DES BALS , DES CONCERTS ET DES SJJECTACLES
Ces plaisirs supposent de la fortune , un bon ton; rhobitude du monde , et par conséquent l’oubli des préceptes de la politesse à leur égard , serait^un véritable contre-sens.
Z>es Bah^
J’allais dire , commençons par les bals particuliers, et je m’aperçois que celle dénomination n’est plus de mode. On ne dit plus :
Ün bal €?tez madame une telle y mais une «oiVéi*. Néanmoins, quand on veut faire danser chez soi , on fait les invitations huit jours d’avance, pour que les dames aient le temps d’achever les apprêts de leur toilette.
Si la réunion ne doit cire qu’une simple soirée dans laquelle oi^adopte le costume des promenades d’étc, lî IRiîtresse de la maison invite verbalement et n’oiUet pas d’avertir
les dames de cel|e eirconslance , car ce serait les exposer à paraître mises avec inconvenance.
Si, au contraire, la soirée doit être un véritable bal , les iiivilations sont écrites , oa mieux imprimées , en s’y exprimant à la troisième personne -, et 1’ on met au bas du billet celle annonce assez ridicule: IL y aura un violon. On ferait aussi bien d’ ajouter : Il y ' aura table d' écarté ^ car c’est un meuble de rigueur dans le salon voisin de la salle de bai. Un vestiaire , garni de porie-mantcaujc pour suspendre les schalls et autres ornemens des dames , est presque, aussi indispensable. Des domestiques y seront consignés pour aider celles-ci à s’en débarrasser.
On n’est pas obligé d’être exact à l’heure indiquée: il est même reçu d’arriver une heure plus tard. Les dames sont accompagnées par leur mari , les demoiselles par leur mère ou par un chaperon. Ces dernieres dames se placent derrière les danseuses ; le rnaitre de la maison va au-devant des unes et. des autres, leur procure des sièges et retourne ensuite se mêler parmi les hommes debout , qui font groupe ou se promèneut au milieu de la salle.
La toilette de tous les assista ns doit être fort soignée. Un homme qui se présenterait en redingote et en bottes passerait pour avoir un mauvais ton.
Quand vous vous êtes assuré d’une place-, vous approchez d’uné dame, en la priant de vous faire V honneur de danser avec vous.
Celte formule est de rigueur. Si elle répond
qu’ elle est engagée , iuvîlez-la pour la contre-danse suivante el gardez-vous DÎen de vous
• adresser ensuite à ses voisines, qui , ne pour vaut vous refuser, seront blessées d’être invitées après une autre. N’attendez jamais que •l’orchestre 'donne le signal pour chercher une
' danseuse, car rien n’est plus grossier que d’in- ' viter précipitamment une dame quand les danseurs sont déjà en place ; cela ne peut tout au plus être toléré que la contre-danse çst incomplète.
•Une dame ne peut refuser l’invitation d’un cavaKer , à moins qu’elle n’ait déjà accepté celle d’un' autre , ou bien elle commettrait une incivilité qui pourrait même lui occasionner quelques désagrémens j elle semblerait en outre marquer du mépris pour la personne qu’elle aurait refusée , et s’expdserait à en recevoir un mauvais compliment.
Les dames ou demoiselles ne peuvent sortir seules de la salle ou de tout autre lieu ■ de réunion. Celles-ci doivent se faire accompagner d’une ou de deux autres dames , et V celles-là par leur mère ou une dame qui la • représente.
On évitera de trop parler : on se ferait remarquer et mal voir si l’on s’amusait à chuchoter continuellement à l’oreille de sa danseuse.
Les maîtres de maison doivent veiller à ce que toutes les dames dansent; ils remarquent celles qui fdnt tapisserie { c’est Pexpréssion consacrée'), et les font prier par d’obligeans ‘danseurs. 11 faut que ce soin demeure tout-à-
fait inaperçu , afin (ïc ne point blesser 1* âinour-proprc de ces pauvres datnes.
Les danseurs s’empresseront de faire diftit il cette requête , et paraîtront même cbarméi de danser avec la personne recommandée à leur complaisance.
Les dames qui dansent beaucoup, doivent bien se garder de s’applaudir devant \:elles qui ne dansent pas , du grand nombre de contre-danses pour lesquelles elles sont invitées à l’avance. Elles doivent même, sans qu’il y paraisse , envoyer à ces dames délaissées oes danseurs de leur connaissance.
En se donnant la main pour la chaîne des dames ou tout autre figure , les figurans s’adressent un sourire, qu’ils accompagnent d’une
f racieuse inclination de tête en forme de saut. A. la fin de la contre-danse, le cavalier reconduit la dame à sa place , il la salue et la remercie de l’honneur qu’elle lui a procure. Celle-ci s’incline en silence et en souriant d’un air gracieux.
Dans ces réunions, on doit se conduire avec réserve et politesse envers tous ceux qui les composent , quoiqu’ils nous soient inconnus. Il serait incivil de s’asseoir à la place de quelqu’ un qu^ figure dans une contredanse.
Les personnès qui n’ont pas d’oreille, c’està-dire qui l’ont fausse, doivent s’abstenir de danser.
Ne vous hasarder pas à faire partie d’un quadrille de contre-danse lorsque vous ne savez pas danser passablement. Si vous êtes
novice ou peu habile , vous meltriex le désordre au milieu du plaisir. Due fois euga(>é dans la partie , si les figures ne vous sont pas familières j n!avance; jamais le premier. :Vous pourrez ainsi vous régler sur ceux qui sont partis avant vous. Gardez-vous egalement d’entrer dans un quadrille de danseurs qui ont beaucoup plus de talent que vous.
Quand un danseur peu habitué se trompe^ • on peut l’avertir de son erreur , mais il serait fort impoli d’avoir l’air de lui donner une leçon.
Dansez avec grâce, avec modestie ; n’affectez point de faire parade de votre savoir ; abstenez-vous de' gi'ands sauts et de gambades ridicules qui attireraient sur vous tous les regards.
Dans un bal particulier ou de société, on est tenu de montrer encore plus de réserve, et de ne pas marquer plus de préférence pour une dame que pour une autre : on doit indistinctement danser, avec toutes, cependant on peut inviter plusieurs fois la même personne.
Dans les bals publics , un danseur offre h sa dame des rafraîchissemens , qu’elle accepte fort rarement, à moins qu’elle ne le connaisse beaucoup. Mais dans Jes réunions particulières , les personnes qui reçoivent, font circuler des sirops et des pâtisseries dont chacun use comme il lui plaît. Au milieu de la nuit , jdans un bal bien ordonné , il y a un punch , et plus tard un souper , ou presque toujours les hommes se tiennent debout derrière les sièges des dames.
Dans une soirée sans apprêts , on supprime le punch et même le souper , mais les rafraîchissetnens sont do rigueur: se dispenser d’en offrir serait une grossièreté san^ exemple.
La valse étant une danse assez voluptueuse f les demoiselles s’en abstiennent dans les bals publics et particuliers, les très jeunes dames ne se la permettent q[ue dans ces dernières réunions,, peu souvent et avec des valseurs de leur société. 11 est indispensable de s’en acquitter avec beaucoup de reserve et de décence.
J’ai dit bals publics , par opposition aux bals, particuliers , et j^aurais dû.- cKre bak de société par souscription , car , pour les bals publics de Paris et d’autres grandes villes , il n’est pas d’autre chose à dire aux lecteurs que de les engager à s’abstenir d’y aller. Quant aux bals masqués, c’est un plaisir tout-à-fait décrié y hors toutefois ceux de T Opéra. On ne doit s’y présenter qu’en dominos.
On se relire incognito , afin de ne pas déranger les maîtres de la maison : on leur fait, dans la huitaine , une visite de temercïmeus dans laquelle on parle beaucoup des agrémens du bal et du bon choix de la société-.
% II
Des Concerts.
Les bienséances • qu’exigent les concerta sont à ]>eu de chose près celles qui sont reçues dans tout autre assemblée, ou dans tout au^
tre spectacle, car les coDcerts tienucnt de rallie ou de l’autré , suivant quMls sont particuliers ou publics. Dans les concerts particuiiers^ les dames sont assises au premier rang du cercle, et les messieurs ordinairement groupés derrière , ou à côté d’elles. On doit garder le plus profond silence, et s’abstenir de battre la mesure, de fredonner les airs, d’ap- j plaudir , de faire de grands gestes ridicules ' d’admiration. Assez souvent une soirée dansante succède au concert, et les billets d’invitation , distribués deux ou trois jours à l’a- ' vance pour celui-ci , doivent en avertir les invités.
Lorsqu’une dame se fait entendre , il est ' de bon ton pour un homme de se tenir de- i bout derrière le fauteuil de l’exécutante, et do I retourner attentivement les feuillets , si toutefois il sait lire la mujdque.
On doit aussi pour un concert une visite de remercimens.
. JDes Spectacles, ,
On se tromperait si l’on s’imaginait qu’il • n’existe point de règles de bienséances à observer dans les endroits publics , dans les lieux de rassemblement , dans les spectacles.
Il est certains égards généraux qu’on doit avoir pour les personnes qu’on y rencontre. dl serait ntalbonnèlQ de froisser coulinuellcoicuk
el d’une manière importutie ceux auprès desquels ou se trouve placé ^ de marcher sur la robe d’une dame , d’éclabousser en courant ceux qui marchent d’un pas modéré.
Si vous allez en compagnie au spectacle-) un des cavaliers doit prendre les billets au bureau , éviter aux dames l’embarras de changer leurs caries à l’entrée , et quand la -loge est ouverte , les faire placer sur le premier rang, à raison de leur âge ou de la considération qu’elles méritent. Les jeunes gens occuperont les sièges de derrière , et éviteront de tr(Jp se pencher, pour ne pas incommoder les personnes qui sont placées devant eux.
Les messieurs s’adressent aux ouvreuses de ^ loges , leur donnent une gratification et les chargent des chapeaux , manteaux et autres effets des dames, car il faut s’abstenir délaisser prendre 4ur, defati^ de la loge^ soit un mouchoir de poche , 'soit une palatine, soit nu schall , etc. ( 1 ) , et même de tourner le dos à la scène. Autrement, on s’expose à devenir la risée du parterre , et à entendre des choses désagréables. Alors tous les yeux se fixeraient sur vous J votre imprévoyance pourrait exciter un tumulte fatigant pour ceux qui sc trouvent dans la salle.
Quand uh spectateur bénévole s’attendrit h la vue des malheurs qu’éprouvent les héros de la scène , ou se passionne pour les vertus
( 1 ) ün peut 9c le permettre daus ccrlaios tbcàUe»^d« Farts.
dont ils font parade, peut-il lui arriver rien de plus ennuyeux que d’avoir sans cesse à ses côtés un censeur chagrin , qui critique sans pitié les plus beaux morceaux de, la pièce , qui ne trouve rien à son goût , et qui finit par transformer en un rendez-vous de fatigue et d’ennui des lieux consacrés à ramuseincnt et au plaisir ? 11 serait tout aussi ridicule de Bc mettre aucune retenue dans ses applaudis- , seinens.
Des dames entrent-elles dans une doge où un cavalier est assis sur le devant, les convenances exigent qu’il offre sa place à* l’une d^eiles, quand même elle lui serait inconnue, et qu’il insiste même après un premier refus.
Si là chaleur vous incommode , n’ouvrez la porte de la loge qu’avec l’assentiment des personnes qui s’y trouvent.
Gardez une grande réserve au théâtre, pour ne point gêner ceux qui vous entourent, ainsi qu’un profond silence quand les acteurs sont en scrae , afin de ne point troubler l’attention de ceux qui prennent intérêt au spectacle.
11 est inconvenant de porter uii jugement trop prononcé et trop tranchant sur. la pièce, sur le jeu des acteurs, stoit, 4 )our en faire l’éloge ‘, soit pour les blâmer. Ou peut rencontrer des personnes d’un sentiment contraire , et s’engager dans une contestatiou qu’il est prudent d’éviter. .
Dans les eutr’actes , les n>essieurs doivent s’informer auprès des daines s’il l^eurcst agréable de se promener dans les couloirs, dans le
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foyer , ou de se rafraichir. Ils doivent leur demander aussi si le journal des théâtres, si un lorgnon leur seraient nécessaires; et s’il se trouve dés bouquetières à la porte du spectacle , ils feront chose aimable et galante "de leur présenter uu bouquet.
Quand vous êtes arrivé à la porte de sortie , si vous avez votre voilure, il faut avoir soin'^e rassembler votre société pour l’instant précis ou elle se présentera. 11 en faut faire autant si vous chargez un commissionnaire d’aller chercher une voiture de place.