CHAPITRE XVII
Du ziINGE. — PROYISIONS DE LINGE. — MANIÈRE DE LE RANGER, DE L'ENTRETENIR , DE LE DIS- TRIBUER. — BLANCRISSAGE. — ÉCHANGEAGE. — LESSIVE. — SAVONNAGES. — REPASSAGES. — SOIN DES BAS.
La fortune apporte sans doute une différence dans le choix et le nombre du linge, mais aucune dans son bon ordre et son entretien. Ainsi, les personnes riches ont des draps de toile de Cretonne dans les belles qualités, à 5 et 6 francs l’aune, ce qui leur fait revenir uve paire de draps de 55 à go francs ; elles ont des services de cérémonie damassés de Flandre, de Hollande et de Saxe, qui varient suivant la quantité de serviettes qui les composent et la grandeur des nappes, surtout suivant la finesse du tissu et la délicatesse du travail. Les moindres, composés de vingt-quatre serviettes, d’une nappe et son napperon, qui s’ôte pour le service du dessert, coûtent 200 à 250 francs. Outre ce prix élevé, ce linge a un autre inconvénient : chaque fois qu'on le fait blanchir il faut l'envoyer à la calandre, ce qui est assujettissant et onéreux. En Hollande et en Flandre, où se fabrique ce linge, il n’y a pas de maison où il n’y ait un cylindre qui repasse non seulement le linge de table , mais aussi le linge de lit et de corps. Les gens moins fortunés ont des draps de toile de Courtrai, de Guibert, d’Alencon, de Bretagne, d'Auvergne,
qui sont moins chères de moitié que celle de Cretonne , et remplissent le même objer. Ils se servent de linge de table de France, de serviettes unies à liteaux bleus ; les ‘plus belles coûtent 45 francs la douzaine , et la nappe pareïlié, de douze couverts , de 25 à 45 francs. Les serviettes damassées en coton, et généralement le linge de colon, qui est à très bas prix, s’emploient dans beaticowp de ménages. Mais, quel que soit lechoïix que l’on fasse en linge, on doit toujours veiller avec le plus grand soin à sa conservation.
Voici les conseils que je crois devoir donner à la maîtresse de maison : qu’elle n'ait ni trop, ni pas assez de linge. Trop, il jaunit sans servir, encombre inutilement des armoires , et c’est de Fargent inerte qui pourrait avoir un produit avantageux. Pas assez est peut-être pis encore : on n’a pas le temps de l’arranger, de le raccommoder convenablement ; la nécessité des autres dépenses fait ajourner celle-ci; le linge s’altère de plus en plus, s’use bientôt tout-à-fait : il faut des frais extraordinaires pour le renouveler. Si on ne le peut, l'esprit de désordre s’introduit dans la maison. À Paris, six paires de draps et douze taies d'oreiller par chaque lit de maître, quatre paires de draps pour chaque lit de"domestique , sont suffisantes, parce qu’on manque de grenier pour tenir le linge sale à l'air. Dans la province, on peut avoir un tiers ou le double de plus : douze douzaines de serviettes ordinaires et leurs nappes pour le courant; quatre ou six douzaines de plus belle qualité et leurs nappes pour les jours où l’on recoit; six douzaines de serviettes de toilette (les ouvrées sont préférables pourcet usage , non seulement parce qu’elles sont plus douces , mais aussi parce qu'étant mises à
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part, à mesure qu’elles s’usent, elles servent en vas de maladie; trois douzaines de serviettes solides et communes pour les repas des domestiques, et six nappes ; deux douzaines de tabliers à plis et à poches de toile blanche pour la cuisinière ; quatre douzaines de tabliers à cordon de toile écrue, pour préserver le tablier blanc, qui doit toujours être propre, soit lorsque cette cuisinière sort pour faire ses provisions, soit lorsqu’elle est appelée pour recevoir quelques ordres, soit, enfin, lorsqu’après son ouvrage elle fait quelque travail d’aiguille ; six douzaines de torchons de toile écrue qui, à mesure qu'ils vieillissent, doivent servir à éssuyer la vaisselle, l’argenterie et les meubles; douze tabliers de femme de chambre et douze pour le domestique (si la fortune permet d’en avoir). Voilà ce qui suffit très amplement à une maison bien montée.
Je conseille à la maîtresse de maison d’avoir une partie de son linge de corps, de lit et de table en coton. Indépendämment du bon marché, il est bien pendant l'hiver d’avoir des draps et des chemises de calicot (ou plutôt de madapo- Jam, sorte de calicot renforcé), ce linge étant plus doux et plus chaud. Quant au linge de table, cette raison ne peut exister; mais si l’on veut varier, et avoir des nappes et serviettes damassées , il est facile de s’en procurer à bon compte, la douzaine de serviettes , la nappeet le napperon, se donnant pour 30 à 40 francs. Ce linge est d’un très beau blanc et de belle apparence, mais peu distingué, à raison du bas prix; on peut s’en servir en famille. Beaucoup de personnes le dédaignent parce qu’il est plucheux, et lui préfèrent des serviettes de madapolam , coupées à la pièce. Ces serviettes, à bon marché aussi, sont très
avantageuses et de beaucoup de durée. On peut en faire de très bonnes serviettes de toilette. Pour tout le reste du linge, les tabliers de femme de chambre exceptés, il faut toujours avoir de la toile, le coton n'étant pas assez fort pour résister à l’usage du service et de la cuisine.
Numérotez tout votre linge par douzaine, audessous des lettres initiales de votre nom, égalemeut en coton rouge. Au-dessous des numéros, depuis 1 jusqu’à 12, qu'ilse trouve, pour la première douzaine, 1°°, pour la seconde, 2°, ainsi de suite. Attachez chaque douzaine ensemble avec un ruban de fil.de couleur, qui portera sur une étiquette le numéro de la douzaine. Mettez tous les replis des draps, des serviettes, les uns dessus les autres sans interruption, et du côté de l'ouverture de l'armoire, afin que l’on puisse enlever chaque pièce sans désordre et difficulté. Placez les douzaines de serviettes dans l’ordre de leurs numéros, puis étendez sur tout le linge, dans chaque rayon, une nappe ou aulre linge usé qui empêche l'air et la poussière de pénétrer. Rangez tout votre linge dans cet ordre, que le blanchissage ne doit jamais interrompre. Éloignez le de toute humidité, et pour cela, autant que possible , ne le placez point au rez-de-chaussée. Mettez le linge de table dans un endroit, celui de lit dans un autre, et enfin le linge de corps dans un autre; le linge de service.sera aussi rangé à part. Les armoires doivent être placées auprès de votre chambre , et préférablement dans la chambre du repassage, dont je parlerai bientôt : on peut cependant se prêter aux localités ; mais une chose indispensable, c’est de placer le linge à votre usage, ainsi que vos vêtemens, le linge et les habits de votre mari, de vos enfans, à portée
de la chambre de chacun. Cette seule précaution épargne beaucoup de perte de temps, de confusion et d’epnui.
L'entretien du linge consiste à le raccommoder et à le remplacer: Pour le premier point, il faut, après l’échangeage du linge, le faire regarder. à contre-jour, et repriser tout ce qu'il y aura de mauvais. Le même soin devra être pris en mettant le linge ex presse; et, de cette manière, il ne-s’échappera pas un seul trou. Au bout d’un certain temps, c’est-à-dire quand le milieu des draps commencera à s’user, vous les rétourneres, c'est-à-dire vous découdrez la couture, dont les deux morceaux réunis formeront alors les parties latérales du drap, et vous coudrez les deux anciennes parties latérales, qui se trouveront faire le centre. Les tabliers de cuisine à plis seront retournés de même, mais après qu’on en aura mis le bas en haut. On change éslemihs le haut en bas des tabliers ou ja pie à cordons, le bas étant toujours à peu près neuf quand l’autre extrémité est usée. Quand les draps deviennent mauvais , 4l faut faire des serviettes ou des chemises d'enfant avec les quatre coirs, qui sont toujours bons, et garder le centre pour faire des essuie-pieds , essuie-rasoirs,, linge de réserve en cas de maladie. :
Tout le linge en général, et principalement les serviettes, doit être long-temps reprisé avec soin; mais il arrive un certain point où il n’est plus susceptible d’être raccommodé; alors le temps énorme qu’on emploie à sa réparation est un temps perdu. Quand le linge est ce que l’on appelle élimé, choisissez ce qu'il peut y avoir de bon dans les coins pour l'usage de. vos enfans, pour mettre des pièces à celui qu'on peut rac-
commoder encore, et que le reste soit en réserve pour les cas de maladies. IL est inutile, je
ense, d’insister sur ce point : chacun voit combien il est ennuyeusement onéreux d'employer beaucoup de temps, de payer de nombreuses journées d'ouvrières pour raccommoder du linge qui revient du premier blanchissage tout aussi mauvais qu'avant d’y aller. Voila, s’il en fût jamais, une économie mal entendue.
À mesure que vous mettrez du linge à la réforme, et même dès qu’il faudra le repriser, y poser des pièces, vous en tiendrez note, et vous songerez à le remplacer : tous les trois ans il vous faudra acheter deux paires de draps de maître, une de domestique, une douzaine de serviettes, et seulement 6‘torchons , quoique le linge de service s’use Res plus que l’autre, parce que dans les oBfets.mis à la réforme, surtout dans les draps et nappes de domestiques, dans les tabliers à plis, vous ne manquerez pas d’én trouver. Il faudra que votre cuisinière raccommode les anciens torchons, et contribue à ourler les nouveaux. Un état détaillé du linge, qui en marque le nombre, les diverses qualités, la date, le degré de bonté et d'usage, doit se trouver dans chaque armoire , et se vérifier tous les trois mois. Grâce à cette habitude, vous saurez à point nommé la quantité de linge qui s'approche plus ou moins de la réforme.
Chaque semaine, soit le samedi soir ou le dimanche matin, et toujours aux mêmes heures, car il importe d'apporter beaucoup de régularité dans toutes vos opérations , vous donnerez à la femme de chambre, si vous en avez, ou à la bonne, si vous n'avez qu'ane seule domestique, lës serviettes, la nappe, les torchons et tabliers
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de la semaine ; pour que votre vaisselle soit tenue proprement, ainsi que les autres objets de la cuisine, il faut au moins trois bons torchons par semaine et quelques uns en chiffons. Vous donnerez aussi les torchons usés ou chiffons pour la lampe, les essuie- mains, le linge de corps des enfans , les serviettes de toilette; mais il en faut ordinairement au moins deux pour huit jours. Chaque mois vous distribuerez les draps. À chaque fois que vous ferez cette distribution, vous remettrez bien le linge qui recouvre chaque rayon, et vous prendrez garde à ne pas déranger l’arrangement ordinaire.
Le blanchissage est un article qui demande toute l’attention de la maîtresse de maison. On le distingue en savonnages et en lessives : les premiers comprennent tous les objets fins, tels que bonnets, fichus, #ouchoirs de batiste, robes de mousseline, percale ou de couleur ; les jupes même et les bas doivent être compris dans les savonnages , parce que la ménagère aura soin d'en changer très souvent et de ies salir fort peu; mais, après trois à qualre savonnages, ces divers objets doivent être mis à la lessive.
Tous les lundis, faites échanger votre linge sale, c’est-à-dire passer à l’eau froide en été et tiède en hiver; qu'il soit trempé environ une demi-heure, battu, frotté, puis étendu sur des cordeaux qui doivent se trouver à demeure dans le grenier (il va sans dire qu’en cas de fortes gelées on se dispense de cette opération). À mesure que le linge sèche, on l’enlève du cordeau, et on le met dans des armoires communes, en tas, selon son espèce, de manière qu’à l'instant de Ja lessive on est dispensé de je trier. Je ne saurais trop recommander cette pratique, qui
arrête l’action de la crasse, l'empêche de pénétrer le tissu du linge, de le jaunir, et par conséquent de l’user. Les lessives alors n’ont pas besoin d’être fortes ; le savonnage’ demande peu de frottement, et on n’a point à faire précéder la lessive d’un savonnage général, comme cela se pratique avec raison dans les endroits où l’on n’a pas l'habitude d’échanger le linge. Qui ne voit du premier coup d'œil tout l'avantage de cette Hébiode }
La maîtresse de maison veillera à ce que son linge soil trié, compté, pour être mis à la lessive; elle mettra un peu de racine d'iris dans le cuvier, cà et là quelques morceaux, pour donner une légère odeur de violette au linge ; elle pourra même couvrir la cendre d'herbes odoriférantes. :
Lorsque le linge est entassé dans le cuvier, l’on coule à froid, sans y mettre de cendre, pendant
, huit ou dix heures ; ensuite l’on jette l’eau qui a servi à ce premier coulage.
Le soir, on couvre le cuvier de cendre, que l’on imbibe légèrement, afin que le linge ne s’échauffe point et ne prenne aucune mauvaise odeur.
Le lendemain, de grand matin, l’on couvre la cendre d'herbes odoriférantes, et l’on commence à échauffer la lessive par gradation, l’espace de dix ou douze heures ; ensuite on bouche le cuvier et on le couvre, afin que la chaleur reste concentrée.
Quand du linge est ainsi lessivé, il faut, je le répète, beaucoup moins de savon pour le laver, et le linge , n'ayant pas besoin d’être trop frotté, est beaucoup plus ménagé.
Ne vous servez point de bleu en liqueur pour passer le linge au bleu ; ayezde l'indigo en pierre,
ou plutôt préparez-en d’après les excellentes recettes pour lesquelles leurs auteurs ont obtenu des brevets d'invention , recettes que j'ai insérées dans le Manuel d'Economie domestique.
(L'indigo en morceaux tache souvent.) Pour sécher et plier le linge, il existe deux manières : je vais les indiquer succinctement.
La première consiste à rendre le linge ferme et tendu comme si on l'avait légèrement empesé. Pour y parvenir, dès que les draps, nappes et serviettes ont été tordus, et que toute l’eau en a‘été extraile, on les plie en long comme ils doivent toujours être, et on les met sécher sur le cordeau ; lorsqu'ils sont à moitié secs, on les tire bien ; tout-àh-fait secs, on les étend sur une table, on en égalise les morceaux repliés, on passe et repasse les mains étendues dessus, et l’on termine par les pliertransversalement comme de coutume. Cet usage a, selon moi, un grave inconvénient, c’est de rendre le linge désagréablement dur, si peu qu'il soit neuf et gros, puis, en outre, de er beaucoup de soir et de temps. Je lui préfère cette seconde méthode.
Mettre sécher le linge de table et de lit comme à l'ordinaire , le lever aux trois quarts sec, le plier en long, le trier en superposant Pure sur l’autre les choses semblables ; les étendre ensuite pliées dans leur longueur sur une table de repassage, et achever de les plier en leur donnant un coup de fer. C’est ainsi qu’en usent les blanchisseuses des environs de Paris, et ce léger repassage donne vingt fois moins de peine que toutes les opérations précédentes. Pour les serviettes très communes , les draps de domestiques, les torchons , on 5e contente de les bien détirer et de les plier quand ils sont entièrement secs: Le
DE LA MAÎTRÉSSE DE MAISON. 207 reste! du linge doit être mis ex presse, c’est-àdire plié carrément, étant encore humide, et mis en tas ou paquets de chaque espèce, bien enve- Joppés d’un torchon mouillé, si on veut le repasser de suite, et d’un torchon sec, s'il faut attendre quelques jours. Le retard est à éviter antant que possible, parce qu’alors il faut de nouveau humecter le linge, qui n’est jamais si bien préparé au repassage par cette seconde opération que par la première. On y emploie, du reste, beaucoup de temps.
Tout en levant de dessus les cordeaux le linge échangé et séché, vos domestiques trieront celui du savonnage, afin de n'avoir pas à y revenir. Faites en sorte de régulariser les savonnages et de les fixer à chaque mois, en-prenant de préférence les jours où vous dinerezen ville, afin que vos domestiques aïent plus de temps. {l est important d’avoir en provision des briques de savon qui, coupées par morceaux chacun d’une livre, se sèchent et en deviennent beaucoup plus profitables. Le savon frais se détrempe trop facilement , et la consommation qu'il faut en faire est du double au moins. J’engage donc fortement la maîtresse de maison à faire la provision d’un an, et de la renouveler tous les six mois, afin d’avoir toujours six mois d'avance. Le savon de Marseille est le. meilleur de tous. Il est marbré d’un gris bleu, et coûte de 20 à 25 sous la livre. Ayez aussi votre provision d’indigo en boules préparées, d’amidon, le tout rangé avec soin dans des caisses, dans une grande armoire attenante à la chambre de réserve pour le repassage (dont je vais vous entretenir). À défaut de cette armoire, que ces provisions de blanchissage soient rangées dans un cabinet de planches,
au grenier ou une mansarde bien sèche et bien close, qui vous servira aussi à contenir les autres provisions d’épicerie, comme riz, vermicelle, sel, poivre, assaisonnemens divers, semoule, farines potagères de M. Duvergier, haricots, lentilles, etc.
Tout le monde connaît la manière de savonner, et, du reste, j'en ai donné quelques lecons dans le Manuel d'Economie domestique. Je me bornerai donc à dire aujourd’hui que lorsqu'on a coupé de petits morceaux de savon dans la seconde eau de savonnage, il faut, avant d’y plonger le linge déjà préalablement décrassé, y mettre de l'indigo, le faire bouillir, y plonger le linge, le laisser bouillir ; quand la première ébullition a fondu entièrement le savon coupé, un quart d'heure environ écoulé, ôter la terrine du fourneau , faire refroidir, laisser le linge dans cette eau douze à quinze heures, le bien frotter ensuite, le rincer à l’eau froide et l’étendre. Madame Pariset (x) dit qu’elle a eu une femme de chambre, excellente blanchisseuse, qui remplacait cette seconde eau-par de l’eau froide de rivière, à la quelle on ajoutait, par seau, un verre d'eau de javelle ; qu’elle laissait tremper le linge dans cette au un quart d'heure, en É remuant deux ou trois fois ; elle le retirait ensuite, le tordait, puis le plongeait dans une autre eau de rivière froide dans laquelle elle Pagitait un peu ; elle terminait par le retordre et le passer à l’eau d’indigo. Cette méthode économise le savon et le feu , mais elle est dangereuse, parce que l’eau de javelle mal mesurée, les verres qu'on doit en
(x) Lettres sur l'Economie domestique.
mettre mal comptés, ou quelques minutes de plus d'immersion, peuvent brûler le linge et causer une perte considérable. Madame Pariset en fait l’obseryation.
Il sera bon d’avoir une chambre particulière pour faire sécher vos savonnages, en cas que vous n'ayez pas de grenier A six pieds environ du sol, afin qu'on y puisse circuler librement, des” cordeaux de crin doivent être tendus en divers sens dans cette chambre. Ce genre de cordes est préférable, en ce que le linge n’y est jamais taché ni sai; du reste, chaque fois que l'on étendra du linge, on les essuiera par prudence, L'été, vous laisserez les fenêtres ouvertes pour faire sécher; mais l'hiver, au temps du grand froid, vous y ferez du feu , parce que d’abord le linge qui sèche promptement est plus blanc ; et qu'ensuite il faut éviter avec soin qu'il ue gèle. Il devient alors d’une roideur extrême, et dès qu’on le touche on risque de le déchirer fortement. Dans le milieu de cette chambre une table de repassage carrée, un peu grande, doit être établie à demeure, parce que tout l’attirail des répassages gêne extrêmement dans Lout autre endroit de la maison. Ayez soin qu'ilse trouve auprès de cette table une autre table petite et commune sur laquelle seront les grils à repassage, le nouct de cire que l’on doit promener sur les fers chauds pour les mieux faire couler, un pétit arrosoïr de jardin, dont les trous seront très fins, afin d’humecter convenablement le linge quand il sera trop sec, des fers à gaufrer de diverses grosseurs, plusièurs poignées à fer à repasser, afin que la repasseuse les change de temps à autre pour ne point s’échaufler trop les mains
Pour une seule personne , il faut trois fers à repasser si c’est du gros linge , et deux seulement si c’est du fin. Pour que ces fers chauffent plus vite et dépensent moitié moins de charbon, la maîtresse de. maison ne saurait mieux faire que d’acheter le fourneau à repasser de M. Harel: Ce fourneau, en tôle, est recouvert d’une lame de tôle qui laisse passage aux fers, dont le nombre varie suivant la grandeur du fourneau. Ces fers, qui se glissent comme par coulisse dans les ouvertures pratiquées pour les recevoir, sont très épais et conservent long-temps leur chaleur. Un fourneau ainsi recouvert consomme moitié moins de charbon qu'un autre, et ne donne point d’odeur. Le feu s’y entretient au moyen d’une petite porte qui est au bas , par laquelle pénètre l'air, et qui se ferme quand on veut suspendre le repassage. Le charbon s'éteint, et se conserve ainsi sans le moindre embarras. On fait chauffer les fers à gaufrer par cette ouverture. On peut adapter à ce fourneau un brüloir à café.
Cette chambre de repassage peutet-doit aussi servir aux blanchissages à neuf des tulles ; dentelles, bas-de soie, etc. ; pour cela, vous y aurez à demeure un châssis Late de-drap vert, comme en ont les dégraisseurs, cé qui n’est pas bien onéreux, et une quantité d’épingles fines pour tendre l’étoffe sur le châssis, comme je l'ai expliqué dans les Manuels des Jeunes Demoiselles et d'Économie domestique. On y passe ensuite lempois en promenant sur l’étoffe une éponge très finetrempée dans une dissolution de gomme, ou dans un mélange d’eau de riz et d’amidon.
Il est bon aussi d’avoir des formes de bas en bois blanc, telles qu’on les voit chez les fabricans de bas , afin de conserver une belle forme aux bas
fins, aux bas à jour, auxquels il convient de donner quelquefois un léger apprêt; pour cela il suffit de les repasser un peu humides sur le moule.
Revenons au repassage ordinaire. Je conseille à la maîtresse de maison, qui doit économiser le temps des personnes qu’elle emploie, de faire passer à l’empois , la veille du repassage , les objets à repasser : l’empois sèche alors convenablement , et l’on a vingt fois moins de peine que lorsqu'il est trop mouillé : s’ilest trop sec, quelques momens avant le repassage, on l’humecte un peu, ou bien on l’enveloppe d’un linge mouillé. Le linge repassé sera mis sur une table bien propre, recouverte d’un linge, puis trié et placé dans des corbeïlles pour être ensuite transporté dans les armoires.
Qu'il se trouve sur la table de la repasseuse un petit nouet de linge fin , légèrement humide, qu’elle appliquera sur le linge lorsqu'il sy fera des faux plis.
Une maîtresse de maison bien entendue met beaucoup de soin aux bas : elle les fait marquer et numéroter par douzaine comme le linge, et de plus, met à chaque paire une petite marqué distinctive, comme un ou deux points de marque, une croix , une petite étoile, etc., pour qu'ils ne soient jamais mêlés. Dès qu’elle y aperçoit une maille lâchée, elle la reprend; elle fait garnir au talon et au bout de pied : lorsqu'ils sont usés à la semelle, elle y adapte des semelles en toile de coton plucheuse pour l'hiver, et en toile ordinaire pour Vêté: Quand les talons et les bouts de pieds sont mauvais, elle y ramaille des morceaux ; enfin, elle les recoupe et renouvelle lorsque le pied est complétement usé. (Voyez, pour
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tous les détails de ces réparations, les Manuels des Demoiselles et d'Economie domestique.) Elle ne les attache jamais lus à l'autre en les cousant, parce qu’on les coupe en les décousant après le blanchissage ; elle y fait mettre, près de la couture, un cordon en ruban de fil. À demi secs, elle les retourne, les met en presse, en y passant la main dedans et dessus, puis les re-
asse : sans doute c’est un peu de soin, mais les be paraissent plus fins, plus blancs et plus beaux. Enfin, elle veille à ce qu’ils soient peu salis, reprisés avant l’échangeage, échangés et reprisés ensuite s'il y a lieu.
Rparerernav annees tentant ets CHAPITRE XVII.
Des VÊTEMENS ; ORDRE, CHOIX, NOMBRE DES VÈTE- MENS.— MESURES A PRENDRE POUR MODES, EM- PLETTES EN GROS, CONSERVATION DES BIJOUX, FOURRURES, etc.
« 1l en est des habits comme de tout le reste, dit madame Pariset dans ses Zettres sur l'Economie domestique, c’est V'arrangement et la propreté qui conservent tout, et lon a remarqué que les femmes les moins riches et qui dépensentle moins pour leur toilette, sont souvent les mieux mises. » La nécessité de conserver ce qu’elles ne peuvent renouveler que rarement, l'habitude de l’ordre qu’inspire et facilite en général une fortune médiocre ; voilà les raisons de cet avantage, qui surprend au premier abord.
La maîtresse de maison doit être toujours d’une
propreté mivutieuse sur elle-même. Le malin, lorsqu'elle vaque aux occupations du ménage, sur lesquelles elle doit toujours avoir l'œil, elle sera mise simplement, mais toujours proprement. Sa redingate d’indienne ou de mérinos sera bien attachée; un corset-ceinture, que l’on met seule, empéchera qu’elle n'ait un air de désordre; ses papillotes seront cachées, autant que possible, par un bandeau ou par un tour, car il n'est rien, selon moi, de si ridicule et de si laïd que ces papiers tortillés autour de la tête. Je me suis un peu étendue sur ce costume, parce que c’est , à proprement parler, celui de la ménagère ; pour le reste de la toilette, je renvoie au Hanuel des Dames.
La maîtresse de maison maintiendra ses effets ; ceux de son mari et de ses enfans dans le plus grand ordre. Les mouchoirs, les camisoles et le linge de corps seront marqués et numérotés comme le reste du linge. Les robes de soie, à garnitures, et généralement de toute sorte, seront, s’ilest possible, suspendues à des porte-manteaux dans un grand placard. Il serait bon d’avoir à cet effet un petit cabinet exactement fermé, sur la porte duquel s’étendrait en dedans un rideau d’étoffe commune. Ce cabinet, garni de plusieurs rangées de porte-manteaux un peu écartés et de rayons, récevrait les robes, les cha peaux, les fichus, bonnets habillés, et serait d’une. commodité inappréciable. On Je nettoierait à fond deux fois par an , après avoir ôté tous les objets. Il serait important qu’il fût auprès de la:chambre de madame. Dans un autre placard beaucoup moins soigné, ou dans le cabinet de toïlette, doivent aussi être des porte-manteaux pour suspendre les effets de la nuit et du malin ,
car il faut sur toutes choses éviter l’encombrement dans les appartemens. Il-est bon d’avoir quelques malles bien doublées et fermant bien, pour serrer les objets d'hiver pendant l'été, et quelques objets d'été pendant l'hiver.
De quelque nature que soient les habits, ils doivent être secoués et pliés chaque fois qu'on les quitte. Ce soin est surtout indispensable en se couchant. Vous en ferez prendre l'habitude à vos enfans aussitôt qu’ils en seront capables.
Autant une femme doit être abondamment fournie en linge, autant elle doit avoir peu de robes, de chapeaux et autres objets de luxe, parce que; les modes changeant continuellement, elle ne tarderait pas à être mise d’une manière ridicule. En vain serait-elle adroite et changerait-elle leurs formes, ces formes variant exprès d’un extrême à l’autre, laissent souvent peu de ressource, et du reste, lorsqu'on réussirait à les renouveler, l’étoffe n’est plus selon l'usage recu. Huit à dix robes, plus ou moins, selon les sorties que l’on est obligé de faire , me paraissent devoir suffire abondamment à une femme agréablement mise.
Malgré cette restriction, comme les modes changeront avant que les robes ne soïent usées, comme aussi elles ne s'üseront qu’en partie ct qu'il faut savoir tirer parti dé tout, la maîtresse de maison rajeunira les corsages, les garnilures , taillera dans les jupes des robes à ses enfans; ellese servira des restes de percale, mousseline, indiennes qui pourront se déteindre à la lessive, pour faire des fichus, bonnets, camisoles, etc. J'ai donné, à cet égard, d’amples instructions dans le Manuel d'Economie domestique. Pour mettre ainsi tout à profit, et non pour céder à
l'envie d’avoir toutes les choses nouvelles, vous vous procurerez tous les patrons possibles, vous les taillerez en écrivant dessus quelques détails sur l'objet qu'ilsreprésen tent, vous en étiqueterez les parlies ; parce quepiee un certain temps: on ne s’y reconnaît plus; enfin, tous ces modèles seront soigneusement rangés dans un carton, sortant leur étiquette et placé avec les restes d’étoffeet de linge, dont une ménagère a toujours des paquets.
Attendez pour adopter quelque mode, qu’elle se soit établie, et lorsqu'elle est d’une nature ridicule, attendez que l'usage général en ait presque fait une loi, car il arrive que ces modes grotesques ne durent qu'un mois, et qu’ensuite il est impossible de se servir des choses qui ont coûté fort cher. Au reste, gardez-vous de la manie de défaire et de refaire sans cesse vos bünnets, vos fichus : comme la mode et la fantaisie varient continuellement, le temps s’use, l’étoffe disparaît dans ces mutations puériles, qui entraînent beaucoup de peine, de dépenses, font négliger le soin du ménage, et en déplaisant avec raison au mari, amènent souvent l’humeur et la discorde. De-plus, les petites filles prennent ce goût, et femmes, restent toujours de grands enfans jouant à la poupée,
La maîtresse de maison prendra le plus grand soin des vêtemens de son mari : elle lui donnera elle-même du linge blanc deux fois la semaine; elle le priera de s’habituer à changer de chemise le soir; elle l’engagera à porter des chemiseltes quand le col de sa chemise ne sera plus d’une extrême blancheur. Elle veillera à ce que ses habits soient tous les jours bien brossés, et battus toutes les semaines. Tous les matins, elle
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veillera à ce que les domestiques, à leur lever et avant de faire les chambres, nettoient et cirent très proprement tous les souliers portés la veille, Les souliers d'été doivent être seulement brossés.
Elle aura une heure fixe pour faire sa toilette, et ce sera immédiatement après le déjeuner kafin que ce temps de repos favorise la digestion. Pendant que la bonne déjeunera elle-même ou levera le couvert, madame se neltoiera les dents , se peignera avec grand soin, puis se fera habiller, je le répète, toujours à la même heure, autant que possible, car on ne saurait trop tenir à-la régularité des occupations.
Quant aux emplettes des vêtemens, le temps en est à peu près fixé à chaque saison, afin d'avoir des choses plus nouvelles; mais il faut avant tout consulter les circonstances qui peuvent se rencontrer, comme les frais d’une maladie, un retard de paiement, une perte quelconque. C’est alors sur l'habillement, et surtout sur sa toilette, que la maîtresse de maison doit faire porter la réduction nécessaire : son premier devoir comme son premier plaisir étant le bien-être continuel de son intérieur. Alors son mari ne s’apercevra point de cette fächeuse circonstance , ou s’il s’en aperçoit, ce sera pour chérir encoreplus sa com pagne.
Il ne faut pas sans doute chercher de préféférence les élégans magasins , où lon vous fait payer le faste des décorations ; mais il ne faut pas non plus aller dans les boutiques médiocres et wal assorties : il importe surtout de se garder des bons marchés, des choses passées.de mode, puisque la mise d’une femme ne vaut.que par la exâce et la fraîcheur.
je vous conseille fortement d'acheter les ru-
baws de fil et de coton, les ganses , soies, fil, coton à coudre, coton à broder, les épingles, aiguilles, boutons, agrafes, gants, rubans, en gros. Pour tout ce qui regarde-les ouvrages de femme, on trouve toujours à lemployer, et pour les gants et rubans, on fait plaisir aux personnes de sa famille ou de sa connaissance, en les leur remettant. Pour les ganses et rubans de fil, on prend une pièce qui tire vingt-huit à trente aunes, et qui coûte plus d’un tiers de moins qu’on ne paie. rait en détail. Il en est de même pour une poignée de fil dont on paierait séparément chaque écheveau deux sous et demi : la poignée en contient douze, efBon là paie de dix à onze sous. Je ne donne que ces deux exemples ; mais c’est toujours dans la même proportion, selon les qualités. La soie doit s'acheter au poids, ainsi que le coton ; de cette manière, ils reviennent à moitié prix au moins. Dans la rue du Four-Saint-Germain, au Mouton, n° 10, on paie au poids, cinq à six sous, un écheveau de beau coton, qui en vaut quatre ou cinq de ceux que l’on vend quatre sous en détail. Les trois douzaines de boutons de nacre, qui tiennent sur une petite plaque en carton. et se vendent un franc six sous, se paient en détail douze à quinze sous la douzaine. Les agrafes de laiton argenté ou bronzé valent, en détail, deux liards par porte ou par agrafe, et au poids (huit sous l’once), on en a près de deux cents. C'est à peu près la même chose pour les rubans; les gants offrent moins de bénéfice dans le prix, maïs beaucoup pour la durée.
Pour renouveler votre linge eu coton, achetez aussi en gros des calicots et madapolam : on en vend une pièce seule, et les piècestirent de vingt, vingt-cinq à trenie et trente-six aunes ; on a or-
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dinairement six à huit sous de bénéfice par aune en s'adressant aux fabriques. Autant que vous le pourrez, achetez de celte façon, c'est la seule manière d’avoir de bons marchés avantageux.
Ne faites jamais de mémoire, principalement chez votre marchande de modes. J'ai souligné ces mots, parce qu’il est de la dernière importance de se prémunir à cet égard contre la fantaisie et l'occasion.
Le soin des schals, étoffes de laine, des fourrures, est un article que ne doit point négliger la maîtresse de maison; jelui en ai don lemoyen dans les Manuels des Dames et d'Economie domestique , ainsi que les procédés à emplliyer pour enlever toutes sortes de taches. Je me bornerai à dire ici qu'il faut combattre la tache aussitôt qu'on s’en aperçoit. Alors n'ayant pas pénétré le tissu, elle part presque toujours au simple savonnage (si elle est sur le fil ou le coton); les taches récentes d'encre même disparaissent de cette manière.
Quant aux bijoux, il faut savonner l'or, les pierres précieuses, les passer dans un Jinge fin et les mettre sécher ensuite dans de la sciure de bois; on termine parles essuyerlégèrement avec de la peau douce de gants. On enveloppe les bijoux d'acier dans du papier joseph*
Tous les ustensiles de toiletle seront tenus avec la plus grande propreté ; les brosses à dents auront un petit sac de taffetas gommé, attaché au manche de la brosse par un ruban de fil; les éponges , nettoyées de temps en temps à l’eau de javelle, tremperont ensuite vingt-quatre heures dans l'eau de fleur d'orange.