III
Des Conseils.
Les conseils sont fort bon ne chose , il est vrai ; c’est cependant ce qui dans le monde déplaît le plus. Un donneur d’avis qui répète sans cesse : ^ voire place fagiraùi ainsiy rer bute chacun par son orgueil et son indiscrétion. Cet impertinent devrait savoir qu’on ne doit donner des conseils que lorsqu’on le demande y et que le nombre des demandeurs est fort restreint ; mais il ne s’agit point ici de ces réflexions vaniteuses y mais des conseils dont l’obligeance , dont^ l’affection font un droit. Il importe d’ y mettre infiniment de réserve et de soin , parce qu’autrement vous sembleriez avoir un ton de supériorité qui pourrait armer l’amour-propre de votre ami contre vos plus sages conseils. Des formules de la modestie ici nulle n’ est superflue : Il est possilfle que je me trompe , je serais bien loin d'avoir le courage que j'exige .de vous J etc. Si l’on fait quelques objections,
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ne dites pas : Vous m comprenez pas, mais, je me suis mal expliqué , etc.
î IV.
l^e la Discrétion.
Les convenances de la discrétion sont tellement senties par les personnes bien nées , qu’elles ne pèchent contre elles que par oubli. Il suffira donc de leur en présenter l’enumération sans vouloir leur en montrer la nécessité.
La discrétion commande d’abord le respect des entretiens. Si , lorsqu’on entre chez quelqu’un , on entend causer avec vivacité , on marche plus fort afin d’avertir les interlocuteurs. Si, dans une assemblée, deux personnes se retirent à l’écart pour parler d’affaires, on a soin de ne pas s’approcher d’elles, et de ne leur parler que lorsqu’elles se séparent.
Les gens qui ont un peu vécu dans le monde savent aussi qu’il est essentiel, de ne pas s’immiscer avec curiosité dans les affaires ou dans les habitudes des personnes que l’on va voir; ils n’ignorent pas quelle est la conduite à tenir en cas d’occupations soudaines; mais les adolescens peuvent l’ignorer , et je les prie d’y faire attention.
Dès que nouç voyons la personne occupée, on se retire, ou du moins on en fait la démonstration; si elle nous retient, nous nous
retirons à l’ëcarl, nous affectons de contempler un tableau, de regarder par la fenêtre , pour iHOuver que nous demeurons etrangers à ce qui l’applique. Mais le soin de nous créer une occupation soudaine , ne doit point nous porter à fuuillelBr les livres places sur la cheminée ou ailleurs -, à parcourir des brochures; à toucher des cartes de visite , des lettres , même pour se borner à tn lire la suscriplion. Si la personne ouvre des tiroirs , cherche dans des armoires, c’est une grossière curiosité de s’approcher pour voir les objets qu ils reiilerinent. Si , parmi une quantité de choses pre- - cieuses, elle en prend une pour vous la montrer , bornez-vous à contempler celle-ci sans paraître songer aux autres.
Si , pendant le temps où la personne visitée ne peut être avec nous-, il se rencontre un autre visiteur qui, pour passer le^mps, lire un journal ou un livre de sa poche , il serait extrêmement incivil de lire par dewus son épaule , il en est de même de lire ainsi
ce qu’une personne écrit.
Il n’est. pas permis de tirer des livres dune bibliothèque , mais on peut , on doit meme en regarder les titres, afin d’adresser des éloges sur le bon goût qui a préside au choix
des ouvrages. . ,
S’il arrive que quelqu’un fasse voir dans
un cercle un objet rare et précieux , ne vous bâtez point de le demander , d’y porter la main; attendez modestement qo’il vienne jusqu’à vous ; ne l’examinez point trop iong-
temps lorsqu’il vous sera parvenu , et si par Ijasard quelque mal appris le demandait avant que vous ne l’eussiez vu , ne reclamez pas:
il vaut mieux souÜ'rir cette petite privation que de passer pour un curieux mal élevé.
Quelque insignifiant 'que soit l’objet vanté ^ ne le critiquez pas ÿ si l’on vous demande votre avis, répondez brièvement quelques mots d’éloge; si la chose est réellement curieuse , abstenez-vous de complimens exagérés.
• Violer le secret des lettres , sous quelque prétexte que ce soit , est une indiscrétion si basse , si odieuse , que je n’ose en dire un seul mot; cependant, je crois devoir dire qu’il est encore très répréhensible de chercher à lire quelque partie d’une lettre pliée de manière à s’enlr’ouvrir sur le côté; que lorsqu’on vous donne à lire certain passage vous concernant dans une missive , vous devez mettre le doigt au-dessous de ce passage afin de ne rien lire au-delà : que si l’on vous permet d’ajouter quelques complimens dans une dépêche , vous aurez la discrétion de n’y pas jeter les yeux , et que vous vous hâterez , pour ne pas donneç. à penser que vous profitez de la circonstance.
La bienséance s’oppose aussi , en certains cas , à ce que l’on soit trop pressé de connaître ses propres affaires. î?ar exemple si ^ une personne vous apporte une lettre , il ne faut pas vous hâter de l’ouvrir , mais considérer si cette lettre regarde le messager , on seulement si elle ne concerne que vous seul.
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Bans la première hypollièse, vous devez l’ouvrir , et la lire tandis qu’il est présent : dans 1
la seconde , vous mettez la lettre à l’écart. I
La bienséance n’impose point tant de frein I à la curiosité dans les petites choses pour la I
laisser libre dans les cas importans. Aussi , I
nous ne dirons pas qu’on doit garder religieu- I sement un secret; qu’une confidence reçue est un dépôt sacré; mais nous avertirons les gens curieux qui désirent connaître une circonstance cachée qu’ils se couvriraient de honte s’ils ne cessaient sur-le-champ toute instance à ce seul mot c’esi un secret.