CHAPITRE XIV
ORDRE ET PROPRETÉ DE L'ÉCLAIRAGE. — BOUGEOIRS- LAMPES.—Provisions POUR L'ÉCLAIRAGE.—Nar- TOYAGE. — BRIQUETS PHOSPHORIQUES. — ÉcLar- RAGE PAR LE GAZ HYDROGÈNE.
De toutes les économies mal entendues dont la maîtresse de maison doit se défendre, une des plus pérnicieuses est celle du manque d'éclairage. Futé d’y voir on perd du temps, on casse les objets ,on se heurte souvent d’une manière dan gereuse. Si dans la nuit on se trouve subitement réveillé par quelque accident, les secours sont lents, et souvent même inefficaces, par cette raison. La ménagère doit donc établir un éclairage constant, suffisant, approprié aux divers endroits de la maison, aux différentes heures et occupations. Elle doit en ce genre avoir des provisions, les distribuer avec ordre, et surtout veiller à ce
(x) Voyez Appendice.
quétous Îles ustensiles soient tenus dans la plus grande propreté. Le :
Ayez pour éclairer lacuisine une lampe à mèche commune, mais un peu élevée; ayezaussides bougeoirs-lampes, qui n’ont pas comme la chandelle l'inconvénient de couler et de s’éteindre parle transport. Les bougeoirs, rangés lesoir sur la table de cuisine auprès de la lampe, seront prêts à être allumés dès que les domestiques auront à aller ou à venir. Une chandelle dans un flambeau sera auprès d'eux pour servir dans les cas où il sera nécessaire de voir bien clair sur quelque point de la cuisine, on de quelque endroit de la maison. Que des mouchettes avec leur éteignoir soient toujours placées auprès, afin que l’on n’omette pas de moucher convenablement la chandelle, et qu’on ne l’éteigne jamais avec le souffle, ou en là retournant du côté de la flamme dans le flambeau. Tous ces ustensiles seront dès le matin nettoyés et rangés à leur place ordinaire, sur une
lanche ou la cheminée. Ayez de petites lanternes pour aller dans les lieux où le feu peut prendre aisément.
Si votre fortune est au-dessus de la médiocre, elique votre salle à manger serve de passage au salon et à votre chambre, qu’une lampe à plusieurs mèches, recouverte d’un globe en gaze, soit suspendue au milieu de la salle manger. Elle suffira pour éclairer le diner ordinaire ; mais les jours-où la table sera de plus grande dimension, on ajoute des flambeaux ou des candelabres garnis de bougies ou de chandelles-bougies à chaque bout de la table. Ces jours-là l'office doit être éclairée par un quinquet. Les jours ou l’on reçoit, il faut, outre les lampes à colonnes qui garnissent la cheminée du salon , au moins deux bougies sur
cette cheminée : il en faut pour les tables de jeu. Pour peu que vous le puissiez, l'escalier doit être éclairé. Voici donc une consommation considérable. Les personnes très opulentes ont un lustre suspendu au milieu du salon, et une lampe antique, suspendue de même, dans la chambre à coucher demadame. Une gaze en forme de sacrecouvre ordinairement ce lustre. Lorsqu'on éteint les lampes et quinquets, il est bon de couvrir l’ouverture du verre avec un étui de carton ou de métal ps à cet effet : cela empêche l'odeur de s’exhaer et la poussière de s’introduire.
L'ordre et la propreté, que je ne cesserai point de recommander à la maîtresse de maison, sont indispensables pour l’éclairage. Faites pour l’année vos provisions d’huile à quinquets , de bougies (si vous vous en servez), de chandelles-bougies et de chandelles communes. Que dans votre grenier ou dans tout endroit sec, obscur et bien fermé, soit un petit cabinet destiné à cet approvisionnement. Que dans le bas soient les grandes bouteilles d'huile, tenant chacune au moins dix livres ; celles dans lesquelles vous ferez transvaser Ce qu'il faudra pour lemois,,et enfin , celles qui contiendront la provision de la semaine ; les diverses mesures sont nécessaires pour prévenir le gaspillage que les domestiques feraient. Un peu au-dessus doivent être des rayons sur lesquels vous placerez dans des boîtes de bois blanc, étiquetées , les diverses sortes de bougies, telles que les bougies diaphanes (1), de blanc de baleine colorées etautres, les bougies ordinaires du Mans ou autres à quatre ou à cinq à la livre : on sesert géné-
(1) Essayez la nouvelle bougie stéarique , dont la mèche est nattée et ne champignonne jamais.
ralement de celle-ci. La meilleure bougie est ceile qui est fabriquée seulement avec de la cire. Le mélange du suif est assez fréquent ; mais il est facile de l’apercevoir, non seulement à l'odeur, mais au son plus ou moins sec que rend la bougie lorsqu'on la frappe légèrement du doigt. La nature du coton employé pour la mèche est aussi un point essentiel à observer. S'il est grossier et mal filé, il forme ce qu’on appelle des champignons, et a besoin d’être mouché presque aussi souvent que celui de la chandelle ; de plus, il se recourbe en brûlant , et fait couler la bougie, qui se consume alors beaucoup plus vite, en éclairant moins. Ayez aussi quelques livres de bougies éméchées, que l’on trouve à Paris chez les épiciers , auxquels elles sont vendues par les domestiques des grandes maisons , qui sont chargés de fournir l’éclairage des tables de jeux. Ces bougies qui n’ont servi que quelques É sue se vendent moins cher que les autres ; mais il n’en faut avoir que peu , parce qu’elles ne sont pas ordinairement de bonne qualité, Ayez aussi une douzaine, environ, de bougies repliées, non de rats-de-cave, qui infectent en brûlant, mais de bougies une fois plus grosses , et repliées carrément : elles vous serviront dans vos courses du soir.
Ayez dans un carton plat une provision de verres et de mèches de lampe à quinquets, rien w’étant plus désagréable, et n’entraînant autant de perte de temps, que la nécessité d’aller chez le marchand remplacer le verre de lampe qui se casse subitement. Il est en outre fort difficile d’avoir la juste mesure : il faut apporter la lampe, et bien souvent on ne peut trouver ce qui convient. Quant aux mèches, si vous voulez faire une facile économie, vous ramasserez les morceaux de bas que l’on retranche ordinairement à
192 MANUEIT,
ceux que l’on raccommode, vous les couperez de la longueur et de la largeur d’une mèckie ordinaire : avant de rejoindre par une couture à surjet lâche, le petit morceau à peu près carré que cette imitation vous donnera, vous y placerez à longs points de reprise des fils en coton, un peu gros, afin de soutenir cette mèche de nouvelle facon, qui sert absolument comme celles qu’on achète.
J'ai déjà dit que le nettoyage des ustensiles d'é clairage est on ne peut plus important ; la maîtresse de maison y veillera attentivement, car c’est en quelque sorte le bon ordre et la propreté qui font la lumière des lampes à colonnes, et quaut aux flambeaux, leur saleté serait insoutenable, elle ferait soulever le cœur. Si vous ne vous chargez point vous-même de préparer les lampes, faites-les toujours nettoyer le matin, pue qu'il est impossible, à la lumière, de couper a mèche justement, et très difficile de ne pas excéder la dose d'huile. Tous les ingrédiens propres à ce nettoyage doivent être rangés dans une boîte debois , à part. Il y a : 1°. une sorte de cheville en bois, qui se vend avec la lampe, et qui sert à placer les mèches neuves, qui l'embrassent exactement (et, par parenthèse, c’est sur ce bois que vous ferez la couture des mèches économiques , citées plus-haut); 2°. de gros.ciseaux pour tailler la mèche ; 3°. un petit couteau
our racler le-tuyau de fer-blanc où s'engage la mèche; 4°. un bâton de moyenne grandeur, entouré de linge bien blanc, de manière à former une sorte de poupée qui puisse entrer par l'éxtrémité la plus resserrée du verre à lampe. Il faut aussi de vieux torchons, les uns déjà salis, les autres blancs , et enfin, un chiffon de laine pour donner le dernier coup. Il doit encore se trouver
dans la boîte du blanc d'Espagne pour nettoyer le verre de temps en temps. Outre cela , il est nécessaire d’avoir une sorte de cafelière à très longue branche, laquelle sert à introduire huile par le goulot. Cette cafetière, ou porte-huile,, peut, selon laësaison, contenir la provision d’un ou de deux jours.
Pour bien nettoyer la lampe, on en séparera lesiparties ; on frottera bien chazune d'elles avec les trois sortes de chiflons : on enlevera la couronre brûlée qui se trouve à la mèche , et lon rognera bien exactement ce qui pourrait être iné gal: on remettra les parties en place : on versera lentement et avec précaution l'huile, en baissant la mèche pendant ce temps, de peur qu'ayant à Je faire quand l'huile serait introduite, il ne s’en échappât. Chaque jour, le verre à lampe sera frotté avec des linges très propres. Tous les huit jours, on versera, dans un pot destiné à cet usage, le résidu qui se trouvera dans le fond de la colonne : ce résidu servira à alimenter les bougeoirs-lampes.
Ne souffrez point que les domestiques mettent les chandeliers à nettoyer sur les charbons ou sur Ja cendre chaude devant le feu : rien-ne les gâte autant et ne produit une plus mauvaise odeur. Nous en parlerons à l’article des nettoyages. Vous aurez sans doute pour la cuisine des chandeliers à ressorts qui relèvent la chandelle jusqu'à la fin ; alors il ést inutile de vous parler des brüle-suif, sorte de petite bobèche en fer-blanc , surmontée de trois pointes, sur lesquelles on place le bout de suif à brüler, de manière qu’il ne s'en perde point. Si vous avez des chandeliers sans ressorts , il ne faut point le négliger. Les flambeaux de votre appartement
doivent avoir, outre leur bobèche ordinaire, une bobèche de tôle vernie, verte ou rouge, agréablement dentée. Ces bobèches seront toujours en cristal dans le salon , et aussi dans les autres chambres, les jours où l’on recevra. On ne met plus du tout au bas des chandelles ou bougies ces papiers découpés, d’un assez joli effet, mais qui devenaient bien incommodes lorsque la flamme les gagnait. Il ne me reste qu’à vous recommander d'introduire chez vous l’usage des veilleuses et des briquets phosphoriques, afin d’avoir de la lumière à tout moment, et d'éviter, par cette simple précaution, les accidens les plus terribles. Les briquets phosphoriques peuvent, à la rigueur, tenir lieu des veilleuses , et je vous engage à en avoir un dans chaque chambre à coucher, la nuit, ainsi que des allumettes, auprès de la chandelle éteinte. Les briquets que je crois préférables à tout autre sont enfermés dans un tuyau de plomb ;' on se sert d’allumettes ordinaires, qu'il faut seulement enfoncer dans le tuyau ; si l’allumette tarde à prendre, ce qui arrive très rarement, on l’agite ou l’on souffle dessus. Ce briquet, qui sert un an, doit être tenu bien fermé; il se vend quinze sous, rue Beaubourg, n° 34, chez le sieur Naiïigeon, son inventeur. Ce serait vouloir perdre son temps et sa peine que d’avoir maintenant un ancien briquet à amadou.
Depuis que M. Sauvage a inventé le compteur our le gaz, qui permet de mesurer exactement Ë quantité que l’on en consomme, je vous engage, si vous avez une vaste maison, à faire usage de ce mode d'éclairage, si brillant, si économique, et qui demande si peu de soin.
DE LA MAÎTRESSE DE MAISON, 17b