‹ Manuel complet de la bonne compagnie, ou Guide de la politesse et de la bienseance dedie a la jeunesse de deux sexesChapitre 26 sur 35 · DES PROMENADES , DES ASSEMBLÉES ET DES JEUX · texte numérisé non relu

DES PROMENADES , DES ASSEMBLÉES ET DES JEUX

Les paragraphes contenus dans ce chapitre se rapportent aux relations les plus habituelles de la société. La complaisance et les égards doivent donc tendre à embellir et îi parer ces relations de toutes les nuances délicates de la politesse.

Des Promenades.

Le jeune homme qui se promène avec un

vieillard, sait sans doute que son compagnon

n’a pas la même force et la même agilité que

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lui; il doit donc régler son pas sur celui du vieillard. La même précaution sera employée (juand on accompagnera une personne de qualité à laquelle on doit du respect. La décence exige qu’un cavalier offre son bras à la dame qui se promène avec lui ; la galanterie exige qu’il lui demande la permission de porter ce qu’elle peut avoir de gênant à la main, comme un sac, un livre, un ombrelle (le soleil étant passé) ; en cas de refus , il doit insister.

S’il y a plus de dames que de messieurs, on ofiTrira son bras à la plus âgée , et plutôt à une dame qu’à une demoiselle. Est-on accompagné de deux dames , on me peut se dispenser de donner le bras à chacune d’elles.

Conduisez voire compagnie du côté qui paraît lui convenir le plus , et gardez-vous de contrarier ses goûts et ses désirs. Quand l’occasion s’en présente , ollVez des sièges à vos compagnes pour se reposer , et n’insislez pas dès qu’elles montrent l’envie de conliner leur promenade. Si elles acceptent votre invitation, et que les sièges ne se trouvent pas en quan>f lité suffisante , alors les dames doivent s’asseoir , et les hommes rester debout.

Dans un vaste jardin public les chaises manquent rarement; s’il s’agit d’aller Jes chercher dans l’endroit où elles sont amassées , c’est l’ouvrage des messieurs , qui doivent faire attention, de ne pas les placer devant des personnes déjà assises , car cé' serait une malhonnêteté. Quand la loueuse de chaises se présente , un homme de la société pax' pour tout

le monde. Ce serait une niaiserie que de lui offrir de le rembourser.

11 est encore une bieiiseance à observer avec ceux que nous rencontrons en nous promenant. On ne doit offenser ni leurs yeux ni leurs oreilles. 11 faut se garder d’attirer leur attention par des ris immodérés , et de se

Ï permettre des libertés auxquelles on peut se , ivrer dans un jardin particulier. Chanter et sautiller en marchant; ce serait s’exposer aux huées de la multitude , et quelquefois à des désagréraens dont on ne pourrait accuser que sa propre légèreté.

Êtes- vous dans une promenade publique, entretenez-vous de choses indifférentes , qui ne puissent porter préjudice è qui que ce soit, afin qne la conversation ne soit pas mal interprétée par les personnes qui pourraient vous entendre. Gardez-vous de votre côté de prêter l’oreille â la conversation de ceux qui ne sont pas de votre société.

Donnez-vous le bras à une dame dans la rue , elle doit tenir le haut du pavé. Si par ^ quelque incident vous êtes obligé de traverser lé ruisseau, vous devez alors changer de bras. Celte marque de déférence est egalement due à ceux qui ont des droits k notre respect. Deux hommes ne se donnent pas le bras dans la rue si ce n’est des jeunes gens qui sont amis intimes.

On ne devance jamais la personne que l’on accompagne , lorsqu’elle s’arrête on l’imite , et l’on reste avec elle à considérer ce qui al-

tir« ses regards. Si un mendiant vient alors, demander , on s’empresse de tirer sa bourse et de le satisfaire , afin que la personne avec qui l’on se trouve ne soit pas importunée par lui.

Lorsqu’on se promène dans un jardin particulier , et que la société est nombreuse, on peut se séparer , former des groupes. Si le maître de la maison ou quelque personne considérable vous invitent à faire un tour d’allée , ayez soin de leur donner la droite, comme le côté le plus honorable. Au bout de chaque allée , et lorsqu’il faut revenir sur vos pas , vous tournerez en dedans , du côté de la personne, et non en dehors, parce qu’alors vous lui tourneriez le dos. Si vous vous trouvez avec deux personnes qui vous sont supérieures , ne vous placez pas au milieu, car c’est la place d’honneur; la droite est la seconde , et la gauche la troisième.

Songez aussi au choix des places quand la promenade est en carrosse , et cédez les premières aux dames et aux gens distingués. La personne la plus considérable monte la première , et se place è droite , dans le fond ; le fond du côté gauche se remplit ensuite ; puis, la troisième personne se met sur le devant, en face de la première place; la quatrième sur le devant , en face de la seconde. S’il n’y a pas de domestique , c’est le chevalier des dames qui ouvre la porte , arrange les paquets , etc.

Dans un cabriolet, le côté droit est réservé

pour celui qui tient les rênes quand on u’est que deux personnes. Si l’on est trois , le conducteur se place au milieu , lors même qu’il serait très intérieur à scs compagnons. J’ajoute à ce propos, qu’il n’est pas d’usage qu’une dame aille seule dans un cabriolet de ])lace , parce qu’elle se trouve en compagnie du conducteur.

§ II

Des assemdlées et des jeux^

Nous aurons peu de chose à dire sur la manière de se comporter dans une assemblée, car nous ne pourrions que répéter les conseils donnés sur les bienséances du maintien , des visites , de la conversation.

Quand vous êtes homme, et que vous entrez dans un salon où il y a plus de dix personnes , vous saluez tout le monde eu géné-.

ral , par une inclination très humble de tète , vous présentez vos premiers hommages à la dame de la maison , et vous ne parlez d’abord c£ii’ù son mari ; les messieurs ordinairement groupés, les dames assises répondent h votre salut par un salut semblable; il est à remarquer que ces dernières ne se lèvent pas , elles ne le font qu’eu faveur d’une per sonne de leur sexe.

Quelque considérable que l’on soit , on iic souffre pas que la conversation soit dérangée par sa venue. On écoute quelques iustuns ,

pendant Jesqiicls on observe quels sont les personnes de l’assemblée , puis on se mêle à rentretjen , sans avoir la prétention de s*en emparer. Quand la conversation n’est pas générale , et que l’on n’agite pas un objet assez intéressant pour occuper toute la compagnie , Je cercle se divise en plusieurs entretiens particuliers. Chacun cause avec son voisin ou avec ses deux voisins de droite et de gauche. II faut éviter , pour parler à quel- ' qu’un, de se pencher sur la personne qui Se trouve entre deux , et de la masquer ainsi malhonnêtement. Un homme ne doit pas même s’appuyer sur le bras du fauteuil d’une femme , mais il peut très bien, étané debout, se pencher sur le dos de ce fauteuil, pour causer avec la dame à demi retournée vers lui.

Il serait extrêmement raaUionnête de s’entretenir à voix haute avec quelqu’un de choses particulières , d’employer des tours, des allégories , de faire certaines allusions que vous et votre interlocuteur pourriez seuls comprendre. Il serait aussi fort déplacé de s’entretenir dans une langue étrangère avec quelqu’un la possédant comme vous.

il ne faut point vous retirer brusquement au milieu d’une conversation engagée , mais attendre que la question dont vous traitez soit épuisée; alors vous saluez votre interlocuteur lui seul, et vous vous esquivez sans prendre congé de personne même des maîtres de la maison.

L’esprit a besoin de délassement; il ne peut

être sans cesse occupe. De là celle coutuiac d’aller passer quelques înstans dans des réunions de famille ou des assemblées de société , dans lesquelles on s’amuse à divers jeux qui ont été inventés pour distraire et i>our divertir.

Il est inutile défaire observer ici que nous ne voulons pas parler de ces établissemens scandaleux ou va souvent s’engloutir la res^source des familles, ou l’homme emporté par une malheureuse passion , consume en une soirée de quoi fournir à l’entretien anmiel de cinquante orphelins ; nous a’enteudons traiter que de ces jeux innocens, où l’on s’iiUcresse par un modique enjeu, et. où quelquefois on u’ambitionne que la gloiredu triomplie. Ce serait s’exposer au mépris que de pror ■|)oser de jouer gros jeu. En. effet, les personnes qui composentla réiuiion pourraient s’imaginer que celui qui fait celte demande n’a en vue que de faire des bénéfices au.v dépens des autres , et qu’il est accoutumé à fréquenter ordinairement ces maisons, abominables dont nous venons de parler.

On aurait mauvaise opinion d’un joueur qui dans le gain laisserait échapper une joie excessive , et qui dans la perle montrerait le plus léger chagrin car on doit se ressouvenir que c’est uniquement pour s’amuser que l’on. joue. Si vous gagnez ,, ne quittez le jeu que quand vous vous apercevrez que votre adversaire peut dc.sirgr de finir la partie; si au contraire vous perdez, retirez-vous si bon

vous semble ; eu payant sans humeur la somme convenue, et sans attendre qu’on vous la demande; les dettes du jeu sont sacrées, c’est ÿour cela qu’on les appelle dettes d’ honneur.

Agissez sans laisser échapper le moindre mot de mécontentement; plaisantez meme de votre malheur.

Quand votre adv'crsarre a comme vous quitté la partie, causez avec lui, n’ayez pas l’air de le fuir, mais surtout ne lui parlez pas de son bonheur au jeu, à moins que ce ne soit avec une franche gaîté, parce que vous auriez l’air d’être inspiré par le dépit.

Jouez avec franchise, et ne cherchez point à voir le jeu des autres pour en profiler; occupez-vous de la partie , et ne tenez point conversation avec d’aulres personnes. Celte maladresse vous rendrait nécessairement insupportable à ceux qui jouent avec vous.

Si quelque coup est contesté , on ne doit point discuter avec entêtement, mais s’en rapporter aux personnes non intéressées, en leur expliquant avec calmé et honnêteté la cause .de la contestation.

» Au jeu, il faut toujours avoir un caractère égal , et n’y pas donner trop de te.mps, parce qu’alors cet amusement deviendrait Ikslidieux, et se changerait bientôt en une fatiga.nle occupation. Ën général, défendez-vous de l’envie de parier pour tel ou tel joueur conlro lel ou tel autre; celui pour lequel vous prenez en quelque sorte l|biit et cause , et qui peut-être ne risque pas grand-chose pour lui-

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