DE LA MONOGRAPHIE DES ROSES
Je dois rendre compte ici des raisons qui m’ont déterminé à réduire à trois espèces la nombreuse nomenclature des roses. Ce chapitre sera court.
Je commencerai par une observation. Beaucoup de botanistes dédaignent les variétés jardinières : ils s’en embal lassent peu parce que, peut-être, elles les embarrasseraient Beaucoup. Ils sont dans une grande erreur, car à ce compte, es animaux ,domestiques, soumis comme les plantes à empire de l’homme, et dont on ne connaît plus le type sauvage, par exemple le chien, le chameau, devraient être layes du domaine de l’histoire naturelle. Si les chameaux u ,Jardin des Plantes venaient à produire une vigogne, ou qu accouplés avec un lama ils produisissent un métis fécond; parce que le chameau est un animal domestique, rouverait-on un naturaliste assez dépourvu de sens pour dire : « Les animaux domestiques ne sont pas du domaine de la zoologie, pour cette raison je n’ai aucun égard phénomène qui se passe dans les écuries du Jardin des liantes, et je maintiens que le chameau , la vigogne et le aoia sont trois espèces. «
^ est pourtant là le cas où se trouvent positivement quelques botanistes, relativement aux roses. Un M. Vibert, il 7 a quelques années, entraîné sans doute par l’amour de a science, fut au Jardin des Plantes offrir gratuitement sa otlection de roses , alors,une des plus complètes de Paris. e vénérable M. Thouin le refusa sous prétexte que l’élude es variétés n’était utile en rien à la science. Et cependant <ru’q IS dans ^ cs ouvra g es publiés depuis par des botanistes jj . Sse sont cru obligés d’adopter, non pas comme variétés Is c omme espèces, des individus obtenus des graines de
« botanique
ces mêmes variétés qu’ils avaient répudiées comme inutiles à la science. 11 est arrivé une chose à peu près semblable au superbe et intéressant ouvrage de MM. Poiteau et Risso sur les oraagers. Quelques personnes i ont dédaigné parce que, disaient-elles, ce n’était qu’une monographie de variétés ; et toutes les lois que nos savans veulent écrire sur les orangers, ils sont pbligés d’étudier et de repeter ce qu ont dit MM. Poiteau et Risso. . . . .. .
Je suis loin de penser comme les botanistes qui rejetten les variétés comme indignes de leurs etudes ; je vais p us loin , je dis que pour bien connaître un etre queiconque il faut, comme font les chimistes, le soumettre a toutes les analyses, et la domesticité me paraît être un laboratoire fertile en découvertes utiles.
Ils disent qu’il faut étudier les êtres dans la natui e. Est-ce que par hasard le plomb n’est plus dans sa nature de plomb parce qu’on me le présente sous la forme de minium ou de tout autre oxide? est-ce qu’un rosier n est plus dans sa nature parce qu’il a été taillé, greffe, obtenu de graines fécondées artificiellement; parce qu en un mot, il a été sou mis à l’inlluence de la culture? Suppose-t-
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mis à l'influence de la culfure? Suppose-t-on qu’un jardinier a la puissance d’un dieu créateur ; qu’il change la nature , qu’il fait des individus? Non, un être ne peut point etre airaché à la nature , la main du jardinier ne peut nullement le changer, et si elle parvient à le modifier, ce n est qu’en flvorisant le développement d’un ou plusieurs accidens dont la nature avait placé , peut-être de toute éternité , le germe dans chaque individu.
Un jardinier changera la forme d’une rose, d une tulipe , d’une poire, mais jamais il ne fera produire un narcisse a un rosier, une violette à une tulipe, et une cerise à un
FÜ sVla science ne se borne pas à une stérile nomenclature; si on a , en étudiant l’histoire naturelle, un autre but que celui d’une vaine curiosité desavoir le nombre des especes, il faut,les étudier dans tous les états où on peut les rencontrer, sous toutes leurs formes, dans toutes les eue stances, et alors on parviendra peut-être à en connai quelque chose. . • nu
J’ai donc étudié et décrit toutes les variétés que j ai P connaître , et ma monographie , sous ce rapport , est au complète qu’il m’a été possible. .
J’ai dit que je ne croyais ù l’existence que de trois pèces de rosiers. Voici sur quoi je me fonde. Ne devan garder comme spécifiques, que les caractères invariable >
|’ai soumis à l’analyse tous les organes du rosier, comme on le voit à l’article de l ’importance des caractères spécifiques „ et je n’en ai trouvé que deux d’invariables. x° La couleur jaune pur, opposée au blanc et au rouge; 2° les feuilles simples , opposées aux feuilles composées.
11 n’y a donc d’espèces réelles, offrant des caractères invariables , que les rosiers qui suivent.
î. Rosier a feuilles de vinettier. Iîosa simpticifolia . Fleurs d’un jaune pur (i); aiguillons quelquefois composés; feuilles simples.
2. Rosier jaune, rosa lutea. Fleurs d’un jaune pur; aiguillons toujours simples ; feuilles composées.
o. Rosier variable , rosa mulabilis. Fleurs roses, passant par toutes les nuances du blanc au rouge et au violet; aiguillons toujours simples ; feuilles composées.
Comme je l’ai prouvé, tous les autres caractères sont variables et changent d’une variété à une autre. Il n’y a donc réellement que trois espèces de roses dans la nature , et toutes les autres ne sont que des accidens de localité ou de culture. Si ces accidens se perpétuent de générations en générations dans les lieux où l’on rencontre ccs prétendues espèces, cela vient de ce que ne changeant pas de place et se trouvant toujours dans les mêmes circonstances , les mêmes causes doivent rigoureusement produire les mêmes effets. Qu’on les change de climat et d’habitudes, qu’on les soumette à la culture, on les verra changer de type à la suite de quelques générations, et passer plus ou moins rapidement d’une variété dans une autre. 11 n’y a pas un cul tivateur qui ne sache cela.