CHAPITRE XXII
JanDiN, — Henres MépicrnNaues. — Lécumes. — HenBes POTAGÈRES.—SO1NS DES ARBRES. —Dys- TRUCTION DES CHENILLES.— SOINS DE DIVERSES PLANTES UTILES.——(CONSERVATION DES FRUITS DANS LE JARDIN.
Je ne m'occuperai point des récoltes des diverses terres, ce serait sortir de mon sujet ét des attributions de la maîtresse de maison rurale, qui ne doit surveiller que l’intérieur, ©est-àdire le ménage, la basse-cour, le jardin : bien qu’elle sache parfaitement ce que produisent les champs, elle en abandonne la direction à son époux , et s'occupe seulement àen économiser les produits.
Le jardin d'une ménagère qui vit à la cam- Pagie pour utiliser son industrie et trouver dans l'agriculture les ressources que lui refuse la fortune, De Sera ni pompeux ni même élégant, mais il n’en sera pas moins agréable. L'ordre, la propreté, la force-et la fraîcheur d’une belle végétation, y douveront le genre d'agrément qui s'attache à la simplicité, à la santé. Le jardin, entouré de haies vives ou de murs tapissés d’espaliers, divisé seulement en carrés bien égaux, garnis de plantes potagères, présentant de place en place, sur les bords, des arbres à fruits de peu de hauteur, bien ronds, en bon état, chargés à la fois de feuilles et de fruits. À droite et à gauche des allées bien sablées, on voit des légumes vi-
DÉ IA MAÏNRESSE DE MAISON. 25 goureux, des couches épaisses ; çà et là quelques fleurs d'agrément, et dans les plates-bandes , un nombre considérable de plantes médicinales, auprès desquelles s'élèvent un petit écrileau portant à la fois leur nom scientifique et leur appellation vulgaire. ere s
Une promenade dans ce jardin simple, bien cullivé, où sans aucun luxe tout respire le bienêtre, où la science ne se montre que sous le rap-
ort de l'utilité, est une lecon pour qui veut réfléchir, et ce sera l'académie maternelle de la maîtresse de maison au milieu de ses enfans.
Les plantes médicinales qui, se. trouvent dans ce jardin sont d’abord l'amplame ouherbe aux mamelles ; elle ressemble: beaucoup au laitron qui croît communément dans. les jardins..Sa, racine est simple, blanche et fibrée. Sa tige est haute d'environ trois pieds, ronde, rougeàtre et un peu velue. Ses feuilles ressemblent aussi à celles du laitron à murailles.
J'en fais une description détaillée; afin.de Ja faire connaître à la maîtresse de maison et même à tous les habitaus.dela campagne, cette plante étant d’une-utilité certaine pour les nourrices, lorsque leurs seins se fendent ou s’écorchent. Elle est de la même utilité pour les vaches, dont les pis sont susceptibles dé mêmes inconyéniens.
Il faut aussi avoir soin deslavandes, sorte de petit arbuste, dont toutes les parties ont une odeur aromatique et agréable. Lorsque cette plante est.en fleurs, elle fait un joli.effet; son odeur se répandet lés vêlemens s’en imprègnent facilement : ellese conserve dans les mains:lorsqu'on la presse. Ce ne sont pas les seuls avantages qui la fout considérer, Ses fleurs et ses
feuilles excitent la salivation, et guérissent les sécheresses occasionnées par la sueur interceptée. Les fleurs de la lavande rendent une huile essentielle qui a beaucoup de vertus médicinales.
L’on retire encore de l’espèce de lavande que l’on nomme aspic , une huile nommée huile d'aspie, avec laquelle on détruit les mittes et les poux, qui ont une grande aversion pour son odeur.
L'on fait avec les fleurs de la lavande de l’eau nommée eau rouge, qui se fabrique tout simplement en faisant imfuser des fleurs de lavande dans de la bonne eau-de-vie. Cette eau rouge est très utile pour les contusions.
L'on fait infuser les fleurs et les feuilles dans du vinaigre , qui est très utile aux hommes pour se laver le visage après avoir fait leur barbe. On emploie les feuilles et les fleurs de lavande dans le vinaigre anti-putride.
Il faut que la maîtresse de la petite propriété rurale se munisse aussi de lierre terrestre, ou herbe de Saint-Jean. Toute cette plante a une odeur forte et une saveur amère. C’est un excellent vulnéraire. Une décoction de lierre terrestre donnée en layement, apaise les coliques des hommes et des chevaux; et prévient les tranchées.
Je conseille à la bonne ménagère, derce procurer également du petit liseron où campanette. Gette plante est considérée comme un très bon vulnéraire. Les habitans de la campagne s’en servent communément pour guérir leurs blessures, en appliquant dessus cette plante pilée.
Ce n’est point un mal que fera la maîtresse de maison de penser un peu à la conservation du teint de ses filles. Pour cela il faut qu’elle cultive des lis. L'eau odorante que l’on retire des fleurs
de lis à la chaleur du bain-marie, est d’un usage habituel pour conserver la blancheur du teint et enlever les taches de rousseur, qu’il est très commun de gagner à la campagne.
Il ne faut pas non plus négliger la culture de la marjolaine. Cette plante est très aromatique, d'une odeur pénétrante et en même temps très agréable. À ses fleurs succèdent des épis d’un usage assez commun pour les maladies de nerfs. Plusieurs naturalistes ont prétendu que cette plante desséchée et prise comme du tabac; réta- Élissait l’odorat.
Qu'elle ait ou non cette faculté, je n’en con seillerai pas moins sa culture, parce qu'il est certain que séchée et mise en paquet comme la lavande, on peut l'employer pour chasser les-mauvaises odeurs.
Le marube blanc doit aussi fixer l'attention de la maîtresse de maison. Cette plante est aromatique et d'une odeur très forte : elle est tout entière d'usage, racines , feuilles et tige. Cest un très bon fébrifuge. Ses feuilles sontamères et astringentes. On s’en sert avec avantage contre l'asthme et contre les suppressions des femmes.
Il serait à désirer que les habitans delalcampagne connussent les plantes préservatives-tant pour eux que pour leurs bestiaux:
L'on emploie le marube pour guérir les gales d’une mauvaise qualité. Il est aussi très utile ft laver les garots des chevaux qui ont été lessés par leur collier, et à qui il vient des gales, qui, faute de soins, dégénèrent quelquefois en farcins. n
La matricaire ne doit pas non plus être dédaignée ; elle croît facilement dans toutes les terres ; uu petit coin de jardin lui‘suffit : elle est d’une
odeur très forte; ses fleurs ressemblent assez à celles de la camomille. En exprimant le suc de cette plante et le faisant boire mêlé avec un peu d’eau, on détruit lers vers dont les enfans sont trop souvent attaqués. L’on peut se frotterles bras et le visage avec une infusion de matricaire, pour se garantir de la morsure des cousins, ces insectes ne pouvant en supporter l'odeur. (r)
La grande mauve est aussi très utile; ses feuilles sont bonnes pour dégrumeler le pis des vaches et des chèvres. On en fait une décoction et on bassine le pis trois ou quatre fois par jour, jusqu'à ce qu'il s’amollisse ; et a chaque fois qu'on le bassine, il faut toujours faire sortir du lait.
Si, comme je le conseille à la maîtresse de maison, elle a le bon esprit d’avoir des abeilles (mouches à miel), elle ne doit pas négliger de cultiver le mélinet, espèce de cinoglose des mon tagnes. Ses tiges sont hautes d’un pied et demi, garnies d’un grand nombre de feuilles oblongues, un peu velues,. vertes, bleuâtres, tiquetées de blanc, succulentes. Il s'élève, au milieu, de petits rameaux ressemblans à celui du grand héliotrope , 1garnis de fleurs de différentes couleurs. Les abeilles recherchent avidement la fleur de cette plante, où elles trouvent beaucoup.de.cire. — Elle peut aussi mettre à côté du mélinet quelques pieds de mélisse connue par les amis de ces précieux insectes, sous le nom de la mélisse cul tivée, surnommée piment. des mouches à miel.
Cette planteest très commune dans les haïes,aux environs de Paris : elle devient très belle-par la culture; clle-pousse des tiges à la hauteur de
(2) On connait sa propriété émolliente.
deux-pieds; ses feuilles ressemblent à celles du baume des jardins. Les abeilles aiment à butiner dessus.
Cette plante se sèche l'hiver, mais sa racine ne périt pas. L'on distille de l’eau de mélisse pour en prendre comme cordial. L'on en prend aussi en décoction pour remédier aux maux d'estomac occasionnés par les champignons.
La menthe doit pareïllement fixer son attention. Cette plante a particulièrement la vertu de résoudre le lait coagulé, en Pappliquant sur les mamelles.
L'on extrait de cette plante une huile essentielle. L’on en compose aussi des pastilles nommées pastilles de menthe. On se sert de l'huile de menthe pour appliquer sur les piqûres des guépes et frelons. La tisane de menthe est bonne contre les vapeurs et les vers; elle est très aromatique. Cette herbe s'emploie dans le vinaigre anti-putride, dont on trouve la recette dans le Manuel du Parfumeur.
Le millepertuis doit être considéré comme te vant le premier rang parmi les vulnéraires. Il est d’un grand usage dans beaucoup de maladies. On fait infuser sa feuille avec sa fleur dans’de lhuile, et l’on s’en sert avec avantage pourlles hommes et pour les animaux, surtout pour les chevaux, lorsqu'ils ont des crévasses Enfin le millepertuis est reconnu pour être la bäse de presque tous les baumes faits par infusion et par distillation.
Il est très nécessaire de se munir le grande consoude. Cette plante est vulñéraire ét arrête les crachemens de’sang. On la faitinfuser dans une bouteille de vin blanc, avec une demi-livre de miel. Elle est très salutaire pour les chevaux
qui ont été forcés par le travail, et dont la sueur est rentrée. Elle pousse dans les lieux humides et dans les prés. Ses racines sont longues ; noires en dehors, blanches en dedans.
Comme il est essentiel que la maîtresse de maison s’occupe du bonheur de tout ce qui l’entoure, je lui conseillerai de cultiver l’origand, plus connu sous le nom de petite marjolaine sauvage. Cette plante .est très abondante dans les bois. On en trouve en quantité dans la forêt d'Orléans etcheztous les herboristes instruits. Elle est très utile en décoction pour augmenter le lait des nourrices, en ce qu’elle facilite la digestion et procure un chyle plus abondant.
Son huile essentielle est excellente contre la douleur des dents causée par la carie.
L'on se sert de l’origand pour des bains de pieds et pour des bains de vapeurs, qui sont très bons : ceux-ci, pour apaiser les douleurs rhumatismales; et ceux des pieds, contre les pâles couleurs et les vapeurs.
Une chose que la maîtresse de maison ne doit pas négliger pour la conservation de la santé de tout ce: qui l’entoure, c’est la récolte des fleurs du pavot rouge des champs ou coguelicot. Cette espèce de pavot croît partout dans les champset principalement dans les grains, les chanvres ét lins, dont la belle fleur bleue fait un contraste admirable avec la fleur du coquelicot.
Dans cette plante, la fleur est la seule partie que l’on emploie. Toutes les maîtresses de maison à la campagne doivent en faire cueillir en quantité et la conserver pour l'hiver. Elleest adoucissante et facilite l’expectoration: dans les rhumes et dans:les toux sèches.
IL faut aussi qu’elle se fasse une provision de
feuilles de ronce, de safran, de sarriette, de sauge, de trèfle à quatre feuilles, de vulnéraire, de velvote, de fleurs de violette, de véronique odorante, d’absinthe, d’astère, de fleurs d'amandiers, du pas d'âne, de l’angélique , toutes plantes et fleurs qui sont d’une utilité reconnue et qui préviennent les maux, ce qui vaut mieux que de les guérir.
La verveine ou verveine odorante doit attirer toute l'attention de la bonne ménagère. Cette plante croît partout; sa racine est moins grosse que le petit doigt, garnie de quelques fibres blanches, d’un goût amer, et poussant des tiges hautes d’un pied et demi. Ses feuilles sont découpées, très ridées , d’un vert pâle, aussi d’un goût amer, et cependant en les frottant dans les mains , elles procurent une odeur très agréable.
Ses fleurs naissent en été en forme d’épis de couleur bleu; chaque fleur donne une semence.
L'on fait usage de cette plante à l'extérieur ebà l’intérieur. Le vin dans lequel on fait infuser la verveine, seulement pendant douze heures, est bon contre la jaunisse et les pâles couleurs. Prise en guise de thé, elle à un arome fort agréable; elle dissipe les maux de tête.
Les anciens appelatent la verveine herbe sa:
crée. Ils s’en servaient pour les couronnes des bérauts d'armes, lorsqu'on les envoyait annoncer la paix ou la guerre.
La maîtresse de maison ou la bonne ménagère doit aussi se munir de véronique : c’est une plante dont on distingue beaucoup d'espèces.
Celles en usage sont : la véronique des bois, la véronique femelle, etla véronique mäle ou the d'Europe.
La véronique des bois vient fréquemment dans
les pâturages et le long-.des haies. Sa-racine est fibreuse et rampante; elle pousse plusieurs tiges hautes d'un pied environ,
La véronique femelle diffère des autres : on la nomme velvote. Cette espèce de véronique femelle est très abondante dans le bois de Boulogne, près Paris ; elle croît aussi dans les blés. Sa ra; cine est blanche; ses feuilles sont d’un vert pâle, velues et molles.
Cette plante est vulnéraire et tempérante prise en lavement , elle arrête le flux de veutre et guérit la dyssenterie.
La véronique mâle, ou thé d'Europe, croît commuünément daus les lieux incultes, pierreux, dans les bruyères, même le long des haies et sur des coteaux exposés au soleil.
Sa racine est traçante et vivace; elle pousse des tiges menues,, longues ; rondes, nouées ; velues et serpentantes à terre. Ses feuilles ressemblent à fe du pruuier; elles ont une saveur âcre : ses fleurs paraissent au printemps et en été; elles sont en forme d’épis, communément bleuâtres.
Toute la plante de la véronique mäle est cé:
lèbre en médecine. L'on choisit, comme la meilleure, celle qui.croît aux pieds des, chênes. Elle reste verte toute l’année; ses feuilles sont amères, sudorifiques, vulnéraires et propres contre les toux sèches. L'on en fait un sirop qu’on emploie dans les enrouemens, les asthmes, les crachemens de sang .et les ulcères du pou: mon. L’on en fait aussi une décoction pour faire boire aux chevaux à qui les urines sont arrêtées.
Le thé véronique rend la tête plus libre, plus capable de soutenir l'application de l'étude; et tempère la vivacité du sang.
L'on a fait l’histoire de la véronique mâle, sous-le nom de {hé d'Europe, dans laquelle on a décrit toutes ses propriétés.
ILne faut pas nonplus dédaigner la benoïtelou recise. Cette plante croît dans les bois, dans les huies «et dans les lieux incultes des environs de Paris; elle se récolte au printemps. Sa racine est fibrense lorsqu'elle vient dans un lieu sec et chaud. Elle a une odeur de clous de gérofle, qu'elle ne conserve cependant point en séchant.
Sa-couleur est d’un brun noirâtre; ses tiges sont bautes d’un pied; ses feuilles supérieures sont d’un vert foncé.
Sa racine contient beaucoup de sel : un sachet de cette racine; coupéerpar morceaux et mise dans un'tonneauide bière , l'empêche de s’aigrir.
Elle est-très salutaire à donner en tisane aux enfans lorsqu'ils font des chutes, ei que l’on craint qu'ils n'aient intérieurement du sang extravase.
La bonne ménagère doit aussi se munir de petitecentaurée. Elle pousse abondammrent dans les terres sèchestetrsablonneuses; elle a plusieurs tiges. Ses feuilles:sortent de la racine ou naissentsur ces liges ; elles ressemblent beaucoup à celles du millepertuis, mais sont un peuplus grandes.
Ses feuilles-et ses fleurs sont amères selles sont très utiles contre les fièyres intermittentes ; elles font partie des vulnéraires:suisses.
1] fautaussi s’approvisionner de bouillon blanc ou moléne; plante bisannuelle, qui pousse une tige haute de quatre à cinq pieds, couverte d'une espèce de’ouate ou-coton. Ses feuilles sont grandes, molles, cotonneuses et blanches des deux côtés. Ses fleurs sont disposées en rameaux,
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qui montent à la hauteur desept à huit pouces; les fleurs du has de la tige tombent à mesure que le haut fleurit.
C’est en juin, juillet et août qu’il faut récolter ses fleurs.
Une maîtresse de maison rurale ne doit pas négliger de recueillir ces fleurs, qui sont émolbentes , pectorales, et qui, mêlées avec une décoction de miel, sont très utiles pour les enfans qui sont atteints de-rhume.
Cette plante n’est point rare; elle pousse le long des chemins: La nature semble prodiguer celles qui sont les plus salutaires.
Une autre plante non moins utile, c’est la bugle ou pelite consoude. Une maîtresse de maison rurale doit en faire ramasser l’été pour les besoins de l'hiver, tant pour elle que pour ses enfans , ses domestiques, et même ses bestiaux qui peuvent recevoir des coups ou s’en donner entre eux, cette plante Re vertu de dissoudre le sang grumelé.
L'on en fait boire aux enfans pour les chutes, infusée dans une décoction de miel.
Je me suis étendue sur la description des plantes que jeconseille à la bonne ménagère de conserver et de cultiver, plantes curatives et préservatives, parce que j'ai l’intime-conviction que l’on pare à bien des maux lorsquel’on a eu la précaution de s’en munir.
J'ai eu beaucoup de fois (lorsque j'avais le bonheur d’habiter la campagne) occasion de rendre des services à mes voisins , et de me prémunir moi-même contre des accidens qui deviennent très dangereux , lorsque l’on est obligé d'envoyer quelquefois à deux ou trois lieues chercher les plantes nécessaires pour la gué-
DE LA MAÎTRESS£. DE MAISON. 265 rison. IL est, je le répéterai jnsqu'à satiété, beaucoup plus avantageux de prévenir que de guérir.
Une plantation que je recommande essentiellement à la bonne ménagère, c’est celle des topinambours , appelés poires de terre. Cette plante est vivace, vient dans les plus mauvais terrains. Elle multiplie beaucoup, résiste au froid , et est presque indestructible. Il n’est pas besoin de la ressemer, et elle pousse pour aimsi dire d’ellemême dans les terres où l’on en a mis. Ses racines sont très nourrissantes ; elles tiennent un peu, pour le goût, de l’artichaut.
Ses feuilles et tubercules nourrissent les bestiaux ; les vaches à qui l’on en donne l’hiver sont plus abondantes en lait.
Ses tiges, étant séchées , donnent des branches assez fortes pour chauffer le four ; sa cendre est excellente et contient beaucoup de nitre.
Le topinambour est une plante dont la tige est assez grosse et s’élève à la hauteur de cinq à six pieds; son écorce est verte, rude au toucher ; ses feuilles sont larges vers la queue, et se terminent en pointe. Sur le haut des tiges sont des fleurs radiées comme les soleils vivaces des jar= dins , mais plus petites.
Ses racines sont de gros tubercules verdâtres , qui tiennent souvent de la figure de nos-poires, mais aussi quelquefois de figure irrégulière. Ces tubercules poussent en telle abondance, que six pieds en carré peuvent en donner trois à quatre boïsseaux:
Cette plante est originaire de l'Amérique septentrionale, el naturelle à la Nouvelle-Angleterre. Elle porte rarement graine en France, quoiqu'elle y fleurisse; mais elle se multiplie par ses
racines, et sa culture est la même que celle de ja pomme de terre. L'on pourrait préparer son écorce comme celle du chanvre.
Les bestiaux soût friands des feuilles. Les vers à soïe pourraient même s’en nourrir. L’on peut aussi faire des mèches avec la moelle des tiges, comme on en fait avec celle des rameaux de suréau.
Je me suis étendue sur la description du topinambour, afin d’inspirer à tous les cultivateurs le désir d’en cultiver.
La maîtresse de la maison de campagne doit, au printemps; redoubler d'activité pour se procurer les jouissances que donnent les plantes et grainëes qui ont été semées à celte époque.
Il faut faire repiquer les salades, les chouxfleurs, les cardons : pour ces derniers, il faut que la terre soil beaucoup plus fumée que pour les salades.
Les jardins qui produisent toute l’année doivent recevoir plus de substances, et conséquemnent doivent être fumés pour ainsi dire à chaque plañtation où semence nouvelle. Tl'est aussi très essentiel delconnaître et d'examiner la terre que Von cultive. "Les terres froides deñandent à être fumées avec des engrais provenant de fientes de pigeons, de poulets , et des fumiers de "moutons, tandis qu’une terre méuble et chaude, si elle est amendée avec ces engrais, Sera d’un très mauvais rapport. Il faut, aw contraire, à cette dernière, du fumier de vache mêlé (si on le peut) avec celui de cochon.
En-général, il faut bien étudier la nature de la térre ävant de lui donner un ‘engrais, sans quoi l’on risque de perdre ses semences.
Ibést aussi d’une nécessité urgente de ne fu-
mer les espaliers qu'avec du fumier de vache, parce qu'il est très utile aux pêchers, aux abricotiers, ainsi qu'aux chasselas et aux muscats, et que l’exposition du midi (nécessaire aux espaliers ) échauffant la terre beaucoup plus, attendu la réverbération de la chaleur du mur, elle est plus susceptible de sesécher, de se fendre même, et que ce fumier porte avec lui une espèce de graisse humide, qui entretient la fraîcheur avantageuse pour l’accroissement des fruits.
C’est aussi dans cette saison qu'il faut choisir à la treille des brins bien luisans et annonçant de la vigueur, pour faire des marcottes. Pour cette opération, l’on prend des pots de grès (pots à fleurs) troués par le fond, dans lesquels on introduit les brins de vigne (chacun dans un pol). On les emplit ensuite de bonne terre.
Il est indispensable de soutenir les pots avec des cordes , afin qu'ils n’entraînent point la branche par leur poids. Ces branches pousseront vigoureusement et donneront des grappes en quantité.
Lorsque le temps de récolter le raisin .est veuu, l’on coupe la branche au ras du dessous du pot, et on la laisse dans la terre.
Ayant la facilité de rentrer ces pots toutes-les nuits, et même le jour dans les temps de pluie, l'on conserve ces raisins très fraisjusqu'au mois de mars. Avec ces petits soins l’on se procure l'agrément de les servir au dessert, et certes il est agréable de cueillir encore du raisin à cette époque.
Je me suis souvent donné ce plaisir, et le berceau que mes:pots formaient sur la table récrézit agréablement mes convives, et me procurait le EDR: de les satisfaire,
Cette jouissance ne coûte rien qu’un peu d’attention : elle a même encore une utilité qu'il faut aussi apprécier.
Ces branches qui vous ont procuré toùt l'hiver de l'agrément, ont acquis un chevelu très fort. Elles sont très utiles pour la plantation , et portent du fruit plus tôt que les autres plants.
Quant aux carrés où l’on repique des chouxfleurs et des cardons , lon ne court aucuu risque à les engraisser avec des fumiers de chevaux ou de moutons, parce que ces deux espèces de légumes ont besoin d’une extrême chatons pour venir convenablement. Le cardon‘est une plante potagère qui se multiplie de graines, et dont il y à deux espèces renommées , savoir : le cardon de Tours et celui d'Espagne.
Ces plantes sont des espèces d’artichauts , dont elles ne diffèrent que par les épines dont les angles des feuilles sont armés.
Lorsque les feuilles du cardon sont parvenues à leur grandeur, on les enveloppe de paille et on les butte au moins d’un pied de terre, qui, en diminuant le contact de l'air, les fait blanchiret les attendrit.
Ce sont les. côtes blanchies de cette plante, dont l’on ête les bords minces et feuillés, que l’on sert sur les tables les plis somptüeuses:
Il faut aussi à ces plantes beaucoup darrosemens ; l'humidité, loin de diminuer l’action du fumier de cheval, ainsi que cela arrivérait à celui de vache, l'échauffe et donne aux plantes une vi-
ueur qui empêche les choux-fleurs de monter et Ês cardons d’avorter.
IL est un autre légume que la maîtresse de maison ne doit point dédaigner, ce légume est l’artichaut. Il présente un intérêt particulier, surtout
DE LA MAÎTRESSE DE MAISON. 269 si Von est près d’un endroit où l’on puisse en trouver le débit.
Il y a cinq espèces d’artichauts connues;,-savoir : le violet, le vert, le rouge, le sucré de Gênes et le blanc. Chacune de ces espèces arses avantages et ses inconvéniens. Le blanc estle plus hâtif, mais il est très petit et très difficile à élever ; le violet procure peu de profit ; c’est ce-
endant celui dont on fait le plus d'usage dans es départemens ; le rouge n’est bon à manger que jeune, à la poivrade : si on le laisse grossir, sa chaire devient dure ; le sucré de Gênes a un goût fin et agréable étant mangé cru , mais il dégénère la seconde année, ou tout au plus tard la troisième,
Le vert est pour ainsi dire le seul cultivé par les maraichers. Cette dernière espèce devient, par la culture et par les soins que l’on en prend, d’une très grande beauté, surtout si on ne laisse sur le pied que la maîtresse pomme.
L'on doit, avant l'hiver, couper les tiges d’artichauts , qui se conservent si l’on a lattention de les mettre dans du sable. Cette précaution est indispensable quand on veut les garder un laps de temps assez considérable. Cette plante est très délicate à la gelée :on l'en garantitiensla couvrant de litière. j
Dans les jours doux d'hiver, ilifaut donner de l’air.du côté du midi, au cœurdela plante, dans la crainte qu’elle ne pourrisse. On la multiplie par œilletons, Dans les endroits humides, il est essentiel de planter sur des ados.
L’artichaut se mange cru, ou fricassé ; ou confit, ou frit, L’on fait sécher les culs au fourpour gaxnir les fricassées l'hiver.
Le mulot est un ennemi destructeur des arti-
chauts. Le moyen de les en garantir est de planter autour du plant des cardes potrées, qui, étant plus tendres, sont plus de son goût.
Ainsi que je l'ai dit, la maîtresse de maison doit se pourvoir de tout ce qui peut êtreutile, soit pour parer aux accidens, soit pour y rémédier.
Elle doit corséquemment semer de l’anis. Cette plante est annuelle : ses fleurs sont blanches, petites et disposées en parasol.
Sa tige s'élève d'environ deux pieds ; ses feuilles supérieures sont d’un vert foncé, et sont très découpées.
Toute cette plante est aromatique ; sa semence est propre à chasser les vents. Elle est stomachique et digestive; on l’emploie contre l’enrouemenut et la toux.
On fait avec l’anis différentes liqueurs ; on en fait aussi des dragées qui guérissent les mauvaises baleines , fortifient l'estomac, et procurent abondamment du lait aux nourrices.
A côté des légumes seront les plantes moins importantes , mais agant leur degré d'utilité. Ces plantes sont.: l’aurone femelle, que l’on cultive sous lenomde grande-et petite citronelle. Cet arbuste ne quitte point ses feuilleset récrée là vue
ar sa verdure, lorsque tous les'autres annoncent e deuil de la nature: mais cé nesont pas là ses qualités essentielles : laurone procure une boisson très agréable et ressemblante à la limonade. Elle remplace économiquement les citrons que l’on a quelquefois de la peine à se procurer, lorsque la maison rurale est éloignée d'une où deux lieues de la ville.
L’aurone , infusée seule dans du vinaigre, sup- Plée avec avantage à la lavande pour les usages
de la toilette. Elle a les mêmes propriétés que Vabsinthe.
Elle doit aussi planter de la berce ou fausse branc-ursine (1). Cette plante demande äsêtre arrosée souvent, attendu qu’elle croît plus abondamment dans les prairies humides ; elle fleurit en mai et juin. Ses feuilles ressemblent à celles du panais. L'on assure que ses feuilles et ‘sa graine, infusées avec du genièvre, procurent une boisson ayant le goût de Ja bière. Je n’en ai jamais fait l'expérience; mais j'atteste qu’elle est excellente pour les lapins, qui en sont très friands, et qu’elle donne à leur chair un goût agréable, ressemblant beaucoup à celui des /apins de Cabourg, qui sont très renommés.
Ï1 faut que la maîtresse de maison fasse semer au mois d'octobre de la carotte rouge, qui est la plus estimée et la plus sucrée; elle est aussi la plus grosse : mais il faut qu’elle n’en sème absolument que pour s’en procurer de fraîches de bonne heure, ces espèces de légumes venant beaucoup plus avantageusement lorsqu'on les sème au printemps.
Les lapines doivent aussi attirer l'attention de la ménagère. Quand elle n’en aurait que troisken quatre, elles peuvent éviter, par le produitide Jeurs petits, de la dépense pour la nourriture, soit qu'on les fasse rôtir ou qu’on les mette en civet où en pâté.
Une chose qu’on ne doit pas négliger à l'automne, c’est de faire des chapelets de carottes,
(1) On lui a donnélé nom de branc-ursine, parce qu'on a cru lui trouver quelquereéssemblance avec les pieds d’un ours, — Ses fleurs sont en ombelles blanches et purpu rines, à cinq pétales. Ses feuilles sont émollientes.
que l’on fait sécher aù four; ils se gardent pour l'hiver, et sont d’une grande ressource. Ces carottes séchées donnent autantde goût aux potages et aux autres mets que lorsqu'elles sont fraîches. Elles colorent le bouillon, maïs elles ne sont pas bonnes à manger. (Voyez plus haut.) +
La bonne ménagère doit aussi faire plantér plusieurs pieds de cassis. C’est une sorte Le groseïller à fruit noir, qui serait mieux désigné sous le nom de groseiller noir que cassis, et même que poivrier, ainsi que l'ont fait quelques personnes.
Les fleurs du cassis sont de la même structure que celles du groseïller, mais elles ont une odeur forte et vineuse qui déplaît
Ses feuilles, infusées dans de la piquette, lui dons de la couleur et même un petit goût agréable.
Érs cassis a été célèbre pendant un certain temps, eton lui attribuait de grandes propriétés. En 1722, il parut un traité intitulé : Propriétés admirables du Cassis. Ces vertus si vantées n'ayant été suivies d'aucun succès, le cassis est resté dans l'oubli” Néanmoins son fruit fait d’excellent ratafia ; etest très'ütile pour donner de la force et de la couleur au vin:(r)
La plantation des cassis ne doit point nuire à la plantation des groseillers ; il faut au contraire en planter le plus possible, et ne pas négliger les groseïlles blanches, qui ont un goût plus savoureux que les rouges:
Ces deux fruitssemélent ensemble lorsque l'on fait des confitures. On fait aussi de l’eau de gro-
(1) J'indiquerai la manière de faire ce ratafa ct le vin du pauvre avéc les grains de cassis.
seille pour servir de boisson rafraîchissante l'été (1). Elle est excellente pour les malades et les convalescens.
Quant aux autres arbres fruitiers, la "seule saison de les planter est l'automne ; ils ontule temps d'assurer leurs racines dans la terre avant le printemps, et la pousse est plus certaipe.
11 ne faut pas que le désir d’avoir beaucoup d'arbres fruitiers nuise à la semence des plantes qui servent à la nourriture au printemps ; conséquemment il faut qu'elle fasse repiquer de l’oseille vierge , qu’elle aura le soin de faire couvrir de paille lors des gelées; avec cette précaution, elle récoltera de l’oseille dans le mois de mers; et, à celte époque, ce légume est encore rare. Elle doit aussi planter de la poirée.
Il y a plusieurs espèces de poirées , savoir : la bette ou poirée blanche, et la rouge, que l’on nomme betterave. Celle-ci se sème dans le mois de juillet pour être récoltée en septembre.
Ce sont des cottes des bettes blanches que l’on nomme cardes poirées, qui se mangent en entremets à l'automne et se gardent confites pour l’hiver, ainsi que je l’ai indiqué plus haut.
Les cardes poirées se plantent dans leswpre= miers jours d'octobre ; il faut avoir soinvdesles couvrir et de les garantir de laneïges afin d’en avoir de bonne heure au printemps. (2)
Ce ne sont que les pieds de poirées replantés
(r) J'indiqueräi la manière la plus économique de la confectionner.
(2) Celles que l'on recueille aux mois de juillet et-d'août ne se repiquent qu'au mois d'avril suivant.
en planche, qui poussent de grandes fanes, ayant dans le milieu un coton blanc et épais : ce coton est la véritable carde.
Les racines des betteraves sont grosses et allongées; il y en a de jaunes et de rouges; les jaunes sont plus savoureuses et plus sucrées: On les mange en salade, après les avoir fait cuire au four; bouillies dans l’eau, elles sont moins bonnes, Mises dans un pot au feu , elles donnent un goût excellent au bouillon et à la viande.
Les racines crues de ces plantes se conservent dans le vinaigre et dans le sel; elles fermentent, deviennent acides et agréables à manger.
Ces plantes sont aussi très précieuses pour les bestiaux. Un propriétaire d'un petit Lomé
eut rivaliser avec un plus riche que lui, s’il a É bon esprit de semer des betteraves pour nourrir ses moutons. Elles les engraisseront très promptement.
Margraff en a extrait du sucre. Il w’est personne qui ne sache aujourd’hui que l’on en extrait facilement. Les anciens ne connaissaient que la bette ou poirée, et ignoraient les avantages que l'on pouvait retirer de la betterave.
La capucine est aussi une plante que la maitresse de maison ne doit pas dédaigner. Elle est originaire du Pérou ,.et est très commune dans nos jardins. La tige déliée de la capucine est rampante et s’entortille aux corps environnans, Sa fleur est belle par la vivacité de ses couleurs: Son fruit se confit dans le vinaigre, et supplée aux câpres dans les ragoûts. On le sert même en horsd'œuvre.
La capucine a le goût, l'odeur et les propriétés du cresson alenois.
Dans un coin du jardin, et dans la partie la plus sèche et la moins bonne, la ménagère rustique fera planter des genevriers. On sait que les grains infusés dans de l’'éau-de-vie sont un stomachique très fort, et que l’on fait brüler les feuilles ettiges vertes pour fumer les jambons dits de Mayence, les saucissons, et toutes les viandes, soit de bœuf, de porc, où de mouton, que? lon conserve par la fumée. Les grains’ de genièvre se mettent aussi comme le poivre non moulu, dans certains ragotts.
Que dans sa cour soïent plantés cà et là, le long des murailles , quelques genevriers ; marronniers d'Inde, buis, dont elle abandonnera les fruits à Ses enfans, pour leur servir de jouets. Ces arbres, toujours verts, récréeront la vue : il faut aussi leur adjoindre quelques cerisiers, ou autres arbres à fruits communs, mais jamais de muürier, parce que son fruit qui, dans la saison couvre la terre, est malsain, et pourrait nuire à sa jeune famille. Il faut aussi proscrire le noyer, à raison de la fraîcheur qu’il répand mais, ces arbres exceptés, qu'il s’en trouve dé plus possible le long des murs , et surtoutanprès de la fontaine ou du puits. Rien à la fois de plus sainet de plus gracieux:
I! est indispensable d’avoir du cerfeuil'etmême en quantité.
Le cerfeuil est une plante potagère très commune: Ses feuilles sont semblables à celles de la ciguë et du persil; mais plus petites. L’onsème la graine de cerfeuil tous les mois, excepté cependant lorsque lon éprouve de fortes gelées. Gette planteest bonne:pour les maladies de peau. L'on en fait anssi des décoctions pour en faire une boisson rafraichissante:
Il existe un autre cerfeuil surnommé musqué; il ressemble à la fougère, ce qui lui a fait donner le nom de fougère musquée. L'on:s’en sert dans les cuisines pour aromatiser les ragoûts.
Le cerisier est un arbre qui mérite trop de reconnaissance pour que la maîtresse de la petite maison rurale ne s’empresse pas d'en planter: Il en existe beaucoup, et de genres différens, tant par leur port que par leur couleur, la forme et la saveur de leurs fruits.
Le cerisier commun est un arbre dont le tronc ne vient que d’une moyenne grosseur. Il ne s'élève pas très haut etest garni de beaucoup de rameaux fragiles. C’est un des premiers arbres qui fleurissent; ses fleurs ont un éclat charmant parleur blancheur et leur multiplicité.
A la fleur succède un fruit arrondi et rouge, lorsqu'il mürit, ce qui contraste agréablement avec sa verdure. La chair de ce fruit a beaucoup de saveur, et est fort saine.
En faisant fermenterle jus de cerise avec les noyaux concassés, l’on obtient une très bonne boisson, surtout lorsqu'on y ajoute du miel. Cette boisson se nomme vin de cerises. Le jus prend; au moyen du. miel, et en raison de la quantité qu'onsen.met autant de force que le vin de raisin. Les cerises , soit crues , soit préparées de diverses manières, font l'ornement des tables. On en fait aussi sécher au four, avec lesquelles l’on prépare des compotes délicieuses.
L'on tire à l’alambic une eau-de vie de cerises fermentée, très violente. Celle que l’on nomme, dans la Lorraine allemande, Xirchenwasser, se fait avec des merises, qui sont encore une espèce de cerises.
On doit planter en moins grande quantité le bigarreaulier, par la raison qu’on ne peut conserver son fruit que confit dans de l’eau-desvie, et qu'il s'en faut de beaucoup qu’il ait la saveur des cerises que l’on prépare de même. La chair du bigarreau est blanche.et rouge, d’un très bon goût, mais de difficile gestion ; 1l est de plus très sujet à être piqué des vers. Le bois du bigarreautier est beaucoup plus dur que celui du cerisier, et est très recherché des ébénistes.
Il est encore d’autres espèces de cerisier qui conviennent aux grands propriétaires assez heureux pour s'occuper d'agriculture, et qui peuvent sacrifier quelques perches de terre à les cultiver, tels que le cerisier appelé bois de Sainte-Lucie. Les fleurs sont superbes et son boïs est très recherché par les ébénistes. Le mahaleb est aussi très beau; mais, je le répète, une petite propriété doit être consacrée à l’utile. La maîtresse ne doit done s'occuper que de la plantation du cerisier dit de Zollande; il donne un fruit fondant et savoureux, qui müûrit après les autres.
Pour faire des confitures, des cerises sèches, des cerises à l’eau-de-vie, la cerise dite de Montmorency est celle qw’elle doit préférer, sa chair étant plus ferme.et plus juteuse.
Les cerisiers se plaisent dans unesterre légère et meuble; ils demandent plus de chaleur que d'humidité, et exigent peu de culture.
Long-temps on a été dans la croyance qu’il ne fallait pas tailler les cerisiers, parce que, disaiton, la Serpette les faisait mourir. C'est une erreur bien grande. Jai eu chez moi une allée de cerisiers, qui, plantés dans une bonne terre, poussaient avec une rapidité qui nüisait à leur pro-
duction. Je les fis rabattre, et, l'année suivante, ils poussèrent aussi vigoureusement et me donnèrent beaucoup plus de fruits.
Lorsque la maîtresse de la maison rurale aura terminé toutes ses plantations, elle doit s'occuper de la conservation de ses arbres et faire en sorte de détruire les insectes qui nuisent aux fruits. De ce nombre sont les œufs des chenilles.
Ilexiste des lois qui commandent d’écheniller; mais , hélas! l’insouciance des propriétaires, le peu d'attention de ceux qui sont préposés à cet important ouvrage, rendent à peu près nulles les sages précautions des législateurs.
C’est ordinairement vers la fin d’avril qu'avec degrands crochets l’on abat toutes les branches qui sont enveloppées du tissu qu’ont fabriqué les chenilles lors de leur transformation , et où l’on présumée qu'elles ont déposé leurs œufs.
Cette opération est, comme je viens de le dire, nulle, et ne remplit pas le but de la loi. Premièrement, parce qu’à l’époque où l’on échenille, il ny a plus où très peu d'œufs dans les cocons;:qu'ils sont éclos, et que les chenilles se sont partagé leur domaine.
Comme il-estressentiel de couper le mal dans sa racine , ce sontles œufs qu'il faut détruire , et, pour y parvenir, il faut chercher les endroïts où 1lstsont déposés et les en ‘arracher l'hiver, bien avant que la température du printemps Îes ait fait-éclore: Tant que l’on ne prendra pas ce soin, le cultivateurintelligent etsoigneux, voisin dun ignorant et paresseux, aura ses fruits et ses potagers rongés par les chenilles, un coup de vent les chassant quelquefois beaucoup plus loin qu’on ne pense.
Les chenilles qui vivent en société sur les haies sont celles qu’il est encore plusinécessaire de détruire que les autres, parce qu'elles paraissent des premières et qu’au bout de quelquetemps elles se dispersent et vont s'emparer des jeunes boutons à ire
C’est donc dans le mois de février au plus tard qu'il faut en faire la recherche. L'on trouve leurs coques attachées aux branches.
Un très grand nombre d’autres chenilles s’introduisent dans la terre et s’y forment une retraite. Tous ces insectes prouvent combien la nature a donné d’instinct même aux plus petits pour calculer les saisons et pourvoir à leur conservation. Tout est diversifié, tout est mesuré relativement à leurs besoins et à leur durée.
Ce sont ces variations et ces soins qu’il est essentiel d'étudier pour les détruire. C’est plus particulièrement dans les potagers que les chenilles font leurs coques en terre : donc c’est en bêchant qu'il faut faire la plus grande attention à la coque , et ne pas se contenter dé la crever avec le tranchant dela bèche ; les œufs échapperaient et l'ennemi ne serait pas détruit.
La chenille qui dévore les choux est impore tante à connaître, afin de la détruire, cet‘än: secte frustrant le cultivateur d’un légume-d'une grande ressource pour sa nourritureñet celle de ses domestiques.
Cette chenille est d’un jaune pâle , piquée de quelques points noirs. Elle se change en un papillon de couleur citron clair, piqué de noir, On le trouve en grande quantité dans les jardins depuis le mois de mai jusqu’à la fin d'octobre, T1 voltige de feuille en feuille pour se nourrir et
rechercher son espèce, afin de s’agcoupler et de multiplier.
En examinant ce papillon, on verra un petit œuflong, jaune, et placé sur une feuille de chou. Il y a des années où lés choux en sont couverts.
Lorsqu'ils sont éclos , les chenilles se cachent pendant le jour dans le cœur du chou ; et ne viennent le ronger que pendant la nuit. C’est ce temps
w’il faut saisir pour les surprendre. À la lueur dus lanterne, on les ramasse facilement, et lon empêche le chou d’être dévoré.
Il est encore beaucoup d’autres espèces de chenilles qui ont été remarquées par les naturalistes , telles que la chenille livrée , la commune, la chenille à oreilles , etc. , etc. , dont je ne donnerai point la description. Mon but, dans cet ouvrage, n’est que de faire connaître aux cultivateurs les espèces de chenilles qui peuvent être nuisibles aux plantes potagères et aux arbres, afin de leur démontrer la nécessité de détruire cet ennemi de leurs propriétés.
Il est présumable que la maîtresse de Ja petite ReEee voudra aussi se procurer la jouissance
e quelques jolis arbustes qui lui récréent la vue, flattent l’odorat et ornent les jardins. Sans contredit, de &e nombre est le rosier. Il est donc nécessaire de lui faire connaître le plus cruel ennemi de cet arbuste. Cét ennemi est encore une chenille connue sous le nom d’impitoyable ou mange-rose. C'est une espèce de chenille tellement pérnicieuse aux boutons de rose, qu’elle en consume en peu de temps le cœur et toute la substance. Ii est donc nécessaire de faire la guerre à cette chenille.
L'on s’apercoit très facilement lorsqu'elle atta-
ué un rosiér ; ses feuilles se tortillent et Parbre languit. Outre l’agrémeut que procurent de beaux rosiers, c’est que la récolte des feuilles de rose est assez importante pour qu’on y apporte attention.
Il est très essentiel de planter du cochléaria : c’est une plante très utile contre Je scorbut. Elle est une espèce d’ântidotecontreles chenilles, qui fuient son odeur. Cette plante a une saveur piquante qui guérit la sécheresse et provoque la salive.
Le chèvre-feuillé doit aussi être distingné parmi les arbrisseaux ; il a l’avantage de prendre facilèment toutes les formes que l’on veut lui donner.
Cet arhuste est 'originaire d'Amérique, conséquemment un peu sensible au froid. Néanmoins il fleurit dans presque toutes les saisons de l’année. Sa fleur distillée guérit l’inflammation des yeux, et est très utile à ceux qui ont la vue faible.
Ise multiplie de bouture, eroît très vite, même à l'ombre ; ce qui permet de le mettre aux pieds des arbres.
Une chose que la maîtresse de maison ne doit pas oublier, afin de se procurer dans tous les temps des jouissances, surtout des-plantés qui exigent peu de soin, c’est la cie ou civette, plante potagère. Cette plante produit beancoup de feuilles qui sont comme de petites brindilles, que l’on-coupe à fleur de terre pour mettre dans les salades.
L'on en distingué trois espèces : &cive de Por tügal, la grosse cive d'Angleterre et la petite cette ou ciboulette. LA racine de là cive est un
assemblage de petites bulbes, comme l'échalotte. Elle a un goût plus fin que la ciboule.
L'on fait avec la cive des bordures dans les potagers , qui ne nuisent à aucune plante. Elle se multiplie par rejeton , n’exige point une grande culture, et donne un goût très savoureux aux salades de toute espèce.
La maîtresse de maison doit aussi faire semer de la corne de cerf. Getie plante est ainsi nommée, parce qu’elle représente des petits hois de cerf. C’est une plante potagère qu’on emploie dans les salades, et qui est d'un goût très agréable.
La courge ou calebasse doit être cultivée par les petits propriétaires, afin de se procurer/les jouissances trop souvent réservées pour les gens riches.
La courge est une plante annuelle , qui pousse plusieurs tiges sarmenteuses, grosses comme le doigt. L'on en distingue trois espèces : la courge longue, la grosse et la calebasse. La chair de la
remièreest rafraîchissante ; l’on.en fait uue con- Re très estimée.
La seconde est ronde, et sert aux mêmes usages que la première.
La troisième est nommée calébasse ou flacon, à cause de sa figure qui ressemble”#"une bouteille. Lorsque ce fruit est parfaitement mûr et bien sec, on le vide, ét il fait d'excellentes bou teilles pour les gens de la campagne, dans lesquelles ils emportent de quoi se rafraîchir dans les champs.
L'on emploie la chair de la courge dans les potages ou en fricassée. On l’apprête aussi dans de la pâie, et on la fait frire comme les artichauts. C’est un aliment très rafraîchissant.
La dent de lion ou pissenlit doit occuper au moins une planche dans le jardin de la bonne ménagère. Cette plante est utile au printemps pour composer des salades aussi rafraîchissantes que la chicorée sauvage. -
Lorsque le pissenlit commence à durcir, one cueille poar les lapins, qui en sont très friands, et qui s’eugraissent très promptement avec celte plante.
L'échalotte doit aussi êtrecultivée, cette plante étant d’un grand usage dans les cuisines. Souvent la nielle l'attaque ; elle jaunit et.coulé,,. ce qui la rend fort rare. Pour lui rendre de Ja: wigueur et la guérir de cette.espèce de maladie, il faut la couvrir de cendres et.d’herhages verts.
Comme il est dans l'intérêt de la bonne ménagère de tont utiliser, je lui conseille de planter dans sa cour une haie d’épine-vinette. La fleur de l’épine-vinette a une $ingularité .qui doit être mise au nombre des phénomènes des végétaux.
Lorsque l’on touche avec un stylet les pédicules de ses étamines, elles se replient du côté du pistil, et il n’est pas rare qu’elles entrainent avec elles les pétales, et que la fleur neyse referme.
A ses fleurs succède un fruit. mou$ longde trois ou quatre lignes , qui devientrouge en mûrissant et d’un goût acide assez agréable. Les fruits de l’épine-vinette sont rafrañchissans et astringens. Onles mange rarement crus, mais lon en fait d'excellentes confitures et des dragées ayec les pepins.
Ces fruits ont encore l'avantage de colorer en rouge le papier bleu. ‘On les emploie aussi à se
284 MANUËL procurer une teinture jaune. Îls servent de même à lustrer les cuirs corroyés.
L’herbe de Sainte-Barbe est une plante très agréable. C’est une espèce de cresson qui fleurit en mai et juin ; elle reste verte tout l’hiver, surtout si on a l'attention de la garantir de la neige. Cette herbe ou plante sert à orner les salades, lorsque les fournitures sont épuisées. Eile se conserve jusqu’à ce que les autres la remplacent.
Les gens de la campagne recherchent cette plante. Ils la pèlent légèrement, la font infuser pendant un mois dans de l’huile d'olive, êt s’en servent ensuite avec succès comme d’un baume excellent pour les blessures. On en compose aussi une tisane pour les coliques néphrétiques et pour l’hydropisie naissante.
Un légume qui ne doit point être à dédaigner par la bonne ménagère, c’est le co/sa, espèce de chou, que l’of cultive en grand et avec succès dans les environs de Lille, où il estunobjet considérable de commerce.
Tout est utile dans le colsa : sa graine donne une huile semblable à celle de la navette; elle est excellente pour brûler et pour fabriquer le savon noir. :
Les pains ou fourteaux de colsa, dont on a exprimé l’huile, nourrissent et engraissent les bestiaux. Les vaches à quil’on en donne mélés avec du son, ont du lait très abondant.
Toutes les volailles mangent la menue paille qui sort du van. La grosse paille sert à chauffer le four.
Le colsa se sème et on le replante comme les choux. On le récolte à la fin de juin ou au commencement de juillet. On le scie comme le
blé lorsqu'il est jaune; on le met ensuite en meule pour qu’il fermente , ce qui Jui fait rendre beaucoup plus d'huile.
IL serait à désirer que les petits cultivateurs, et encore plus les grands, imitassent les Flamands ; qu'ils semassent et plantassent du colsa dans les terres qu'ils destinent à rester en jachères ; cela engraisserait leurs moutons, et ils auraient un bénéfice qu’ils ne peuvent attendre de terres qu'ils laissent incultes.
Dans un coin du jardin , la maîtresse de maison fera semer des tomates, qui colorent si agréablement les sauces et se vendent très bien, par Ja raison qu’elles sont à la mode; elles croissent avec la plus grande facilité. Mais qu’elle consacrebien plus de terrain au blé de'l'urquie : elle retirera un grand avantage de ses feuilles, qui sont très abondantes et très profitables à donner aux vaches. Les petits épis, qui sont au bas de la tige supérieure, infusés dans du vinaigre, procurent des cornichons excellens. Lorsque les tiges sont trop chargées d’épis, on les en dépouille , et les jeunes grains se mangent comme des petits pois.
L'on prépare encore un mets délicieux avec les jeunes grappes. Lorsqu’elles sont grosses comme le petit doigt, on les fend en deux etonles fait frire comme les artichauts ou les salsifis:
La tige du blé de Turquie, autrement dit du maïs, contient un suc qui produit un sirop très doux, et qui a le veritable goût de sucre.
En pilant les grains du maïs ou du blé de Turquie, et en les faisant macérer dans l'eau , on en obtient une liqueur vineuse qui enivre, et dont on peut retirer un esprit assez fort.
Les avantages que procurent ces grains sont
infinis : une grande partie des hommes et des animaux privés en font leur nourriture. Ils engraissent les volailles, qui profitentà vue d'œil. Les chapous de Bresse, si fort en réputation, et qui pèsent dix à douze livres , en sont une preuve.
Il serait peut-être possible d'obtenir de cette plante une liqueur sucrée. qui servirait à faire des compotes, des infusions de thé, ou de toute autre boisson qui. exige que l’on y ajoute une partie sucrée.
Cette plante réunit tant. d'avantages que les propriétaires devraient la multiplier É plus possible , et surtout les petits propriétaires, qui doivent tout caleuler pour se procurer des jouissances, et augmenter leurs domaines , et assurer l'existence de leur famille.
Donnons à la maîtresse de maison les moyens de trouver du sucre et du café dans son jardin. Pour obtenir le premier , elle doit avoir au moins une demi-douzaine de ruches (mouches à miel) qui lui donneront de grands profits, sans compter les bénéfices qu'elle retirera des jetons et.de la cire.
Elle doïit.ensuite avoir la précaution de semer du pois-cafë (1), qui n'a pas, comme toutes les autres plantes que l’on aessayées un goût âcre etoccasionnant des flatuosités désagréables /Gardé pendant deux ans et brülé avec soin , il procure
(1) C'est à M. de Choïseul-Goufher que l'on doit son introduction en France; et depuis 1787 qu'il eut la bonté de m'en donner, je n'ai pas cessé de le recommander anx amis de l'agriculture. Il-se vend chez M. Tollard l’ainé, grainier, quai aux Flenrs. Cette plante se nomme do/ier cultivé (lotus tetragonolobus ).
uneïllunsion complète pour le goût et-la couleur. Il faut observer cependant que, si vous mettez, dans une quantité LAURE déterminée, deux ou trois cuillerées de véritable café, il faut en mettre six et même sept de pois-café, afin qu’il fasse la même illusion pour le goût et pour la couleur.
Il m'est arrivé, dans les temps calamiteux que nous avons passés , d’en servir à des gourmets de café, qui me regardaient comme très heureuse d’avoir pu m'en procurer.
La culture de ce pois est très facile : il ne rame point ; sa feuille approche beaucoup de celle du trèfle ; sa fleur ressemble à celle de la pensée ; elle a l'odeur aussi suave que cette plante d’agrément. La grosseur et la grandeur de sa cosse dépendent du soin que l’on prend de sa culture : il vient cependant dans tous les terrairis, excepté dans les sables.
Je conseille à la maîtresse de maison d’en semer au pied de ses espaliers : ils ne privera pointses arbres de l'influence de la rosée, ni de la chaleur du soleil, sa crue ne dépassant pas dix huit pouces.
. Lorsque sa gousse commence à blanchir, il faut Parracher et le mettre sécher au soleil, et avoir soin de le retirer le soir , ‘pour qu'ilnersoïit point imprégné de la rosée du matin: I! serait même plus avantageux de l’étendre aux fenêtres des greniers, à l'exposition du midi; néanmoins, pourvu qu'ilene soit point exposé à l'humidité, il se conserve très bien et très long-temps. Jai même observé que plus il vieillit et plus il acquiert le goût de café véritable ; mais il ne faut pas semer celui que l'on garde pour la consommation. Le pois-café récolté en août doit être
semé en ma et celui destiné à être employé (comme café) peut se conserver au moins deux ans, pourvu (ainsi que je viens de le dire) qu'il soit à l'abri de tonte humidité.
La figue. Les cultivateurs d'Argenteuil emploient pour accélérer la maturité de la figue, un procédé très simple et fort bon. Il consiste à eu piquer , ou seulement d’en toucher l'œil avec une très petite goutte de bonne huile d'olive. La figue gagne dix à douze jours sur sa maturité.
Le raisin. Quand le raisin approche de sa maturité, on l’enferme dans des sacs ou on l’entoure de papier, avec l'attention d’en tordre et d'en étrangler la queue avec le fil dont on le noue, Il est bon de garnir les raisins de treille, de papier, lors même qu'on ñe voudrait pas ralentir leur maturité de végétation en: leur tordant la queue : cette précaution les garantit de la piqûre des rats , des oiseaux, des fourmis, ete.
La prune. Pour conserver Ingtenps la prune, cueïllez-la à mi-maturité et déposez-la dans une glacière ou laiterie où tout autre endroit bien frais : elle y acquérera lentement sa maturitéssecondaire, etvous pourrez en servir trois semaines après que les premiers seront dépouillés de leur fruit. Ce produit réussit pour tous les-fruits charnus. On sent combien il est avantageux de pouvoir présenter ou vendre des fruits long-temps après leur saison. (
La groseille. Empaillez le groseiller au moment de la prochaine maturité : abrité des rosées, de la chaleur du soleil, même de la lumière, qui aussi contribue à mûrir, sa maturité complète est infiniment retardée, et on cueiile des groseilles bien fraîches et bien müres, jusqu'au moment
—…— a. __ Re me
des gelées. On peut aussi essayer ce procédé sur des ceps de vigne d’une nature peu sucrée, mais cela réussit moins bien.
La fraise, la framboise , l'abricot , la péche doivent être cueillis vingt-quatre ou quarantehuit heures avant le demi-degré de maturité, afin qu'ils ne perdent pas leur arome , et ne deviennent point pâteux.
Le melon. Presque toujours, le melon mûrit inégalement , et frappé d’un côté, il n’est point mûr dé l’autre. Détachez-le de sa tige, et laissezle acquérir une maturité secondaire, en partie sur la couche, en partie à la serre d’été, ou si le temps est très chaud, dans un lieu frais ; il sera excellent, tandis que müûri sur pied il eût valu deux fois moins : il sera savoureux et fondant, ainsi que de facile digestion.
I1 ne faut pas manger les fruits à l'arbre : les fruits rouges, surtout, ont beaucoup mc'ns d’acidité et sont meilleurs cueïllis quelques heures à l'avance.