‹ Manuel complet de la maitresse de maison et de la parfaite ménagère, ou Guide pratique pour la gestion d'une maison à la ville et à la campagne, contenant les moyens d'y maintenir le bon ordre et d'y établir l'abondance. Par Mme Gacon-Dufour. Seconde édition, mise dans un nouvel ordre et très augmentéeChapitre 20 sur 28 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

De LA NÉGULARITÉ QU'IL IMPORTE D'ÉTABLIR POUR LES HEURES DU LEVER, DU COUCHER , DES REPAS, DES OCCUPATIONS, DES DISTRACTIONS. — Quez- QUES CONSEILS SUR LES DOMESTIQUES.

Je n'ai cessé jusqu'ici de prêcher l'ordre, et la régularité en est l'âme. Fixez le temps du sommeil pour chaque personne de votre maison, les femmes doivent dormir un peu plus que les hommes, et lesenfans plus que celles-ci. Que chez vous, en été, on se couche à dix heures et qu’on se lève à six, et pendant l'hiver, à onze heures et à sept. Les domestiques doivent se coucher un peu après vous etse lever avant. Pour éviter toute discussion et tout prétexte à cet égard , mettez un réveil matin dans leurs chambres. Ces horloges en bois, qui viennent d'Allemagne, sont très bounes «et à bas prix. On les vend à Paris, rue des Coquilles, à raison de buit et dix francs. Les enfans au-dessous de dix ans se leveront une heure au moins plus tard et se coucherontune heure au moins plus tôt. ,

Dès que vous serez levée, vous ferez préparer le cabinet (1), latelier, le laboratoire de votre mari, en un mot, la pièce où il doit s'occuper ; si un emploi quelconque l’appelle à bonne heure dehors, vous veillerez à ce qu'il prenne quelque

(x) Sous les bureaux ouftables à écrire, doit se trouver une corbeille profonde, pour recevainles papiers inutiles.

chose de chaud. Donuez ensuite un coup d'œil à toute la maison; voyez si la cuisine est propre ; examinez les restes et le parti qu’on en peut tirer, ordonnez les repas du jour ; veillez à faire nettoyer et préparer les chambres ; tandis qu'on fera la vôtre, occupez- vous à mettre en ordre.les comptes de la veille. Après le déjeuner, ordinairement fixé à dix heures, et que vous avancerez d'une heure, selon moi, vous ferez votre toilette, qui, àraison des soins minutieux de propreté, doit vous employer une heure environ.

Si vous avez de jeunes enfans , à l'heure déterminée pour leur lever, passez avec la bonne dans leur chambre, veillez à ce qu’on les habille, qu’on les peigne proprement, ou bien occupezvous de ces soins, si doux pour une mère. Faitesles ensuite prier Dieu, et conduisez-les soubaiter le bonjour à leur père. Sachez toujours ce qu'ils font, même lorsqu'ils s'amusent.

Tout étant eu ordre sur vous, autour de vous,

appelez votre cuisinière pour régler ses comptes de la veille ; ne laissez jamais la moindre dépense arriérée, même celle des ports de lettres chez le AR fixez le temps que vous emploierez à ’éducation de vos enfans, et cela d’après leur âge, leur sexe, votre état. Si vous êtes scule, tout en vous occupant d'ouvrages à aiguille, nécessaires au bien -être de la maïson, cultivez votre mémoire , exercez votre imagination sur quelque sujet littéraire, votre jugement sur quelque trait d'histoire ; tächez de pouvoir vous dire chaque jour : « Je n'ai pas perdu un moment pour les autres et pour moi-même. »

Que l’heure du dîner soit invariablement fixée pour mille raisons d'économie et d'agrément.

Awvertissez-en bien les gens que vous invitez ; et

quoique vous deviez être d’une exquise politesse, ne les attendez jamais plus d’un quart d'heure.

uand on saura une bonne. fois que c’est votre SE constante, vous n'aurez plus à attendre du tout, Passez à vous distraire le temps qui suit immédiatement le repas , et fixez l'emploi habituel de vos soirées selon qu'il conviendra à votre mari. Tâchez d’y mettre un peu de variété ; qu'il y ait chaque semaine une soirée pour aller audehors, une pour se réunir entre amis, ou recevoir, si c’est votre usage ; une autre pour la lecture ; une pour les correspondances de politesse et d'amitié, etc.; toutes choses que vos goûts et votre position doivent nécessairement varier; aussi ne m'étendrai-je pas. plus sur ce chapitre.

Ce que j'ai dit pour la régularité des comptes de la semaine, du mois, de l’année, ainsi que pour les.nettoyages, me dispense d’entren dans de plus grands détails à cet égard: Je vous dirai seulement que toutes les opérations du ménage, même les extraordinaires, comme Ja préparation des conserves, des confitures, .des sirops , l'acquisition et larrangement des provisions, l'achat du bois, etc., doivent avoir lieu à des époques fixes et déterminées.

Fixez également les époques où vous, paierez xos domestiques, soit chaque aunée, soit tous les six ou trois mois, comme il leur conviendra. Je vous conseille de choisir ce dernier parti , et de les engager à placer une partie de léurs gages à la Caisse d'Epargne, ou de mettre à profit, d’une manière honnête et légale, le produit de leurs économies. Ne manquez jamais à leur donner leur argent au jour convenu, car, faute de cela, ils seront négligenset d’une insolence ou-

222 MANUEL trageante. Si, pour leur faire plaisir, vous leur gardez de l'argent en dépôt, qu'ils soient bien persuadés qu’ils l'auront au moindre signe, et que vous le faites uniquement pour leur avantage. Parlez-leur avec bonté, mais ne les entretenez point pour vous-même; gardez-vous de ces momens d’épanchemens où, malgré soi, on parle de ce qui intéresse; c’est le commencement de l’empire d’un domestique, ou tout au moins d’une familiarité qui finira par devenir insupportable, et à laquelle plus tard'vous ne pourrez plus vous opposer. La grande règle à cet égard, c’est de parler avec bienveillance aux domestiques pour leur service ; de les écouter avec la plus grande complaisance, de les encourager lorsqu'il s'agit de leur donner des conseils dans leur intérêt, mais de n’en point faire ses auditeurs, ni ses confidens. Veillez à ce qu’ils s’acquittent de leurs devoirs religieux ; fixez chaque jour de temps qu’ils peêvent donner au maintien de leurs prope affaires ; qu'ils aient le dimanche quelques

eures de promenade ou de récréations A l'occasion du premier de l'an et de votre fête, ainsi que decelle de votre mari, qu'ils aient une gratification; donnez-leur aussi quelques uns des restes de vos vêlemens, mais qu'ils ue s’en fassent jamais un droit. Faire fréquemment et sans motif des cadeaux à ses domestiques, est leur inspirer cent fois plus d’exigence que de gralitude. Ne souffrez point qu'ils s’arrogent le droit de punir"vos enfans; qu’ils soient pleinement convaincus qu'ils seront congédiés dès qu'ils les frapperont.

Quelque habilcté qu’ait une domestique, si vous suspectez sa"fidélité, il faut la congédier sans balancer, parce que c’est un vrai supplice

de vivre avec quelqu'un dont il faut se défier. Vainement vous Ôteriez vos clefs, vous prendriez toutes les précautions imaginables , «elle trouverait à chaque instant le moyen de mettre votre vigilance en défaut ; et, du reste, ces soins continuels sont bien la chose la plus ennuyeuse et la plus pénible. Le manque de mœurs ne doit trouver non plus aucune indulgence près de vous. Pour la malpropreté, humeur, la négligence, vous pouvez faire plusieurs représentations, €t fixer le temps que vous accordez pour que l’on se corrige de ces défauts ; mais au bout du temps prescrit, s’il n’y a point d’amendement, avertissezque vous ne pouvez plus les souffrir. Quant à limpertinence, quelle que soit la douceur que Von trouve à pardonner, surtout ses inférieurs, vous êtes forcée de ne la point tolérer, car on vous ferait ensuite la loi. Les domestiques sont comme les enfans, ce n’est qu’en montrant de la fermeté que l’on acquiert le droit d’avoir de la douceur. Pour tous les autres travers, loubli, l’étourderie, montrez-vous patiente, indulgente ; au surplus, qu’en toute occasion on voie qu'il vous en coûte de gronder ; acquittez-vous-en le plus brièvement possible ; si vous avez de Phumeur, gardez-vous de la passer sur vos domestiques, vous paieriez cet instant de pitoyable satisfaction par leur manque d’égards , dsctachement, d’obéissance même, car il est avéré que plus ou’ crie, plus on éxige, et moins on est obéi. Soyez bien persuadée que vous n’aurez pleine satisfaction de vos domestiques que lorsqu'ils auront de l'affection pour vous.

N'écqutez jamais les rapports qu'ils pourront vous faire les uns contre les autres : ce serait les constituer délateurs, et vous mettre dans la po-

sition d'un juge à l'audience. Soyez tellement sévère pour les querelles , que le bruit ne vous en parvienne jamais. Ne vous opposez point à ce qu’ils afent des connaissances, mais de personnes honnêtes ; et s'ils fréquentent des gens paresseux, insolens, ivrognes, aimant le faste ou le vin, exigez qu’ils rompent avec ces dangereux amis. Ne souffrez pas que vos domestiques demeurent dans une inaction absolue, même hors de leur service ; engager les à lire de bons livres (1), à raccommoder leurs effets, à soigner leurs affaires ; opposez vous ainsi aux commérages, et surtout gardez-vous d’imiter la plupart des maîtres, qui, pour se débarrasser du bruit des enfans , les envoient le soir à la cuisine, c’est-à-dire à l’école des caquets, de la sottise, et c’est encore le moindre mal.

Il y a réaction en toutes choses : si vous connaissez le prix du temps, que vous chérissiez la propreté; que, juste et bonne, vous ne vous emportiez jamais sans cause, et ne le fassiez en quelque sorte que malgré vous; si vous prénes garde à tout, el tirez parti de toutes © oses , que vous gouvermiez sagement votre maison, soyez sûre que vos domestiques seront laborieux, propres , dociles , économes,, reconnaissans; ils vieilliront chez vous, feront partie dela famille et contribueront plus qu'on ne pense au bienêtre de votre intérieur.

Il n’est pas besoin que j'appuie sur le désagrément de raie souvent de domestiques, car 1

(1) Je désirerais que vous eussiez chez vous ,'en quelque sorte, la Bibliothéque des Domestiques , composée des ouvrages courounés par la Société pour l’Instruction élémentaire, et autres semblables.

faut ajouruer forcément l’ordre , Païsance du service, qui tiennent à l'habitude, ainsi que la confiance et l'affection, Que vos domestiques n’ignorent pas votre répugnance sur ce point : ils estimeront votre caractère; mais qu'ils sachent aussi que cette répugnance ne vous fera jamais tolérer un vice : ils redouteront votre fermeté.

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