de l’amour ; puis aux Grâces, lorsque celles-ci accompagnaient les Muses.
11 est bien naturel que la fleur de la jeunesse, de la beauté et de l’amour, ail quelque rapport avec le mystère. Aussi, voyons-nous souvent Ilarpocrate, le dieu du silence, représenté avec une rose à la main ; voici à quelle occasion. Un jour il surprit l’Amour, comme il oubliait sa divinité auprès d’une jeune et belle nymphe. Le dieu de la Volupté, pour l’engager au silence, lui fit présent d’une rose.
Rosemberg pense que c’est la tradition de cette antique fable qui avait donné, chez les peuples du Nord, origine à une coutume fort singulière. Lorsqu’ils voulaient ensevelir dans le plus profond secret ce qu’ils se disaient entre eux pendant la joie des festins, ils suspendaient au plafond , au-dessus du haut-bout de la table, une rose fraîchement cueillie. C’eût été non seulement un déshonneur, mais encore un crime sans exemple, que révéler ce qui avait été dit ou entendu sous la rose.
Comme on le voit dans l’Ane d’or d’Apulée > les Grecs
attribuaient quelquefois une vertu mystérieuse et magique à la rose, et les sorcières de Thessalie l’employaient très souvent dans la composition de leurs pliyltres. Le malheureux ; Apulée , d’âne qu’il était devenu, ne reprit sa forme d’homme que lorsqu’il put mâcher quelques feuilles de rose.
Aujourd’hui les peuples de la Grèce ne composent sans doute plus de charmes magiques avec les roses ; mais , k j l’imitation des Turcs, il les cultivent en grand pour en tirer l’essence.
Dans les champs où fut Sparthe, entre les murs d’Athènes ., j Aux poétiques bords d’Argos et de Mycèncs,
Une rose odorante étale sa blancheur ,
Et sur leurs grands débris laisse courir sa fleur.
Son huile précieuse , aux reines réservée ,
Et dans des flacons d’or, avec soin conservée ,
Surpasse le nectar dont jadis ces beaux lieux Firent aussi présent à la table des dieux ( 1 ).
Les poètes grecs , puis tous lés poètes qui les' ont suivis , n’ont jamais manqué de donner un amant à la rose, et, comme on sait, cet amant est le zéphyr.
La jeunesse aime la jeunesse,
Comme la rose le zépbyr , ,
a dit après eux notre poète Favart, et tant d’autres. Or , voici pourquoi. Zéphyr , cet aimable fils d’Astréo et d’IIcribée, devint le léger compagnon du printems. 11 vit la rose jj en bouton, la caressa de son aile, et la fit éclore par sa, douce haleine. Depuis ce tems-lâ, les roses n’entr’ouvrcnt leurs pétales incarnats que lorsqu’elles sentent le soufle tiède . et vivifiant de cet amant favorisé. ■
Les Romains, en héritant de la mythologie des'Grecs', < héritèrent aussi de leur goût, de leur enthousiasme pour les roses'. A leur exemple, ils s’en paraient les jours de tète; ils les effeuillaient dans leurs temples, dans leurs salles de estins , et jusque dans leur lit ; ils en couronnaient les s^a- | tues de leurs dieux et de leurs héros; ils en paraient leur Iront dans leurs réunions domestiques, et ils en jetaient , même les pétales dans la coupe où ils buvaient leur vin sivanté de Falerne.
La culture des fleurs , et particulièrement des roses r était;
(j) Cast$h
l’objet d’un comfonerce considérable dans les environs de Rome et de Pæstum ; souvent, dans une saison contraire, un bouquet de ces fleurs s’estvendu des sommes considérables. Le commerce des roses était ordinairement entre les mains des plus jolies femmes, et les poètes ontjimmortalisé les noms de plusieurs de ces charmantes bouquetières, et ont même fait l’apothéose de quelques-unes. La divinité de Chloris > plus connue sous le nom de Flore, n’a pas d’autre origine.
Dans les tems plus modernes, pendant le moyen âge, les roses n’ontiien perdu de leur importance. On voit Charlemagne en recommander la culture dans ses capitulaires. Les papes consacrèrent une rose d’or, chaque vendredisaint, pour la donner comme le présent le plus honorable qu’ils pussent faire. Aussi ne l’envoyaient-ils guère qu aux rois dont ils voulaient captiver la bienveillance et ménager la haute protection. C’est ainsi, entre autres exemples, que Guillaume, roi d’Écosse, en reçut une du pape Alexandre III. Ils avaient fait de la rose délicate et éphémère l’ernblême de la fragilité du corps et du peu de durée de la vie , et le métal précieux, inaltérable,dont ils la modelaient, faisait allusion à l’immortalité de l’âme.
C’est pour les mêmes allusions que Luther avait fait graver une rose sur son caéhet, et que les francs-maçons la font sculpter sur une croix.
Jusqu’au ministère du cardinal de Richelieu, il exista en France un usage assez singulier, dont l’origine et le molli se perdent dans les ténèbres de l’histoire. Laissons parler Sauvai, qui le rapporte avec tous les détails intéressans qu il a pu recueillir.
« Les ducs et pairs, dit-il, soit qu’ils fussent princes ou môme fils de France, les rois et reines de Navarre, étaient obligésde donner des roses au parlement, en avril, mai et juin. On ignore la cause d’une semblable coutume, et 1 on n est pas non plus fort instruit sur la manière dont elle s observait. Nous sommes seulement certains que le pair qui était appelé à faire cette cérémonie , faisait joncher de roses, de fleurs et d’herbes odoriférantes, toutes les Chambres du Parlement, et avant l’audience, réunissait dans un déjeûner splendide les présidons, les conseillers, et meme les greffiers et huissiers de la Cour. Il allait ensuite dans chaque chambre, faisant porter devant lui un grand bassin d’argent, lequel contenait autant de bouquets de roses, d’œillets et d’autres fleurs de soie ou naturelles, qu’il y avait d’officiers, avec un pareil nombre de couronnes composées de mêmes fleurs, rehaussées de ses armes. »
» On lui donnait ensuite audience dans la Grand’Chambre, puis il assistait à la messe avec le Parlement entier. Tant que durait la cérémonie, l’audience exceptée, il y avait un concert de hautbois qui allait ensuite donner des sérénades aux présidons avant leur dîner. Il faut observer de plus, i » que celui qui écrivait sous le greffier avait son droit de roses; 2 ° que le Parlement avait son faiseur de roses appelé le rosier de la Cour ; 3 ° que les pairs devaient acheter de lui celles dont se composaient leurs présens. La présentation des roses se faisait généralement pour tous ceux qui avaient des pairies dans le ressort du Parlement de Paris. »
« Sous le règne de François I er , il y eut, dit Hénault, dispute entre le duc de Montpensier et le duc de Nevers sur la baillée des roses au Parlement. Le Parlement ordonna que le duc de Montpensier les baillerait le premier, h cause de sa qualité de prince du sang, quoique le duc de Nevers fût plus ancien pair que lui. Parmi les princes du sang qui se soumirent à cette cérémonie, on compte encore les ducs de Vendôme, de Beaumont, d’Angoulême et beaucoup d’autres. On trouve même qu’Antoine de Bourbon, roi de Navarre, s’y assujettit en qualité de duc de Vendôme. Henri IV n’étant encore que roi de Navarre, justifia au procureur-général , que ni lui, ni ses prédécesseurs n’avaient jamais manqué de satisfaire à cette redevance. Elle a cessé entièrement dans le 17 e siècle, sans que l’on en puisse fixer précisément l’époque. (1) »
Les poètes du moyen-âge, comme ceux de 1 antiquité, se sont plus à chanter la rose, et si, comme le pensent plusieurs personnes, l’auteur du Pcrvigilium venons est Jean second, et non Horace, on peut dire qu’ils ont, sous ce j rapport, surpassé les anciens. Pour en fournir la preuve , je ne puis m’empêcher de citer ici un fragment de traduction que j’ai déjà publié, il y a quelques années , dans mes * lettres à Eugénie sur 1 a botanique. Si je donne la préférence à ma traduction, c’est uniquement parce qu’elle a le léger mérite de rendre les vers latins presque mot à mot. Le poete à propos de la rose.
Voyez-la, disait-il, le zéphir amoureux Vient voltiger autour de sa robe éclatante ;
A la reine des fleurs il découvre ses vœux.
En échauffant d’une aile caressante,
Ce bouton , doux espoir du trop volage amour.
[1) Tabl. Ilist. de Paris, 1.1, p. i54•
Si l’aurore annonce un beau jour,
Son baleine légère et pure,
Essuie en soupirant, les pleurs Dont le matin embellit sa parure Et fait briller ses contours enchanteurs.
Mais quels nouveaux attraits 1 à peine il vient d eclore.
Qu’il semble s’empresser d’étaler à nos yeux
Ces aimables couleurs qu’il doit au sang des Dieux,
Ce vif éclat qu’il dispute à l’aurore.
En 1260 , Guillaume de Lorris commença le fameux roman de la Rose, qui fut terminé par Jean de Meun., et lit pendant long-tems les délices de Philippe-le-Bel et de ses successeurs. Il est écrit en vers, et pourrait tout aussi bien que nos ouvrages modernes, être décoré du titre pompeux
de Alors ce n’était pas le romantique indéfinissable qm occupait en France le trône de clinquant de la littérature. Mais une autrè manie tout aussi puérile était à la mode, on jouait en tout et partout des allégories, et toujours des allégories Le roman de la Rose en est une des plus ingénieuses, dont le seul défaut est de n’ôtre pas réduite en cinquante ou soixante Vers, au lieu de remplir un très gros volume. En voici le sujet : un amant se passionne pour une rose ; il soupire, il s’inquiète et s’agite jusqu’à ce qu il ait obtenu le trésor qu’il convoite avec tant d’ardeur. Mais bêlas . la fleur n’est pas plus lôt en sa possession, il n’a pas plus tutjouide se! charmes, des doux parfums qu’elle exhale, qu il la negh 8 , s’en dégoûte et l’abandonne. ' . „
Voulez-vous la morale obligée à la suite de cette allégo rie ; Jean de Meun va vous la donner, apres y avoir rciie-
^«jMines fifles, ceci vous apprend combien il est dangereux d’écouter un séducteur. »
Autres tems, autres mœurs! quinze ou vingt mille vers sur ce sujet pouvaient être à propos dans le tems ou il Isalait quelquefois quinze ou vingt ans de constance et de petits soins pout toucher le cœur dune belle, mais au 0 «
d’hui.si l’on voulait faire une comparaison propur
tionnelle, peut-être trouverait-on qué quatre vers suffiraient. Revenons-en aux roses. '
Le plus bel hommage que l’on ait pu rendre a la rose, est de l’avoir choisie entre toutes les fleurs pour en couronner la vertu. Vers le commencement du ^ 8 siècle, saint Médard, évêque de Tïoyon, institua dans Salency, Reu uc
sa naissance,un prix offertàla vertu età l’innocence. Ce prix consiste simplement en une couronne de roses ; mais quelle valeur il acquiert quand on sait que, pour l’obtenir il faut, ou du moins il fallait, que toutes les filles du village proclamassent elles'mêmes la rosière comme la plus soumise, la plus modeste et la plus sage. Les siècles se sont succédés, des empires ont été renversés, des sceptres se sont brisés entre les mains de plusieurs de nos rois, et la modeste couronne de Salency, respectée par le tems, est passé réguliè-j rement d’âge en âge sur le front de la timide innocence.
L’exemple de Saint-Médard a trouvé des imitateurs, et plusieurs institutions de rosières ont été fondées dans diverses parties de la France. La plus célèbre est celle du village de Surène, près de Paris, et cela est dû sans doute à la proximité de la capitale. Chaque année, au jour de la fête, une foule de nos Parisiennes s’empresse d’aller à Surène pour voir comment peut-être faite une innocente de dix-huit ans.
« Il y avait à Amadan , dit madame de Latour, une académie dont les statuts étaient conçus en ces termes : Les Académiciens penseront beaucoup, écriront peu , et parlerons le moins possible. » Le docteur Zeb, fameux dans tout l’Orient, apprit qu’il vaquait une place à cette académie : il accourt pour l’obtenir; malheureusement il arriva trop tard. L’académie fut désolée, elle venait d’accorder à la puissance ce qui appartenait au mérite. Le président, ne sachant comment exprimer un refus qui faisait rougir l’assemblée , se fit apporter une coupe qu’il remplit rl’cau si exactement, qu’une goutte de plus l’eût fait déborder. Le savant solliciteur comprit, par cet emblème, qu’il n’y avait plus de place pour lui. Il se retirait tristement, lorsqu’il aperçut un pétale de rose à ses pieds. A cette vue il reprend Courage; il prend la feuille de rose et la pose si déli-l catement sur l’eau que renfermait la coupe, qu’il ne s’en! échappa pas une seule goutte. A ce trait ingénieux, tout le monde battit des mains, el le docteur fut reçu, par acclamation, au nombre des silencieux académiciens. »
Une autre académie beaucoup mieux constatée, celle defr jeux floraux, à Toulouse, donne chaque année une églantine d’or à celui qui a remporté le prix de poésie sur le su-] jet qu’elle propose. Ce prix fut décerné il y a quelques années à Madame Tastu, un de nos plus aimables poète? français.
La rose a été quelquefois ua signe de ralliement dans 1»
plus liante politique. C’est ainsi que l’on trouve en Angleterre les Wighs et les Torys prendre, pour désigner leurs partis, les noms de deux roses, la rouge et la blanche.
Ceci me fait souvenir qu’on voyait autrefois les roses figurer dans le blason de quelques anciennes familles, et cet usage devait avoir une origine bien reculée, caron voit déjà les empereurs Romains donner des roses à leurs généraux, pour honorer leur valeur ou leur talent, et leur permettre d’ajouter cette fleur aux ornemens de leur bouclier.
Il y a quelque quarantaine d’années qu’une société d’hommes de lettres se forma dans Paris , sous le nom de société des Rosati. On comptait parmi ses membres, MM. Demoustier, Plis, Barré, Desforges, Roger, etc., etc. lisse rassemblaient dans un lieu qu’fis nommaient Eden ou le Losj quel de roses , et pour y être reçu il fallait non seulement être un joyeux et spirituel convive, mais encore avoir chanté la rose.
Cette société eut des imitations en province, et particuliérement à Arras.
Les roses poétiques.
Nous avons dit que les anciens poètes se sont plûsà chanter la rose, et nous avons même cité un ou deux fragmens de leurs poésies. Les auteurs modernes ne leur cèdent en taen sur cette intéressante matière.
Parmi ceux qui ont eu le plus de succès, on peut citer 1rs Delille, Ducis, Bernard, Saint-Victor, Bonnefons, Hoffman, Guillcmain, Henry-Étienne, Paolo, Rossi, Thompson, Lemze, Malo, Castel, Constant Dubos, etc.
Delille disait, dans son enthousiasme pour la plus belle des fleurs :
Mais qui peut refuser un hommage à la rose :
Da rose, dont Vénus compose ses bosquets,
Te Printems sa guirlande, et l’Amour ses bouquets , Qu’Anacréon chanta, qui formait avec grâce Dans les jours de festin, la couronne d’IIorace ?
Déonard, inspiré par la rose, chante avec une gaie Philosophie.
Je veux, dans un repas charmant,
Entourer ma coupe de roses ;
Venus en fait son ornement.