‹ Manuel complet de la maitresse de maison et de la parfaite ménagère, ou Guide pratique pour la gestion d'une maison à la ville et à la campagne, contenant les moyens d'y maintenir le bon ordre et d'y établir l'abondance. Par Mme Gacon-Dufour. Seconde édition, mise dans un nouvel ordre et très augmentéeChapitre 23 sur 28 · RES RS · texte numérisé non relu

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eu croix, sur lesquelles on pose une ou deux grosses pierres : on y verse ensuite de l’eau fraiche, que l’on a le soin d’entrétenir, de manière à compenser l’évaporation, et à ce que les feuilles n'aient aucun contact avec l'air extérieur: on y peut jeter un peu de sel, dont les chèvres sont très friandes , mais cette dépense n’est pas nécessaire. Les feuilles d’ormeet même celles de tout autre arbre, peuvent être aussi conservées et servir à la nourriture de ces animaux. Le marc de raisin, même après qu'on en a fait la piquette ou l’eau-de-vie , lorsqu'on est prêt enfin à en faire du fumier, leur est aussi bon que l’avoine et le son. Leur chair, qui est très bonne lorsqu’elle provient de jeunes sujets, et leur dait, dont on peut faire du fromage, sont encore une branche d'économie rurale, utile à exploiter Comme il est constant que la chèvre du Thibet s’accommode mieux qu'aucune autre des températures diverses, puisqu'elle multipliedepuis le trentième jusqu’au cinquante: deuxième degré de latitude, il n’est pas à craindre qu'elle souffre sous aucun climat de la France : on n’a pas remarqué que celui de Paris lui fût moins bon que celui dela Provence. On sait qu'en général les chèvres se réproduisent rapidement; celles-ci ont souvent donné deux chevreaux d'une même portée , et plusieurs ont été couvertes deux fois dans la même année, avec succès : toutes sont propres à la multiplication, à l’âge de quinze à seize mois , et quelquefois beaucoup plus Lôt. Une chevrette née au mois defévrier 1820 a mis bas au mois d'avril 1827 : mais il est bon d’attendre un peu plus tard afin que les mères aient acquis toute leur force et que les petits ne dégénèrent pas.

Quant au croisement, une chèvre indigène, sans duget , couverte par un bouc thibetin, a

roduit une chevrette qui a donné un duvet fort A , plus approchant de celui de cachemire que du duvet des chèvres indigènes.

Le lait des. chèvres thibétines , soumis à l’analyse chimique , a donné à M. Bärruel des résultats desquels il a pu conclure, r°. que le lait de cette race de chèvres est beaucoup plus riche en matière sucrée que celui des chèvres d'Europe ; 2°. que la matière caseuse y est beaucoup plus délicate, et par conséquent plus digestive; 3°. que la matière butireuse y-est aussi 1rès abondante, moins âcre et beaucoup plus agréable; 4°. qu'ils est probable que les médecins obtiendront un grand avantage dulait de ces chèvres, dans les cas pour lesquels ils ordonnaient le lait de chèvre ordinaire.

Après un aussi important animal, il n’est guère à propos de parler des lapins ; mais c’est toujours la même classe, et avec des soins, ces derniers ne laissent pas que d’apporter des bénéfices Ayez-en une partie à poil ras, parce que la chan en est plus délicate , et l’autre partie angora afin de vendre du poil à la livre pour les gants, schals , etc. ; choisissez-les tous de, lavgrosse espèce.

Sila maîtresse de maison habite un endroit marécageux , je lui conseille d'élever une ou deux grues pour la destruction des insectes el reptiles. Le furet lui sera utile dans tous les cas, lorsqu'il sera dressé à la chasse : il lui sera particulièrement précieux, et sous un double rapport, :si ses propriétés sont rayagées par les lapins sauvages.

Des poules, des canes, des oies, même des

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dindons, des peintades, des faisans s'il se peut, doivent peupler la basse-cour de fa nténagère. Elle ne négligeræ point d’avoir un -colomhier. Deux chiens, l’un de garde, l’autre de berger, lui seront indispensables ; mais qu'elle se garde d'avoir des chats , animaux complétement inutiles, quoi qu’on dise, et dont la gentillesse ne saurait racheter les désagrémens de leur malpropreté, leurs .malices et leurs dégâts. Si je conseille à Ja ménagère rurale de les proscrire de son habitation, jai presque envie de l’ordonner à la maîtresse de maison citadine.

Les soins que réclament ces divers animaux sont variés sans doute , et le Manuel du Zoophile.en fait foi; maisils se réduisent tous à ces mots : bonne nourriture, ordre et propreté. Que leurs étables, dégagées du fumier, n’exhalent aucune mauvaise odeur , soient bien aérées, convenablement garanties contre l'excès du froid et de la chaleur, sans être jamais étouffées ni humides. Les porcs même, auxquels un préjugé très répandu et non moins absurde attribue le besoin de la saleté, dépérissent s'ils n’ont point de la litière fraiche s'ils se vautrent dans les ordures, s'ils ue sont point de tempsen temps baignés. Le Manuel du Charcutier donnant sur legouvernement de ces animaux (ous les détails désivables , j'y renvoie le lecteur , en ajoutant que dans les environs de Laval, on fait cuire le gui de chêne pour le donner aux, cochons qu'ilengraisse beaucoup; et qu'avec un très grand profit on emploie généralement la feuille d’orme à leur nourriture, en Eretagne. Dans la Normandie-on attache les cochons au pied des pommiers, afin qu'ils les labourent en cherchant leur nourriture dans la terre qui les recouvre. On y appelle les pores pe-

tits cultivateurs, à raison de cet usage, La carotte leur est extrêmement favorable ; on cite un porc engraissé en dix jours avec cette racine. Il est d'expérience que les cochons destinés à être vendus, doivent l’être avant six mois pour donner un bénéfice certain. On n’en trouve jamais à un an le double de la somme qu’on en Lire à cette époque , et leur nourriture est plus coûteuse dans cette seconde espèce de leur vie.

D'après la proximité ou l'éloignement de la ville, la maîtresse de la maison rurale calculera s'il lui est plus avantageux de vendre son lait en nature ou d’en préparer des beurres et fromages. Le voisinage de la ville la déterminera à vendre les chevreaux, agneaux, cochons de lait, au lieu d’en faire des élèves. Supposons qu’elle ait deux vaches , qui, bien soignées , tenues proprement, uourties avec attention, doivent lui donner le mois dix à douze pintes de lait-par jour, si elie a la possibilité de vendre son lait (aux laitiers qui l’apportent dans les villes), elle en retirera au moins trois francs par jour, ce qui fait par an mille quatre-vingt-quinze francs. Elle peut aussi tirer un parti avantageux de ses volailles , surtout si elle a soin de se procurer des poulets de primeur, qui se vendent toujours-plus cher que lorsque la saison permet d’en avoir en quantité. Pour cela, elle n’a d’autres soius à prendre que d’échauffer deux ou trois dindes, afin d’avancer leur ponte, et de leur faire couver des œufs de poule; il lui sera encore plus profitable d'employer le moyen suivant, que son auteur, madame Gacon-Dufour, a indiqué dans l’un de ses ouvrages, en y insérant ce rapport de Ja Scciélé royale d'Agriculture.

Moyen de faire éclore artificiellement ct d'élever des poulets pendant les plus grands froids.

« Ce moyen est simple et peu dispendieux, et « il a pour lui l'expérience de deux années con- « sécutives.

« Une idée vient, l'épreuve suit, et bientôt « le succès. Telle est l’épigraphe du mémoire, « et telle est en effet la marche qu’a suivie son « auteur.

« Madame G.... D... avait tenté infructueuse- « ment de faire éclore des poulets parles moyens « artificiels connus, tels que le four, le bain- « marie, elc. , etc. , lorsqu'une paire de pigeons, « habituée à passer l'hiver dans son apparte- « ment, n’y éprouvant aucune influence de la « saison, y couvaut périodiquement, donnant « des petits , et-les élevant comme dans le prin- « Lemps, fit naître à madame G.... D... l'idée « de substituer des œufs de poules à ceux des « pigeons, que l'on sait ne point quitter leurs « œufs jusqu'à ce qu'ils soient éclos. Le succès « répondit à attente de madame G.... D...

« Du moment où les petits furent éclos, on « les enleva pour les mettre dans dela mousse « très fine et du menu foin. On leur donna du « miliet et du pain émietté, et au bout de’trois « jours ils couraient daus l'appartement.

« On ne doit pas négliger la précaution de les « soustraire promptement à leur couveuse, parce « que le pigeon est dans l'usage de dégorger le « manger à.ses petits, ce qui occasionnerait la « mort du poulet.

« Il s'agissait de faire l'expérience en grand ; en conséquence, madame G..... D... disposa

un grenier qui était à l'aspect du midi; l’on y plaça un poêle environné d’un treillage, et l'on

entretint une chaleur suffisante pour empécher l’eau de geler.

« Cinquante-deux paires de pigeons y furent établies , et les femelles y couvèrent cinquantedeux couples d'œufs de poules; quarante-six paires de poulets y vinrent à bien.

« D'une autre part, madame G .… D... avait enfermé dans un endroit très chaud deux dindes dont elle voulait avancer la ponte, en leur donnant des graines échauffantes. Les poulets étant éclos , on enivra les dindes , on leur enleva leur ponte, et avant leur réveil lon mit les petits poulets sous leurs ailes.

« Les dindes adoptèrent cette nouvelle famille, les couvèrent, les conduisirent et gloussèrent pour les faire manger.

« 11 faut observer que ces dindes ne mènent les poussins qu'après qu’elles-mêmes ont fait leur ponte.

« Nous avons annoncé ce moyen comme sim ple et peu dispendieux. Nous pouvons ajouter maintenant (que les détails eu sont connus) qu'il est très ingénieux et fait pour être adopté dans les circonstances où l’on désire.se pro curer des primeurs, qui sont toujours d'un avantage réel. N « Nous terminerons ce rapport par une réflexion vraie touchant linflueñce qu'a le sexe

« sur cette branche de l’économie rurale, qui a

pour objet la reproduction et la conservation des espèces, que la nature a spécialement confiées à la femelle. La sensibilité, la douceur, la patience , les teudres sollicitudes qui consti tuent le caractère de la femme, lui font étendre

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la maternité sur tous les êtres qui l’environnent.

« La Société royale contribue donc aux progrès « de l’agriculture, en accueillant favorablement « les observations dont nous sommes redevables “aux ménagères, et en leur accordant, ainsi « qu’elle le fait, des distinctions et des encoura- « gemens.

« En conséquence nous croyons que notre rap- « port, qui n’est que lextrait du mémoire de madame G...: D..%, doit être imprimé dans nos trimestres.

« Fait à l'Hôtel-de-Ville, ce jeudi 12 février 1789.

Signé Averzze, Caper-DEvEAuUx et « DE LANOUE.

« Je certifie cet extrait conforme à l'original « et au jugement de la Société ; à Paris, ce 14 fé- « vrier 1789.

« Signé Broussoner, secrétaire-général.

« L'on me-pardonnera sans doute (dit-elle), d’avoic transerit littéralement ce rapport de Ja Sociélé royale d'Agriculture; c’est moins par amourpropre que je l'ai fait; que pour convaincre les ménagères à qui j’adresse des conseils, que mes nombreuses expériences m'ont mérité V'assentiment de ceux qui s’occupent des mêmes travaux, qu'ils les ont examinées scrupuleusement, et que leur approbation doit les déterminer à suivredes avis qui tendent à améliorer leur sort et celuide tous ceux qui les entourent.

« Les pouletshâtifs sont toujours recherchés et dédommagent dés soins que l’on preud pour s’en procurer.

« C'est dans la Normandie que j’aifait ces expériences ; et pour convaincre mes voisins.du produit qu'ils pouvaient en retirer, j'ai chargé les pourvoyeurs qui apportent à Paris des volailles du Mans, de la vente de mes poulets, afin que le produit que j'en retirais les forçât à m’imiters»

La maîtresse de maison mettra devant son poulailler un creux plein de sable ou de cendre, dans lequel ses poules pourront se vautrer à leur aise. Elle fera planter un mürier ou un cerisier commun à la porte de leur étable , et leur en abandonnera les fruits.Quand la coquedel’œufestmolasse, il faut diminuer la nourriture de la poule, parce que son embonpoint seul produit cet accident. Ilest bon alors de mettre de la craie dans sa boisson et de la brique pilée dans sa pâtée.

La ménagère aura tous les ustensiles nécessaires à l'éducation de la volaille : 1°. des œufs en faïence pour remplacer ceux qu’elle enlève aux poules ; 2°. des nids en osier, ou mieux encore, en terre vernissée, parce que les premiers logent la vermine ; 3°. des cages à poulets pour mettre à l’air les poussins et leur mère; 4°. des mues de diverses formes et grandeurs pour engraisser les poulets, poulardes et chapons. F

Moyen d'engraisser les oies à la polonaise:

Le Manuel du Zoophile me dispense de revenir sur les détails de l’engraissement des vo- Jaïlles ; je n'ai rien omis à cétégard, mais depuis la publication de cet ouvrage, j'ai eu connaissance du moyen‘employé-par les Polonais, pour rendre en moins dequinze ou vingt jours les oies extrêmement grasses:{lls fontentrer l'animal dans un pot de terre vernissée;, qui ne lui laisse. que la liberté de remuer la tête; le pot ést percé en

arrière de manière à faire écoulér la fiente de l’oiseau. Ainsi retenu, il mange continuellement une pâtée de farine de maïs et d'orge, mélangée de pommes de terre cuites, et délayée avec dei ; avant le temps précédemment indiqué, on est forcé de briser le pot, tant l'animal a pris de volume.

Moyen de prévenir la pépie aux volailles.

La basse-cour, qui fournit , à la fois, à latable et à la bourse, doit occuper les loisirs de la maitresse de maison. Pour prévenir la pépie chez les poules et dindons, on leur donne le matin, avant qu’ils aient mangé, une espèce de pâtée préparée avec des croûtes de pain ramollies et du cumin renflé dans de l’eau chaude. On doit en même temps veiller à ce que les volailles aient chaque jour de l’eau fraiche. La pépie n’est que le symptôme d’une maladie réelle dont la cause éloïgnée est dans les mauvaises digestions, et celles-ci doiventse rapporter aux grains ergotés, aux eaux mialsaines, à la malpropreté du poulailler.

Moyen de désinfecter les poulaïllers, étables, etc.

M. Labarraque, phärmacien à Paris, si ayantageusement connu pour l’assainissement, pro-

des a pose | emploi de la chaux chauffée dans du ch ore et dissoute dans l’eau pour prévenir lés maladies des animaux domestiques. Pour une étable, on prend une livre de chlore , que l’on dissout dans sept litres d’eau : on balaie et nettoie bien , puis on lave avec une éponge trempée dans la solution, tous les parois, anches, le sol et tout ce qui se trouve dans l’étable : après lavoir laissé bien sécher, on fait rentrer les animaux. Pour une

grande étable à moutors , les frais de cette opération s'élèvent au plus à un franc dix sous.

Wettoyage des perchoirs.

Ce qui se salit le plus dans les poulaillers c'est les perchoiïrs ou juchoirs sur lesquels s’amoncelle la fiente., Pour les nettoyer sans peine, il faut qu’ils soient placés comme des tringles sur des pitons, et pour cela qu’ils soient garnis par le bout de crochets en fer. On en aura en nombre double. Lorsque les premiers seront sâlis, on les mettra tremper dans un ruisseau ou dans une tonne d’eau, la fiente s’en détachera, et quand, au bout de quelques jours, on. les ôtera de l’eau, ils seront parfaitement propres. Cette eau peut servir à arroser les légumes, qu’elle fera croître rapidement.

Moyen de conserver l'appétit aux porcs à l'engrais.

Donnez-leur chaque jour deux poignées d’avoine saupoudrée de sel, que vous aurez fait gonfler en la mouillant légèrement , ou bien en la tenant dans un lieu humide. Ce moyen est infaillible : il réveille l'appétit et entretient la vo= racité naturelle au porc.

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