‹ Manuel complet de la maitresse de maison et de la parfaite ménagère, ou Guide pratique pour la gestion d'une maison à la ville et à la campagne, contenant les moyens d'y maintenir le bon ordre et d'y établir l'abondance. Par Mme Gacon-Dufour. Seconde édition, mise dans un nouvel ordre et très augmentéeChapitre 25 sur 28 · CHAPITRE XXII er DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII er DERNIER

JOURNÉE DE LA MÉNAGÈRE RURALE. — RÉGULARITÉ DANS LES OCCUPATIONS.—VEILLER À TOUTES LES PARTIES DE LA MAISON.— NE RIEN LAISSER PER- DRE. — SOIGNER LES REPAS. — UTILISER LE TEMPS DES DOMESTIQUES. — VEILLÉES. — DES sOiNS pAR- TICULIERS DU LINGE À LA CAMPAGNE. — SOINS Du GRENIER. — DE LA cour. — Des GRhANGESs ET CELLIERS. — Du Four.

Daxs ce dernier chapitre nous allons récapituler tout ce qui compose les occupations et réclame la surveillance spéciale de la maîtresse de maison à la campagne. Levée avec le jour, en été , et bien avant le jour en hiver , elle commencera par veiller au pansement des bestiaux , sur tout à la traite des vaches, et aux soins extrêmes de propreté qu’exige le laitage. Si elle l'envoie vendre à la ville, elle fera préparer avec attention les pots de chacune deses pratiques, en dressera la liste, et donnera à cet effet les ordres nécessaires , relativement aux commissions à faire; car tout doit être monté de telle sorte dans sa maison, que chacun connaisse son ouvrage, et que la maîtresse n’ait besoin d’exercer qu’une surveillance en quelque sorte muette. Tous ses pots au lait devront être en fer-blanc, parfaitement propres et luisans, garnis de linge bien blancs, et pour l’eutretien desquels elle consacrera une partie du linge mis à la réforme. Sa messagère

devra partir à la même heure. Tandis qu'elle

s’occupera des préparatifs de son départ, la maitresse donnera à la vachère son déjeuner, l’ouvrage qu’elle doit faire aux champs, et l’enverra aussi à une heure fixée ; immédiatement après , Ja maîtresse surveillera la sortie des volailles : elle étudiera leurs allures en quittant leur poulaïller, et d’après ses observations (Voyez Manuels du Zoophyle et des Habitans de la campagne), les visitera et déterminera le traitement qui convient de leur administrer. Ce traitement est toujours fort simple et ne demande qu’un peu d'attention. Si les poules ont la pépie, on leur soulève la langue , on enlève avec la pointe d’une grosse aiguille la pellicule qui la recouvre, et on leur souffle un peu de vin dans le bec. Le bouton, qu’elles ont au-dessus de la queue , à la partie grasse ducroupion , se guérit par le même moyen, ou mieux encore, en coupant la tête du bouton, et en le comprimant avec des ciscaux fins pour extraire l'humeur qu’il reuferme.

Le déjeuner des ouvriers, la propreté du ménage, occuperont ensuite la vigilance de la maï tresse de maison. En cultivateur intglligent, son mari a dû faire établir des composts, c'est-àdire , établir dans un vaste trou, dans un coin de la cour, uue sorte d’engrais composé d'une couche de fumier , d’une autre de terre franche, d’une troisième couche formée des débris du ménage, tels que balayures, débris de légumes , trop salis pour les offrir aux animaux, où mauvaises plumes, chiffons qui ne peuvent servir ni pour le papier ; ni pour essuyer les divers ustensiles , vieilles savates , etc. La ménagère aura soin que toutes ces choses soient portées dans le compost, ce qui fournirvaunexcellent engrais, et con-

tribuera à la propreté de la maison, et surtout de la cour. À Paris, les immondices que ramassent les boueux forment un fumier très estimé. On voit que nulle chose n’est perdue : l’urine ne le sera pas davantage, car la maîtresse de maison exigera que tous les vases de nuit soient jetés sur le compost. Un couvercle de plusieurs planches réjointes couvrira cette composition, dans le but d’en éviter la désagréable vue, l'odeur , et d'empêcher les gaz de s’exhaler.

La maîtresse de maison de campagne, comme celle de la ville, présidera à l’arrangement des chambres, au lever, à l’habillement de ses enfans : elle déjeunera avec son mari, et tâchera d'oublier en cet instant les tracasseries du ménage, afin de lui montrer un visage serein, de le distraire par un entretien agréable. C’est à la sage conduite d’une maison , au bien-être intérieur, à l’accroissement des épargnes, que l’on doit reconnaître qu’une femme est bonne ménagère, etnon point à l'air affairé, aux doléances sur le prix des objets, aux fastidieux récits des détails domestiques.

Jart de conduire un ménage est comme la cuisine, le spectagle et le pouvoir : il en faut cacher les préparatifs. J'engage les ménagères de tous les lieux à méditer sur cet avis:

Par le même motif, la maîtresse de maïson soignera sa personne avec la plus minutieuse propreté, et une élégance simple et gracieuse ; le temps quelle y consacrera sera pris après le déjeuner.

À ce moment, la laitière reviendra de la ville: il faudra faire les comptes, mettre en ordre les achats qu’elle aura été chargée de faire, veiller

‘ensuite à l'instruction de ses enfans , ou par soi-

DE LA MAÎIRESSS DE MAISON. 293 mêine , si on a le bonheur d’être instruite ou que l’on ait des filles, ou par une personne à qui l'on aura confié ce soin précieux.

L'heure du dîner, fixée invariablement, approche; lamaîtresse de maison, qui a dû [e matin donner les ordres en conséquence, fera d’abord servir les ouvriers. Ce repas se fait ordinairement à deux heures, ou même plus tôt à la campagne, et je vous conseille de vous conformer à cet usage: l'habitude qu’en ont les ouvriers, le besoin de partager les travaux du jour, des raisons d’hygiène très importantes en font presque une loi. Votre dîner suivra celui des ouvriers, et celui des domestiques le vôtre: ce dernier se composera , à la fois, des restes des deux premiers. En été, ce sera le moment où les pâtres ramèneront les bestiaux du pâturage : veillez à ce qu’on les tienne à la fraîcheur, en plaçant des paillassons sur les fenêtres des étables : faites-leur donner à boire, et qu'on les bouchonne, s'ils sont en sueur. Les pâtres et vachers dineront avec les domestiques. Si le pâturage est éloigné de la maison, recommandez que l’on conduise les bêtes à l'ombre, sous des arbres, ou un appentis de planches que vous aurez fait préparer à cet effet. Exigezqu'on leur donne les mêmes sotus qu’à l’établesetpour être assurée que l’on.vous obéit toujours;'allez-y voir de temps en temps. :

Vos ouvriers ne doivent pas être servis en mets délicats, mais en bonnes choses, accommodées le mieux possible , préparées en quantité ; pour économiser le combustible, mais variéescependant, ce qui est très facile. On fait cuire une marmite de pommes-de-terre, et on en compose plusieurs plats, qu ont chacun leur facon. Paraïssez quelquefoïs au repas de vos ouvriers ; animez-les à la

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gaîité, parlez-leur de leur famille, de leurs travaux; manifestez-leur de la bienveillance et de l'intérêt ; ils seront satisfaits , et travailleront avec plus de zèle et de plaisir, Au temps de la moisson , de la fauchaison, les repas se prennent aux champs : qu’ils soient portés à l'heure dite, et qu'un appentis en planches soit élevé auprès, avec des bancs semblables, pour qu'ils mangent plus commodément. Ne leur laissez pas , dans le courant de la journée, boire de l’eau pure; préparez-leur une boisson d'eau et un peu de vinaigre , au d’eau et du cidre, ou /e vin des ouvriers. Ces breuvyages, mis dans une grande cruche, seront placés dans un ruisseau voisin, on a défaut d’eau, dans un linge mouillé ; sur l'herbe, à l’ombre. Toutes ces altentions, peu coûteuses, feront le bien-être de vos ouvriers.

Après le dîner , lorsque vous aurez tout fait remettre en ordre, vous veillerez à ce qu’on nettoie Ja cour, que les travaux du matin, le passage des bêtes, les volailles auront salies; toutes les immondices seront portées soit sur le compost, soit sur le fumier. Les pâtres, en été, retournent aux champs de troisheures et demie jusqu’à sept.

Laissez à vos domestiques quelque temps après les arrangemens du diner, pour le soin de leurs propres affaires, ou pour se récréers; mais après cela, ne souffrez pas qu'ils perdent leur temps. En été, au clair de la lune, assissous un arbre, autour duquel vous aurez fait pour cela placer des bancs, qu'ils teillent, c'est-à-dire séparent les brins du chanvre , en causant : les soirées sont peu longues, il n’est pas nécessaire d’allumer la lampe, et. cette occupation suffit : la cuisinière né pourra guère s’y livrer, obligée quelle sera de préparer le souper, auquel vous

veillerez comme aux autres repas. En hiver, les veillées sont longues : vous ferezallumer la lampe, un poêle-fourneau , vous permettrez aux gens du voisinage, où plutôt vous les engagerez à venir à la veillée. Vous y admettrez le moins possible de jeunes:gens, et aucun de ceux qui jureraient ou se permettraient des mots déshonnêtes. Vos ouvriers et leurs familles, qui doivent être pour vous à peu près comme les clients de l’ancienne Rome, seront nécessairement admis à ces assemblées , où régneront ensemble le travail ét.le plaisir. Assistez-y quelques momens, excitez à M ter, à conter des histoires, dites-leur en quelques-unes , animez ainsi à travailler avec zèle ; vos domestiques femmes devront s’y occuper à filer, à raccommoder le linge de cuisine } à mettre en presse les linges du laitage, qui doivent se blanchir chaque jour. Les hommes teilleront, feront des paniers , corbeilles et autres ouvrages de vannerie. Ces veillées vons seront fort utiles pour connaître le caractère de vos domestiques et ouvriers, pour leur apprendre mille choses utiles , et reclifier les erreurs que les pauvres gens doivent au manque d'éducation, Je n’ai pas besoin de vous dire que votre présence doit être le signal d’une respectueuseljoïe” et combien il importe que! vous: me, permettiez pas qu'on:use de familiarité avec vous. Pour vous attacher l’assemblée, excitez-la à jouer le dimanche à divers jeux de mouvement, comme le colin-maillard (jamais assis), le chdteau du corbeau, chambre à louer , la mer agitée (Voyez Manuel des Jeux de Société), ou bien à danser des rondes ; mais proscrivez les cartes, et qu’il n'en paraisse jamais chez vous.Permettez, les jours de fête, à vos domestiques d'aller passer la soi

rée de temps en temps chez les voisins , mais fixez l'heure de la rentrée, et ne souffrez point qu’ils la dépassent jamais.

La filature doit spécialement occuper la vachère et les autres domestiques femmes , lorsqu’elles ne seront point attachées à d’autres travaux : cela vous donnera un produit important, et vous dispensera non seulement d’acheter du linge pour l'usage de la maison, mais encore vous permettra de préparer les trousseaux de vos enfans. La filature.à la quenouille permet aux gardeuses de bestiaux de courir après eux ; le fil en.est un peu moins bien fé; aussi pour le beau fil, faites adopter Pusage du rouet, à la maison et'aux veillées. Opposez-vous surtout à l’usage de mouiller le chanvre avec la salive, pour filer : rien de si malpropre et de si malsain : faites placer une éponge après la quenouille, quelque répugnance que l’on manifeste pour cette pratique, car la prévention des gens de la campagne va presque toujours à l’opiniâtreté. Si vous avez des garcons de dix à douze ans pour pâtres, faitesles teiller , car il ne faut rien négliger pour utiliser le temps , prévenir les dangers de l’oisiveté, et faire préparer du linge. Quand vos domestiques auront contribué à vous faire avoir ainsi une belle pièce de toile, donnez-leur quelqne gratification, permettez-leur de danser chez vous, à la cornemuse, enfin , récompensez-les de la manière qui leur fera le plus de plaisir. Indépendamment du blanchissage du linge, à la campagne (pour lequeljene me répéterai pas), on a à songer au blanchiment : employez les procédés des meilleures blanchisseries (Voyez Manuel d'Economie domestique), et faites étendre toute linge écru sur l'herbe, à la rosée,

Veillezexactement à ce que rien ne soit perdu : les restes de vin dans les verres se donnent au bétail ; Les eaux de vaisselle aux porcs , les miettes de pain de la table aux volailles, les fonds de pot de Jait, les caillées, les débris du lait de beurre font d’excellentes pâtées pour les couveuses et leurs petits. Dans un coin renfermé de la-cour, faites établir des urinoirs semblables aux urinoirs publics, pour qu’ils soient vidés tous les deux ou trois jours sur le fumier ou le compost.

Le grenier doit attentivement occuper la ménagère ; c'est là que se placent les ognons et autres légumes secs, les fruits secs, en quantité, le charbon, le linge sale, ou plutôt échangé; les grains à vendre , ou à consommer pour oiseaux , volailles, et enfin le blé ; que jamais, autant que possible, les chiens , les chats n’entrent dans le grenier, au milieu des tas de ces provisions, qu'ils disperseraient et saliraient ; ayez des souricières, ou usez des moyens pour éloigner les rats, (Voyez Manuel d'Economie domestique, pages 263, 265.)

Moyen déloigner le charancon des greniers.

Il consiste à placer quelques sacs de houblon, le plus frais et le meilleur, de distance*en-distance dans le grenier ; l'odeur de cette plante est si désagréable au charancon qu'il s'éloigne des tas de blé, et périt bientôt; l’auteur de ce procédé assure qu’il a l'expérience que cet insecte ne revient jamais.

Le grenier doit être bien fermé, tenu très proprement, balayé de temps à autre, doucement, et sans toucher les tas des provisions diverses. Si vous pouvez placer des provisions dans de

grands coffres en hoïs blanc, cela vaudra infiniment mieux. La maîtresse de maison prendra toutes les précautions nécessaires contre la gelée ou l'humidité.

Les granges doivent être rangées dans le plus grand ordre : une place libre sera disposée dans le devant, et les bottes de blé seront disposées de manière à laisser des passages ; on n’y laissera jamais pénétrer des chiens ou autres animaux; ou prendra garde que la volaille ne s’y introduise, d’abord parce qu’elle y ferait du dégât, et pourrait s’y perdre et y étouffer. On n’entrera jamais dans les granges qu'avec une Janterne. La maîtresse de maison choisira spécialement l'hiver pour faire battre ses grains : ‘alors les ouvriers n'étant pas occupés, on peut les payer mains cher, et surtout on fournit ainsi du pain à des pères de famille.

À la campagne, on a ordinairement plus de celliers que de caves; ils sont fort utiles pour placer les légumes, le chanvre, le bois : comme généralement on demeure au réz-de-chaussée, cela n’a pas d’inconvénients ; par une négligence inconcevable , beaucoup de fermiers laissent leur bois en plein air, notre maîtresse de maison ne les imitera pas. Un de ses celliers pourra, l’été, lui servir de laiterie, un'antre, Phiver/*peut devenir une serre, pourvi que chacun m'ait pas d'autre usage. Tousles celliers seront propres, aérés, et balayés souvent.

La ménagère de campagne doit s'attacher à tirer le meilleur parti possible du four, car c’est un des objets qui lui offrent la plus grande utilité. Le four sert à faire cuire le pain, ensuite à dessécher les fruits, les racines potagères , ïl peut aussi servir à fumer les viandes, bœuf salé,

jambons , etc. , sielle veut profiter des excellens conseils que donne M. Cadet-Devaux, dans son ouvrage intitulé le Ménage.

Les fours ruraux ont tous une voûte beaucoup trop élevée, aussi consomment-ils une plus forte quantité de bois, et le pain qui n’y bouffe que peu, ne prend point cette belle couleur du pain de Paris. Si donc la maîtresse de maison se trouvait à même de construire son four, elle se souviendrait que les plus grands fours, ceux qui ont de quatorze à seize pieds de profondeur, n’ont jamais plus de douze à quatorze pouces sous clef. Mais comme il y a beaucoup à croire qu’elle aura un four tout fait, et mal fait, elle devra profiter de linconvénient de l’élévation de la voûte, en placant dans le four deux petits tréteaux, destinés à recevoir un premier rang de claies. Quatre dés de pierre et des barres de fer transversales feront les deux tréteaux.

La sage ménagère, dédaignant la routine, songera aussi à mettre à profit le dessus du four, en faisant construire au-dessus de la voûte une chambre de trois à quatre pieds de hauteur, garnie de planches; entre ces planches et le mur elle laissera un vide quel’on remplira de poussière de charbon, afin d'empêcher la communication de l’air extérieur ; une soupape conduira de la voûte au dessus du four. Lorsqu'on voudra fumer des viandes, on fera brûler du genièvre vert dans le dessus du four, on placera les viandes dans le four après que le pain aura été levé, et l’on ouyrira la soupape. Quand on cuira le pain, on la fermera et mettra des fruits ou légumes à sécher, dans le dessus du four; de cette manière il ne se perdra pas un atome de chaleur.

Je crois avoir donné tous les conseils vérita-

blement utiles pour la conduite d’une maison à la ville et à la campagne : ce sera aux ménagères à suppléer à ce que je n’ai pu dire : on sent assez ue les localités, et d’autres circonstances me orcent à généraliser; mais je suis persuadée qu’une femme qui suivrait ces avis, qui se répéterait comme des maximes constantes : ordre et propreté, ve rien laisser perdre, rendre tout utile ou agreable, qui se regarderait comme lartisan obligé du bien-être de tous les siens, ferait la fortune, et, ce qui est mieux encore, le bonheur de sa maison.

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