‹ Manuel complet de la bonne compagnie, ou Guide de la politesse et de la bienseance dedie a la jeunesse de deux sexesChapitre 19 sur 35 · DES BIENSÉANCES M0BALE6 UE EA CONVERSATION · texte numérisé non relu

DES BIENSÉANCES M0BALE6 UE EA CONVERSATION

Bonté , modération , décence ^ voici la devise et l’âme des bienséances morales de la conversation.

Le soin d’être toujours agréable, obligeant; de mettre en tout une sage mesure; de respecter les droits d’autrui, jusqu’en les moindres choses; d’écouter l’instinct d’une susceptibilité honorable pour tout ce qui tient à la délicatesse, à la piété , à la pudeur; toutes ces qualités , qui font la politesse , sont renfermées dans ces mots si touchans : bonté y modération , décence.

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1 Àh premier faag udes banaUtés eoMtsage -, nou$> mettoQ» celles cenceroant l’iafoitmaUon de ,1^ santé*. Nous.'aucon» nécessairement' peu de chose à dire k cet egard t touteébi'S' il est encore (Quelques petit& conseils q[ui ne.sont pas à négliger^ . . -r, - , ...

11 impprtç.de .Yaries le plus possible les fwmes de cés questions banales, et de les faific à la troUième petsoiine , lorsqu’on les- adresse à quelqu’un aiyec , qui l’on- nest point lié; ijl faut même, s’en abstenir tout-à'-fait; envers un supérieur , .qu bien envers une personne que l’on . ne connaît presque pas car ^ces iulorf Tnations' supposent quelque- familiarité. Dans ce dernier cas , il est un moyen de montrer de l’empressement sans manquer à l’étiquette:, il consiste à demander des nouvelles -, soit aux domestiques ,, soit à d’autres personnes de la maison , et de dire ensuite en se présentant:. Je suis charmé y monsieur , d’apprendre que vous êtes en bonne santé , etc..

L’usage défend encore à une dame de s’iur former des nouvelles d’vra homme , a moins qu’il ne soit malade, ou bien âgé. Pour donner uiv correctif à celte convenance peu bienveillante ,. une femme qui aborde un monsieur , s’empresse de l’interroger sur la santé des personnes de sa famille, pour peu qu’elle ait avec xejle*ci une apparence de relations»

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Uo grand nombré de gens font la question machinalement ^ sauft attendre la réponse, ou bien se hâtent de répliquer avant qtkfon leur ait répondu. C’est de mauvais ton. Assez communément, céue< inforraatfon de la -santé ne tire pas à conséquence, il est vrai , mais elle doit paraître dictée par l’attention et la bienveillance. 11 ne faut pas s’y trôDâfpëf eepeii- ' dant , et se garder d’instruire d’une légère indisposition des personnes qui nous Soht fort étrangères, parce que leur intérêt peut être de forme seulement.

Après s’être informé de l’état sanitaire des gens que l’on visite , il convient de 'les interroger sur celui de leur famille ; itiaîs il serait ennuyeux de faire une longue énumération des membres qui là composent. On peut adresser une question collective, en désignant, toutefois , les personnages les plus imponans. £n cas d’absence de proches parens , on demande si la personne visitée a reçu de leurs nouvelles depuis peu ; si ces noüVëlleS sont satisfaisantes. £lle , dé son côté, agit de même à votre égard.

Lorsqu’il ne s’agit pas de Visités de grande eérémonie, au motnént où vous pteness congé, on vous charge communément de complimens, de salutations pdür ceux avec les^^uéls vôus vivez; il faut répondre brièvement, mais trouver Je moyen de donner une assurance et de foire un renier ciment

La politesse répand sür leS moindres communications soda lés un vernis de modestie ,

de grâce et de déferepce , que.Tott doit con^ *erver avec >un .

En parlant , il faut tpnjpi 4 ^?.d<Kiietr,le nom ?nonsieii,r , madame 04 mademçi^elle i. si ,1a phrase est pn peu Ippgue^ Ip titrçduit être répété. Lorsqu’il s>git de répondre par l’affirmatjve ou la uéptive, on ne doit jamais dire sèchement Qtd ou non- Il est impoli cependapt de joindro le nom de la personne au titre de monteur , ou madame. Pp ne, le fait .que lorsque la personne à qui'pous adressons Ja parole est dîs^aîte ou tournée d’une autre côté , et qu’il est; nécessaire d’exçiter son attention^ encore est-il plus convenable, si cette personne a un titre,. ou ejœirçe une profession distinguée, , de, l’appeler par ce litre ou par la dcnou1inati9n .de son état, comme 7»o/z,s/eur le comte , monsieur . le docteur { ou simplement docteur , en parlant à un médeciiuavec lequel on est .lié ),jPa«s le cas où il se trouyerait plusieurs personnes du même état, ou pourrait alors ajouter le nom. .r,>

le mopde^ sait qu’il est fo!\t grossier de parler d’une tierce personne présente, en disant ü y lui tyxx. , elle , et que l’on doit dire monsieur ou rnadame \ en parlant à la troisième, porsonne, .On peut aussi la désigner par sa qualité ou par son nom.

^ ■pne dame ne dit ,men mari que dans l’intlraité; en tout autre circonstance, elle le nomme par son nom' en l’appelant monsieur. 11 est egalement de bon ton qu’excepté les momeps où préside la cérémonie, et tant qu’elle

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est jeuiîè éTKîorê , elle le désigne par son ■petit nom. 11 serait inconvenant qu’elle le nommât monsieur tout court devant d’autres personnes que les domestiques ou les ouvriers. Les mê- 'ines convenances existent pour le mari , à i’cxceplion d’une seule*: il semblerait ridicule nie dire en société, madame iV^, mon épouse\ il doit dire tout simplement ma femme.

• Mais lorsqu’on lui parle de la personne à laquelle il est uni , on ne peut dire votre femme que dans l’in limité. ^Madame votre femme ^ madame votre épouse y sont dès exjH-essions d’assez mauvais votre dame encote pis; madame utte telle est bien plus convenable. Les règles de politesse à cet égard sont les mêmes en parlant du mari.

Quand on ne dit pas à des parens , ma^ demoiselle votre file , l’expi'cssion < votre demoiselle , est d’usage ; votre fille ne s’emploie jamais. Comme on est convenu de donner ce nom aux courtisanes , on l’a presque banni de la société. Une femuïc disait aulrefois , quand fêtais fille ; aujourd’hui elle doit dire absolument , quand fêtais demoiselle.

En parlant à quelqu’une des personnes de sa famille , on évite de dire simplement, voire père, votj'e mère , etc.; on ajoute le titre de monsieur et de madame. Cependant il y aurait de l’affectation à dire messieurs vos parens , en parlant d’une manière générale ; quoiqu’on dise très bien messieurs vos Jrères, mesdames vos sœurs.' k mesure que la parenté est plus éloignée , celle attention est moins

nécessaire , et l’on peut dire sans impolitesse, vo.s cousins , vos cousines.

Si quelqu’un s’avisait de désigner ses parens par les titres de monsieur mon père , madame ma mère , il paraîtrait risible au dernier point. Cependant il est de bon ton eu parlant des personnes avec lesquelles on est allié , de les appeler par leur nom, en leur donnant le titre ordinaire. Ainsi, l’on dit fort bien , monsieur un tel, madame^ où mademoiselle une telle, pour dire mon gendre, ma belle-fille, ma belle-sœur , etc. Le nom de bru est tout-à-fait proscrit, et n’est plus d’usage que chez les artisans. Il faut laisser aussi à ces braves gens l’habitude de désigner ( même dans l’intimité ) ses parens par leur nom de famille, sans y joindre le titre de madame, mademoiselle, ou bien l’indication du degré de parenté ; ainsi l’on doit dire , ma tante ma cousine iV, et non point^/a iV, ce qui est tout-à-fait insupportable.

Il est tout-à-fait niais de joindre au mot monsieur ou madame , un mot désobligeant qui peut former équivoque, tel que celui-ci; Que cet homme est bête , monsieur !

Lorsqu’on parle de soi et d’une autre personne , soit présente , soit absente , la bienséance exige que l’on ne fasse mention de soimême qu’en second lieu. Ainsi l’on dira , JEllo et moi, vous et moi, ou mieux encore. Monsieur et moi , car il ne faut pas l’oublier , parler à la troisième personne est plus honnête et plus respectueux. Toutefois , il faut

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clrt circonspect en employant ce mode, parce que, dans plusieurs circonstances, on pourrait avoir l’air d’un vil complaisant. D’homme à homme , il est peu usité. D’ailleurs , quelque honorables que soient les personnes, il ne doit pas ctre continuel. Le seul cas oU il est toujours parfaitement convenable, c’est lorsqu’on s’adresse à une dame , et que le discours est interrogatif. Madame très bien, veut- elle J aire une partie? désiret-elle respirer l’air? etc.

Lorsque vous faites le récit d’une aventure personnelle dont les circonstances sont honorables pour vous, et qu’une personne très distinguée en partage l’honneur , vous devez seulement faire mention d’elle, et au lieu de la phrase plurielle : Nous résolûmes , nous fîmes telle s’oublier, et à\xe'. monsieur

iV résolut, fit cela. Ce sacrifice de la modestie doit vous être payé par la délicatesse, et le supérieur , à son tour , doit publier aux dépens du sien votre mérite en cette occasion.

On sait que le mot démenti ne se trouve point dans le dictionnaire de la bienséance, et que lorsqu’on est forcé de nier l’assertion de quelqu’un, on emploie des formules d’excuses* Les plus convenables sont celles-ci ; Je puis me tromper, je me trompe sans doute, mais....veuiUez excuser mon erreur, jnais il me semble Mille pardons, mais je cro-

yais , etc. Les gens qui pensent atténuer une dénégation par quelques mots de doute, sont des mal appris. Si ce que vous avaruiez est

vrai f dîscnt-ils , si ce que madame annonce est positif, etc. Avec ces belles formuleslà , ils croient obéir à la politesse. C’est être malhonnête avec aireclation.

Quoique l’qn dise malignement que les formules importent beaucoup dans le monde , je m’y Joins , mais dans une autre intention.

On ne dit, je vous salue, je vous souhaite le bonjour , et sortoul bonjour , qu’à des inférieurs. A une dame âgée , à une femme mariée, une demoiselle doit dire, y’at* l'honneur de vous saluer. Un homme se sert de cette expression envers les dames et les jeunes personnes.

On ne demande jamais une chose à quelqu’un sans dire: voulez-vous avoir la bonté, veuillez me faire le plaisir , seriez-vous assez bonne , etc.

Dans un cercle, on ne passe point devant une personne, on ne présente jamais un objet en tendant le bras sur elle, mais on passe, on tend l’objet derrière elle. Dans le cas oîi. on îie le peut, on dit , je vous demande pardon. A une interrogation mal comprise on ne répond jamais hein ?....quoi? mais plait-iU... pardon , je lü ai point entendu.

Lorsqu’on tient par les liens du sang à quelques personnes , il est impoli d’en parler à leurs parens comme si elles ne vous étaient rien. Ainsi nous blâmons un frère qui dit à son frère , ta tante, nn gendre qui dit toujours à sa femme, la mère, etc. Cela ne se peut souffrir qu’en l’absence de ces person-

lies. Ne refusez jamais avec dédain une pi ise de tabaC; et plutôt que de désobliger les gens, prenez-en une pincée, quitte à la rejeter ensuite , après avoir, feint de la prendre. Ne saluez pas, 'OU saluez imperceptiblement, en silence , quand vous entendez un éternument.

Gardez-vous de présenter aux dames , dans les bals ou les assemblées, une boîte de bonbons , à peine d’avoir l’air d’une caricature.

Si vous heurtez quelqu’un le moins du monde, dcmandez-lui avec empressement pardon.

Oq doit vous répondre de même : ce n’est rien , rien du tout , etc. , lors même que le coup aurait été violent.

11 est d’usage , pour remplir les momens d’une visite de pure bienséance, de regarder les portraits qui ornent la cheminée , de les détacher même, si on vous invite à le faire.

11 serait de la dernière impolitesse de dire qu’ils sont flattes , de prétendre reconnaître dans le portrait d’une ^eune femme celui d'uüe dame âgée ou moins favorisée de la nature. Il serait encore déplacé de faire de longs complimens: un éloge indirect , ingénieux , est tout ce qu’il y a de plus convenable.

% II

Des Questions des termes parasites.

XJn axiome de bienséance veut que l’on ne parle presque jamais de soi ( qu’à ses amis intimes ) et que l’on entretienne les étrangers

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d’eux-mêmes , de tout ce qui peut les intéresser. Des questions sont donc necessaires , mais elles demandent infiniment de délicatesse et de tact, afin de ne pas fatiguer, de ne pas blesser même. Si, au lieu d’exprimer un doux et croissant intérêt, vous faites un sec interrogatoire dicté par une froide curiosité; si vous serablez ne porter nulle allenlion aux réponses que vous provoquez; si vous prenez maladroilement un ton protecteur; si vous prolongez outre mesure cette forme de conversation ; si , voyant qu’on est embarrassé , qu’on clierche à se sauver par une réponse évasive , au lieu de garder le silence, vous témoignez de sots regrets de votre indiscrétion ; soyez bien sûr que vos questions et vous-même serez considérés comme un fléau.

Madame Necker observe ingénieusement que ces termes favoris et souvent répétés dont on sème la conversation , servent , pour l’ordinaire, d’enseigne à l’humeur des gens. « Ainsi, dit-elle , les menteurs ont pour expression habituelle, Vous pouvez m"en croire ^ c'est la vérité ; les bavards , Bn un mot, pour en finir ; les orgueilleux , Sans se vanter y etc.» Cette piquante observation est des plus fondées, et par conséquent nous devons bien prendre garde de mettre les gens dans le secret de nos travers.

Mais, indépendamment de ce motif, il nous faut éviter avec soin les mots parasites, parce qu’avec le temps , l’habitude les multiplie à un point vraiment effrayaut. Us embarrassent,

inondent nos discours, dclournenl l’aUenlion des personnes qui nous écoutent, et nous rendent importuns, ridicules, sans que nous puissions nous en apercevoir.

Si des termes habiinels , d’ailleurs non rcprchensibles, peuvent devenir si fâcheux, quels résultats produiront, lorsqu’ils sont familiers, ces tours surannés, ces expressions triviales, ces grossières transitions , tels que , Se mettre dans le cas, par dessus le marché ^ ce ri*est pas l’embarras , au bout du compte ! etc.

§ ni.

^X>es narrations, de l’analyse et des digressions.

Il est plusieurs conditions indispensables au succès des narrations. Ces conditions sont, 3a rareté d’abordj les meilleures histoires , lassent lorsqu’elles se multiplient trop , parce que chacun veut être acteur à son tour sur 3a scène du monde. Ainsi , lors même 'que .vous auriez quelque chose d’excellent à raconter , cédez toujours moins à l’envie que vous avez de parler, qu’au désir qu’on a de vous entendre. 11 n’est que trop de gens qui trouvent le secret d’ennuyer en disant de fort lionnes choses, par la trop grande démangaison qu’ils ont de les dire.

Vient ensuite l’opportunité. Que votre récit yiaisse naturellement de la conversation ; qu’il explique un fait , vienne à l’appni d’une opitaioo, mais ne paraisse jamais amené par le sot

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plaisir du parlage, ou par le désir non moins sot peut-être de faire étalage d’esprit. Rappelez-vous que les récits les plus médiocres »

quand ils sont placés à propos , plaisent souvent plus que les meillcuies choses du monde , quand on les dit à contre-temps ; et même s’empresser toujours de s’emparer de la narration à faire est de mauvais ton , princi' paiement pour les jeunes gens et pour les dames, surtout lorsqu’il y a peu d’instans que l’on vient d’occuper l’attention d’un cercle. C’est une bienséance aimable et modeste que d’engager quelqu’un à raconter l’anecdote du jour dont vous avez fait mention , et dont on désirerait connaître les circonstences. Cela sied bien aux gens distingués par leur esprit. La personne désignée s’incline et se défend par quelques mots avant de se rendre à votre invitation.

Il est de toute nécessité que le langage se prête aux formes diverses qu’exige la narration J que , sous prétexte d’orner son discours , on ne s’égare point dans des comparaisons recherchées , d’oiseux détails , d’inlcrminablcs dialogues; que si l’on raconte un trait plaisant ou frappant , on garde le plus grand sangfroid, et qu’enlîn , avant de commencer un récit de ce genre , on ait présens à l’esprit ces vers-proverbes de Lafontaine:

II ne faut iamah dire aux gens,

Ecoutez un ]>on mot , voyez une merveille , Savez-vous si les ccoiitans En feront uue csUise à la yêtre pareille^

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Quand , faute de ce soin et de beaucoup d’autres , les narrateurs manquent l’effet attendu, et croient pouvoir le rattrapper en redisant, en cumnieutant le mot comique, en s’évertuant à répéter : iVe trouvez-vous pas cela excellent y admirable? Hélas! ils ne font qu’ajouter à leur défaite et à l’ennui des pauvres auditeurs.

Si l’on raconte une anecdote que vous connaissez déjà , laissez aller le conteur jusqu’à la fin, et ne détournez d’aucune façon l’alletuion de ceux qui écoutent. Si çn vous demande votre avis, donnez-le ingénument , et sans vouloir paraître mieux instruit que le narrateur lui-mème. 11 y a plus; si vous vous trouvez en tète-à-icle avec le conteur , vous gardez le même silence, vous l’écoutez avec un air d’intérêt, et s’il vient à vous faire part d’un fait qu’il vous a raconté le jour précédent , ou qu’il tient de vous-meme , vous paraissez également l’ouïr pour la première fois. Souvent, au milieu du récit , le narrateur oublieux hésite, il croit se rappeler ... Obscrvez-le attentivement. S’il est en doute , affirmez que vous ignorez tout-à-fait ce dont il s’agit. Si la mémoire lui revient , priez-le de continuer en lui disant: Je vous entends toujours avec un nouveau plaisir. Cette politesse délicate est surtout de rigueur envers les vieillards.

Quand vos narrations ont eu du succès , gardez une contenance modeste; laissez les gens répéter les traits saillans qui les ont charmés.

Le nioywi le plus sûr de n’avoir l’approbalioii de personne , dans ses actions comme dans ses discours , c’est de la solliciter , soit par ses regards , soit par ses paroles.

Comme chaque auditeur est obligé d’écouter ou d’entendre sans réclamation , il résulte q^ue l’on doit sonder le terrain avant de prendre la parole , et; demander si telle chose est connue de la- société. Lorsqu’une historiette a été insérée dans les journaux^ qu’elle n’est plus absolument neuve, ou qu’elle semble empruntée à un recueil d*n!«a; si on l’attribue à quel-, que personne de connaissance ( absente bien entendu), un ridicule ineffaçable stigmatise à bon 'droit le conteur.

Voici , selon moi , la partie la plus difficile de la conversation, et si vous n’èles point sûr de pouvoir classer vos idées avec ordre, de les exprimer avec une grande clarté , une facile élégance , n’ayez jamais la témérité de vouloir analyser un livre , une pièce de théâtre. Vous vous prépareriez une rude mortification , qui influencerait défavorablement votre entrée dans la société. Vous auriez tort d’en conclure , cependant , que je vous condamne pour toujours au silence: je veux vous inspirer seulement une défiance salutaire, afin de vous préserver de ce rude échec, et vous mettre en état de pouvoir quelque jour répondre à cet égard aux vœux d’une assemblée distinguée et brillante.

Commencez par jeter sur le papier l’esquisse rapide d’une pièce de peu d’étendue, comme

un vaade ville , une petite comédie. Vous ferez cela , jusqu’à ce que , sûr de la manière dont vous embrassez l’ensemble et dont vous disposez les détails , vous puissiez vous produire sans embarras. Parvenu à ce point, abstenez-vous alors de ces sortes d’analyse, qui, plus correctes, à la vérité , sentiraient le travail. Elles auraient, d’ailleurs, moins d’abandon , d’àpropos et de grâce.

Sachez-le et retenez-le bien, tout autre préparation que de penser à ce que vous allez dire , vous ferait acquérir deux défauts intolérables : l’affectation et la raideur.

Au reste , je ne donne ces conseils (Qu’aux personnes qui, par un esprit vif et pénétrant, par l’amour des arts, par une aptitude particulière , se trouvent portées à faire des efforts pour parler convenablement des productions littéraires. Celles qui en sont moins occupées , se contenteront d’en exposer simplement et brièvement le sujet; de rendre compte de l’émotion qu’elles auront éprouvée ; de parler de quelques passages sailians , et d’ajouter qu’elles n’ont pas la prétentieuse pensée de prononcer un jugement.

Le premier degré delà digression est la parenthèse : pourvu qu’elle soit courte , naturelle , peu répétée; que vous preniez soin de l’annoncer toujours, et, qu’en définitive, vous n’en abusiez pas , vous pouvez eu faire un usage avantageux. Le second degré de la digression dpvient plus délicat, car comprend ces réfiexions accessoires, ces locutions com-

munes, maïs plaisantes ou consacrées ; ces allusions generales ou particulières, que Fon ne se permet qu’à l’aide d’un accent spécial, qui est au langage ce que le caractère italique est à l’impression. Cette manière de parler en italique peut être piquante, naïve; mais aussi elle peut souvent être obscure, triviale ; l’habitude en est dangereuse, et l’on ne doit se permettre qu’avec ses amis cette scabreuse digression.

Venons au troisième degré, à la digression proprement dite. La plus frequente est involontaire. Souvent, dans un dialogue vif et pressé, le mouvement de la conversation vous emporte, ainsi que l’interlocuteur, loin de votre point de départ. S’il s’agissait de son plaisir ou de son intérêt, revenez sur vos pas en employant une tournure polie , ne perdons pas nos affaires de vue, je vous prie , direz-vous. Mais s’il n’est question que de riens remplacés par des riens, laissez couler l’eau.

La digression volontaire , quand elle n’est pas l’oèuvre de la loquacité , peut se mêler à de graves discours, tels que discussions politiques , philosophiques ou morales ; mais il importe de la traiter avec infîniment de réserve , de soin , et de ne jamais en faire une apologie personnelle, ou un hors d’œuvre domestique , comme ces gens qui , rapportant quelque événement relatif à un individu , raccontent sa vie, les rapports qu’ils ont eu avec lui, avec sa famille entière , et s’arrangent de manière que cet événement d’une heure rappelle l’idée de l’éternité.

Les plaideurs , les gens de lettres , les militaires , les voyageurs, les malades et Je dames âgees doivent se tenir tous dans une sage et conliauelle défiance de l’abus des digressions.

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