CHAPITRE XV
CnaAuUFFAGE.— PROVISIONS DE BOIS ET CHARBON.
ÉCONOMIES MAL ENTENDUES A ÉVITER. — MA- NIÈRE DE BIEN FAIRE LE FEU. — (ARDE-FEU.
— Divers MODES DE CHAUFFAGES. — Moyens D'ÉCARTER LA FUMÉE. — APPAREILS ÉCONO- MIQUES DE M. MILLET CONTRE LA FUMÉE. — RAMONAGES À LA PERCHE, AU FAGOT. — Jor- RINES. — Poërs-FourNeau. — MAniÈRE D’é- TEINDRE PROMPTEMENT LES FEUX DE CHEMINÉE,
Lorsqu'une maîtresse de maison néglige de veiller au chauffage et de le gouverner comme il faut, c’est une source de dépense et de désa: grémens. Le premier soin à prendre est celui des provisions de combustible : c’est aux mois de juillet et d'août qu’il convient de faire ces provisions, pour que le bois ait le temps de‘sécher. Prenez les deux tiers du bois nécessaire pour l'année, en bois neuf de chêne ou d’orme, un demi-tiers en bois de gravier ou flotté , et le reste en bois de hêtre cu de charme, qui brûle très vite, et sera toujours placé devant le feu. Il est bon aussi d’avoir un peu de fagot pour allumer pronnement Vous calculerez la quantité de
ois qu’exige le nombre de feux de votre maison, et vous en prendrez un peu plus qu’il n’en faut, parce que l'hiver peut être plus rude ou plus prolongé qu’à l’ordinaire; et qu'il est important de ne point se trouver à court, le bois et le transport augmentant de prix à l’époque des
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grands froids. Choisissez votre bois d’après la nature de votre chauffage; il va sans dire que pour des poêles, des cheminées dites à la prussienne , il doitêtre petit. Néanmoins, en cette circonstance même, vous pouvez prendre de gros boïs, qui fournit toujours beaucoup plus de chaleur ; maïs vous aurez alors soin de le faire fendre après qu’il sera scié, et avant d’être rangé, car rien n’est plus incommode que d’avoir de trop gros bois : il faut finir par le faire fendre ; c'est un embarras désagréable et, de pius, coûteux. Prévenez toute se de ce genre ; car en ménage les petites contrariétés, les légères dépenses, se répétant sans cesse, terminent par être un tourment et par produire une grosse somme: Faites donc ranger votre boïs séparément d’après ses diverses longueurs et grosseurs, afin que lorsqu'on voudra prendre une grosse bûche pour mettre au fond de la cheminée on ne soit point obligé d’en déranger six, et même plus.
Autant que vous le pourrez, ne faites point ranger votre bois à la cave : cela le maintient humide’, fatigue les domestiques, les force souvent à l'aller chercher avec de la lumière, quoique ce dernier inconvénient soit facile à éviter. Lorsqu’on habite Paris, des bouges , des cabinets noirs, d’autres dégagemens selon les localités; en province, des hangars, sont ce qu’il y a de mieux pour ranger le bois. Mais, relativement à ce dernier cas , si vous élevez de la volaille dans la cour où s'élèvent vos hangars , ayez soin qu'ils soient fermés d’une porte à claire-voie grossière , parce que les volailles, surtout les dindons, ont beaucoup de goût pour y aller percher, et les bûches sont toutes salies de leur fiente. Au reste, défquelque manière que vous fassiez ranger votre
bois, ayez, soit dans l’antichambre, soit dans les corridors, soit daus des cabinets voisins de chaque chambre à feu, des coffres que vous ferez remplir de bois , afin de pouvoir, aulbesoin ,
rendre votre bois vous-même, et de m'être pas obligé de sonner un domestique , el d'attendre à chaque büche dont vous aurez besoin.
Le fagot que vous emploierez sera ne et disposéen très petit tas, afin qu'on n’en brüle pas plus qu’il n’est nécessaire ; ce qui arrive lorsqu'il est trop allongé, surtout au feu dela cuisine. Pour allumer le feu des appartemens, il n’estrien de meilleur que des ferons, que l’on vend à raison de 2 fr. 5o cent. le grand sac. Le fagot n’est, à proprement parler, bon que pour les feux clairs qu’exigent les fritures, les étuvées, etc. Je vous conseille d’avoir pour cet objet du sarment, des copeaux, que les vignerons et menuisiers donnent à très vil prix.
Le charbon'est uu article de provision indispensable, important. Veillez à son choix, car souvent il est mêlé de fumerons. Prenez de celui de l'Yonne, réputé le meilleur; qu'il soit bien gros, sec, résonnant; placez-le au grenier, dans de grandes cajsses couvertes pour qu’il ne tombe rien dedans et pour que les chats n’aillent point le salir, ce qui produit ensuite une odeur'infecte en brûlant. Calculez ce qu’il faut de charbon par semaine à la cuisine, et donnez la portion hebdomadaire chaque lundi. Il est probable qu'une foule de circonstances (comme la nature de certains plats, quelques personnes à dîner, des bouillons, tisanes ; bains, de pieds .etc., à faire chaufler) vous mettront quelquefois dans la nécessité d'ajouter un supplément; mais ne Paccordez jamais sans connaître bien les motifs qui
le déterminent. |Calculez aussi le charbon nécessaire aux repassages, et distribuez-le de la même facon.
Dans le chauffage comme en toutes choses, il faut se défier des économies mal entendues.
Rangez sous cette dénomination l'emploi des bûches avec de largile mélangée de charbon de terre, ainsi que les briquettes de même composition : les premières se placent au fond de la cheminée avec une ou deux petites bûches de bois devant, et les secondes en guise de tisons lorsque le feu est allumé. On passe beaucoup de temps à faire prendre le feu; il s'éteint vite, et que soin qu’on en prenne, il ne donne point de chaleur. Le coke, charbon de terre qui a servi au gaz hydrogène, et qui, par conséquent, a perdu de son odeur et de sa chaleur, ne peut convenir qu'avec une cheminée garnie d’un gril spécial pour empêcher la fumée. L'usage de mélanger le coke avec le bois dans les cheminées ordinaires est une détestable invention. L'usage des mottes est encore une mauvaise économie, car ce combustible passe rapidement, produit de l'odeur. Du reste, on ne peut se servir de mottes dans une maison tant soit peu distinguée. La meilleure, la seule économie possible en ce genre, est peut-être dans la manière de préparer le feu, et surtout dans la construction des cheminées.
Pour qu'une cheminée reflette bien la chaleur, il importe qu’elle soit étroite dans le fond, élargie sur le devant, légèrement étroite et basse. D’après cette disposition , on fait scier pour le fond le plus gros Lois , et on y enterre bien une bûche, de manèire à ce qu'il n’y ait de découvert que le côté du devant. Afin d'avancer le feu.
de conserver la chaleur, et de rendre la combustion de cette grosse büûche plus lente, on donne de la consistance aux cendres, en les humectant d’eau journellement; alors elles deviennent tellement compactes, qu’au bout de quelque temps elles pourraient au besoin remplacer la grosse bûche. 11 y a une dixaine d’années que l’on se servait d’une bûche creuse en fonte que l’on remplissait de charbons ardens et couvrait de cendres ; elle remplacait la bûche du fond et donnait beaucoup de chaleur; mais son usage apportait un peu d’embarras. Au reste, la bâche du fond ne doit point se déranger ; on entretient le feu en renouvelant la bûche de devant. La première peut durer deux jours : lorsqu’elle forme deux gros tisons, on les croise en les recouvrant à demi de cendres.
Quoi qu’il en soit, quand la bûche du fond est bien enterrée, on place devant elle une autre bûche plus longue et moins grosse pour supporter les tisons » où une troisième bûche plus petite encore. Une barre de fer, placée transversalement, maintient le tout. Lorsque les bâches de devant ont formé des tisons, il est bon de se servir d’une sorte de trépied élégant pour les soutenir; car il est indispensable que l'air circule dans l’arrangement du bois. Le feu se place toujours par-dessus. Lors même que l’on n’adopterail pas la bonne habitude de lier les cendres, on doit en avoir abondamment, parce qu’elles conservent le feu et augmentent la chaleur ; bien entendu qu’elles seront contenues par le cendrier ou garde-cendres ; car rien n’est plus malpropre que de les laisser s'échapper du foyer.
Un petit meuble qui dé accompagner celui-ci est le garde-feu :il consiste en une sorte de petit
paravent de plusieurs. feuilles de,fer-blanc où de tissu métallique agréablement disposé, que l’on étale devant le feu lorsqu'on ne veut ‘point l’éteindre et qu'on'n’a à sortir qu'un instant. On est assuré alors qu'un tison roulant, des étincelles, etc., ne feront pas courir le risque de Sjà parlé.
mettre le feu à la maison. J’en ai dé
Tout.le monde sait qu'outre les cheminées ordinaires, on a les poëles et les cheminées portatives. Les premiers offrent beaucoup de variétés. Viennent d’abord les grands poêles, ordinairement carrés, à dessus de marbre.et à bouches de chaleur, que l’on peut placer dans la muraille, de manière à ce qu'ils chauffent deux chambres à la fois : ce sont les meilleurs et les plus beaux de tous. En les faisant chauffer ens tièrement à huit heures du matin, et ayant soin d'éviter les courans d'air, ils produisent une température douce jusqu'à trois heures de l’aprèsmidi environ; on les chauffe une seconde fois pour conserver cette tempé rature pendant le reste du jour. Les poêles de seconde qualité sont les poêles cylindriques à colonnes, sansbouches de chaleur. La troisième espèce sont les poêles à four, assez économiques, mais-qui-produisent de l'odeur lorsqu'on y fait éuire des viandes on des légumes , et qui, ne conservant point la chaleur, veulent être.entretenus presque continuellement, d'où il suit que leur chaleur est ardente , mal: saine, met la tête en feu et laïsse les pieds glacés (ce qui est si contraire aux plus importantes lois de l’hygiène). Je ne parle point des poêles de fonte, qui ont ces inconvéniens au plus haut degré. 3
Depuis peu de temps on fait usage, chez les commercçans , des poêles à pompe. Ces poêles
n’ont ni tuyau ni colonnes ; la fumée s'échappe
ar des conduits souterrains, et pour les allumer il faut faire du feu dans une chambre correspondante. La pose en est coûteuse (un poêle assez grand coûte 5oo francs tout posé) et lemploi assujettissant; mais comme il n’y a jamais un atôme de fumée, c’est d’un avantage inappréciable pour les marchands.
Afin de ne rien omettre, je ferai mention des poêles à braise, sorte de réchaud de faïence en forme d’urne, roulant à volonté, et fait pour recevoir de la braise de boulanger enflammée. C’est non seulement un chau#age malsain , mais fort dangereux.
Autant que vous le pourrez, préférez les cheminées à la prussienne ; elles réunissent les avantages particuliers des cheminées ordinaires et des poëles : en les ouvrant, on a le chauffage des premières, on voit le feu, on peut y faire chauffer diverses cafetières (ce qui les rend propres à être mises dans une chambre de malade); en les fermant, on a le chauffage des seconds. Les prix en sont très variés : il y en a depuis 30 jusqu’à 200 francs.
La tenue des chambres, l'habitude de fermer constamment les portes, le soin d’avoir de grossiers paillassons en dehors de la porte, une natte de jonc en dedans, entre la porte de l’appartement, et une porte tombante bien rembourrée, des tapis plus ou moins beaux, il n'importe, contribuent extrêmement à préserver du froid, de l’hemidité, et entretiennent le bien-être à peu de frais. La maîtresse de maison ne négligera point ces accessoires; mais elle prendra garde surtout, et avant toutes choses, à se garantir de la fumée, car c’est un supplice, un dégât,
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