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\Des éloges y des plaintes^ des inconvenances et des préjugés.
Une des choses les plus inconvenantes , c’est de louer à l’excès et à contre-temps. Les louanges excessives et déplacées n’honorent ni celui qui les donne, ni les personnes qui les reçoivent.
(i) Pour qu’une réponse soit vraiment agréable , il faut que celui qui l’a faite ait eu le droit de la faire, et qu’on puisse la citer sans lui faire tort; autrement, on rirait de la réponse, et l’on en mépriserait l’auteur. J I sort des réponses agréables de la bouche d’ un homme de guerre , qui seraient ridicules dans celle d’un magistrat. Une jeune personne peut faire des réparties vives et brillantes , qui seraient insupportables dans la bonebe d’ une femme sur le retour ; comme celle-ci en put faire de fort agréables qui ne conviendraient nuliemetit dans la bouche d’uue jeune deraoiselle;
Le moyen infaillible de donner l’air sol à une personne de mérite , c’est de lui adresser en face et sans ménagement des éloges exagérés ; il n’est pas, eu eilét, peu embarrassant de répondre. Garde-t-on le silence, on semble respirer à son aise l’encens ; se récrie-t-on vivement, on semble vouloir l’exciter encore. Aussi voyons-nous , en pareil cas ,. des gens très spirituels , d’ailleurs, qui répondent par de niaises exclamations , pas des assertions grossières. ^ous vous mofjuez , disent-ils , et cela ne SC peut tolérer , car l’on ne doit pas supposer que la personne qui vous loue soit capable d’un tel procédé. Je crois que l’on pourrait mieux dire: Si je ne vous savais si bien-' veillant (ou si bonj je croimis vraimetit que vous vous raillez de moi. Ou bien, voire indulgence vous aveugle.
Les hommes sans usage s’imaginent ordinairement qu’on ne peut aborder une dame sans lui adresser des complimens. C’est une erreur, messieurs, et je peux vous révéler à cet égard ce que mon sexe préfère à ces banalités d’éloges.
11 est de mauvais ton d’assommer de douceurs fades toutes les femmes qu’on rencontre , sans distinction d’âge, de rang et de mérite. Ces fadeurs peuvent amuser quelques femmes légères, elles ennuient une femme sensée. Ayez avec elles une conversation vive , piquante et variée j et souvenez-vous qu’elles ont une imagination trop activ<*, une mobilité d’esprit trop grande, pour soutenir longtemps la conversation sur un même sujet.
Faul-il donc s’interdire absoloment les éloges? Non, la société française n’en est point venue à ce degré dé pliilosophie-rlà j les éloges sont et seront long-temps encore un moyen de succès; mais ils doivent être d’abord vrais , ou du pioins vraisemblables , afin de ne pas avoir l’air d’un outrage sanglant; ils doivent être indirects , délicats, pour qu’on puisse les écouter sans être obligé de les interrompre ; ils doivent être tempérés par une sorte de censure , dont l’adroite sévérité est epeore ellerntême un éloge.
De la mesure en tout, je l’ai dit'bien sour vent , et le répète encore,
Ne poprrait-on pas regarder comme un langage grossier et ridicule cette exagération que l’on met souvent dans les louanges comme dans le blâme ? 11 semble que la véritable bienséance dans les paroles consiste principalement dans une certaine mesure d’expressions, Il vaut beaucoup mieux donner à penser plus qu’on ne dit , que d’outrer les termes et dfc courir le risque d’aller au-delà de ce qu’on doit dire.
Sous quelque rapport que ce soit, la plainte a toujours mauvaise grâce. ‘
Éloignez de vos plaintes l’aigreur et l’ani-r mosité ; que votre colère soit seulement le sentiment du mal qu’on vous a fait, et non pas de celui que vous voudriez faire : c’est le plus sur 'moyen de mettre dans votre parti les personnes qui auraient peut-être pu balancer entre votre- adversaire et vous.
La bienséance ne s’oppose pas moins aux plaintes excessives que vous faites au premier venu contre ceux dont vous avez à vous plaindre qu’aux louanges fréquentes et outrées que vous donnez mai à propos à ceux de qui vous attendez du bien.
Par le mot inconvenances , on entend généralement toutes les fautes contre la bienséance. Cependant on donne aussi à ce mot un sens particulier et restreint. 11 signifie alors un man([ue d’égards ^ un oubli spécial des soins délicats qui semblent nous identifier avec la position d’autrui. Voici quelques exemples de ces infractions particulières de la politesse. K’aborder les personnes tristes qu’avec un visage riant et des manières enjouées, qui leur prouvent le peu de part qu’on prend k leur situation ; troubler par une humeur bizarre et chagrine, par des déclamations misan tropiques, la joie des gens satifaits ; exalter les avantages de la beauté devant des femmes âgées ou disgraciées de la nature ; parler de la considération que donne l’opulence en présence de gens k peine arrivés k la médiocrité ; s’applaudir de sa force , de sa santé près d’un valé tudinaire , etc. ■ ' >
Le sens que nous donnons ici au terme préjugés cîtencote plus restreint que celui donné précédemment k l’expression inconvenance.
Nous ne voulons point parler ici de ces ju- ^emens erronés , reconnus tels , sapés , ébranlés, mais encore réspectés de la société qu’ils tourmentent. 'Nous voulons seulemeut prému-
nir nos lectrices contre ces préventions antisociales , de nation à nation , de ville à ville , de quartiers à quartiers ; de cette disposition malveillante qui remplit la bouche d’une Française, de malignes observations contre une habitante de Londres; qui change pour une Parisienne le nom provincial en synonyme de gaucherie et<de mauvais ton, et qui , dans les salons de la Chaussée-d’Antin , ne fait pas plus de grâce aux personnes logées dans le Marais; d’autant plus que les gens du Marais,' les provinciaux , les Anglaises , ne se font pas faute de rendre préventions pour préventions/ dédains pour dédains. < •