CHAPITRE PREMIER
((Aucune inhumation ne sera faite sans autorisation sur papier libre et sans frais , de l'officier de l'état civil , qui ne pourra la délivrer qu'après s'être transporté auprès de la personne décédée , pour s'assurer du décès ( ou sur le rapport d'un officiel' de santé commis par lui pour le constater) , et que vingt-quatre Iwurcs après les décès, hors les cas prévus par les rêglemcns de police.» (Code civil, art. 77.)
(( Ceux qui, sans V autorisation préalable de l'officier public, dans les cas où elle est prescrite , auront fait inhumer un individu décédé, sei% ont punis de six jours à deux mois d'emprisonnement, et d'une amende de 16 francs à 5o francs, sans préjudice de la poursuite des crimes dont les auteurs de ce délit pourraient être prévenus dans cette circonstance. La même peine aura lieu contre ceux qui auront contrevenu , de quelque manière que ce soit ', à la loi et aux réijlcniens relatifs aux inhumations précipitées. » (Code pénal, art. 356.)
« En cas de décès dans les prisotis ou maisons de réclusion et de détention , il en sera donné avis sur-le-champ , par les concierges ou gardiens , à l'officier de l'état civil , qui s'y transportei'a comme il est dit à l'art. 80, et rédigera l'acte de décès. » (Code civil, art. 84. )
« Lorsqu'il y aura signes ou indices de mort violente , ou d'autres circonsta?iccs qui donnent lieu à la soupçonner , on ne pourra faire l'inhumation qu'après qu'un officier de police , assisté d'un docteur en médecine ou en chirurgie aura
dressé procès-verbal de l'état du cadavre et des circonstances if relatives, ainsi que des renscignemeiis qu'il aura pu recueillir sur les prénoms, âge, profession, lieu do naissance et de domicile de la personne décédée. » (Code pénal , art. 81.)
« Quiconque aurarecélé ou caché le cadavre d'une personne homicidée , ou morte des suites de coups ou de blessures , sera puni d' ii7i emprisonnement de six mois à deux ans , et d'une amende de 5o francs à 4oo francs , sans préjudice de peines plus graves , s'il a participé au crime. » ( Code pénal, art. 35g. )
M. Fodéré a fait justement remarquer que l'on avait commis un véritable oubli dans la rédaction de la loi , en ne chargeant pas un homme de l'art de constater les décès, oubli d'autant plus grave, que les exemples de mort apparente ne sont pas rares, et que l'on ne veille pas assez sévèrement à l'exécution de l'art 7 7 , qui ordonne que vingt-quatre heures au moins soient écoulées depuis la mort, pour que l'inhumation soit permise. Toutefois, de sages dispositions réglementaires ont été prises à ce sujet dans un grand nombre de villes; à Paris, M. le comte de Chabrol, préfet de la Seine, a, parun arrêté du 3 décembre i83o, nommé d.nns chaque arrondissement un médecin chargé de constater les îltceSj et d'énoncer dans les déclarations qu'il transmet au maire ,
i° Les noms et prénoms des décédés ; 20 le sexe ; 3o l'état de mariage ; 4° l'âge ; 5° la p'ofession ; 6° la date exacte du décès ( mois , jour et heure ) ; 70 le quartier , la rue et le numéro du domicile ; 8° l'étage et l'exposition du logement; 9° la nature de la maladie , et ( s'il y a lieu ) les motifs qui peuvent occasioner l'ouverture du cadavre; io° les causes antécédentes et les complications survenues ; n° la durée do la maladie ; 1 i° le nom des personnes ( ayant titre ou nom ) qui ont fourni les médicamens nécessaires ; i3° le nom des personnes {ayant titre ou nom) qui ont donné des soins au malade.
Ces mesures étaient nécessaires dans une ville aussi grande que la capitale pour empêcher une foule de crimes ou découvrir ceux qui auraient été commis ; elles donnent encore des renseignemens précieux dans tous les cas où l'on serait obligé de revenir sur les circonstances de la mort, ou sur l'identité de la personne.
A Strasbourg, ce sont les médecins chargés de constater les décès qui indiquent le jour et l'heure où l'inhumation doit être faite, et aujourd'hui les médecins remplacent, dans presque toutes les villes, les officiers civils, auxquels ils doivent seulement remettre leurs rapports.
Aussi publie-t-on de nos jours beaucoup moins de ces cas effrayans, dans lesquels de prétendus morts étaient livrés au «calpel de l'anatomiste , ou trop précipitamment inhumés.
Autrefois, au contraire, ces accidens n'étaient pas très-rares. Vésale fut accusé d'homicide pour avoir commencé des études anatomiques sur nn homme qu'il croyait faussement mort. Un pareil malheur arriva à Servet et à Philippe Peu ; l'abbé Prévôt frappé , au milieu d'une promenade , d'une apoplexie foudroyante, fut recardé comme mort; mais au moment où l'on commençait son uutopsie qui avait été ordonnée par la justice , la douleur le rappela à la vie , pour l'effroi et le regret éternel de ceux qui venaient de le repousser dans la tombe. Aussi que de prudence de pareils faits doivent-ils inspirer!
Winslow avait été enseveli deux fois. François Ci ville, gentilhomme normand du temps de Charles IX , se qualifiait dans ses .actes de trois fois mort, trois fois enterré , trois fois ressuscité par la grâce de Dieu. Thouret, l'ancien doyen de la Faculté de Médecine de Paris, chargé de présider aux exhumations du cimetière des Innocens , vit un assez grand nombre de cadavres et d'ossemens , dont la position indiquait que des malheureux enterrés trop précipitamment étaient revenus à la vie , et cette remarque l'avait tellement frappé , qu'il ordonna, par disposition testamentaire , des mesures propres à empêcher qu'un semblable malheur ne lui arrivât.
Bruhier rapporte, dans son ouvrage sur l'incertitude des signes de la mort , que « cinquante-deux personnes furent enterrées vivantes, quatre ouvertes avant leur mort, cinquante-trois déjà ensevelies lorsqu'elles revinrent à la vie, et soixante-douie réputées mortes 6ans l'être. » (B riant.)
Ces remarques démontrent la nécessité de connaître parfaitement les signes delà mort; car l'on pourrait, autrement, se rendre coupable d'un des plus grands malheurs , celui d'envoyer au
[ tombeau un individu vivant. Nous devons donc étudier les signes I de la mort et les épreuves quel'on a conseillées , pour reconnaître I si elle est réelle.
A . Des signes de la mort.
"Winslov, Louis, Bruhier, ainsi que tous les auteurs qui se I s sont occupés de médecine légale, ont exposé leurs recherches sur [ ce sujet, et il en est résulté des documens importans pour l'his- I . toire des sisrnes de la mort.
Aspect de la face.
Hippocrate en a tracé un tableau fidèle dans sa spécialité , mais il est fort loin d'être vrai dans son application générale. Le faciès i i hippocratiqve , comme on le nomme, offreles caractères suivans : «c Front ridé et aride; yeux caves; nez pointu, bordé d'une i( couleur noirâtre; tempes affaissées, creuses et ridées; oreilles i retirées en haut; lèvres pendantes , pommettes enfoncées ; men- |l ton ridé et racorni; peau sèche, livide ou plombée; poils des i narines et des cils parsemés d'une sorte de poussière d'un blanc : terne; visage d'ailleurs fortement contourné et méconnaissable.» I (Hipp. de Morbis , lib. 2 , sect. 5. )
11 se rencontre chez ceux qui succombent à des maladies lon- . gîtes ou douloureuses , et il est quelquefois présenté par des indi- \ vidus dont l'esprit est profondément frappé de terreur, par les 1 criminels que l'on conduit à Péchafaud, ou les malades atteints i d'affections carotiques ; mais il manque souvent chez des hommes qui périssent en peu de jours , ou d'une manière subite, sur lé 1 champ de bataille ou dans une rixe ; les traits du visage offrent 1 alors l'expression du sentiment qui les animait au moment de la nmort.
Les yeux offrent des dispositions extrêmement variables. Je les lai vus fortement tournés en dedans ou en dehors sans qu'il fût {•possible d'en assigner la cause. Ils sont ouverts et saillans, ou la | paupière les cache en partie, et le globe oculaire est enfoncé. 1 L'espèce de nuage qui les couvre à l'instant de la mort , et l'affaist- (raient de la Cornée, qui devient molle et flasque en fort peu
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d'heures , sont regardés par le célèbre Louis comme des signes caractéristiques, u 11 n'y a, dit-il, aucune révolution dans le corps humain vivant qui soit capable d'opérer un tel changement. » Cependant monsieur Orfila s'élève contre une assertion aussi positive ,ct il cite l'exemple d'asphyxiés qui ont été rappelés à la vie, quoique leurs yeux fussent flasques, enfoncés, et obscurcis par une toile glaireuse.
Absence de la contractilité.
Lorsque l'on renverse un cadavre , et que l'on place sa tête en bas , les matières contenues dans l'estomac coulent dans l'œsophage, qui n'est plus qu'un tube inerte , et sortent par la bouche. C'est un phénomènequi ne pourrait pas avoir lieu chez un homme dont la mort ne serait qu'apparente , parce que la contractilité subsisterait encore dans ces parties. Du reste , je pense que ce serait une erreur de croire qu'un cadavre peut offrir encore quelque trace de contractilité musculaire j tant qu'il reste quelque mouvement , quelque action appartenant à la vie , celle-ci n'est pas éteinte. Pour prononcer qu'il y a mort, il faut qu'elle soit générale, et qu'elle ait atteint tous les tissus. Si elle n'a pas tout envahi, la vie, qui semblait s'être réfugiée sur un point, peut rayonner de nouveau , et reprendre sa puissance ; effets qui s'observent dans plusieurs asphyxies , où l'on conseille l'usage des excitans de toutes sortes pour ranimer un reste d'irritabilité qui menace de se perdre pour toujours. Aussi l'abaissement forcé de la mâchoire , qui ne reprend pas sa position, me paraît-il un signa qui a de la valeur , et je ne peux admettre qu'un reste de contractilité soit capable d'en opérer le rapprochement chez un individu décédé. Cette seule preuve de contractilité, qu'il ne faut pas confondre toutefois avec l'élasticité , me ferait prononcer que la mort n'est pas complète.
Circulation et respiration.
Il est , pour ainsi dire , impossible , comme nous le verrons» bientôt , de s'assurer que ces fonctions sont tout-à-fait suspendues ; et d'ailleurs l'on sait que l'asphyxie et la syncope ne sont
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ias tics affections mortelles. Aussi, quoique l'examen de ces phélomèncs ne soit pas sans importance , ils ne peuvent fournir de >rcuves indubitables. Monsieur le docteur Cliayrie a rapporté, lans son Truite des maladies anglaises, l'exemple le plus frapiiant que l'on connaisse d'uue suspension en apparence parfaite de ;a circulation et de la respiration , avec persistance de la vie. Le colonel Towishend, qu'il soignait depuis long-temps, lui annonça an jour qu'il allait se faire mourir pendant quelque temps, et qu'il reviendrait ensuite à la vie. M. Baynard, qui était l'autre uiédecin traitant , et le pbarmacien Sbrine assistaient à l'expérience. L'un s'assurait de l'état du pouls, l'autre avait la main Bur le cœur, et le troisième tenait un miroir devant la bouche. Pendant une demi-beure que duTa l'expérience, on ne sentit pas la plus légère pulsation , et la glace ne fut pas ternie. On commençait à craindre que le résultat n'en fût devenu fatal , lorsque les fonctions se ranimèrent peu-à-peu , et reprirent leur activité précédente. Malgré le doute qu'inspire une observation si extraordinaire , on est forcé de reconnaître , avec Haller , qu'il est certaines personnes , et particulièrement des femmes , qui peuvent arrêter volontairement les pulsations du cœur , et Fontana assurait jouir de cette étonnante faculté.
Roideur cadavérique.
Au moment de la mort, tous les tissus éprouvent un relâchement marqué , dont la durée est variable depuis quelques minutes jusqu'à seize et dix-huit heures ; il est remplacé par la rigidité, qui a toujours lieu , malgré l'assertion contraire de Mabon et de quelques auteurs. Ce qui a pu faire naître ces deux opinions , c'est qu'elle ne dure souvent que quelques momens chez ceux qui succombent aux fièvres typhoïdes, et qu'elle a pu alors n'être pas observée. Elle a été étudiée avec beaucoup de soin par M. Nysten. Cet observateur a remarqué qu'elle se montre lorsque la chaleur i du corps diminue : aussi peut-on la retarder , en plongeant le ' arlavre dans un bain chaud, l'entourant de couvertures , etc. Toutefois, Morgagni a cité des cas de mort subite où la rigidité arrivait presque immédiatement , quoique le corps eût conservé sa chaleur.
Ce sont les muscles qui sont le siège de ce phénomème , et il semble « que la tic se réfugie en dernier lieu dans ces organes , et y détermine le spasme qui constitue la roideur. » (Nysten.)
Le meilleur moyen de distinguer la rigidité cadavérique de» contractions convulsives , tétaniques , etc. , c'est de forcer mécaniquement Faction musculaire : dans le premier cas , le membre reste dans la nouvelle position qu'on lui a donnée, tandis que , dans le second, il revient à celle qu'il occupait; afin d'éviter toute incertitude, il faut attendreque le cadavre soit refroidi pour prononcer qu'il y a mort; cardans la syncope prolongée et l'asphyxie , il paraît qu'il pourrait exister de la roideur sans que la vie fût éteinte ; mais alors le corps aurait conservé sa chaleur.
Quant à la roideur qui est produite par la congélation , il est facile de la distinguer , parce que la peau, le tissu cellulaire souscutané y participent, et qu'il est impossible que l'on puisse ne pas en soupçonner la cause.
Putréfaction.
Quoique l'on observe des signes de décomposition partielle chez quelques malades qui vont succomber à des affections nommées à cause de cela fièvres putrides , il est certain toutefois que la putréfaction, lorsqu'elle est réelle , est la preuvela moins douteuse de la mort. Nous l'étudierons dans tous ses degrés pour éclairer cette question : Depuis combien de temps l'individu estil mort? (V. Putréfaction.)
B. Epreuves que l'on a conseillées pour s'assurer de la réalité de la mort.
Comme il est un assez grand nombre de maladies, telles que l'apoplexie, les affections convulsives, la congélation, l'asphyxie, certaines blessures avec commotion ou syncope par hémorrhagie, pendant lesquelles on a observé la plupart des caractères delà mort, quoiqu'elle ne fût pas réelle , on a cherché à dissiper toute espèco de doutes par des preuves directes, dirigées sur les principales fonctions.
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De l'étal de la respiration.
On a conseillé de placer un miroir bien poli devant la bouche; s'il n'est pas terni, on en conclut que la respiration a cessé; on e remplace dans le même but par une bougie allumée , ou des ilamens de laine on de coton , l'agitation permet de juger les moindres mouvemens delà poitrine : Mais la vapeur qui s'exhale î'un cadavre encore cbaud peut ternir le miroir , et la respiraion peut être si faible, qu'elle n'exprime aucun mouvement aux \;orps placés sur son trajet. Winslow voulait que l'on mît un verre . empli d'eau de niveau sur le cartilage de la onzième côte. Mais ions avons dit que l'absence delà respiration ne prouvait pas ceruincraent la mort, aussi ces moyens sont-ils généralement abanlonnés aujourd'hui , à cause de leur insuffisance.
Batteinens du cœur.
Qui voudrait tenter l'épreuve indiquée par Foubert , inciser un space intercostal , et s'assurer directement avec le doigt de l'immobilité du cœur ? Pense-t-on que l'on eût à s'applaudir s'il bati ait encore. Le stéthoscope, ou l'application de l'oreille sur la égion cardiaque, ne donne que des signes incertains, de même ne l'exploration du pouls, car on n'est jamais assuré par- ces noyens de l'état de la circulation tout entière ; elle peut se coni^nuer par oscillation dans quelques viscères intérieurs, tandis ! juelle a cessé dans le cœur et les grosses artères.
Sensibilité.
C'est en vain que l'on a préconisé l'emploi de l'ammoniaque, «el'éther, de l'acide acétique, la titillation de la luette, et même la cautérisation , pour réveiller la sensibilité , si elle n'est • as complètement détruite. Ces moyens peuvent être employés lorsqu'il y a syncope , perte de connaissance , mais ils n'ont auîune valeur pour décider de la réalité de la mort. M. Fodéré iarle d'un apoplectique qui eut la moitié de l'épaule brûlée , sans me la douleur le réveillât, et dans les paralysies de la sensibi-
lité , les piqûres les plus profondes ne sont môme pas soupçonnées.
Conlractilitè.
Les individus qui viennent de succomber à une blessure , la décapitation ou une maladie, ne sont véritablement pas morts ils sont seulement dans des conditions incompatibles avec la per sistance de la vie , et dès-lors elles sont prises pour la mort ell même ; mais ce qui prouve l'erreur dans ce cas , c'est qu'il suffi d'irriter un nerf pour que la contraction des muscles qu'il anim se manifeste, et cela pendant un temps plus ou moins long , selo la durée de l'irritabilité du nerf, qui , une fois épuisée , ne s rétablira plus. Ouvrez un animal qui vient d'être décapité , 1 intestins, le creur se contractent encore spontanément, puis lorsqu'ils sont devenus immobiles , on pourra rappeler leurs mou vemens par le galvanisme, qui est l'excitant musculaire le plu énergique que l'on connaisse; c'est en se servant de fortes piles que l'on a fait exécuter des mouvemens très-étendus à des suppliciés ; et, si l'on en croit aujourd'hui M. Veinhold , il suffirai de couler un alliage de mercure , d'argent et de line dans colonne vertébrale ou le crâne d'un animal , auquel on aurai enlevé le cerveau et la moelle , pour que la circulation et la rcs piration reparussent, ainsi que des mouvemens compliqués, qu l'on ne pourrait distinguer des mouvemens volontaires ; ces phi nomènes se continueraient pendant quinze à vingt minutes; mai alors ils cesseraient complètement , parce que les derniers resti de la vie seraient épuisés. Aussi M. Marc dit-il qu'il n'y a pi d'épreuve plus certaine que celle du galvanisme , et qu'aucu: inhumation ne devrait se faire, avant de s'être assuré par moyen de la pile que toute contractilité est éteinte.