DE LA BIENSÉANCE EFISTOLAIRE
Après les communications sociales, par le moyen des > visites , de la conversation , viennent les communications par le moyen des lettres et billets. Ce n’est pas seulement l’absence , mais la multiplicité des affaires , le' grand nombre des relations qui donnent une extension très forte à cette partie des rapports sociaux.
Nos lecteurs sont trep judicieux pour croire que nous nous disposions à leur donner des leçons de style, à leur enseigner comment se doivent écrire les lettres d’amitié , de fclici-
latîons , de condoléances , de morale , d’excuse, de recommandation, d’invitation, de plaintes , de reproches. Cette énumération seule en démontre l’impossibilité. Quelques réflexions / générales sur les convenances épistolaires, des . détails scrupuleult sur les- formes et le cérémonial des lettres , composeront ce chapitre important,
JDes Convenances épistolaires.
Si l’on doit s’attacher dans la conversation à la propriété des termes , à leur choix , à leur gracieuse euphonie, combien faut-il plus encore chercher à rendre son style clair , précis , élégant , approprié à toutes sortes de sujets. La vivacité du discours force souvent de sacrifier des expressions heureuses et tardives
- à la nécessité d’éviter l’hésitation ; mais cet obstacle à la parole laisse la plume en liberté. Aussi doit-on indispensablement éviter avec les redites , les ratures , les renvois , les mots
' onblrés , toute confusion d’idées , toute construction pénible. Si l’on écrit familièrement à an égal , à un ami , ces taches peuvent rester encore; mais dans’ le cas contraire , la
- lettre est k recommencer.
■ Là plus exacte observation des règles de la langue est de rigueur; une faute d’orthographe , un tour incorrect hc peuvent passer , meme dans la lettre la moins soignée, dans
le plus fulile billet. La coi^rection n’eTi est pas même admise -, car , outre qu’elle salit la lettre, elle révèle l’ignorjince ou l’inattention de celui qui l’écrit. Par tous ces motifs , il est bon de commencer par faire un brouillon , lorsqu’on a peu d’usage du, style épi stolaire ^ et que , très jeune encore , on ne se rappelle point pai’failemcnt les leçons de la syntaxe et du dictionnaire. Quelques personnes , il est vrai', blâment celte précaution , qui , disentelles, empreint le style d’afTectalion et de raideur. Ce reproche ne me semble pas fondé.
La perte de temps qu’entraîne cette mesure est un inconvénient plus réel; et par ce motif et par l’embarras où l’on peut se trouver , il est bon de s’habituer à faire sur-le-champ une lettre avec propreté , élégance et correction.
Le choix des matériaux , sans être fort essentiel , est pourtant nécessaire : écrire avec de très gros papier , n’est permis qu’aux gens des plus basses classes; se servir de papier doré sur tranches et parfumé pour des lettres d’atfaires , serait un ridicule contre-sens. Le choix du papier doit èlre en rapport avec les personnes , 1’ âge , le sexe , la condition des correspondans. Les papiers ornés dont nous venons de parler ; les papiers encadrés de vignettes de couleur, et gaufrés, avec, des orne < mens en relief sur )esjib.Qrds; Ics^ papiers légèrement colorés de nuances tendres, sonudestinés aux jeunes dames , aux personnes dont la position , les goûts,, la dignité» supposent des habitudes de luxe et d’élégance. Toute-
fois , beaucoup 4e gens distingués préfèrent avec raison , en ce genre , la simplicité , et font usage de très beau* papier j niais sans au~ Gun ornement .
Les gens d’affaires , les chefs d’entreprises , d’établissemens , les personnes considérables ayant plusieurs titres , se servent de papier à tête imprimée , c’est-à-dire qu’en tète se trouvent le nom de leur résidence , les trois premiers chiffres de la date de l’année, leur adresse , et ces mots, Monsieur un suivent
les titres) à M, Ce dernier mot est en blancw Il est extrêmement impoli d’écrire une lettre sur une simple feuille de papier , même lorsqu’il s’agit d’un billet j il faut toujours
5 ue le feuillet soit double , n’écrirait-on que eux ou trois lignes. C’est plus grossier cucore de se servir pour enveloppe de papier sur lequel se trouvent un ou deux mots élran- ' gers a la lettre , qu’ils soient écrits ou imprimés.
Les poulets , les missives pliées à plis allongés , les demi-enveloppes, sont de peu d’usage. Une lettre pliée en quatre, sourtout lorsqu’elle est de papier coquille vélin , doit être aplatie sur les replis au moyen d’un couteau à papier.
La politesse doit encore déterminer les frais de port. Elle exige que l’on aifranchisse la lettre lorsqu’on écrit à des personnes distinguées, à ceux dont on réclame quelques services ; mais affranvliir serait une mallionncleté , et quelquefois une indélicatesse , lorsqu’on s’a-
dresse à des amis, à des connaissances, à des personnes peu fortunées, que Ton doit crain> dre de blesser. 11 faut alors , pour leur éviter dos frais ou des mécontenlemens , tâcher de faire naître quelques occasions.
Les lettres de premier de l’an , de fête , s’écrivent ordinairement k l’avance , de manière à parvenir la veille ou le jour même.
Cette mesure est exigée envers aes parens j pour amis et connaissances intimes , on a la semaine qui suit , et pour tout autre personne le mois entier.
<11 est aussi indispensable de répondre quand on vous écrit que lorsqu’on vous parle , et la paresse que sc permettent tant de correspondons est une incivilité. Lorsqu’enfin ils se décident à faire une réponse, ils débutent pas des excuses si constamment, renouvelées qu’elles deviennent des lieux-communs. 11 faut beaucoup d’adresse et de soin pour que ces excuses ne soient pas la chose la plus ridicule. La concision, quelques tours neufs, sont indispensables en ce cas. La même observation s’adresse aux. reproches faits à cet égard.
Les lettres remplacent les visites, ainsi que nous l’avons vu, pour les cadeaux, mariages, enterremens , cérémonies , etc. j négliger d’écrire en pareil cas est une impolitesse grossière.
On ne peut écrire deux personnes dans la même lettre, de manière que l’une écrive sur le premier feuillet, et l’autre sur le second,
3 ue lorsqu’on est intime avec le corresponant. Il en est de meme pour les apostilles.
Se servir dans une missive de tours empruntés aux langues étrangères , comme , Je vous baise lés mains , des Italiens , ne se permet que dans la familiarité. Le ton des hommes qui écrivent aux dames doit avoir toujours un 'vernis de respect dont elles sont dispensées en leur écrivant. A moins de grande cérémonie, une femme ne peut pas plus écrire à un homme, J"ai V honneur a être y qu’elle ne peut dire, J^ai P honneur de vous saluer , ■ tandis qu’il doit employer les formules .les plus respectueuses .' Daignez y madame y me permettre; perrhettez que faie V honneur de vous présent ter mes hommages respectueux ; etc.
Servez-vous du style soutenu pour lesper- ^ sonnes auxquelles vous devez du respect ) du style aisé ou badin , ou même railleur^ pour votre ami , du style galant pour les dames en général. JVe badinez point avec les personnes d’un rang plus élevé. Quelquefois il arrive qu’un grand honore de son amitié un homme de moindre condition , et trouve bon qu’il lui écrive sans cérémonie. Dans ce cas il est permis d’user de la privauté qu’il donne; mais il faut prendre garde d’en abuser , et lui faire connaître de temps à autre qu’on est toujours prêt à rentrer dans les bornes du respect.
Quand vous écrivez sur un sujet, envisagez-le tout entier avant de faire votre lettre, et traitez tout de suite ce qui le regarde, pour n’y pas revenir après avoir parlé d’autre chose;
Si vous avez plusieurs sujets à traiter dans une même lettre, commencez par les plus im-
porians J caf si la personne à qui vtwis écrivez est interrompue en la lisant , elle aura jilus d* impatience d’en reprendre la lecture, pour peu qu’elle ÿ ait trouvé quelque chose d’intéressant. • ' ’
11 est u tile et commode de commencer une nouvelle ligne* à chaque changement de matière. ’ • ■ ■ ' ’ • ' .1
Après * avoir* écrit monsieur ou madame au haut d’une lettre c’est une faute de commencer la lettre par un de ces mots: Monsieur,' madame notre sœur m’écrit que. Il faut dire: J’apprends par une- lettre que m’écrit madame votre sœur^
C’est une grande impolitesse que d’écrire votre père, votre mère. On dit toujours »zo«sieur votre père , madame votre mère i C’est une faute conlre le respect que de nommer la personne à lî^uelle on écrit. • ..
' Gardez-vous aussi^ dans une lettro écrite à une personne digne- de respect, d’y faire des complimens. à quelqu’un. Ecrivez à ce tiers ce que vous voulez lui faire- savoir;
Les' mots, de monseigneur, monsieur, ma-’ dame, mademoiseUe, majesté, altesse, excellence, ne doivent jamais être écrits eu abréviatioB , soit à la peisonne , soit en parlant ' d’elle , lorsqu’elle a quelque rapport avec celui qui doit recevoir- la. lettre.. • î Les chiffres ne s’emploient que;. pour les souames et les dates;, les nombres d’hommes, de jobrs , de semaines , etc. , s’écrivent tout au long. V .
De la Forme intérieure et extérieure des lettres.
La forme iniérieure de la lettre comprend les litres et les qualités des personnes à qui il est juste d’en donner; les phrases plus oit moins obligeantes dont on se sert; la manière plus ou moins respectueuse dont le commencement et le corps de la lettre sont disposes; les termes plus ou moins humbles dont on sc sert pour la sonscription , Vadresse ou suscri-» ption.
La forme extérieure regarde la grandeur du papier ; le blanc qu’il faut laisser entre la oedetl^ et la première ligne ; entre la dernière ligne, l^ppellation et la souscription; la raa-^ nière de plier la lettre ; le choix et l’application du cachet.
On écrit au pape au haut de la lettre: Saint père ou très saint père; et au lieu de vous y votre sainteté y ou votre béatitude; à un cardinal-prince.: MomeigneuVy votre altesse émi~ nentissime.
A un cdit Ainsi: Ikfonseigneur, votre éminence.
A un archevêque ou évêque; Monseigneur ^ votre grandeur^
A un empereur ou une impératrice, on dit:
Sire ou madame ; au lieu de vous : Fotre majesté impériale.
Au roi on dit également: Sire^ votre majesté,,
A la reine ; Madame , votre majesté%
Au frère du roi : Monseigneur , votre altesse royale.
A un électeur de l’empire : Monseigneur , votre altesse électorale.
A un prince souverain: Monseigneur,' votre altesse sérenissime.
A un prince : Monseigneur , votre altesse.
A un ambassadeur ou à un ministre :A/b/zseigneur , votre excéllence.
Au cliancelier de France : Monseigneur , votre grandeur. Les titres grandeur et ÿ excellence ne se donnent point aux dames.
Les filles du roi s’appellent Madame dès le berceau.
A un maréchal de France on dit: Monseigneur ou monsieur lé maréchal , vous.
A un lieutenant général et à un inayéeh»!
de camp : Monsieur le général j ou simpleïnciit , général.
Ceux qui ont une connaissance exacte de la langue et des usages de la cour savent quelles sont les manières de s’exprimer les plus obligeantes. En voici quelques exemples où l’on remarquera aisément les divers de'grés de respect.
J’ai reçu la lettre dont il vous a plu de Bi’lionorer.
J’ai reçu la lettre que vous nv’avez fait la grâce de m’écrire, que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire , que vous vous êtes donné la peine de m’écrire.
J’ai reçu votre lettre du 12 du mois.
11 y en a qui commencent leurs lettres par
ces mots: J’ai reçu la vôtre du i 2 courant ^ c’est une faute; il faut votre lettre. Ce
style est celui des marchands q,ui , surcharges d’affaires , sont obliges de faire des abréviations. Il faut bien se garder de les imiter en cela dans l’habitude de la vie.. 11 faut en dire autant à l’égard des personnes qui écrivent : M. un tel a celui de vous adresser ces mots , ete. , pour exprimer le/j/âî^V de vous adresser ; et de ceux qui font lire en tête de leurs missives: J’ai recM. votre honorée de telle date ; ou bien , en réponse à votre honorée; et encore : Je vous écris ce peu de mots. Toutes ces formules sont reprében siblies.
Il ne faut jamais répéter dans la première phrase d’une lettre le nom monseigneur, monsieur. ou madame , par lequel on l’a commencée. Mais quand on écrit au roi ou à un
Î i rince, ou meme à un ministre, il faut, dès a seconde ligne, employer les mots de votre majesté, ou de votre altesse , ou de votre e.vcellence , et les répéter de temps en temps dans lè corps de la lettre, si elle a une certaine longueur.
On ne doit jamais mettre dans une lettre les mots , sire après votre majesté , ni monseigneur après votre altesse ou votre éminence ; mais on peut les mettre devant. Ainsi l’on peut dire , par exemple : Sire , voU'e majesté ne soujfrira pas; madame^, votre majesté. est si sage , et ainsi des autres.
fjuant à la souscription dhuie lettre , on ne met guère je suis tout simplement , sans
y ajouter une de ccs phrases : ^vec le. plus profond respect ; avec un profond respect , avec un parfait dévouement , avec un attachement parfait, etc. Aux personnes q^i'ont le titre de majesté , ^altesse , é! éminence , de grandeur , etc. , on dit : Je suis , de votre majesté , de votre aüesse , etc. , h très humble , etc.
Les mots estime et affection ne s’emploient qu’envers les personnes d’un rang iniérieurj parce qu’ils ne sont ni assez civils ni assez respectueux , mais, quand ils sont accompagnes de quelques mots qui les relèvent, alors ils n’ont rien de choquant. Ainsi l’on peut dire : Je suis avec un profond respect et la plus haute estime , etc.
Les formules suivantes sont très élégamment usitées :
Agréez , monsieur ^ les assurances de la parfaite considération , etc.
Veuillez agréer les témoignages de la considération distinguée , etc.
On a peut-être trop simplifié de nos jours la formule de la souscription des lettres. 11 u’est permis qu’entre égaux de mettre : J’ai V honneur de vous saluer. La formule , J’ai V honneur d’être, est moins respectueuse que celle , Je suis etc.
Les lettres en placet ou requête doivent être in folio , c’est-à-dire sur une feuille de papier dans toute son étendue ; elles doivent être écrites à mi-marge ; les espaces en -blanc qu’on doit laisser entre le bord supérieur du
papier et la vedetle , et eitlre ta vedette et la .première ili^ne ,. sont très diflerens , selon le degré d’i»fériorité oa de supériorités Plus ils sont grands, plus ils. sont respectueux.. La première ligne doit toujours se commencer au-^ dessous da milieu de la> page , quand on écrit à ime personne à laquelle on doit da respect;, mais la. seconde page- commence uneligne au-dessous de la ved^te. H- doit tou-> jours rester mi espace blanc entre les derniers mots de la souscnipiion et le bord inférieur du papier. S’il n’ën- restait pas assez^, il. yaudrait mieux réserver »me ou deux lignes pour la page suivante, que de manquer, à cet égardt , Pour une- lettre familière , il est devenu de meilleur ton de ne plus du tout laisser demarges. . C’est toutefois sur. ces. lellres-là seulement que les marges peuvent, être* utiles.,, en recevant une ligne verticale quand, tout le papier est, employé;.
La date de la lettre peut se mettre au comT mencement, quand on écrit à un égal c’est lin devoir de la mettre à la fin lorsqu’il s’agit d’un supérieur , afin que le- titre qui comr mence la lettre soit parfaitement isolé. Dans les lettres d’affaire ou de comiberce, au contraire , il est nécessaire de dater en haut, et à la première ligne pour que l’on saisisse commodément l’ordre chronologiqne des.de- •
date est, dans beaucoup d’occasions.,, nécessaire pour l’intelligence de plusieurs pasr sages de voice lettre ,. ou pour expliquer le
péchés
La
sens d’une dépêché que votre correspondant reçoit en même temps d’une autre personne.
Dans un simple billet, on met la date du jour , ce lundi , etc. 11 est bon quelquefois d’ajouter la date de l’heure.
Toute lettre k un supérieur doit être pliée en quatre au plus , et toujours avoir une enveloppe. C’est manquer au respect que de cacheter avec du pain à' cacheter j il faut de la cire d’Espagne. Les hommes la prennent Ordinairement de couleur rouge j les jeunes dames 'se servent de cire dorée^ rosée, et de diverses epuleurs. Les > uns et les autres font lisage de cire noire lorsqu’ils sont en deuil. Hors cette triste circonstance , la couleur' des
Î iains à cacheter est indifférente , mais noh eur dimension , car ceux qui sont très lari ges sont de mauvais goût. Plus ils sont petits €t lustrés, plus leur emploi est de bon ton.
Quoique la cire soit préférable, il est cependant des cas ôü Ton s’en abstient ; c’est lorsqu’on craint que le cachet ne soit levé.
Quand la lettre est fermée avec ou sans enveloppe , on n’y appose qu’un seul cachet ; mais lorsqu’elle est longue , on en met deux. Outre cela, si elle contient des papiers importans , et qu’en conséquence elle soit < 25 iturée ou chargée au bureau de la poste,' elle reçoit trois ou cinq cachets , suivant la nature et l’étendue de l’enveloppe. Lorsqu’une personne se charge d’une lettre par obligeance , il est très impoli d’y mettre plus d’un cachet. Si la missive était pliée de manière
i/jS
qu’en l’enlr’ouvrant sur le cote' on pût lire une partie de son contenu , il serait également impoli d’ajouter sur les bords un peu de cire. On ne peut user de cette précaution que lorsque la lettre est remise à la poste ou dans les mains d’un domestique.
Quand ou ne fait point d’enveloppe , . et que la troisième page -de la lettre est tout écrite, on ménage un peu de blanc à la place que doit couvrir le cacliet. Sans cette précaution , plusieurs mots , souvent très importans, se trouveraient couverts.
On ne doit pas cacheter une lettre respectueuse avec un antique. 11 est plus civil de se servir de ses armes ou d’un chiffre.
Les gens qui n’ont point d’armes et qui ont du goût , adoptent un cachet portant une devise ingénieuse en rapport avec leur état, leurs sentimens.
Une lettre ostensible, ou lettre de recommandation', ne doit pas être *cachetée, parce que le porteur en doit nécessairement connaître le contenu. La cacheter , sans la lui avoir fait lire* auparavant , serait un procédé peu poli. [1 faut prouver à la personne reconnu mandée , que vous avez mis tout eu œuvre pour lui rendre service.
Le bon usage règle encore la suscription des lettres. On répète ordinairement deux fois le mot monsieur ou madame , eu mettant le nom après la seconde fois. 11 n’est plus du tout reçu de mettre à monsieur y à madame^ on supprime la préposition. On la supprime également devant le nom de la ville.
Dans le commerce , où ü faut être expédilifÿ on ne Tcpèle point le litre madame ou monsieur J et si l’on écrit à quelqu’un dans la ville que l’on habite, au lieu du nom de ■cette ville on met , -en ville,
11 n’j a que les conscrits et les paysans qui plient une lettre comme un paquet d’apothicaire, qui omettent d’appuyer un cacltei; sûr le pain à cacheter , ou qui le fixent à tîoups d’épingles.
On ne cachète jamais les placets que l’on présente au roi et aux membres de la famille royale^
Quelques personnes distinguées sont flattées qu’on omette de désigner exactement leur adresse. C’est un abus : il faut clairement indiquer la .ville et le département, quand il y a plusieurs villes du ^ même nom. A Paris , il est bon d’écrire exactement le nom de la rue, le numéro et le quartier. Les gens d’all’aires , pour abréger mettent une IN et le numéro, ou bien le numéro >t-out seul : cet. usage est plus expéditif que poli.
<■ On n’adresse ordinairement une lettre qu’à une seule personne , mais .lorsqu’il s’agit de lettre de part , l’adresse peut, être collective, et faire mention de tous les membies, d’une famille. j.i
11 est bon d’ajouter au nom inscrit sur l’adresse le titre ou«la profession, afin de. prévenir toute méprise. Toutefois, sj les circonstniices avaient forcé quelqu’un deivoire coiina ssance de prendre une place très inférieure.
11 serait indélicat de joindre à son nom celui de cet emplui.
Qnind on écrit au roi, on met simplement sur l’adresse , Roi. A.uic rois étrangers ou met : à sa Majesté CatholiquQi ou à sa Majesté Britannique , etc.
A-ux^ personnes qui ont titre d’altesse, on.
met: à son Allasse , puis leur qualité. Aur ministres et ambassadeurs , on met ; A son .Excellence , le Ministre^ ou l'Ambassadeur, Lorsqu’une personne a plusieurs titres , on, choisit le plus considérable , et on omet les autres.
Dans les billets , on met la date au haut du papier , et on eomiiience le discours à deux doigts au-dessous. Le mot monsieur se met dans la première ligne. On finit par quelqu’une de ces phrases : Ve suis , monsieur, tout à vous; je suis entièrement à vous, etc. On n’écrit de billet ni aux dames ni aux supérieurs, le billet n’ayant été inventé que pour éviter le cérémonial.
Le> billets les plus familiers s’écrivent à la troisième personne , contre l’acception ordinaire. Ils contiennent très peu de chose , et commencent ainsi : Monsieur ou madame a l'honneur de saluer^ font leurs salutations, ou présentent leurs cornplimefis à morusieur un tel , et le prie , etc. Après avoir fait la demande , on termine en disant, il obligera son dévoué serviteur. Entre personnes de même état , on dit confrère : si l’on est de la même ville, ou dit compatriote , car la pc-
liiessc doit saisir toutes les occasions de rapprocbement.
Dans ce genre de billets, il importe de ne pas employer le pronom il ou elle , car indépendamment de l’incivilité , il pourrait eu résulter de la confusion. Quelqueiois il serait difficile de savoir si ce pronom se rapporte à la personne , qui reçoit la lettre , où a celle qni l’écrit.
11 faut être extrêmement familier avec ses correspondans , pour rejeter le vocatif monsieur à la seconde ou à la troisième ligne :
il vaudrait mieux l’omettre tout-à-fait.
Je terminerai ce chapitre sur les convenances épistolaires par une observation relative aux lettres amicales et familières j non que j’aie la folie de prétendre régler par un cérémonial quelconque les effusions du sentiment; mais c’est qu’en effet, rien n’est plus froid et plus ridicule que ces accumulations d’épithètes , votre tendre y sincère et constante amiSj et ces tnille et mille amitiés^ ces wzi/— liers de baisers , etc.
CHAPITEE Vin.
3?ahtïes accessoiees des relations sociales.
Je comprends sous ce nom tous les procédés relatifs à l’obligeance, tels que services, piêls , cadeaux , conseils, et aussi les procé-
<3és relatifs k la discrétion , tels que respect des entretiens , des lettres, des secrets , cunfidences , etc.
• I?e V Obligeance.
Une personnes polie est nécessairement obli-; geante. Le sourir est toujours sur ses lèvres, l’empressement dans ses regards lorsqu’on réclame ses bons ofiices. Elle sait que rendre service de mauvaise grâce , n’est pas rendre service en effet. Si elle est forcée de refuser, elle le fait avec tant d’adoucissement , tant .de délicatesse ; elle exprime de si touchans regrets , qu’elle inspire encore de la reconnaisssancej puis enfîn, comme sa conduite lui semble toute naturelle; comme elle pense réellement que , lui offrir l’ocçasion d’obliger > c’est l’obliger elle-même, elle se dérobe san$. affectation , comme sans effort, k tout remer-r ciment.
Cet aimable caractère, suite nécessaire d’une parfaite civilité , ne se trouve pas toujours avec tout son chanpne dans le monde. U est des gens obligeans , d’ailleurs , qui se font arracher les services , qui se fout valoir , qui aiment k être suppliés , remerciés avec excès.
Oh ! ne les imitez pas : ils rendent les gens ingrats malgré eux ; ils font un poids , un . tourment de la reconnaissance. Lorsqu’on vous demande quelque service , répondez gracicu- #
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semeut , disposez de moi , trop heiu'eui de vous être utile , ou bien , d^un air ailrislé ,
' plaignez-moi , il est tel obstaple , elc. Pais , examinez les moyens de vaincre cet obstacle , quand même vous seriez assuré d’avance qu’il n’en existe aucun.
D’autres personnages, prétendus polis, font des protestations de services et de zèle , sans se mettre en peine de les soutenir dans l’occasion; telle est, à cet égard, leur légèreté, qu’on peut vraiment les comparer à ces faux braves qui parlent toujours de se battre , et que la vue seule' d^une épée nue met en fuite.
Ces marques d’empressement doivent être suspectes , dès qu’elles sont employées à chaque instant et sans raison ; l’usage àu monde apprend à les discerner , et à y donner le degré de confiance qu’elles méritent.
Toutefois on peut féliciter les gens , leur souhaiter du bien , avoir l’air de prendre part au récit qu’ils vous font de leurs affaires , sans réellement leur porter le moindre intérêt. On n’est pas maître d’être ou de n’ètre pas indilïéi’ent à leur égard , mais on est obligé dé'leiir éviter de la gêne et de l’ennui , ce qu’ils éprouveraient infailliblement si on leur montrait la froideur qu’ils inspirent. C’est aux personnes qui savent leur monde , à ne
Ï tas confondre celte condescendance de la poitesse avec l’empressement fallacieux des aon Quicholte de salon dont nous avons parlé plus ;haut. ' .
Pour qu’un service soit achevé, il importe |
qu'il soit rapide; rien n'étant plus désobli»geant que la lenteur, que l'alternative où vous placez la personne , ou de vous adresser de nouvelles sollicitations , ou de souttrir de vo^
Ire retard. Votre tardif secours peut meme lui être très préjudiciable, car elle souffrira longtemps avant de se résoudre à vous im^rtuner de nouveau. Mettez donc beaucoup de célérité. Si quelques circonstances vous ont enapéché d’agir , avertissez la personne , excusez-^ vous auprès d’elle et promettez de réparer vos torts. De son c6té , votre obligé futur se gardera bien de faire entendre un seul reproche j et de vous aborder d’un air mécontent.
, Lorsque quelqu’un qui se trouve chez vous a besoin de quelque vêtement , comme un scliall , un mouchoir , un chapeau , offrez-le avec un empressement gracieux , combattez las refus qu^on pourrait opposer ( <x que la bienséance n’exige nuUeraent), et finissez par engager la personne à ne point se presser de vous renvoyer vos éifets. ô’il fait mauvais , et qu’il y ait lieu , offrez un parapluie ou bien votre voiture. Ces objets sont renvoyés le lendemain par un domestique chargé de remer«cier. Si ce sont des ei&ts de lingerie , on ne les rend qu’après les avoir fait blanchir.
Lorsqu’une dame emprunte à une dame des
Î »nrures , des bijoux , celle-ci doit toujours ofrir beaucoup plus qu’on ne lui demande :
elle doit outre cela garder un profond silence sur les objets qu’elle a prêtés , et même s’abstenir de les porter ensuite de quelque temps
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abn d^éviter qu*on les reconnaisse. Si quelqu’un, s'apercevant de l’emprunt, en pariait à Ja personne qui l’a fait , il passerait pour un personnage mal appris. Si la personne voua en parle , il est bon de répondre que l’on n’avait rien reconnu. Tous cesi conseils sont 4les minuties, mais que voulez-vous? ils concernent l’amour-propre féminin.
Un emprunt qui a lieu journellement, et qui a lieu le plus souvent au détriment des possesseurs , c’est l’empruut des livres. Ou oublie même tellement la délicatesse à ce sujet que dea bibliophiles , très complaisans d’ailleurs , se sont vus forcés de renoncer à faire des prêts si onéreux. La chose est pourtant difficile ; on ne peut pas dire; Je ne veux pas vous prêter cet ouvrage ; mais si l’emprunteur est douteux, il faut dire qu’on en a-.besoin , à son très grand regret, qu’oU' le prêtera sous peu de jqurs. Puis en définitive on ne le prête pas. ^ ,
Mais les gens bien élevés ne demandent jamais tout simplement un livre*: ils attendent qu’on le leur offre} ils font, quelques diffi,cultés avant de l’accepter ; ils s’informent du temps qu’ils pourront le garder , et le rapportent exactement au jour prescrit. Afin de prér \enir tout accident, il recouvrent d’étoft'e ou de papier ce livre, que la complaisance, plus encore que sa valeur , doit leur rendre précieux} ils se gardent bien de plier les feuillets , d’y faire des taches , des notes marginales, etc.
S*il arrive quc1qu*accident- a la chose eindruniée , il faut , sans en rien dire , le faire réparer au plutht. Nous ne nous occupons pas d’etnjprunts plus considérables , qui sonl hor& des uUributioDs de la politesse. .
5 II
jDes • Cadeaux*
Aux yeux des personnes délicates > les ea*.
deaux n’ont, de prix que par la manière dont ils sont offerts ; que nos conseils s’efforcent donc de leur donner celte valeur.
Les cadeaux s’offrent: x" aux parens,aux amis f et cela en diverses circonstances y à nu» tre arrivée dans un lieu d’ou nous avons été long-temps absens; quand nos intimes quittent la ville que nous habitons ^ au retour d’un voyage, surtout d’un, voyage à Paris j dans des pays remarquables et lointains^ aux )Ouis de naissance ou de nom , le jour du premier de l’an.
V Mais ce Jour-là n’est pas uniquement l’occasion d’échanger des cadeaux en famille, il est encore celle de reconnaître des services , des honnêtetés; de faire une cour respectueuso aux dames , à des supérieurs que. l’on .veut honorer. 11 offre encore un moyen délicat de secourir les infortunés.
2 ® Aux époques des récoltes , si on a de;s terres; de la chasse, si l’on est chasseur; il est de bon ton d’envoyer à ses cbnnaissances
intimes de beaux fruits, des fleurs rares, quelques pièces de flii gibier.
5^ Les cadeaux les plus délicats sont les produits de notre industrie : un dessin , un ouvrage k l’aiguille , un cadre en cheveux , etc. Mais de telles offrandes , inappréciables pour l’amitié; ne sont pas d’usage en cérémonie.
Après les convenances de temps , viennent pour les cadeaux, les convenances de choix; généralement le luxe et l’élégance doivent présider à celles-ci; mais cette règle souffre de nombreuses exceptions: et quoiqu’il serait déplacé d’offrir des choses purement utiles ( auxquelles certaines circonstances pourraient donner l’apparence de secours) on serait dans l’erreur de croire un cadeau convenable par ccla seul qu’il est brillant. 11 faut de toute nécessité qu’il soit assorti aux goûts , à l’âge , à l’état des personnes , à leurs rapports avec vous. Ainsi à des supérieurs , vous offrei seulement des bourriches ; à un homme studieux , des livres (i); à un ami des arts, de la m'u*> sique , des gravures ; aux jeunes dames , de légers et gracieux objets de toilette, etc.
Les cadeaux doivent exciter la -surprise ^et le plaisir, aussi devez-vous en faire iw.^'3tère , et les présenter avec l’air de la plus joyeuse amabilité. Quand vous aurez fait votre offrande et que les rcmerdmens seront
(i) Il n'est pas honnéle , lorsque ce sont des brochu* res , d'offrir des livres dont les feuillets soat coupés.
épuisés f ne ramenez jamais la conversation sur elle; gardez-vous bien surtout de la l'aire valoir. Au contraire , lorsqu’on en relevera Je mérite , lorsqu’on vous montrera une vive satisfaction , dites que la chose tire tout son prix de vos sentimens.
Quelque peu d’agrément que puisse avoir un cadeau/ quelque ridicule même quHl puisse être , ne pas témoigner beaucoup de plaisir en Je recevant, serait une grossièreté. 11 faut encore , quand le hasard vous fournit l’occasion d’en parler, ne pas manquer de dire au donataire , combien son présent vous est utile ou agréable. Plus de temps s’est écoulé , plus cette attention est aimable; elle prouve que vous avez conservé l’objet avec soin. Et cela me fait souvenir qu’il ne faut jamais donner un présent reçu à d’autres personnes , ou que du moins il faut s’arranger de manière à ce que cela ne soit pas connu.
11 est bon de mêler aux témoignages de reconnaissance quelques reproches sur la valeur élevée de l’objet mais non point d’insister long-temps , de se récrier avec force. Il est des circonstances où ces déclamations pourraient sembler inspirées par l’avarice et l’in-, délicatesse; elles sont d’ailleurs de mauvais goût dans tous les temps.
On offre souvent un cadeau à quelqu’un dans la personne de scs enfans , de sa ferai - 1 me , surtout à l’époque du premier de l’an, où il est d’usage de présenter au moins des sucreries à la jeune famille de ses connais-
sances. A Paris , on fait de semblables présens aux. dames ; dans la province j on s’en abstient. Partout , lorsqu’on a reçu un cadeau de quelque valeur , on fait une visite , ou , si l’on est éloigné , on adresse une lettre de remercîmens. Chacun sait que l’usage veut que l’on fasse au domestique porteur du présent une gratification de valeur relative.