‹ Manuel complet de la maitresse de maison et de la parfaite ménagère, ou Guide pratique pour la gestion d'une maison à la ville et à la campagne, contenant les moyens d'y maintenir le bon ordre et d'y établir l'abondance. Par Mme Gacon-Dufour. Seconde édition, mise dans un nouvel ordre et très augmentéeChapitre 18 sur 28 · NETTOYAGES, — RÉPARATIONS DES OBJETS · texte numérisé non relu

NETTOYAGES, — RÉPARATIONS DES OBJETS

Ce n’est point encore assez de faire chaque jour, comme on dit, le rnénage, c’est-à-dire de balayer partout, de frotter, d'épousseter les meubles et les différens objets du mobilier; il faut encore que chaque semaine, chaque mois, chaque année aient lieu des nettoyages particuliers.

Chaque semaine , la maîtresse fixera un jour quelconque, le samedi et le lundi, pour le nettoyage hebdomadaire. Ce jour-là, on mettra sur les parquets et les meubles d’acajou, de merisier, uoyer, etc. , le mélange de cire blanche et d’esseuce de térébenthine dont j'ai donné la recette dans le Manuel d'Economie domestique , mélange qui s'obtient en faisant fondre de la cire blanche, eten y ajoutant de l'essence lorsqu'elle est fondue, On frottera bien ensuite avec une brosse dure, puis un chiffon de laine. On nettoiera les glaces avec un mouet de cendre fine. On passera et repassera sur les plafonds et les murailles une téte de loup, c’est-à-dire un araignoir en crin, de forme ronde. Les garde-cendres seront bien lavés avec un mélange de tripoli (poudre qui se vend chez tous les quincailliers) et de vin chaud, que l’on aura recueilli toute la semaine dans les verres : ces restes de verre, que Von jette ordinairement , et qui sont abondansles jours où l’on a du monde, sont très propres à cet emploi, ou à donner aux animaux. Les peiles

pincettes et autres objets en fer poli doivent être passés au papier à dérouiller , quise vend aussi un ou deux sous la feuille chez les quincailliers. Il y en a de toutes grosseurs. Les verres, les carafes, que chaque jour on frotte avec un linge blanc, et qu’on passe à l’eau fraîche, sont, ce jour-là , nettoyés avec du papier gris ou du papier à sucre, que l’on ramasse à cet effet. Les tapis , les sparteries sont battus ; les lambeaux et autres objets de cuivre sont passés au éripoli sec ou à la terre pourrie.

Chaque mois. Aux neltoyages de la semaine, on ajoute ceux-ci : battre les fauteuils et les chaïses hors des chambres ; nettoyer les vitres, les verres bombés des pendules, des vases, etc., avec de l’eau-de-vie ou du vinaigre étendus d’eau. Passer au blanc d'Espagne l’argenterie, les flambeaux d’argent ; nettoyer les cristaux de la même manière ou avec du papier grisbien mouillé , formant une pâle dont on enduit les objets. Partout où il y a des ciselures et des moulures, il faut brosser, afin de bien pénétrer dans les interstices, et d’empécher le blanc ou la pâte de papier d’y séjourner.

On donne aussi le poli aux marbres au moyen d’un peu d’huile d'olive étendue avec une brosse destinée à cet usage, et en essuyant ensuite fortement avec des chiffons. L'emploi de la pommade préparée avec de la cire et de la térébenthine est préférable, Les corbeilles, paniers délicats, en osier, sont savonnés dans plusieurs eaux auxquelles on ajoute un peu d’eau de javelle. On dérange la vaisselle pour bien nettoyer l’intérieur du buffet, et ôter les miettes de pain que l'on ne doit point laisser perdre Si l’on a de la volaille, des lapins, on les leur donnera dans du

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190 MANUEN, son: :, dans le cas contraire, on les pilera pour obtenir une poudre grossière, bonne pour saupoudrer l’écriture des domestiques.

Chaque année. Le changement des saisons exige encore un soin particulier des appartemens. A l'époque où l’on cesse de faire du feu (dans les environs de Pâques), et à celle où on commence à en allumer (ordinairement à la mi-octobre, environ), il faut faire blanchir les housses de fauteuils , les rideaux de fenêtre et de lit. Si ces rideaux n'étaient pas d’étoffe qui se blanchit, il faudrait du moins les ôter des tringles, pour les bien secouer à deux, en plein air, et les frotter avec une étoffe de Jaine en plusieurs doubles, afin d’en ôter la poussière, et d’en conserver le brillant. On avise aussi au moyen d’enlever les taches s’il s’en trouve On peut se dispenser de détendre les draperies; mais il importe aussi de les secouer avec la tête de loup. Il est indispensable de choisir un beau jour pour cette opération.

Comme il est bien plus fréquent de rencontrer des appartemens tendus de percale, jouy ou mousseliñe, je vais entretenir spécialement la maïtresse de maison de ce qu’elle doit faire pour ces deux blanchissages d'automne et de printemps. Si les draperies sont d'étoffle de couleur , elle n'aura qu'à remettre les rideaux dans leurs tringles, au retour du blanchissage ; sinon , il lui faudra découdre tous les plis des draperies, parce que cette partie se blanchirait mal, formerait de faux plis désagréables, et ne draperait pas comme il faut. Appeler toujours un tapissier, est à la fois assujettissant et coûteux ; elle s’exercera donc à replacer ses draperies sans son secours. Pour cela, si elle manque de goût, ou plutôt d’habi-

tude, avant de livrer les morceaux au blanchissage, elle en comptera les plis et mesurera les largeurs que présentent les diverses pièces, quand elles sont en place. Elle conservera ces notes pour les consulter après le blanchissage, remettra exactement les choses eu état , les fixera avec des épingles dites à fapissier, épingles courtes et très grosses, qui sont à moitié clous, mais qui, pointues, ne peuvent déchirer, La ménagère n'aura pas pris ce soin trois fois, qu'elle n’aura plus besoin de préparer des notes.

Tandis que l’on blanchit, il est désagréable d’être dans une chambre entièrement dégarnie, et l’habitude d’avoir des rideaux nuit alors au sommeil. Ayez des rideaux provisoires, en calicot extrémement commun, et de peu de durée, qui ne serviront qu'à cet objet. Avant de remettre Îles rideaux et draperies, nettoyez à fond tout l’appartement : il faut ordinairement un jour entier. S'il vous faut réparer quelque chose au papier de l'appartement , l’occasion est favorable; il sera bien aussi de choïsir-cette époque pour faire rebattre celui des matelas de chaque lit qui n'aura point été battu l’année précédente. Les couvertures de laine et de coton doivent être secouées à plusieurs personnes, au grand air, ‘ét lavées s’il s’y rencontre des taches. Ne souffrez jamais que l’on se serve, pour repasser, des couvertures de lits. Une fois par an; réparez ou faites réparer les taches et écaillures des meubles.

J'ai donné force détails pour faire régner une propreté pleine d'économie et d'agrément chez la maîtresse de maison ; il s’agit maintenant de compléter à cet égard mes instructions, en lui indiquant le moyen de conserver et réparer plusieurs objets exposés à la casse ou x la détérioration.

Mais avant tout, et pour n'avoir point à donner des leçons inutiles , je l’engage fortement à s’abstenir d’avoir des animaux, car il est impossible de rien conserver de propre avec eux, à moins que de les tenir dans une contrainte qui les rend malheureux et leur ôte toute leur gentillesse, ou de les veiller sans relâche, et encore n’y parvient-on pas. C’est se donner gratuitement un ennuyeux assujettissement, se préparer des impatiences , fournir aux domestiques un prétexte de malpropreté, s’astreindre à une dépense journalière, qui à la fin de l’année ne laisse pas d’avoir son importance, et enfin, habituer les enfans à la tyrannie ou à l'envie. À moins donc que son mari ne le désire (ce qui n’est guère probable}, Ja maîtresse de maison n’aura donc ni oiseaux, ni chien, ni chat surtout, à moins qu’elle n’habite la campagne.

Le premier soin qu'il convient de prendre pour empêcher la détérioration des effets, et plus encore celle de votre santé, c’est d’éloigner l’humidité de votre habitation. Vous y parviendrez, 1°, en choisissant un logement exposé au sud; 2°. en faisant, si besoin est, appliquer sur les murailles du poussier de charbon; 3°. en garnissant bien votre palier et votre antichambre, ou entrée intérieure du logis, de sparteries. La première sera un grand tapis de paille tressée, qu'il faudra faire sécher lorsqu'il sera trop humide, et laver lorsqu'il sera trop boueux : aussi convient-il d’en avoir un ou deux de rechange ; Pautre sera en jonc : moins exposé que le précédent, il demande moins de soins ; toutefois il est bon de lui donner un soutien.

Tenez-vous aussi en garde contre la chaleur,

; 5 ; et le soleil trop ardent , car les draperies, le pa-

ier de tenture perdent leurs-couleurs, les meu- Bles s’écaillent et l'appartement enter se ternit. Je ne saurais trop vous recommander d’avoir des jalousies, qu'il est facile de réparer soi-même, en remettant exactement des morceaux de ruban de fil écru aux morceaux usés du léger suspensoire des plancheties. Si les jalousies vous semblaient trop chères (elles coûtent 30 francs environ, étant neuves), et que vous ne vouliez pas en mettre dans votre chambre, ou du moins dans celles des enfans et des bonnes, remplacezles par des rideaux en percaline verte, sans plis, placés à l'extérieur, et terminés par un rouleau de bois noir, comme les cartes géographiques. On les fixe à l’autre extrémité, au moyen d’une tringle dont les bouts entrent dans des pitons. Cette extrémité du rideau est tenue fixément sur la longueur de la tringle. Ces jalousies économiques, dont j'ai fait avantageusement usage, produisent une fraîcheur et un demi-jour analogue à celui des véritables jalousies. Pour les ôter, on les enlève des pitons , et on les roule dans un coin de l'appartement ; mais il serait facile de se dispenser de cetassujettissement, en les relevant par des doubles cordes passées dans une double rangée de trous latéraux.

Un soin important à prendre c’est de préserver les meubles en laine des vers. En battant et frottant très souvent les fauteuils, canapés , causeuses, en les changeant de place, en plaçant sous leurs coussins de la menthe et autres herbes aromatiques, enfin , en veillant à leur fabrication, on n’a rien à redouter de ces insectes destructeurs. Quant au dernier point, il faut veiller à ce que le tapissier enduise légèrement , avec üne brosse, la contre-toile et les sangles d’encau-

stique préparé avec de la cire jaune et de la térébenthine, dans lequel on fait aussi dissoudre un peu de camphre.

Les souris sont des ennemis non moins nuisibles; mais une souricière, quelques feuilles de menthe placées sur les objets de leur friandise, des petits morceaux d’éponge usée , humectés d’eau gommée et roulés dans du sucre en poudre, de petites boulettes de noix ct de verre pilés suffisent pour vous en délivrer en peu de jours sans le secours d’un chat.

Il n’est pas rare de voir des cordons de fourmis aboutir d’un jardin dans le buffet ou l'office , et pénétrer dans le sucrier , les pots de confitures, ce qui est importun et dégoûtant. Mettez du tabac à fumer en petits morceaux, et vous en serez promptement débarrassé. On dit que ce procédé est encore fort bon pour écarter les puces.

Aux moyens de préservation et de conservation ajoutons ceux de réparation. D'abord les {aches, soit simples, soit composées , que je vous engage à enlever de suite au savonnage, cé qui réussit presque toujours quand la tache est récente, ou du moins l’affaiblit tellement qu’elle cède ensuite avec/la plus grande facilité. Les détails étendus que j'ai donnés à ce sujet dans les Manuels des Demoisellesetde l'£Economie domestique me dispensent d'y revenir. Je dirat seulement qu’un moyen excellent pour enlever les 1aches de rouille et d'encre, c’est de faire dissoudre sur le feu du sel d’oseille dans une cuiller d’étain remplie d’eau : on verse quelques gouttes de’cette dissoltion sur Ja tache, qui disparaît aussitôt complétement. J’en fais journellément lexpérience.

Les objets décollés. Ne souffrez jamais des bot-

DE LA MAÎTRESSE DE MAISON. 195 Les, cartons et autres articles de cegenredécollés : faites-les promptement recoudre proprement avec de gros fil, et recouvrir de papier collé. La colle suivante vous sera à cet égard d’une grande utilité.

Colle pour réparer les cartonnages.

Délayez de la farine de riz avez de l’eau froide, puis faites-la ensuite chauffer et bouillir jusqu’à ce qu’elle forme une pâte claire et blanche. A. la Chine et au Japon on ne se sert pas d’autre colle. La maîtresse de maison l’emploiera pour réparer, pour préparer même de petites boîtes en cartonnage, des registres, des cartons à robes et chapeaux. Elle pourra lui donner la consistance du plâtre, et en faire de petits bustes, des vases, des bas-reliefs, si elle a du goût pour le dessin. C’est un amusement dont elle devra tirer parti pour occuper ses enfans.

Les objets cassés. C’est une des tribulations ordinaires en ménage, à laquelle on ne peut remédier en partie que par l'industrie et la patience, mais que le bon ordre et-le goût de l’arrangement préviennent aux trois quarts. Ne faites point. payer à vos domestiques ce qu'ils cassent, car rien ne les rend plus impertinens : si vous/le pouvez, ne vous fàchez point , afin que votre douceur les rende plus soigneux; remplacez promptement l’objet cassé, et faites-leur voir que vous vous imposez des privations. Pour peu qu’ils aient d’attacherment pour vous, cette conduite les fera veiller avec un soin minutieux et sévère à ne plus renouveler le dégät. Ne vous servez jamais d'objets cassés, car c’est le signe du désordre, et cela seul suffirait pour rendre vos domes-

tiques négligens. Ne faites brider, c’est-à-dire raccommoder avec un fil de fer, que la vaisselle de terre, encore lorsqu'il s’agit de grands vases, comme terrines , qui coûtent assez à remplacer ; autrement rejetez ce racommodage , qui ne joint jamais parfaitement, paraît toujours, et produit des protubérances qui déchirent les mains. Quand le vase cassé est en faïence fine, que le morceau détaché peut se rejoindre aisément, et que ce vase ne doit pas contenir de choses trop chaudes, on peut employer la colle forte pure ou mélangée detale. J’ai fait ainsi tenir solidement pendant quatre ans une tasse de porcelaine cassée; mais ce procédé ne réussit pas toujours , et le suivant est immanquable.

Ciment pour réparer les objets cassés en porcelaine, verre, cristal.

À une once de mastic dissout dans une quantité suffisante d'esprit de vin très rectifié, la maîtresse de maison pourra ajouter une once de colle de poisson, d'abord tout-à-fait amollie dans de l’eau, puis dissoute dans du rhum ou de l’eau-de-vie, jusqu’à ce qu’elle forme une forte gelée, à laquelle elle ajoutera un quart d’once de gomme ammoniaquebien pulvérisée.

Elle exposera ces deux substances dans un vase de terre à une chaleur douce, et quand elles seront bien mélangées, elle les versera dans une fiole parfaitement bouchée.

Quand quelque objet sera cassé, elle mettra la fiole dans de l’eau chaude, et fera chaufler les morceaux cassés ; elle les enduira ensuite du ciment, et après avoir collé avec soin les surfaces cassées , elle les laissera en contact très serré,

pendant douze heures au moins, jusqu’à ce que le ciment soit bien pris. La place cassée sera, après ce temps, complétement solide, et l’on ne pourra l’apercevoir.

Manière de préserver les ustensiles de cuivre du vert-de-gris.

Les ustensiles de cuivre dont où ne se sert que passägèrement , tels que les bassines , les poêles à confitures, les chaudrons à cuire les herbes , etc., se couvrent de vert-de-gris, que l’on n’ôte qu'à force d’écurage, ce qui use beaucoup plus que l'emploi des vaisseaux, fait perdre beaucoup plus de temps et donne beaucoup de peine. Voici le moyen d’obvier à ces inconvéniens :

Les ustensiles encore chauds, lavez-les avec une grosse éponge, et quand ils ne sont plus que tièdes, éténdez sur toute la surface un encollage de fécule de pomme de terre délayée dans de l’eau : elle a dû être cuite un moment pour devenir à état de colle, Appliquée sur le cuivre, elle s’y sèche, et prévient parfaitement le vertde-gris.

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