‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 22 sur 97 · DES MALADIES SIMULÉES , DISSIMULÉES , PRÉTEXTÉES , ET IMPUTÉES · texte numérisé non relu

DES MALADIES SIMULÉES , DISSIMULÉES , PRÉTEXTÉES , ET IMPUTÉES

On nomme maladie simulée celle que l'on feint d'avoir , dissimulée celle que l'on cache ; prétextée celle dont on se plaint faussement afin d'obtenir quelque avantage 5 enfin , la maladie imputée est celle que l'on croit à tort exister chez un individu qui n'en est pas atteint.

Maladies simulées.

Parmi leurs causes , la plus commune est le désir de se faire exempter de la conscription ou du service militaire. L'on voit aussi des accusés simuler la folie pour- échapper à la peine qui Ich menace ; des mendians se couvrir de plaies, tomber dans de fausses défaillances , pour exciter la commisération. Combien n'a-t-orj pas observé de prisonniers accuser des maux imaginaires,ct supporter les traitemens les plus longs et les plus rigoureux , pour échaj per à une horrible détention.

M. Marc a partagé ces maladies en deux classes : i" celles pa imitation , dans lesquelles l'affection est complètement feinte comme l'épilepsie , les douleurs nerveuses, l'aphonie , etc. 2° celles par provocation j où l'affection existe réellement , ma" est due à des causes externes et volontaires dont on peut fac! ment suspendre l'action.

Il est rare qu'avec de la patience , de l'observation et un p de finesse , l'on ne parvienne à découvrir la ruse j car il est u grand nombre de moyens capables de la faire reconnaître.

A. On s'informera quelles sontles circonstances dans lcsquell

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la personne se trouve placée , et quels sont les motifs qui peuvent l'engager à simuler la maladie qu'elle accuse.

B. On jugera si l'affection est en rapport avec l'âge , le tempérament et les causes assignées ; si les symptômes sont vrais , il ne faut pas alors, en interrogeant le malade, énumérer leurs principaux signes , mais y substituer des phénomènes extraordinaires ou impossibles ; car les prétendus malades , croyant que l'on leur parle d'observations réelles et communes , s'empressent de répondre affirmativement , et se trahissent ainsi. u Sauvages , soupçonnant la bonne foi d'une petite fille de sept ans , qui imitait parfaitement les gestes et les mouvemens de ceux qui tombent en épilepsie, lui demanda s'il ne passait pas un air de la main à l'humérus , et de là dans le dos et le fémur. Elle répondit que oui. Il ordonna alors qu'on lui donnât le fouet , et la recette fit tant d'effet , qu'elle se trouva parfaitement guérie. » ( Nosologie méthodique.)

C. Si la maladie est intermittente et revient par accès , on tittend ce moment pour l'observer et la soumettre aux épreuves

:onvenables. On ne doit recourir aux médications énergiques , e elles que la cautérisation , etc. , que lorsqu'on aura la conviction jue c'est le seul moyen de vaincre l'entêtement ridicule , de celui ijui persévère dans des allégations évidemment mensongères.

1° Maladies simulées par imitation.

Amaurose. Quoique l'on observe , dans quelques cas d'amau- •ose , la persistance des mouvemens de l'iris , ils sont toujours ilus lents , et les contractions de cette membrane ne durent pas, Huoique l'intensité de la lumière reste la même; tandis que dans es cas d'intégrité de la vision les mouvemens de l'iris sont trèsapides, et que sa dilatation est en rapport soutenu avec le degré l'obscurité, et son resserrement avec l'intensité du rayon lumileux. Quelques gouttes d'extrait de belladone ou de jusquiame, nstillées entre les paupières amènent la dilatation et l'immobii ité de la pupille, mais ces effets ne se prolongent pas au-delà de ' ingt-quatre heures pour la jusquiame et de six ou sept heures >our la belladone *. il suffira donc d'examiner plusieurs fois le . . B

malade, en empêchant qu'il ne puisse recourir à de nouvelles applications de ces substances.

Myopie. MM. Percy et Laurent rapportent qu'ils ont vu des individus qui s'étaient habitués à lire avec toutes sortes de lunettes ; la rareté d'un pareil fait laisse subsister les réglemensqui ne déclarent myopes que ceux qui lisent avec des verres n° 3 , et à une distance d'un pied , et qui voient assez bien de loin avec un verre n° 5. On peut aussi les faire lire en plaçant le livre à quelquelques lignes seulement des yeux.

Surdité. Rien n'est plus commun que les exemples de surdité simulée , que l'on ne pourrait jamais découvrir , si l'attention et l'intelligence élaient assez grandes pour faire soutenir ce rôle- Mais de pareils exemples sont excessivement rares ; il faut donc observer long-temps, et avoir recours à toutes les épreuves possibles. M. Percy en a indiqué un assez grand nombre ; tantôt on baisse successivement la voix , le faux sourd continue à répondre. <( Un autre faux sourd ,'que des moyens analogues n'avaient pas démasqué , voit entrer dans la salle où il était détenu un gendarme qui s'annonce comme ayant l'ordre de l'arrêter, parce) qu'il est prévenu de meurtre et de vol j aussitôt le faux sourd; proteste contre cette mesure, et pleure parce qu'il est innocent, m (Orfila). Quelquefois on trouve des pois , des boules de cire dan^ les oreilles, moyens qui ne pourraient abuser qu'un observateiiij peu attentif. Le Moniteur (1806) a raconté l'histoire d'un homme qui se faisait passer pour sourd-muet depuis plusieurs années i M. Sicard fut conduit à découvrir sa ruse , par sa maniera d'orthographier j il écrivait qu'honduit , et les antres mot! tels qu'on les prononce, ce qui prouvait qu'il les entendait puisque les sourds et muets ne peuvent écrire que comme il voient.

Ozènc. Comme l'ozène rend impropres au service ceux qui e sont attaqué (punais) , quelques individus ont simulé cette affe tion en s'introduisant dans les narines des substances fétides; faut alors avoir égard à la conformation du nez , qui est ord nairement écrasé, à l'existence de cicatrices ou des symptôm de syphilis , de dartres, de vice scorbutique ou cancéreux ; ma! dies qui sont les causes ordinaires de l'ozène. On fait des inje

tiens dans les fosses nasales, etl'on reconnaît bientôt des lésions véritables, si la maladie n'est pas simulée.

Contracture. Les militaires feignent assez souvent d'être affectés de contracture , soit des membres , soit du Tachis. M. Percy, qui a eu l'occasion d'observer fréquemment de pareils exemples, indique plusieurs moyens pour s'assurer delà vérité ; s'ils paraissent quelquefois cruels , il faut penser qu'il est extrêmement rare qu'ils soient appliqués à de véritables malades. J'ai souvent vu des soldats se plaindre du raccourcissement de l'un des membres inférieurs; lorsqu'ils marchaient, la claudification était trèsprononcée ; étendue en supination sur leur lit , on trouvait une différence de longueur de un à deux pouces ; mais on s'apercevait aisément que le bassin n'était pas placé sur une même ligne ; les deux épines iliaques n'étaient pas de niveau ; les muscles de la misse étaient fortement contractés , ainsi que ceux de la jambe , ce qui arrive également dans les flexions forcées du genou. Il suf" fit alors de frapper légèrement le membre, et d'ordonner au malade de le relâcher, de l'abandonner à son propre poids , pour |ue les articulations deviennent flexibles ; on voit alors le membre reprendre sa longueur dès le moment que le bassin n'est plus dévié. Si ces moyens ne suffisent pas , on exerce une assez forte pression sur tout le membre, au moyen d'un bandage roulé, et l'on lui imprime mécaniquement des mouvemens répétés; les muscles se fatiguent, et l'on découvre la fraude. M. Percy conseille !e faire placer l'individu sur un pieu un peu élevé , et de le forcer i se tenir en équilibre sur sa bonne jambe , bientôt l'autre est prise de tremblement, et s'alonge ; il a vu cette épreuve réussir sur douze hommes qui avaient résisté à l'emploi de toutes les . autres.

Quelquefois , en piquant à l'improviste des individus qui prétendaient être affectés de lumbago avec contracture du rachis , on les a vus se redresser subitement.

Épilepsie. Dans les fausses attaques d'épilepsle, l'accès a presque toujours lieu dans les momens où des gens étrangers à la médecine peuvent seuls l'observer. En annonçant que l'on va faire

* kie profondes brûlures, ou que l'on va recourir à des moyens

* Extraordinaires, comme de larges incisions, la castration ; le faux

épileptiquc , qui n'a pas perdu connaissance , est épouvanté , termine son accès , et n'y retombe plus. On cherche à découvrir des signes de sensibilité par l'emploi de l'ammoniaque mis sous les narines 5 on examine la pupille , qui est dilatée et insensible à la jumicre ; l'état du cœur , dont les battemens sont forts et tumul tueux ; il doit y avoir de l'écume à la bouche, et M. Marc conseille d'étendre les pouces et les poignets , qui restent alongés , si l'attaque est véritable : enfin il est rare que la fin de l'ac puisse être simulée, le retour de l'intelligence , qui passe par de expressions d'hébétude et d'étonnement , est difficile à contrefain surtout aux yeux d'un médecin qui a vu souvent la maladie.

En outre , la plupart des véritables épilepliques ont quelqu chose de particulier dans toute l'expression , qui ne trompe pa un œil exercé. La physionomie est triste et stupide ; tous les mus cles de la tôle semblent affaiblis , la paupière supérieure estlég rement abaissée et tombante. La tête est penchée en avant , o sur les côtés ; le visage est terne , quelquefois affecté de mouv< mens convulsifs , rapideset partiels. Les pommettes sont colorées et les jugulaires saillantes , ce qui annonce l'habitude et l'immi nenec de la congestion cérébrale.

Incontinence d'urine. Le meilleur moyen de distinguer l'incontinence d'urine est d'essuyer le gland , et d'observersi l'nrin suinte continuellement de l'urètre ; quand l'orifice de ce can reste sec , il est probable que cette affection n'existe pas ; mais i pourrait arriver qu'elle fût arrêtée par l'état de veille , et qu'ell n'eût lieu qu-j la nuit ; alors on surprend le malade au milieu d< son sommeil, et on lui introduit une sonde dans la vessie ; si o la trouve pleine , on est certain de l'imposture.

Il est encore une foule d'affections qui ont été simulées : mai il serait trop long de nous y arrêter; je me bornerai à citer quel ques exemples des plus remarquables.

Une femme s'était introduit dans l'anus un boyau de bœuf qu'elle laissait pendre de près de six pouces, pour faire croire un renversement du rectum. Les hémorrhoïdes ont été imitées ai moyen de vessies de poissons ou de rats , insufflées et teintes di sang, et soutenues par un ressort. Différentes hémorrhagies peu vent être simulées : l'hématurie par une injection de sang dam

la vessie ; l'hémoptysie en se blessant les gencives , ou le fond de la bouche ; l'hématémèse , en avalant du sang de bœuf ou d'un autre animal , et en le vomissant ensuite. 11 suffit d'une observation soutenue et un peu attentive pour découvrir toutes ces supercheries.

2° Maladies simulées par provocation.

Des mendians , pour exciter la pitié , s'insufflent de l'air dans le tissu cellulaire sous-cutané , et parviennent ainsi à se rendre monstrueux ; d'autres en avalent , ou s'en font pousser dans les intestins pour simuler le ballonnement; l'absence complète des symptômes qui accompagnent ces affections doit faire soupçonner la ruse.

Quelques-uns ont recours a l'action vésicante de certaines substances , telles qne les cantharides , le garou , le suc de tithymale, de la clématite, pour simuler de larges ulcères , ou entretenir indéfiniment une plaie qui guérirait autrement très-vite. 11 suffit d'observer la constitution de l'individu , qui n'est jamais sympathiquement altérée , et de placer un cachet sur le bandage, pour que l'on voie bientôt se cicatriser ces prétendues lésions incurables.

Des conscrits se donnent volontairement des ophthalmies , en exposant leurs yeux à un courant d'air , ou en se servant de poudres irritantes. On en a vu quis'étaientarrachéles cils , et avaient cautérisé le bord des paupières ; d'autres se sont fait arracher les dents; quelques-uns se sont mutilés. Dans tous ces cas, l'affection existe, mais elle a été provoquée, et ce n'est que par une enquête que l'on peut arriver à la vérité. De telles questions sont quelquefois d'une extrême importance. Dans la campagne d'Egypte , il y eut à plusieurs combats un grand nombre de soldats dont les doigts furent mutilés , ce qui les rendait impropres au service; Bonaparte les accusait de s'être blessés eux-mêmes, il était furieux , et après les avoir fait renfermer, il menaçait de les décimer , pour arrêter un si fatal exemple. M. Percy lui démontra que cet accident n'avait pas été provoqué , et rendit à ces braves soldats la confiance de leur général .

DES MALADIES SIMULEES.

Maladies dissimulées.

II faut qu'il y ait atteinte à l'ordre légal pour qu'une maladie soit dissimulée. Celui qui se présente comme remplaçant en cachant des infirmités qui le rendent impropre au service ; la femme galante qui cherche à tromper le médecin de visite sur la syphilis dont elle est atteinte : voilà des exemples de maladies dissimulées. Il en serait de même d'un individu qui aurait reçu une hlessure légère , et qui tairait les circonstances particulières qui l'ont aggravée , afin d'obtenir des dommages et intérêts plus grands , oud'exercer une vengeance j mais on ne peut dire , dans le sens légal , qu'une personne qui , par pudeur , n'ose avouer des affections que l'on regardegénéralement comme honteuses , telles que les dartres , la gale , la syphilis ; une jeune femme qui cache une légère inflammation des organes générateurs , dissimulent leur état, parce que , dans ces cas, il n'y a pas de déception, et que cette condition est décisive dans la question qui nousoccupe. Nous ne pouvons tracer ici de règles particulières véritablement utiles, parce que la connaissance parfaite des maladies dissimulées peut seule les faire facilement découvrir.

Comme certaines affections revêtent un caractère de gravité plus ou moins grand, selon leurs causes, leur durée, etc. , un malade peut chercher à tromper l'homme de l'art sur ces points, afin de lui faire porter un pronostic qui lui soit plus favorable, ^.'examen attentif des symptômes sera l'épreuve de ces assertions.

Maladies prétextées.

Une maladie prétextée est celle qui, par sa nature , sa lc i Blé ou d'autres raisons, ne peut servir au but que l'on voudrait atteindre. C'est ainsi qu'un témoin ou un juré prétexte une simple incommodité pour s'exempter du devoir qui lui est imposé , dans ce cas , un médecin nommé d'office est chargé d'examiner le malade , et il doit déclarer , dans son rapport , que l'affection est trop légère pour constituer une excuse.

DES MALADIES SIMULEES.

Maladies imputées.

Rien de plus facile que de reconnaître qu'une maladie est imputée, puisque ses symptômes n'existent pasj et alors l'on i découvre aisément les motifs de l'imputation. Ainsi , l'on a vu des t femmes accuser leur époux d'impuissance pour obtenir d'en être * séparées; des enfans avides chercher à faire prononcer l'interdiction de leurs parens , pour entrer de suite en jouissance de leurs 1 biens. Quelquefois aussi, des amis ou des défenseurs ont cherché i à prouver qu'un accusé était atteint de folie j mais comme il n'y . a pas ici de simulation, la plus légère observation prouve que ces assertions n'ont aucun fondement.

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