‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 25 sur 97 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

PUTRÉFACTION

11 n'est aucun signe de la mort plus certain que la putréfaction lorsqu'elle est établie , et il est à regretter que l'on ne possède pas une histoire complète de ses phénomènes, qni permettrait de décider, avec une exactitude parfaite, le temps qui s'est écoulé depuis la mort. Malheureusement, cette question est très-compliquée et fort obscure, parce que la putréfaction est soumise à une foule de conditions qui établissent autant de variétés, dans sa marche et dans les altérations qu'elle détermine. C'est ainsi que les matières animales sont soustraites à son action , lorsqu'elles sont congelées ou exposées à une température de 5o°-j- o : lorsqu'elles sont en contact avec des substances qui s'emparent de leur humidité , comme la chaux , le muriate de soude , ou se combinent avec elles , comme le tannin , le camphre , les aromates , les résines; qu'elles sont privées d'oxigène, etc. L'air très-sec et chaud dessèche et momifie les corps, tandis que l'air chaud et humide hâte beaucoup leur décomposition. Les fœtus et les trèsjeunes enfans y résistent plus long-temps que les adultes, qui offrent eux-mêmes une foule de différences, selon la longueur et la nature de la maladie à laquelle ils ont succombé, leur état d'erabonpoint, d'infiltration ou de maigreur, leur tempérament, etc.

Il est à regretter que le travail que M. Orfila a promis a la science surlamarche de la putréfaction dans la terre n'ait pas encore paru ( i)j il nous eût été d'un grand secours , parce que cette

(i) L'ouvrage dont il est ici question avant paru tout récemment, le lecteur trouvera, à la fin de ce Tolumc, un résumé complet des travaux de M. Orfila. Nous avons également, dans l'ittcrétde la science, reproduit les planches dont il a cru devoi r appuyer les assertions. Nous espérons qu'on nous saura quelque gré des travaux que nous nous imposons pour rendre aussi complets que possible les ouvrages qui sortent de nos presses.

(.Vo/r île V éditeur île Bnixellet.)

PUTRÉFACTION. lll

à ude est peu avancée, quoique son application soit fréquente, luiisque, dans la grande majorité des cas , le médecin est appelé i constater l'état de corps exhumés. Toutefois, nous allons rapporter quelques observatioriï-qui sont en partie dues à ce savant, i qui feront connaître l'état de nos connaissances médico-lé- ■1 les sur ce sujet.

A. Putréfaction à L'air libre.

■ I Fourcroy, dans son Système des connaissances chimiques , m i ainsi décrite : « La substance animale se ramollit ; si elle était 1 lide, elle devient plus ténue; si c'est un liquide, sa couleur I lange et tire plus ou moins sur le rouge brun ou le vert foncé ; lun odeur s'altère, et apiès avoir été d'abord fade et désagréable, I le devient fétide et insupportable. Une odeur ammoniacale se l:éle bientôt à la première, et lui ôle une partie de sa fétidité. | 'lle-ci n'est que temporaire, tandis que l'odeur putride, exislint avant elle, reste encore après, et subsiste pendant toutes Iss phases de la putréfaction j les liquides se troublent et seremi, issent de flocons, les parties molles se fondent en une espèce fcî- gelée ou de putrilage; on observe un mouvement lent, un | lursoufflement léger qui soulève la masse", et qui est dû à des li îlles de fluides élastiques, dégagées lentement et en petite ï: lantité à la fois. Outre le ramollissement général de la partie |i limale solide, il s'en écoule une sérosité de diverses couleurs, et i u va en augmentant. Peu à peu toute la matière fond : ce léger > lursoufflement s'affaisse, la couleur se fonce ; à la fin , l'odeur ï'îvient souvent comme aromatique, et se rapproche même de 1 die que l'on nomme embrosiaque ; enfin , la matière animale tminue de masse, les élémens s'évaporent et se dissolvent , et il reste qu'une sorte de terre grasse, visqueuse, encore fétide.» Mais une foule de causes que nous avons pourla plupart indiîées font varier ces phénomènes j et en outre, à quelles époi les, à quels intervalles sont ils produits? voilà les questions «léciales pour le médecin légiste.

Lorsque l'on expose une partie du corps à l'action des larves lins un endroit assez humide pour que la dessiccation ne puisse voir lieu et que la température soit de i5 à a5 degr., toutes les

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parties molles sont détruites , à l'exception de quelques portions de la peau , qui est trouée de toutes parts : si l'humidité n'est pas aussi grande, la peau se desséche et se colle sur les os ; un mois suffit pour que ces altérations soient produites ; la coloration de t la peau en vert survient dans les quatre ou cinq premiers jours qui suivent la mort (le thermomètre étant au-dessus de i5 deg.) L'épidémie se détache deux ou trois jours après; la teinte verte j se fonce et devient brunâtre ; les organes profonds se conservent ! d'autant mieux qu'ils ne sont pas exposés à l'air; aussi les sujets [ entiers résistent mieux que ceux qui sont ouverts, et l'on hâte beaucoup la décomposition des membres en les incisant.

Dans des expériences faites sur des fœtus , M. Orfila a obtenu les résultats su i vans :

Un fœtus mort la veille ayant été exposé à l'air, dès le lende- : main , la peau était parsemée de taches vertes , et les larves s'y développèrent. Le septième jour, la peau des parois abdominales était détachée, les muscles détruits, et les viscères réduits à quelques lambeaux noirâtres, d'une odeur excessivement fétide.

Un autre fœtus ayant été exposé sans être ouvert , la coloration brune existait le cinquième jour, et 1 epiderme ne se détachait que par petits lambeaux ; les viscères étaient dans une inté- ; grité parfaite.

On a reconnu que la rapidité- plus grande de la putréfaction : dans le gaz des fosses d'aisances dépendait d'un degré d'humidité plus considérable; il faudrait également tenir compte de l'état de la température.

B. Putri-faclion dans l'eau.

Il faut environ six semaines pour qu'elle soit complète : elle est plus rapide dans l'eau courante que dans les eaux stagnantes : ; les muscles tombent en putrilage , et la graisse se saponifie en formant des margarates et des oléates d'ammoniaque , genre d'altération qui n'a pas lieu à l'agir. En outre, la peau est corrodée, ou partiellement ulcérée dans l'eau de puits, ce qui n'a pas été observé dans celle des fosses d'aisances.

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