CHAPITRE PREMIER
La médecine légale peut être invoquée dans trois questions relatives à ce sujet : i° l'opposition au mariage j 2° les cas de nullité ; 3° la séparation de corps.
A . Motifs d'opposition au mariage.
« A défaut d'aucun ascendant , le frère oula sœur , l'oncle ou la tante , le cousin ou la cousine germaine , majeurs , ne peuvent former aucune opposition au mariage que dans les deux cas suivons : i° lorsque le consentement dti conseil de famille , requis par l'article 160 n'a pas été obtenu; 2° lorsque l'oppositioji est fondée sur l'état de démence du futur époux. Cette oppositio7i , dont le tribunal pourra prononcer main-levée pure et simple, ne sera jamais reçue qu'à la charge par l'opposant de provoquer l'interdiction , et d'y faire statuer dans le délai qui sera fixé par le jugement. »
L'on voit que , d'après la loi , le médecin ne peut être appelc | qu'à constater l'existence de la démence. ( Vo jez Folie. ) Mai; de quelle importance doivent être ses conseils , lorsqu'il est ap pelé à juger de l'aptitude au mariage et des dangers que ce nouve état peut provoquer. C'est ainsi que Vètroitcsse du bassin, en ren dant l'accouchement impossible, a fait dire à M.Fodéré que le ma riage devait être interdit de rigueur aux filles, dont le diamètre si cro-pubien du détroit supérieur du bassin, n'atteignait pas quat pouces ,et que M. Orfila a fixé ce terme à trois pouces, d'après 1<
observations de Baudelocque, qui ne croit l'accouchement naturel impossible , qu'autant quece diamètre ne présenteque deux pouces et demi. L'on sait que Vèpilepsie est presque toujours au-dessus des ressources de l'art, qu'il suffit quelquefois d'être témoin d'un accès pour en être atteint , et que cette maladie est exaspérée par les plaisirs de l'amour. 11 est des affections presque constamment mortelles qui doivent encore éloigner du mariage , telles que la phthisie pulmonaire , la carie des vertèbres , l'anévrisme du cœur et des gros vaisseaux ; dans de]pareilles circonstances , il y aurait danger pour l'individu déléguer à ses enfans l'héritage de ses maux ; beaucoup d'autres maladies peuvent être aussi des motifs d'opposition au mariage, mais la loi n'intervient jamais , et il ne s'agit , dans tous ces cas , que de considérations sociales.
B. Cas de nullité de mariage.
Le mariage qui a été contracté sans le consentement libre des deux époux ou de l'un d'eux , ne peut être attaqué que par Pépoux , ou par celui des deux , dont le consentement n'a pas été libre. Lorsqu'il y a eu erreur dans la personne, le mariage ne peut être attaqué que par celui qui a été induit en erreur. (Code civil, 1. ier, art. 180. )
Il résulte de cet article du Code, que le médecin peut être dans le cas de décider, quels sont les états possibles, où la liberté du consentement n'existe plus. Tels sont les affections mentales, l'ivresse, lenarcotisme , etc. Quels sont ceux où il y a erreur dans la personne : ce qui comprend l'impuissance, l'erreur de sexe. Il(*est vrai que le code n'admet pas expressément l'impuissance comme cause de nullité de mariage, mais les pl us habiles jurisconsultes ont adopté cette opinion, en considérant le but essentiel du mariage qui est la propagation de l'espèce , et il n'y a pas d'erreur de personne plus grande que celle qui entraîne l'impossibilité d'atteindre ce but.
Le médecin doit connaître les signes de l'impuissance, car il est appelé à en juger encore dans un autre cas, puisque la loi dit : L'enfant conçu pendant le mariage a pour père lo mari ; néanmoins cehii-ci pourra désavouer l'enfant s'il prouve que
jicndant le temps gui a couru depuis le 3ooc jusqu'au 180' jour, avant la naissance de l'enfant, il ètaitduns l'impossibilité physique de cohabiter avec sa femme.
Impuissance.
Nous nous occuperons d'abord de l'impuissance, qui est l'impossibilité d'accomplir les devoirs maritaux. La question de stérilité est toute différente, et ne peut être soulevée , parce qu'on manque de preuves physiques pour la constater, et qu'elle peut affecter des individus bien conformés et aussi aptes que les autres à exercer le coït. Nous examinerons successivement les causes de l'impuissance chez l'homme et chez la femme.
De l'impuissance chez l'homme. Ses causes peuvent être certaines ou douteuses. De là , la division que nous adoptons.
i° Causes certaines. Elles sont au nombre détruis, et comprennent A l'absence de la verge, B celle des testicules, C l'imperfection de la verge qui accompagne l'extrophie ou l'extroversion de la vessie.
A. 11 est facile de reconnaître l'absence de la verge 5 mais il faut qu' elle soit complète} car s'il restait une petite portion des corps caverneux, capable d'exciter l'éréthisnie convenable chez la femme par sonintroduction dans les parties génitales externes où le sperme serait déposé, l'individu ainsi conformé ne pourrait être déclaré impuissant.
B. Absence des testicules. Ces organes peuvent ne pas avoir franchi l'anneau inguinal et être restés dans l'abdomen , sans que cette anomalie nuise en rien à l'acte générateur chez ceux qui la présentent. On remarque, au contraire, qu'ils sont ordinairement plus ardens 5 mais lorsqu'on même temps il y a atrophie, elle est indiquée par quelques preuves : les caractères de virilité manquent plus ou moins complètement, ctsont remplacés par ceux de l'autre sexe. Dans les deux cas , il n'y a pas de cicatrices auscrotum, qui est petit, lisse et quelquefois sans raphé. Lorsque les testicules ont été enlevés avant ou après l'âge adulte, les signes ne sont pus les mêmes; l'on trouve toujours une cicatrice au scrotum, mais lorsque la castration a eu lieu dans le jeune âge,
le développement de la verge est arrêté , et les individus tendent à se rapprocher des formes de l'autre sexe, leur intelligence est faible, et ils n'ont ni courage, ni activité; lorsque la castration a eu lieu sur un adulte , l'individu conserve ses caractères de virilité quoique sa barbe devienne plus rare. Il est, susceptible d'érection et de coït, mais il n'excrète que desmuscosités mêlées uu fluide prostatique. Il tombe souvent dans une sombre mélancolie qui le conduit au suicide.
L'on s'est demandé si un individu auquel on enlevait les testicules après l'âge de la puberté, jouissait encore de la puissance temporaire d'avoir des enfans. M. Marc se prononce tout-à-fail négativement 5 M. Orfila voudrait qu'on admît la puissance temporaire dans le petit nombre des cas seulement où les testicules extirpés étaient sains. On doit sentir qu'il manque d'expériences sur ce sujet, qui a donné lieu à des débats judiciaires en Allemagne. J'ai entendu raconter à M. Boyer qu'il avait été consulté à cette occasion par un bomme auquel il avait enlevé successivement les deux testicules affectés de sarcocèle. Après la guérison de la seconde opération, il continua avoir sa femme, qui devint enceinte peu de temps après. Cet bomme , inquiet , vint consulter M. Boyer, qui, pour ne pas troubler, dit-il, la paix du ménage , lui répondit que c'était possible , mais que c'était son dernier enfant, et que s'il en survenait un autre, il pourrait être assuré qu'il ne lui appartenait pas.
C. Dans l'extropbie vésicale il y a absence de la paroi antérieure de la vessie 5 la paroi postérieure existe seule ; elle est peu étendue , et fait saillie au-dessus du pubis à travers l'écartement des muscles droits. On aperçoit les deux orifices des uretères qui versent l'urine au dehors, l'orifice urétral étant oblitéré. M. Chaussier dit que dans ce vice de conformation, le pénis est covrt , sans urètre, quelquefois élargi et creusé en gouttière supérieurement. Lorsque l'urètre semble exister , son canal se termine en cul-de-sac, comme Tontprouvé les observations de Goupil , Cloquet, etc. Ici il ne peut s'élever aucun doute sur l'impuissance.
a° Causes incertaines. Les autres causes que nous regardons comme douteuses ou incertaines , c'est-à-dire-, ne déterminant pas toujours l'impuissance; sont, d'après les auteurs, l'hypo-
spadias et l'épispadias ; les vices de conformation, tels que la bifurcation, la direction et le volume anormals de la verge ; les rétrécissemens de l'urètre, le pliymosis et le paraphymosis ; le sarcocèle , et les affections qui , occupant le voisinage de la verge, la font presque entièrement disparaître comme les hernies serotales , l'hydrocèle , certains fongus hématodes des bourses. Quoique dans l'hypospadias etl'épispadias , le gland soit imperforé, et que l'urètre s'ouvre plus ou moins près du pubis , soit , àla«partie inférieure, soit à la partie supérieure de l'urètre, il en est encore assez distant dans le plus grand nombre des cas , pour que le sperme soit déposé dans le vagin , et dès lors , il n'y a plus impuissance. En outre, ce défaut pourrait n'être que momentané, puisque la plupart des affections que nous avons citées sont curables, comme l'hydrocèle , etc. , et qu'un testicule sarcomateux n'empêche pas l'autre de remplir sa fonction normale. Il reste donc démontré , que pour déclarer l'impuissance , il faut qu'il y ait impossibilité absolue de se livrer à un coït complet, c'est-àdire , dans lequel le sperme soit déposé dans les parties génitales de la femme.
De V impuissance chez la femme.
Nous rangeons parmi les causes certaines de l'impuissance chez le sexe, l'absence ou l'oblitération de la vulve ou du vagin, à moins que ce canal n'ait une communication avec la partie antérieure de l'abdomen, ou qu'il n'aille s'ouvrir dans le rectum : dans ces cas, en effet , la conception a lieu, et on en a plusieurs exemples, ce qui avait inspiré à Louis cette demande qu'il soumet aux casuites : an vxorc sic dispositâ uti fas sit, tel non,judiccnt thoologi morales ? Tous les auteurs ne sont pas d'accord sur cette question , qui a été résolue négativement par un arrêt de la cour royale de Trêves. L'étroitesse du vagin ne pourrait être considérée , que comme un cas d'impuissance relative , puisqu'il y a des hommes dont la verge est très-petite, et que d'ailleurs les moyens de l'art peuvent facilement élargir ce canal ; mais un resserrement excessif et insurmontable pourrait être regardé comme une cause réelle.
(juant au prolapsus de la matrice , au renversement du vagin, ils peuvent ne pas empêcher la conception, de même que les fleurs blanches, les règles immodérées et l'état carcinomateux de la matrice. Nous ferons remarquer , en terminant , que la loi sacrifie peut-être trop souvent le but immédiat du mariage à des considérations de décence et de moralité, qui forcent les rapports, entre des êtres que la nature avait éloignés.
De l'hermaphrodisme.
Si l'on entend par hermaphrodisme la réunion des organes des deux sexes chez un même individu avec aptitude d'action , il est certain que cet état n'existe pas chez l'homme. Mais on a des exemples de la coexistence de quelques organes appartenant à des sexes difTérens : tels sont ceux que rapporte M. Andral , d'après Steglehner. A. Testicules contenus dans le bassin, état normal des vésicules et du canal déférent qui s'ouvrait dans un urètre bien conformé : utérus sans orifice occupant sa place ordinaire. B. Imperforation du gland avec hypospadias ; à l'intérieur, un testicule et une vésicule séminale d'un côté ; de l'autre , un ovaire avec une trompe , se terminant à un sac membraneux qui occupait la place de l'utérus. C. Pénis trèspetit , gland imperforé , testicules dans l'anneau avec canal déférent; fente du scrotum qui est l'orifice d'un conduit aboutissant à la fois à un urètre et à un utérus , etc. , etc. Plusieurs autres exemples sont encore cités.
Le médecin n'est ordinairement appelé, que pour reconnaître l'existence du sexe sur un enfant ou sur un individu qui , ayant été porté sur les registres de l'état civil comme appartenant à un sexe , réclame ou donne lieu à des réclamations , pour être rendu à son véritable état. M. Marc admet trois sortes d'hermaphrodisme :i° le neutre, c'est celui que nous avons étudié en en rapportant des observations; 2° celui dans lequel les organes génitaux du sexe masculin peuvent être confondus d'après leurs vices de conformation, avec ceux de l'autre sexe; 3° celui dans lequel le contraire arrive, c'est-à-dire lorsqu'une fille est considérée
comme étant du sexe masculin. — Ces erreurs Tiennent souvent , de ce que, dans l'hypospadias , le scrotum, divisé sur la ligne médiane, simule l'entrée du vagin, et que l'absence des testicules, restés dans l'abdomen, augmente encore l'analogie. Tout le monde connaît l'bistoire de Marie Marguerite, qui, né en 1792, fut regardé comme fille jusqu'en 181 3 , où un jugement le rendit à son véritable sexe. — Chez la femme , il arrive quelquefois que le clitoris a des dimensions excessives, en même temps que la vulve est fermée par une membrane plus ou moins épaisse , et l'on remarque qu'une semblable conformation est ordinairement jointe à des formes viriles. L'urètre s'étend au-delà de la symphyse; le bassin est étroit, les membres forts , le système pileux abondant : il ne faut cependant que de l'attention , dans ce cas , pour constater la véritable nature de l'individu. On a vu prendre l'utérus, faisant saillie dans le vagin on au dehors, pour un véritable pénis : il suffit d'être prévenu pour éviter une pareille méprise, qui exige toutefois, dans quelques cas, un examen très-attentif pour être reconnue.
Il résulte des faits que nous avons cités , qu'il peut être véritablement impossible d'assigner un sexe à l'individu , d'après la seule observation de ses organes génitaux ; que dans les cas douteux , on doit s'aider de tous les moyens d'investigation possibles, tels que l'emploi de la sonde, l'existence du flux menstruel , la considération des formes extérieures, des habitudes ; autrement, dès que le sexe est reconnu et que la fécondation n'est pas rendue impossible parles vices de conformation existant, on ne peut juger impuissant le prétendu hermaphrodite.