‹ Manuel complet de la bonne compagnie, ou Guide de la politesse et de la bienseance dedie a la jeunesse de deux sexesChapitre 6 sur 35 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

UE I.A bienséance envers soi-mème.

Le soin de sa personne , de sa réputation sont encore des aevoirs de bienséance. Si la vanité, l’orgueil, la pruderie ont fait souvent donner à ces soins les noms de coquetterie, d’ambition, ou de bégueulisme, c’est une raison encore plus déterminante pour chercher à s’éclairer sur ces points.

De la Toilette,

. La bienséance exige que nous soyons toujjburs vêtus d’une manière propre et decente, même dans notre intérieur, même en quittant le lit, et sans avoir d’autre témoin que nousmêmes. Elle veut que nos vêtemens soient en rapport avec le sexe, la fortune, l’état, l’àge,

la figure , ainsi qu’avec la saison, les difterens momens de la journée et les occupations diverses.

Indiquons maintenant les spéciulilcs de ces convenances générales.

La tenue du lever pour un homme est le bonnet .de coton ou foulard, la robe de chambre ou le gilet à manche ; pour une dame , le petit bonnet de percale, la camisole ou la robe d’étoffe commune. 11 est bon qu’un demi-corset précède le corset entier que l’on ne peut prendre qu’en s’habillant ; car il est irès mal-séant pour une dame de n’etre point du tout lacée. Les papillotlcs, que l’on ne peut ôter en se levant (.parce que les cheveux ne tiendraient pas la frisure jusqu’au soir), doivent être cachées sous un bandeau de dentelle ou un bandeau formé par la chevelure. 11 faut les ôter le plus tôt qu’il se peut. Dans cette tenue, on ne peut recevoir que des amis intimes ou des personnes qu’appellent auprès de vous des affaires pressées, indispensables; encore faut-il leur présenter quelques excuses. Négliger de quitter cette mise matinale dès qu’on a la possibilité de le faire, c’est vouloir s’exposer à des embarras souvent très pénibles, et aux apparences du manque d’éducation. N. u reste, il est bien de vous imposer la loi d’étre habillé à telle ou telle heure (le plus vile possible), parce que les occupations pourraient s’enchaîner de manière à vous empêcher d’ètre présentable de tout le jour, et que vous eu prendriez aisément l’habitude.

Or , ce désordre de toilette peut se tolérer lorsqu’il est rare , momentané , qu’il semble évidemment causé par l’embarras des afl'aires; mais s’il est journalier , constant ; s’il paraît l’œuvre de la négligence et de la malpropreté, il est impardonnable, surtout pour les dames, dont le costume est moins destiné à les vêtir qu’à les parer.

Croire que les grandes chaleurs autorisent ' ce désordre, permettent de porter des souliers en pantoufles , de demeurer jambes et bras nus , de prendre des attitudes nonchalantes, immodestes , c’est une erreur des personnes de basse classe ou dépourvues d’éducation. La canicule ne saurait excuser cela : si l’on veut rester ainsi vêtu , il faut faire dire que l’on est absent. D’autre part, penser que le froid et l’humidité font pardonner d’autres licences du même genre , c’est également aine erreur.

Vous ne devez point porter habituellement chez vous des chaussures grossières ( ceci s’adresse aux dames principalement ), telles que chaussons de lisière et autres objets analogues^ bien moins encore de chaussures bruyantes , telles que sabots à souliers , galoches fourrées , souliers à semelles de bois , socques , etc. : cet usage est du plus mauvais ton. Lorsque vous allez voir quelqu’un, vous ne pouvez vous dispenser de quitter vos socques ou vos claques avant d’être introduits dans l’a] parlement. D’ailleurs, faire du bruit en marchant est entièrement opposé aux bonnes manières.

Quelque presse que l’on puisse ê(re , une femme du bon genre ne peut sortir dans le costume de son levei* , ni avec un tablier , un bonnet , meme en ëto-ffe claire et garnie de rubans. Un homme bien né ne peut pas non plus se montrer dans la rue en veste , gilet , etc.

Nous avons dit en commençant que la mise doit être assortie aux différentes heures de la journée. Les visites du matin pour les dames doivent avoir lieu en négligé élégant et simple , dont nous ne pouvons donner tous les détails , à raison de leur multiplicité et des nombreuses modifications de la mode. Nous dirons seulement que l’on fait pour l’ordinaire ces visites avec le costume que l’on porte à demeure chez soi. Les messieurs s’en acquittent en redingote, en bottes et pantalon , ainsi que pour leurs courses journalières. Au surplus , cette tenue leur est également permise pour les visites dumilieu de la journée. Quant aux dames , il leur faut pour ces visitcs-là une toilette un peu plus soignée.

Les visites de cérémonie , celles du soir, les assemblées surtout, exigent chez les uns une mise plus recherchée , chez les autres une parure brillante. Il y a même pour celles-ci des coiffures spécialement destinées à ces occasions , et qui se portent là seulement, tels que les bonnets riches en blonde , ornés de lieurs , les berrets brillans , les toques , dites de salon.

Les plus beaux draps, du linge très fin et

très frais, un gilet élégant , mais simple: une très belle montre à laquelle est uniquement suspendue une seule clef de prix, des chaussures délicates et parfaitement cirées, un chapeau complètement neuf, d’une qualité supérieure, telle est la mise k la fois recherchée et üévère , d’un homme de bon goût et de bon ton. L’état apporte fort peu de modification à ce costume*, cependant nous ferons observer que les savans , les hommes de lettres ef de loi doivent éviter d’avoir la tenue fashiona-i ble ou militaire , qu’adoptent généralement les étudians , Ica coinmerçans , les dandyn , par ton ou par désœuvrement,

La position dans le monde détermine chez Ls dames des différences bien autrement prononcées , quoiqu’elles s’effacent de jour en jour. Chacun sait que quelle que soit la dot d’une demoiselle , sa mise doit toujours , dans la forme comme dans les ornemens , offrir moins de recherche et moins d’éclat que celle des dames mariées. Les cachemires de prix , les très riches fourrures , les diamans lui sont interdits , ainsi que diverses autres parures brillantes. Les jeunes personnes qui bravent ces convenances si sensées donnent à croire qu’elles sont possédées de l’amour effréné du luXe, et se privent du plaisir de recevoir ces parures de la main de l’homme de leur choix.

Toutes les dames ne peuvent pas user indistinctement du privilège que le mariage leur confère k cet égard , et la toilette de celles dont la fortune est nicdiocre ne dok pas dé-/

passer les bornes d’une éle'gante simplicité'. Des considérations de l’ordre le plus élevé, celles du bon ordre intériur , de la dignité d’épouse, des devoirs de mère , viennent appuyer cette loi de la bienséance , car la bienséance touche à la morale de toutes parts.

Une écueil est à craindre en ce cas : souvent une jeune femme peu fortunée , désirant paraître convenablement dans quelque réunion somptueuse , fait des sacrifices pour embellir sa modeste parure. Mais ces sacrifices sont nécessairement incomplets: un ajustement neuf et brillant se place à côté d’un ajustement mesquin ou vieilli. La toilette alors manque '\ d’harmonie , et l’harmonie est l’âme de l’élégance comme de la beauté. Au surplus, quel t que soit le degré d’opulence dont vous jouissiez , le luxe est tellement envahisseur de sa nature, que nulle richesse ne pourrait suffire à ses exigences : mais par bonheur la bienséance , toujours dWcord avec la raison, ras- i sure par cette maxime les femmes sociables et sensées. Ni trop haut , ni trop bas : il est j

également ridicule de prétendre être la plus |

fastueuse , et de se résigner à se montrer la \ plus mal mise d’une assemblée. ,

Les convenances de l’âge ressemblent à celles qu’impose la médiocrité: ainsi les dames déjà vieillies doivent s’abstenir des couleurs éclatantes , des dessins recherchés , des modes très nouvelles , des ornemens gracieux , comme plumes, fleurs , bijoux. Une personne sur le retour coiffée en cheveux, porteuse d’une robe

dccollelée à manches courtes , ornee de colliers, bracelets , etc. , blesse aulaut la bienséance que son intérêt et sa dignité.

La simplicité sévère desvclemens masculins n’établit que très peu de dillerence entre la mise des jeunes gens et celle des hommes âgés. Cependant ceux-ci doivent aussi choisir les couleurs sombres, suivre les modes de fort loin j se garder des vêlemens trop collans ou trop écourtés , et n’avoir dans leur toilette d’aiutre but que l’aisance et la propreté. A moins que le soin de leur santé , ou une caL vitie complète, ne leur ordonne déporter perruque fl) , il est bien plus convenable que les vieillards montrent leur blanche et noble chevelure. Les dames âgées, auxquelles l’usage commande de cacher ce respectable signe d’une longue vie , éviteront du moins les frisures trop épaisses et trop bouclées.

Sous peine d’être ridicules et vêtues d’une manière désagréable ou nuisible , les dames doivent adopter en été les élofl’es légères, de couleurs tendres, et en hiver les fourrures , les tissus épais , chauds , de couleurs foncées. Les hommes naguère étaient presque libres de cette obligationj ou les vo.yait constamment habillés de drap en toute saison j mais nvaintcnant , quoique le drap soit toujours la base

(i) Les jeunes gens cliaiives ne doivent pas non plus B^siter à recourir aux pernique.s. Rien n’aUriste pins le regard que ces crânes dcponille's , qni semblent toujoxiro. ajjpeier les observatioos de l'analoniisle.

de leur toilette , ils doivent choisir des étoffés d^Iiiver ou d’été , selon qu’il convient. 11 est de bon ton pour les messieurs de porter un riche manteau; la rendingole mise par dessus l’habit ( surtout la redingote en soie ) est abandonnéc aux hommes d’un certain âge. 11 n’y a que les septuagénaires et les ecclésiastiques qui portent des douillettes ou redingotes de soie ouatées.

Pour terminer les instructions relatives à la toilette , il ne nous reste plus à faire que quelques observations.

11 est souveraimente ridicule pour une dame d’aller à pied , étant coiffée en cheveux, eu toillette de salon ou de bal. Si l’on habite une ville de province où l’usaçe des voitures n’est pas reçu , il faut se laire conduire en chaise à porteurs. Qui ne sent combien il est risible de voir cheminer péniblement dans la poussière ou dans la boue une femme vêtue de satin , de blonde ou de velours ?

Variez votre toilette autant qu’il se peut, de peur que les désoeuvrés et les mauvais plaisans , toujours en majorité dans le monde , ne s’amusent à la mettre dans votre signalement.

Certaines élégantes cherchent à se faire une sorte de réputation par le choix bizarre de leurs ajustemens , par leur empressement à saisir les prirniers caprices des modes. La bienséance tolère à grand’ peine ces fantaisies d’enfant gâté; mais elle applaudit à la femme de sens et de goût qui ne se hâte point de sui-

Digili'fid by Gs

vre les modes , interroge leur dure'e probable avant de les adopter ; enfin , qui les choisit et les modifie avec succès d’après le caractère de sa taille et de sa figure. *

II serait extrêmement grossier de se présenter crotté dans une maison hounête , surtout si l’on fait une visite de cérémonie. Aussi , lorsqu’il y a beaucoup de boue , ou qu’ou ne marche pas adroitement , est-il à propos d’aller en voitute , ou du moins de réclamer les services d’un déerotteur à peu de distance du logis.

5 II

De la Réputation-.

Dans le soins que la bienséance nous oblige d’avoir de notre personne, plaire n’est qu’un accessoire: le but principal est d’indiquer par la propreté , la convenance des vctemens, que le bon ordre , le sentiment du bien, l’honnêteté en toutes choses, dirigent nos pensées et nos actions. De ce point de vue moral, on voit que le soin de sa réputation est la conséquence nécessaire des devoirs de la bienséance envers soi-même.

Inspirer l’estime et la considération, tel est donc le grand objet de la bienséance; car sans ce trésor , les relatjons de la société seraient une abjection et lïn supplice. On l’obtient par l’accomplissement de ses obligations de famille et d’état ; par sa probité et ses mœurs; par sa fortune et sa position sociale.

La considération ne s’acquiert pas par des paroles; un bien si piëcieux veut un prix rëel; il veut aussi le secours de la discrétion. Ainsi, qiiaiit au premier point, il faut d’abord remplir exactement ses devoirs envers scs proches; mais encore il faut se garder de laisser penéircr en public ces légères querelles, ces petits dissentimens d’intérêt, d’humeur ou d’opinion, <[ui troublent quelquefois les familles les plus unies. Ces nuages de quelques inslans, dissipés bientôt par l’affection et la confiance, seraient gravés dans la mémoire d’autrui comme la preuve des discordes de votre intérieur, et par suite comme celle de vos défauts (i).

Puissant moyen de considération , la probité , par sa nature élevée, religieuse, échappe aux investigations de la bienséance. Quoique nous ne séparions point V homme honnête de M honnête homme , nous croyons qu’il serait superflu de rappeler ici au dernier les principes éternels de la justice.

11 n’en est pas de même de là considération qui s’attache à la pureté des moeurs.. La preuve de la probité est dans la probité ellemême ; mais , grâce aux nuances si délicates de la réputation sous le rapport de la chasteté , il existe , indépendamment de la bonne conduite , une multitude desoins, de précautions , qui , bien que minutieuses et embarrassantes parfois, ne doivent jamais être

(i) Quant au.\ moyens d’obtenir de la considciation eu B’acqnittaat de ses devoirs d’état , voyez les cliapilrcs suivans.

négligées. Les dames , auxquelles s’adressent spécialement les conseils renfermés dans ce paragraphe , savent combien l’ombre seule du soupçon les flétrit et les tourmente. Celte ombre, il faut l’éviter à tout prix, et se soumettre pour cela â toutes les pratiques de la bienséance.

Jusqu’à l’âge d’environ trente ans , une demoiselle ne doit jamais sortir sans être accompagnée. Dans les courses par la ville , chez les marchands , chez ses amis intimes , à l’église , elle peut aller avec une bonne ; mais s’il s’agit de visites cérémonieuses , de promenades , d’assemblées , de bals , elle ne peut paraître qu’avec sa mère , ou avec une dame de sa connaissance qui lui en tient lieu.

Celte dame , qui prend alors le titre de chaperon , conduit ainsi plusieurs jeunes personnes. Il ne lui est point permis de jouer , de se promener dans la salle, en un mot de quitter son poste de surveillante. Souvent à cet égard la négligence des chaperons a nul à la réputation de leurs filles adoptives.

Les jeunes dames ont la liberté de faire seules les courses et les visites chez leurs connaissances, mais elles ne peuvent se présenter en public sans leur mari, ou une dame âgée. Cependant elles ont la faculté de se promener avec de jeunes dames ou demoiselles ^ tandis que celles-ci ne peuvent jamais se promener seules avec leurs compagnes. Elles ne doivent non plus se montrer q^u’avec un homme de leur famille , encore taul-il que ce soit un parent très proche ou d’un âge respectable. U

serait peu gpnvenable qu’une jeune cousine lût habituellement avec son jeune cousin.

Excepté dans certaines villes de province, où l’on est d’un rigorisme exagéré , les jeunes dames reçoivent les visites des messieurs ; elles les admettent à leur compagnie dans le.s

Î )i'omenades publiques , sans que cela porte a moindre atteinte à leur considération, pourvu toutefois que ce soient des hommes de bonnes mœurs , et qu’elles aient soin d’éviter toute apparence de coquetterie. Les jeunes veuves ont autant' de liberté que les dames mariées.

Une dame ne doit point se présenter seule , dans une bibliothèque , un musée, à moins qu’elle n’y aille travailler comme artiste.

Une personne du sexe doit avoir une démarche modeste et mesurée : trop de précipitation nuit à la grâce décente qui doit caractériser une femme. Elle ne doit point retourner la tête de côté et d’autre, sourtout dans les grandes villes , où celle mauvaise habitude semble un appel fait aux impertinens.

Lorsque ceux-ci lui adressent quelques discours flatteurs , ou même insignifians , elle se gardera bien de leur répondre un seul mot. S’ils persistent , elle leur dira d’un ton bref, ferme , mais poli, de vouloir bien la laisser en repos. Si un homme la suit en silence, elle feindra de ne pas s’en apercevoir , et accélérera un peu sa marche.

Dès que le jour commence à tomber , une jeune femme agirait d’une manière inconve-

liante si elle allait seule : aussi lorsqu'elle se rend le soir cliei quelqu’un, doit elle avoir soin qu’un domestique vienne la clierclier , ou bien, à défaut de cela , prier la personne qu’elle visite , de vouloir la faire accompagner. Mais, quoique cette mesure soit une convenance , et par suite une obligation , une dame bien élevée la mettra en oubli si par liasard les circonstances s’opposent à ce qu’elle puisse , sans gêner , trouver un conducteur.

Quand le maître de la maison veut vous accompagner lui-même , il faut se défendre poliment de lui procurer celte corvée , mais cependant finir par accepter. En arrivant chez soi , on doit lui offrir ses remercîmens. Afin d’éviter ces deux inconvéniens , il sera bien de prier votre mari , ou un de vos parens , de venir vous chercher; vous en éviterez encore un troisième: dans les petites villes, où, la malfce est excitée par l’ignorance et le désœuvrement, on incrimine souvent les démar*' elles les plus innocentes ; il n’est pas rare de voir de méchantes et niaises commères , observer que madame une telle ne va chez madame telle autre que pour revenir avec monsieur. Ce mauvais propos, une fois semé, germe et très promptement. Mais , si vous l’avez appris récemment , et que l’occasion se présente de le confirmer encore, résignez-vous pour cette fois ; gardez-vous bien de refuser le bras de votre guide habituel en lui faisant connaître cet incident , car il n’est pas au monde de rôle plus ridicule qu« celai d’une

femme qui défend ainsi sa vertu non attaquée. C’est pruderie , sottise ou manège.

Il est bien d’autres circonstances où la situation des dames devient délicate et pénible. Un homme de votre connaissance , l’ami de votre mari , vous fait des politesses empressées , qui ne sont encore que politesses, mais qui menacent de devenir plus. Il faut alors être réservée ; épier l’instant où s’opérera le changement , mais bien prendre garde à ne point paraître le prévoir , car il arrive fréquemment que des hommes dont les intentions n’étaient point équivoques , se voyant déjoués , affectent de changer de ton , et se font un malin plaisir de livrer en apparence, la pauvre dame qu’ils jouent au ridicule , à l’embarras de la pruderie orgueilleuse et déçue.

Lorsqu’un homme vous adresse des coraplimens exagérés , vous serre les mains, s’approche trop près de vous , retirez voire main, éloignez-vous avec beaucoup de froideur, de dignité , mais sans aucun mélange d’emportement. Rien ne dénote plus une mauvaise éducation. Si la vanité ne vous fait pas trouver une secrète satisfaction dans ces hommages déplacés ; si elle ne place point le sourire sur vos lèvres, lorsque votre regard doit être glacial, vous serez bientôt délivré de ces importunes obsessions.

Après avoir essayé de marquer le point délicat où la bienséance devient pruderie , je vais indiquer les cas afiligeans où elle se trouve en opposslion avec la bienveillance , la

pitié , peut-être avec la justice. Voici comment. Victimes de calomnieuses iiiterprélalions ou de démarches imprudentes, de inallieureuscs femmes sont signalées au mépris public ; en tout temps , en tout lieu , on leur en prodigue les marques; à la promenade on ne leur rend point leurs saluts aft'ectueiix ; au spectacle on ne répond point à leurs prévenances obséquieuses. Vous qui savez qu’ un mot sullit souvent pour ternir , pour perdre à jamais une réputation sans tache , vous plaignez ces infortunées privées de considération ; vous desirez la leurreudr*, vous formez le généreux projet de les iThabilii(r dans l’opiuion , de les entourer de votre considération personnelle. ... JNe cédez point à cette touchante , mais imprudente générosité. A moins que l’influence de l’àge , que h; pouvoir imposant d’une haute position sociale , vous mellerit au-dessus de la contagion morale, soyez bien assurée qu’au lieu de sauver la réputation de ces femmes méprisées, vous perdriez la vôtre avec elles. Abandonnez-les donc , ne les voyez point , soyez sourde à leurs avances réitérées , mais sans raideur , mais sans dédain. Après avoir satisfait aux exigences rigoureuses de la bienséance , songez qu’elle a encore des exigences opposées.

Ae refusez point un salut, un mot gracieux à ces pauvres femmes , témoignez-leur de la bienveillance en particulier , et triste de leur sort , prenez la ierine résolution de fuir la médisance comme un crime.

La luédisance ( et très souvent sous son nom, ja ralomnie ) est , pour quelques personnes, un moyen de conserver intacte leur réputation. 11 leur semble qu’en proclamant, en blâmant sévèrement les faiblesses d’autrui, elles sont exemptes de faiblesses. D’autres cherchent dans la médisance une source de succès ; ils sont à l’affût des aventures scandaleuses, pourvu qu’elles soient' piquantes. Le déshonneur d’une femme intéressante, le désespoir de toute une maison, leur paraissent une bonne fortune , une excellente occasion de faire briller leur esprit. Dieu sait s’ils se font faute des réticences perfides , des commentaires ingénieux. Tout cela peut être toléré , embelli par l’usage du monde, mais n’en est pas moins délesté par la morale et la saine bienséance. Loin donc de vous réunir à ces malheureux conteurs, prenez la défense de l’accusée, ou si le scandale est trop notoire, gardez un silence împrobateur.

Le soin de la réputation des dames exige encore qu’elles aient un maintien modeste ; qu’elles s’abstiennent d’avoir des manières agaçantes, des propos libres; qu’elles n’accueillent point les flatteurs. Nous reviendrons sur cela dans la suite de l’ouvrage. Quant à pré- , sent, nous terminons en priant nos lectrices de ne point se méprendre sur l’esprit de nos conseils, et de n’en point faire surgir le bégueulisme , que l’Académie Française définit SI justement , pruderie avec impertinence.

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