CHAPITRE IV
DES DEVOIRS DE l’hOSPITALITÉ.
Ceux de mes lecteurs qui, par habitude ou par instinct , redoutent les moindres apparences de l’assujettissement, et peut^-èlre jusqu’à ces lignes , ont trouvé les leçons de la politesse assez gênantes , et se sont dit que la civilisation les a prodiguées outre mesure, ont sans doute écarté cette observation à l’intitulé de ce chapitre. Qu’est-ce en efl’et que les faibles obligations de l’hospitalité moderne; auprès des devoirs religieux de l’antique hospitalité?
Lorsqu’une lettre d’annonce vous apprend, comme il est d’usage , qu’une précédente invitation de votre part va conduire chez vôus des hôtes, vous- commencez par faire prépa-
njo
rer avec soin la chambre' que vous leur destinez. Un bon lit, des armoires, du feu en hiver, et tout ce qui peut contribuer au bienêtre; une cuvette, de l’eau, des verres, un flacon d’eau de dologne, un sucrier rempli, ou mieux un verre d’eau, plusieurs serviettes , et tout ce qui peut contribuer & la propreté, à l’élégance, doivent se trouver dans l’appartement.
Ces préliminaires achevés , un peu avant l’heure indiquée , il faut aller attendre les voyageurs: un domestique a dû vous suivre pour transporter leurs effets chez vous. Les embrasser , se féliciter souvent du plaisir de les recevoir , s’informer afiectueusement des circonstances de leur voyage , les conduire d’une manière empressée , et les introduire par ces mots , vous êtes chez vous , voici la seconde série des devoirs de l’hospitalité.
La troisième partie de vos obligations est l’assiduité auprès de vos hôtes , parce qu’autrement ce serait leur témoigner que leur présence vous est importune. Le soin d’offrir à leurs regards , avec la plus grande complaisance, tout ce que la maison, la ville ou la campagne présenteut d’intéressant ; quelques parties de plaisir organisées en leur honneur, enfin , la réunion à dîner des personnes de leur connaissance , ou présumées devoir leur plaire , telles sont encore les obligations hospitalières que vous ne pouvez mettre en oubli. Quand les visiteurs témoignent l’inten- ' tion de vous quitter , on doit chercher affectueusement à les retenir ; toutefois , si leur
resolution parait inébranlable, on envoie prendre leurs places aux voitures publiques ; en les y conduisant, on leur fait accepter quelques rafraîchissemens délicats; puis, prenant congé d’eux , on les embrasse , on joint de nouvelles invitations pour l’avenir, les regrets de n’avoir pu mieux réussir à les distraire.
Pour faire les honneurs de chez soi, il faut du tact , de la finesse , l’usage du monde , une grande égalité d’humeur et beaucoup d’obligeance. 11 faut s’oublier soi-même, pour s’occuper des autres, mais sans agitation et sans affectation ; encourager les personnes timides, les meuve à leur aise ; entretenir la conversation , en la dirigeant avec adresse plutôt qu’en la soutenant soi-même.
Une maîtresse de maison doit être obligeante, égale, attentive, se prêter aux habitudes particulières de chacun , surtout paraître charmée qu’on soit chez elle,ety faire jouir d’une entière liberté.
De leur côté , les hôtes doivent se montrer très satisfaits et très reconnaissans de la réception qui leur est faite. Us doivent , en partant', donner une gratification généreuse aux , domestiques , et sitôt après leur arrivée chez eux , écrire aux personnes qui les ont reçus une lettre de vifs remercimens.
Les devoirs de l’hospitalité sont assujettissans, fatigans; onéreux, mais d’rme obligation indispensable. Les omettre, c’est vouloir passer pour n’avoir nulle éducation , nulle délicatesse, car enfin c’est placer les gens dans la situation la plus embarrassaule et la ,plus pénible.