‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 16 sur 97 · DE L'INFANTICIDE · texte numérisé non relu

DE L'INFANTICIDE

« Est qualifié d'infanticide , le meurtre d'un enfant nourveau-né. (Code pénal , art. 3o3. ) Tout coupable d'infanticide Misera puni de mort. (ïd., 3o2.) La peine portée par l'art. 3o2 du ( Code pénal contre la mère coupable d'infanticide potiri'a être I éduite à celle des travaux forcés à perpétuité. Cette réduction lie la peine n'aura lieu à F égard d'aucun autre individu que de '•'a mère. Toute personne qui aura trouvé un enfant nouveau-né liera tenue de le remettre à l'officier de l'état civil; il sera I tressé un procès-verbal détaillé, qui énoncera l'âge apparent ' le l'enfant. »

L'extrême fréquence des infanticides, et les lumières dont la i nédecine peut ici éclairer la justice , rendent fort importans tous ees détails dans lesquels nous devons entrer.

Pour qu'une accusation d'infanticide puisse être intentée, il • aut que l'enfant soit représenté , qu'il soit reconnu qu'il était

terme ou viable , que sa mort n'a pas été la suite de causes nainrelles, mais qu'clleest déterminée par le défaut de secours nécessaires, ou par des violences directes ; de là la distinction de l'infanticide par ouiission et par commission. Il faut aussi que c on ait les preuves de la grossesse et de l'accouchement de la emme qui est accusée; mais comme ces dernières questions ont >té traitées , nous n'y reviendrons pas.

Le médecin légisteest donc appelé à décider A , si l'enfant était

t^rme ou viable; — B, s'il est mort-né, et alors si !a mort a

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eu lieu pendant ou avant l'accouchement; — C, enfin s'il a vécu, et, dans tous les cas , déterminer si la mort a été accidentelle ou volontaire.

A. L'enfant était-il à terme ou viable? ( Voy. Aije , et Viabilité. )

B. V enfant est-il mort-né.

Si l'enfant était mort en venant au monde , il faut décider si sa mort a précédé l'accouchement. L'on peut résoudre cette difficulté I par des preuves tirées de l'examen de l'enfant, et par d'autres , toutes relatives à la mère. Dans ces dernières, on range le ballottement dans l'abdomen d'un corps inerte et passif, qui tombe et pèse sur les points les plus déclives , de sorte que la vessie , ou le rectum, ou les côtés du venter le supportent selon sa position. Le fœtus est immobile , et l'on ne découvre pas ses pulsations, ces signes ne sont pas à l'abri des objections. Ceux que l'on tire de l'inspection de l'enfant sont moins incertains; s'il y a putréfaction et séparation du cuir chevelu ; quel'épiderme se détache facilement, que les chairs soient molles et pâteuses sans élasticité, il ser; prouvé que la mort était arrivée depuis quelque temps; mais ce altérations n'en sont pas toujours le résultat, etle fœtus peut avoir éprouvé d'autres transformations. M. Béclard a présenté à l'A cadémie de Médecine un fœtus converti en matière adipocireuse que la mère avait gardé sept ans dans l'utérus , où il était ren fermé dans un véritable kyste. Lorsque la mort a eu lieu pei de temps avant l'accouchement, elle n'est indiquée par aucune altération extérieure , mais l'enfant n'a pas respiré. C. L'enfant a-t-il vécu ?

La docimasie pulmonaire, ou l'examen des poumons, est 1 moyen le plus capable d'éclaircir cette question, soit par le changement que ces organes éprouvent, soit par ceux dont il sont causes , comme l'agrandissement et la voussure du thorax L'observation générale et constante apprend qu'avant la respi ration , les poumons compactes, d'un rouge-brun et comme flé tris, sont situés en arrière du thorax : pesés et comparés au poid total de l'individu , ils sont dans un rapport de un à soi* an If dix, tandis qu'après la respiration , la différence relative est d un à trente-cinq , ce qui dépend de leur dilatation , et de I

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plus grande quantité de sang qu'ils contiennent. C'est à Plouquet que l'on doit ces remarques, qui ne sont pas toujours d'une exactitude parfaite , puisque l'on a trouvé , dans des observations comparatives, des exemples tout-à-fait inverses ; mais comme elles sont justes dans la généralité , on ne doit pas négliger de les faire, ni d'en donner le résultat. Placés dans un vase rempli d'eau, encore unis au cœur ou séparés, entiers ou coupés en morceaux, ils se précipitent tout-à-coup au fond , comme le feraient des portions de foie ou de reins ; tandis qu'après la respiration, ils remplissent la capacité de la poitrine } le péricarde est en partie couvert parle bord gauche du poumon droit, dont le développement est plus rapide, en raison de la brièveté et de la largeur de sa bronche ; la surface pulmonaire est rosée , et si l'on comprime entre les doigts une portion de ces viscères , on voit se former des plaques emphysémateuses qui dépendent de la rupture des vésicules bronchiques ; pressés ou incisés, ils font entendre un bruit particulier que l'on nomme crépitation. Ces changemens n'arrivent pas constamment dès les premières heures de la vie : quelquefois les poumons ne donnent accès à l'air que sur leurs bords ou dans quelques-uns de leurs lobules, et la respiration ne devient complète que le deuxième ou le troisième jour 5 dans cet état, ils surnagent, quelle que soit la pression à laquelle on les soumette. Pour faire cette expérience , on prend un vase gradué de la profondeur d'un pied environ rempli d'eau pure, à une température moyenne dont on s'assure parle thermomètre ; on fait en même temps la ligature des gros troncs vasculaires que l'on détache du cœur, et l'on enlève cet organe avec les poumons, en coupant les conduits aériens près de leur insertion. Si cette masse ne surnage pas parfaitement, et que le cœur semble l'entraîner, on le détache, et l'on continue l'expérience sur les poumons seuls. On observe s'il y a des différences entre le gauche elle droit, et on en tient compte. Enfin on les coupe et l'on plonge séparément chaque portion pour déterminer si tout l'organe a pris part à l'aqte respiratoire , et dans le cas où ce ne serait pas, quelles sont les parties qui lui sont restées étrangères. Lorsque l'on a constaté qu'il y a supernatation , et que le rapport du poids à celui du corps est au-dessus de un ù

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soixante-dix , on juge que l'enfant est Tenu au monde vivant . et qu'il a respiré. Ces conclusions, considérées d'une manière générale, sont exactes 5 mais il est de nombreuses exceptions qu'il est indispensable de connaître.

i° Les poumons peuvent devenir plus légers, par le fait de la respiration, sans que l'enfant soit venu au monde. On possède des observations incontestables de fœtus qui ont respiré et jeté des cris , lorsque la tête seule avait francbi la vulve. OSiander a même admis le vagissement utérin, lorsqu'à la suite de la rupture des membranes et de l'écoulement des eaux, la bouche se trouve répondre à l'orifice de la matrice. MM. les docteurs Jitterland et Henry ont été témoins d'exemples semblables, et quoique l'on ne soit pas assuré de l'état des poumons, on peut regarder ce fait comme possible, s'il n'est pas encore complètement prouvé.

2° Les poumons peuvent surnager par l'effet d'une autre cause que la respiration. — Ainsi, pour ranimer un enfant qui vient de naître, on lui souffle de l'air dans la bouche, et l'on pourrait par un motif criminel insuffler mécaniquement les poumons d'un enfant qui n'aurait pas vécu. Il faut donc déterminer les moyens de distinguer l'insufflation de la respiration. Dans le premier cas, on dilate le poumon , on le rend crépitant , et il devient d'une couleur rosée, quoiqu'en dise Metzger; la voussure du thorax a lieu, et le poumon gauche se dilate comme le droit. Cependant M. Billard, dans de nombreuses expériences, a reconnu que l'insufflation complète était d'autant plus difficile que le fœtus s'éloignait davantage du terme de sa naissance. Ces viscères surnagent sur l'eau après avoir été soumis à une forte compression ; mais ils sont plus légers qu'ils ne le seraient à la suite de la respiration naturelle , parce qu'ils contiennent moins de sang. M. Fodéré a même dit que les vaisseaux étaient vides , assertion contestée par M. Orfila. L'expérience comparative de Plouquet servirait aussi à prouver que malgré leur dilatation , ils sont restés dans le rapport de un à soixante-dix au poids total du corps.

Une seconde cause qui pourrait faire surnager les poumons se-roit la putréfaction, mais il suffit alors de les presser entre le*

doigt» pour dégager les gaz produits. Ils n'offrent plus de crépitation à l'incision , et d'autres portions de viscères, tels que le thymus, les intestins , la -vessie , surnagent également ; enlin l'odeur et l'état de ces organes ne peuvent manquer d'éveilier l'attention sur ces phénomènes, que l'on saura rapporter à leur véritable cause.

5<> La respiration ne rend pas toujours les poumons crépitans et susceptibles de surnager. Ainsi, chez les enfans qui naissent très-faibles, l'air peut pénétrer seulement dans la trachée et les premières divisions bronchiques ( ce que l'on nomme faiblesse de naissance ) , et s'ils meurent au bout de quelques heures , les poumons se précipitent au fond du vase , et il n'y a que quelques lobules qui sont dilatés. Une cause également fréquente est la présence de mucosités, ou du fluide amniotique, dans la trachée-artère. Dans des cas plus rares , c'est une altération morbide de la texture du poumon, l'induration, l'hépatisation, mais alors la dyspnée n'a fait que des progrès successifs , la respiration s'est embarrassée de plus en plus , et la mort est arrivée. 11 n'y a alors que quelques portions du poumon ou l'un d'eux, ordinairement le gauche, qui ont ainsi repris leur densité primitive, mais leur poids et leur volume sont beaucoup augmentés.

M. Orfila dit « qu'en supposant que le fœtus n'a pas respiré . il ne s'ensuit pas qu'il n'ait pas vécu ; » mais cette objection est contradictoire à la définition qu'il donne lui-même de la vie. Si elle n'est véritablement constituée que par l'acte respiratoire, il est évident qu'elle n'existera pas dans l'absence de cet acte. Tout ce que pourra rechercher le médecin légiste sera de savoir quel a été l'empêchement, l'obstacle , et s'il n'a pas consisté dans des manœuvres criminelles.

M. le docteur Bernt , de Yienne, a publié un procédé particulier de docimasic pulmonaire-hydrostatique, que M. Marc nous a fait connaître. Il consiste à mesurer comparativement dans l'eau des poumons de fœtus , de sept, huit et neuf mois , des poumon* d'enfans à terme , mâle et femelle, qui ont respiré complètement, et d'autres qui n'ont respiré qu'imparfaitement. Ou marque , dans chacune de ces expériences, le niveau que prend l'eau dans le vase où elles se font, ayant soin de toujours agir sur la même-

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(]uanlité de liquide, et l'on possède ainsi des termes de comparaison qui doivent servir a connaître quel est l'âge du fœtus, et s'il a respiré plus ou moins complètement.

Pendant combien de jours l'enfant a-t-il vécu après sa naissance ?

Cette question se rapporte en partie à l'histoire des âges. (Voy. Ages. ) Mais je crois devoir examiner les changemens qui surviennent dans quelques organes , parce qu'ils sont complémentaires des preuves que donne la Docimasie pulmonaire.

Tant que la respiration n'est pas établie , les vaisseaux ombilicaux, le canal veineux et le canal artériel ne s'oblitèrent pas ; mais ils se contractent, et ne donnent point passage au sang , non plus que le trou intéroriculaire, lorsque la respiration a lieu depuis quelque temps. ..t M. Billard a fait des recherches curieuses sur ce sujet. Examinant dix-huit enfans d'un jour, il a trouvé que le trou de botal était complètement ouvert sur quatorze ; il commençait à s'oblitérer sur deux autres, et sur les deux derniers, il était tout-à-fait fermé ; le canal artériel était ouvert et rempli de sang sur treize, il était contracté sur quatre, oblitéré sur le dix-huitième ; les artères ombilicales avaient leurs parois épaissies, la veine ombilicale et le canal veineux conservaient leurs diamètres. Continuant ces observations jusqu'au huitième jour et au-delà, il en a conclu que l'on ne pouvait affirmer de la non-oblitération de ces vaisseaux ou du trou de Botal, que l'enfant n'avait pas respiré ; mais que , dans le cas où on la rencontrait, il était certainement né vivant.

Le refoulement du diaphragme en bas , la vacuité de la vessie et des intestins, le dégorgement sanguin du foie, sont des preuves qui méritent d'être appréciées.

Depuis combien de temps l'enfant est-il mort ?

L'état de putréfaction , plus ou moins avancée , guide dans ces recherches. ( Voy. Putréfaction. ) L'on sait toutefois que les cadavres d'enfans nouveau-nés se conservent beaucoup plus

long-temps que ceux des adultes , et que la température, l'humichte de l'air, les substances dans lesquelles ils sont placés, ont une très-grande influence sur le développement de ce phénomène. Toutes ces circonstances devront être pesées, et l'on citera les conditions quiaurontdû accélérer ou retarder la décomposition.

La mort a-t-elle été accidentelle ou volontaire ?

C'est évidemment dans la décision de cette question que réside une des conclusions les plus graves du rapport sur l'infanticide. Si la mort a été naturelle, il ne peut y avoir d'accusation , dèslors plus de recherches à faire; si, au contraire, il est prouve que la mort a été donnée volontairement, il y a un coupable, et la loi doit l'atteindre. Nous allons donc exposer quelles sont les causes de la mort naturelle , et celles de la mort volontaire seront rapportées aux articles infanticide par omission et par commission.

Causes involontaires de la mort du nouveau-né.

Quoique le médecin ne doive pas s'en laisser imposer par de .«impies possibilités, il est toutefois nécessaire qu'il évite de faire •nlaner des soupçons sur l'innocence ; il doit donc reconnaître «rue la mort a été naturelle lorsque rien ne s'élève contre cette opinion, et qu'elle est fortifiée de quelque circonstance probable. Ici, il ne s'agit pas de savoir à quelle époque la mort a eu i 'eu , si l'enfant a vécu ou non ; il s'agit de déterminer pourquoi I l est mort. Il n'est malheureusement que trop de causes qui le Laies1'"1' pendant 0Q aPres Accouchement ; voici les princi-

i" La longueur du travail. Les contractions de l'utérus, .lorsqu'elles durent long-temps, et qu'elles sont fortes, peuvent mousser la tète contre les os du bassin , comprimer le placenta Wle cordon ombilical , et causer de tels troubles dans la circu- ' ation que la mort en soit la suite. Les obstacles qui s'opposent 1 accouchement peuvent dépendre du peu de largeur des détroits •elv.ens, du défaut de dilatation du col utérin , de la rigidité de I Yulve, ou du volume disproportionné du fœtus; on trouve

alors de la tuméfaction et une coloration livide de diverses parties du corps ; le système vasculaire cérébral est gorgé de sang. , et ce fluide peut être épanché. Le cuir chevelu est une des parties le pli/s souvent lésées non-seulement lorsque la tête se présente au détroit supérieur , mais dans quelque position que se fasse l'accouchement. M. Orfila a disséqué un fœtus qui avait offert l'épaule gauche dans la quatrième position , et sur lequel on fit la version. Tout le memhre gauche était livide , et le péricrâne couvert d'une foule de petites ecchymoses rouges et étoilées; son incision démontra que le pariétal et le frontal du même côté étaient couverts de sang.

M. Chaussier avait parlé de cette circonstance, en décrivant les altérations des fœtus qui présentent le siège. « Si le travail a été pénible, dit-il, on trouve à la partie qui s'est engagée une ecchymose plus ou moins étendue, les muscles sous-jacens ont une teinte brunâtre. On remarque seulement dans l'aponévrose qui recouvre le crâne quelques petites ecchymoses rougeâtres , lenticulaires, disséminées çà èt là, ce que l'on trouve également dans tous les cas où l'on a été obligé de faire la version de l'enfant, surtout lorsque la tête a été arrêtée au passage et qu'elle est sortie difficilement. » (Orfila.) Lorsque la tête a subi une forte pression, les os peuvent être plus ou moins enfoncés, e même fracturés, la peau est d'un Tonge-violet et comme contuse enfin on trouve tous les signes d une congestion sanguine local par arrêt mécanique delà circulation.

a0 Le cordon ombilical peut faire plusieurs fois le tour du f< tus , lui entourer le cou , et déterminer la mort par étranglement il peut aussi se trouver comprimé assez long-temps pour que 1 circulation s'arrête et que le fœtus périsse.

Les hémorrhagies provenant du décollement total ou partie du placenta , les convulsions, l'implantation du placenta sur 1 col de la matrice, la mauvaise position de l'enfant , exigent qn l'on termine l'accouchement sur-le-champ. Comme on est alo obligé d'employer la main . ou différens instrumens, tels que 1 forceps, le crochet, etc. , ces moyens mécaniques laissent ton jours des traces de leur action , et ils peuvent blesser et faire p rir le fœtus.

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