CHAPITRE V
DE DA BIENsi ANC®. REDATiyE AUX DEVDIRAd’ÉTAX *
Outre la bienséance générale; monnaie courante qui s’échange entre tous, il est une bienséance paHicuUère à chaque état. L’intérêt , l’habitude; le besoin d’une considération spéciale , la nécessité de modérer l’enthousiasme qui les anime presque habituellement ; tels sont les motifs qui déterminent lés divers genres de politesse que nous allons considérer chea les marchands ; les gens, de bureaU; les hommes de lot ; les. médecins , les artistes ; les. militaires et les ecclesiastiques. Gomme tout est échange ; nous parlerons nécessairement des convenances imposées aux gens qui ont affaire avec ces diiférens, personnages.
PolUea8& dès marchands ei dès. acheteurs*
La politesse est pour les marchands an moyen de fortune , q^ue la plupart se gardent bien de n^liger, surtout à Paris où se trour ve , par excellente , le modèle du marchand bien élevé. C’est ce modèle que nous voulons présenter à quelqœs'-uus d’eutee eux, aux dé-
taillans de province , aux personnes étrangères au commerce et qui s’y destineraient.
Lorsqu’un acheteur entre chez lui, un marchand doit le saluer avec politesse , sans lui demander des nouvelles de sa santé, à moins qu’il ne le connaisse particulièrement. Il attend ensuite que celui-ci lui ait fait connaître ce qu’il désire , il lui avance, ou lui fait avancer un siège , puis lui montre, avec la plus grande complaisance , les objets qu’il a demandés. Si l’acheteur est difficile, vétilleux, ridicule , dédaigneux même, le marchand ne doit point paraître s’en apercevoir: cependant il lui est permis de mettre un peu de froideut dans ses manières.
Le rôle des marchands est souvent pénible, il le faut avouer : il est des gens qui les traitent comme des domestiques, il,est d’élégantes capricieuses qui ne viennent datis un magasin que pour passer le temps, voir les modes nouvelles , et qui dans ce but font ouvrir cent paquets, étaler des monceaux d’étoffe , et terminent par se retirer en disant d’un ton dédaigneux que rien ne leur convient. Il est enfin d’impitoyables marchandeurs qui bataillent pour quelques sous avec toute la ténacité de l’avarice, de l’entêtement,, de l’orgueil ; eh bien ! à tous ces travers le marchand doit opposer une constante urbanité. Il sert les acheteurs impérieux avec empressement , mais presque en silence , car il doit bien être convaincu que plus on est souple avec les gens de cette sorte , plus ils se
montrent altiers et durs. Avec les capricieuses , sa patience ne doit pas se démentir : quo^ qu’il connaisse parfeitenient quel sera le déiioûment de leur fatigante visite, il leur montre une quantité de marchandises, comme s’il croyait qu’elles ont en effet l’intention d’acheter. Cela les tente quelquefois. Est-il complaisant en pure perte, le marchand doit encore témoigner ses regrets de n’avoir pu satisfaire madame , souhaiter d’être plus heureux une autre fois , la reconduire poliment, et tenir la porte ouverte jusqu’au départ de la voiture.
*Un marchand qui veut s’épargner du temps, des paroles et des ennuis, qui même sent la ^ dignité de sa profession, doit vendre à prix fixe, ou s’il n’annonce pas ce mode de vente , être à prix fixe réellement, en ne surfaisant jamais. Néanmoins s’il a affaire à ces commères qui se croiraient dupes si on ne leur rabattait quelche chose , ou qui ont la prétention d’imposer des sacrifices aux marchands, il faut se prêter poliment à cette ridicule guerre , et céder peu à peu , sans manifester aucun dégoût de ces interminables débats. Mais le commerçant de bon Ion s’abstient de ces grandes démonstrations , .de ces risibles sermons , de ces attestations de ptfrte , de préférence : Je perds tout , dest parce que c’est vous , et autres sottises qui , d’une profession respectable, font un véritable métier de laquais.
Les commis portent les effets achetés jusqu’au comptoir ^ où ils conduisent poliment
la personne , iis en font un paquet qu’ils ne Temcttcnt que lorsque les comptes sont soldes , et que l’acheteur est prêt à partir. Si celui-ci ne s’en retourne pas à pieu , le paquet n’est remis que lorsque l’acheteur est assis , et que l’on se dispose à fermer la portière. Si , au contraire , l’acheteur n’a pas de voiture, il faut lui demander s’il désire que l’on fasse porter le paquet chez lui. Cette politesse est indispensable si le paquet est volumineux, et surloutsil’acheteurest une femme.
Il est encore nécessaire que la dame du comptoir offre de la monnaie légère pour rembourser le surplus du prix, et s’excuse lorsqu’elle ne peut donner que de la grosse monnaie : elle doit présenter la facture des emplettes , et ne marquer aucune humeur si l’acheteur juge à propos de la reviser.
Il est une circonstance qui met ordinairement en défaut la politesse des marchands les plus honnêtes : c’est lorsqu’il s’agit d’assortimens. 11 est en effet assez ennuyeux d’étaler un grand nombre de marchandises, de donner des échantillons , avec la presque certitude que tout cela ne servira à rien. Mais ces messieurs ne doivent pas oublier que , comme toutes les qualités , la politesse a ses efforts , et que peut-être , séduite par leur aménité , la personne qui vient chez eux par hasard leur donnera pour toujours sa pratique.
Que la classe des commis-marchands ne voient point dans les conseils qui vont suivre, la pitoyable prétention de' leur adresser
des ^pigrammes. En les engageant à éviter la l'amiliarilé peu respectueuse envers les dames; les éloges outrés des marchandises ; l’empressement affecté auprès des personnes riches ; la lenteur impolie, l’oubli dédaigneux à l’égard des gens dont la mise est plus que modeste ; le ridicule de vouloir établir la conversation J de vouloir faire acheter les gens malgré eux ; de les étourdir de la nomenclature de tous les objets du magasin , je songe bien moins à m’unir aux reproches de leurs censeurs , qu’à les en préserver désormais.
Toute civilité doit «tre réciproque , ou du moins à peu près. Si la politesse empressée du marchand n’exige pas un égal retour, elle a droit à de justes égards ; et , du reste , parce que cette politesse est intéressée, est-ce un motif pour que les acheteurs ajoutent aux dé- .sagréniens de son état , et s’inquiètent peu de blesser les lois de la bienséance ? Beaucoup de gens bien élevés d’ailleurs se permettent tant d’infractions sur ce point, que je crois devoir insister.
Quand vous entrez dans un magasin , et qu’il ne s’y trouve personne , il faut avertir tout de suite , soit en frappant légèrement à la porte intérieure, soit en disant d’nne voix élevée: .Au magasin y s’il vous plait : crier simplement , d la boutique , est un usage provincial et grossier.
Ne dites jamais: je veux telh chose yVmxS y je vous prie de me montrer , ou voudriezvous me montrer tel fjbjet? ou bien employer
toute autre forme polie. Si l’on ne vous présente pas d’abord les marcliandises qui vous conviennent , et que vous soyez forcé d’en visiter un grand nombre , faites des excuses au marchand de la peine que vous lui donnez. Si vons ne pouvez faire affaire , sortez en renouvelant ces excuses.
Faites-vous des emplettes peu considérables, dites : Je vous demande pardon , ou je suis fâché de vous avoir dérangé pour si peu de chose. L’irrésolution vous retient-elle assez long-temps dans le choix des objets , adressez encore quelques mots d’excuses au marchand qui attend que vous vous soyiez décidé.
Si le prix vous semble trop élevé , et que le magasin ne soit point à prix fixe , réclamez une diminution en termes brefs, honnêtes , et sans paraître jamais suspecter la bonne foi du marchand. S’il ne cède point , n’établissez pas de lutte avec lui , sortez en disant poliment que vous pensez avoir ailleurs la chose à meilleur marché , et que , s’il n’en est pas ainsi , vous lui donnerez la préférence.
Quand le commis termine par vous demander si vous avez besoin d’autre chose, répondez constamment de manière à donner l’espoir que vous reviendrez. 11 ne faut jamais négliger d’être agréable. Kemerciez toujours en sortant.
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Politesse des gens de bureau et du public.
Elle n’est pas renommce , èl ne peut guère l’clre , puisque là le désir de plaire, l’allenlc du gain , n’ont aucun pouvoir. Comme d’ailleurs on ne traite qu’un instant avec ces messieurs , et qu’ils ont aflaire à beaucoup de monde , -les soins et les formules de la politesse seraient déplacés. Voici les obligations de la leur ; elles ne sont pas étroites : raison de plus pour s’y conformer.
Ub homme de bureau n’est pas tenu de se lever pour saluer les gens, ni pour leur of- IVir uy siège; il se contente d’incliner la tête , et de faire un signé de la main pour les engager à s’asseoir. La séance terminée , U salue de la même manière et ne reconduit fumais' Il serait ridicule d’être choqué de ces formes bureaucratiques, et encore plus de vouloir établir la conversation , de s’informer de la santé , etc. A raison de leurs habitudes , les employés doivent s’observer avec soin dans la société.