‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 35 sur 97 · C. Asphy xie par suffocation · texte numérisé non relu

C. Asphy xie par suffocation

La suffocation diffère des autres eausos d'asphyxie, en ce quVLe

de l'asphyxie. 135

est toujours le résultat d'une cause existante intérieurement , et qui a déterminé la suspension de l'acte respiratoire. Chez les enfans, cette cause peut être amenée par une yolonté criminelle. Ainsi, un peloton de linge, de la boue, etc. , peuvent avoir été introduits dans la bouche ou les narines de l'enfant nouveau-né; mais dans un âge plus avancé, la suffocation n'a d'autres rapports avec les questions médico-légales que la nécessité où se trouve l'homme de l'art de prononcer sur les causes de la mort. L'on voit que la suffocation rentre alors dans l'bistoire des autres maladies, et qu'elle appartient plutôt à la pathologie qu'à la médecine légale. Toutefois, nous dirons qu'on la voit produite par la phthysie laryngée , de fausses membranes développées dans le larynx , la trachée et les bronches; des corps étrangers portés accidentellement dans les voies aériennes , et beaucoup d'autres causes qu'il serait trop long et inutile d'énumérer.

Y). Asphyxie par des gaz impropres à la respiration.

Nous distinguerons ici deux sortes de gaz et deux sortes d'effets ; mais c'est une pure théorie , qui trouve rarement son application dans 1 a pratique , parce que to us les gaz dont la respiration est mortelle ne sont pour la plupart que des produits de l'art, et n'exercent jamais une action délétère sur l'homme, à moins que ce ne soit sur un chimiste enfermé dans son laboratoire.

Quelques-uns de ces gaz ne paraissent pas avoir d'influence délétère directe sur l'homme; ils tuent par défaut d'oxigène : tels sont les gaz azote et hydrogène.

Les autres, tels que l'acide carbonique, et surtout les gaz des x fosses d'aisance , l'hydrogène sulfuré et arseniqué , etc. , exercent une action nuisible, et ils seraient à craindre , alors même qu'ils seraient mélangés d'oxigène.

Gaz azote. Il est des circonstances ou l'asphyxie peut être causée par la respiration de l'azote. On rencontre ce gaz dans les lieux où sont renfermées des substances douées d'une grande affinité pour l'oxigène, quelquefois aussi dans les fosses d'aisance; comme les symptômes sont à peu près les mêmes que ceux de l'asphyxie par le gaz acide carbonique et l'air non renouvelé , nous y renvoyons.

136 de l'asphyxie.

Air non renouvelé. On ne peut pas tracer une description plut fidèle et plus frappante de ses effets, qu'en empruntantà V Histoire des guerres des Anglais dans ÏIndostanles faits suivans, qui sont rapportés dans le Dictionnaire des Sciences médicales : u Cent quarante-six personnes furent renfermées dans une chambre de vingt pieds carrés , qui n'avait d'autres ouvertures que deux petites fenêtres donnant surunc galerie. Lepremiereffet qu'éprouvèrent ces malheureux prisonniers fut une sueur abondante et continuelle; une soif insupportable en fut bientôt la suite ; à cette soif succédèrent de grandes douleurs de poitrine, et une difficulté de respirer approchant de la suffocat ion. Ils essayèrent divers moyens pour être moins à l'étroit, et se procurer de l'air; ils ôtèrent leurs habits , agitèrent l'air avec leurs chapeaux , et prirent enfin le parti de se mettre à genoux tous ensemble , et de se relever simultanément au bout de quelques instans. Ils eurent recours trois fois en une heure à cet expédient, et chaque fois plusieurs d'entre eux , manquant de forces, tombèrent et furent foulés aux pieds parleurs compagnons. Ils demandèrent de l'eau; on leur en donna : mais se disputant pour s'en procurer, les plus faibles furent renversés , et périrent bientôt. L'eau n'apaisa pas la soif de ceux qui purent en boire , et encore moins leurs autres souffrances. Ils étaient tous dévorés d'une fièvre qui redoublait à tout moment. Avant minuit , c'est-à-dire durant la quatrième heure de leur réclusion , tous ceux qui restaient encore en vie, et qui n'avaient pas respiré aux fenêtres un air moins infect, étaient tombés dans une stupidité léthargique, ou dans un affreux délire. À deux heures du matin, il n'y avait plus que cinquante vivant; mais ce nombre était encore trop grand pour que tous pussent recevoir de l'air frais. Le combat se continua jusqu'à la pointe du jour. Le chef lui-même, après avoir résisté long-temps, était tombé asphyxié; on le releva ; on l'approcha de la fenêtre , et on lui donna des secours. Bientôt après la prison fut ouverte. De cent quarante six hommes qui y étaient entrés, il n'en sortit que vingt-trois vivant. Ils étaient dans le plus déplorable état, portant peinte dans tous leurs traits la mort à laquelle ils venaient d'échapper.

DE L'ASPHYXIE

Asphyxie par L'acide carbonique.

L'occasion la plus commune de ce genre d'asphyxie est la comustion du charbon; un fourneau allumé dans une chambre où 'air ne pourrait se renouveler vicierait tellement ce fluide , en ui enlevant son oxigène , et en le mêlant d'hydrogène carboné , u'une personne qui le respirerait en serait bientôt asphyxiée. Il userait de même si elle respirait le gaz qui se dégage d'une cuve n fermentation , ou celui d'un four où se ferait de la pierre à lâtrc. Cette dernière circonstance doit être extrêmement rare, ■arce que la cuite du carbonate de chaud se fait à l'air libre.

Les symptômes de cette asphyxie sont exactement connus : on :prouve d'abord une grande pesanteur de tête , et une céphalalie intense ; il semble que l'on vous comprime les tempes ; la congestion cérébrale qui augmente porte au sommeil , ou produit es vertiges, des tintemens d'oreilles , des éblouissemens ; les orecs musculaires tombent , et bientôt l'individu est saisi d'un orna profond, qui le jette dans un état de mort apparente : il araît que la perte de connaissance est précédée, chez quelques ommes , par un sentiment général de plaisir ; les excrétions ont .eu sans que l'individu en ait conscience : son corps reste chaud, t ses membres flexibles; la figure est ordinairement le siège d'une rès- forte congestion , ou bien elle est pâle et plombée ; quoique a vie soit éteinte, la chaleur du cadavre persiste long-temps ; la eau est marquée de taches violettes ; les muqueuses offrent de éritables ecchymoses ; le sang reste fluide , et l'on trouve toutes ?s lésions produites par l'asphyxie.

Quant à la question de savoir si ce gaz est délétère ou s'il 'agit que négativement , parce qu'il ne contient pas d'oxigène ibre, les opinions ne sont pas encore complètement jugées , malré les expériences de M. Nysten , qui prouvent qu'une faible inection d'acide carbonique dans le système veineux ne produit ne de très-légers accidens , tels que la faiblesse musculaire, qui e dissipent spontanément an bout de quelques jours.

DE L'ASPHYXIE

Asphyxie parles gaz qui se dégagent des Jbsscs d'aisance.

Tantôt ces gaz sont formés d'hydro-sulfate d'ammoniaque, mêlé à une grande quantité d'air ; tantôt ils sont presque entièrement composés d'azote , quatre-vingt-quatorze parties sur cent, une ou deux d'oxigène , quatre d'acide carbonique et de sous-carbonate d'ammoniaque. On désigne ces gaz sous le nom de plomb.

Les symptômes produits par la respiration de l'azote sont les mêmes que ceux de l'asphyxie par défaut d'air. Ceux , au contraire, qui sont produits par l'hydro-sulfate d'ammoniaque sont des nausées, des défaillances, une vive céphalalgie , la pâleur de la face et la dilatation de la pupille ; une écume plus ou moins sanguinolente remplit la bouche ; on éprouve de la constriction à la gorge ; l'individu offre le rire sardonique , ou jette des cris violens, de véritables rugissemensj il survient du délire, des contractions tétaniques, avec renversement du corps en arriére; et cette scène de souffrance se termine par la mort. Quelquefois même celle-ci est subite, par la grande proportion de l'hydrosulfate ammoniacal, lorsqu'on est exposé à l'émanation au moment où la fosse est ouverte. Le sang est accumulé dans le système veir lieux ; il est épais et verdâtre, ainsi que les membranes buccales, pituitaires , qui sont le siège d'une forte congestion ; les muscles se déchirent facilement : ils ne conservent aucune irritabilité , et se putréfient , ainsi que tout le corps , avec une très-grande rapidité.

Asphyxie par le gaz hydro-sulfurique.

Ce gaz, qui est reconnaissable par son odeur d'œufs pourris, qui en fait découvrir les moindres traces , brûle avec une flamme bleuâtre, et laisse déposer du soufre. Il précipite en noir les dissolutions des sels de plomb, de cuivre, de bismutb, d'argent, etc. Il n'en faut qu'une assez petite quantité pour causer la mort, ou oc casioner de graves accidens, même lorsqu'il est mélangé à l'air atmosphérique. M. Sérullas, l'un de nos chimistes les plus distingués , s'étant exposé dans une expérience à des vapeurs de ce gai, éprouva subitement une prostration musculaire extrême, de 1 oppression de poitrine avec difficulté de respirer, de la céphalalgie,

de l'asphyxie.

ifipielques nausées, et un accablement général : ayant heureusejflfcnent reconnu à temps la cause de ces accidcns, il se fit frictionner .•fout le corps aTec une solution de chlore, moyen qu'il a déjà ■répété plusieurs fois avec succès, et qui détermine dans cette cir- :onstance , outre son action chimique, des sueurs abondantes et {I étides : le lendemain , il ne restait qu'un peu de lassitude , qui I 1e tarda pas à disparaître. Cet acide a bien moins d'action sur la j:| >eau que sur les poumons , ce qui dépend du moindre degré d'abla iorption j l'on sait qu'il est employé en solution dans l'eau pour rm.juérir les affections cutanées.

iêi Asphyxie par les gaz acides sulfureux, nitreux, hydro-chlorique , gaz ammoniac, le chlore, l'hydrogène carboné , arsénié } etc.

Il suffit de connaître chimiquement ces gaz pour établir leurs il principaux caractères. La plupart sont très-irritans , et détermi- |ii uent de la toux, des hémoptysies , etc. Tous agissent en outre A. négativement , ou par défaut d'oxigène. Le gaz protoxide d'azote, Bi.appelé aussi <jaz hilariant , produit d'abord de l'excitation , et ■fie rire chez quelques individus ; mais on sait l'histoire de M. le «professeur Vauquelin , qui perdit connaissance après en avoir res- ■ piré, et dont les premiers mots, en revenant à lui, furent qu'il .avait horriblement souffert.

Je ne sache pas que l'action de ces gaz ait jamais fait le sujet il'un rapport médico-légal , on pourrait tout au plus se trouver i dans le cas de prononcer que la mort a été accidentellement pro- Iduite par l'action de l'un d'eux , sur quelque jeune chimiste imprudent.

COMBUSTION SPONTANÉE

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