V. L'estomac, un peu contracté, ne contient qu'une quantité
peu considérable d'eau (quelques onces seulement); mais les I intestins en renferment une grande quantité. Tous les viscères I sont sains, la vessie presque vide et revenue sur elle-même; le I foie et la rate sont gorgés de sang, mais sans auoune altération I appréciable.
De ces faits attentivement observés, nous croyons pouvoir conclure :
i° Que l'individu que nous avons visité n'est probablement mort que depuis quelques jours ;
a° Qu'il n'était pas âgé de plus de ao à ik ans;
3° Que la submersion a eu lieu du vivant de l'individu, et 1 qu'elle a été la cause de la mort;
4° Que rien ne porte à croire que ce jeune homme ait été précipité dans la rivière , et que l'absence des marques de sévices | et de violence rend extrêmement probable la circonstance du suicide.
En foi de quoi , etc.
Asphyxie par strangulation.
Nous, soussigné, etc., etc., sur la réquisition de M. le Procureur
du roi, en date du , nous sommes transporté aujourd'hui dans
le bois de...., commune de , à l'effet de visiter le corps du
nommé B. , âgé de 18 ans , que l'on a trouvé suspendu à un arbre , et de constater quelle a été la cause de sa mort. Arrivé audit lieu , et en présence de M. le maire , etc., nous avons aperçu le corps étendu au pied de l'arbre , dont on l'avait détaché six heures auparavant; nous le fîmes transporter avec soin dans la maison de , et là, en présence des personnes susnommées, nous
procédâmes à son examen. La figure était décolorée, les lèvres légèrement tuméfiées, mais déchirées et sanglantes; les deux incisives moyennes supérieures étaient vacillantes, et leurs gencives sanglantes et comme mâchées ; l'incisive moyenne gauche inférieure était cassée près de sa racine , tandis que la moyenne
te était prcsqu'cnticrement sortie de l'alvéole, et renversée Mans au-dessous de la langue, qui en conservait l'empreinte j incisives latérales étaient aussi un peu ébranlées , et du sang lit épanché dans la bouche. On remarquait un peu de terre ée au sang qui recouvrait toute cette plaie, .es cheveux ayant été rasés, on aperçut une ecchymose assez e vers la protubérance occipitale externe, et une incision ut été pratiquée sur ce point, on y trouva du sang épanché. i)n voyait à la partie inférieure du cou, à deux pouces au-desdes clavicules, un sillon circulaire de cinq à six lignes de ;eur, sur trois ou quatre de profondeur , interrompu , sur la lie latérale droite du cou , par un dépression ovalaire plus fquée , qui avait été produite par la présenee du nœud coulant , ime il fut facile de s'en convaincre en appliquant de nouu la corde qui avait servi à suspendre le corps. Les bords du an étaient d'une couleur violette , et , dans ce point , la peau lissait sèche et amincie, brunâtre et comme tannée. Jes tégumens du tronc et des membres n'offraient aucune soon de continuité, mais étaient persemïs de plaques livides , 1 existait sur les cuisses et les avant-bras plusieurs ecchymoses, ni qu'à la région postérieure du bassin. Le pénis était flasque volumineux.
corps ayant été ouvert, l'on constata une congestion cérale peu considérable ; le tissu cellulaire correspondant au sil-
circulaire du cou, était infiltré de sang, et l'os hyoïde avait fracturé ; les veines jugulaires et thyroïdiennes étaient gorgées n sang noir et fluide \ les cavités droites du cœur étaient éga-
ent très-distendues.
^es poumons étaient sains et sans adhérences , brunâtres a r surface et dans leurs lobes inférieurs j l'incision en laissait uler une sérosité rougeâtre et écumeuse, que l'on retrouvait us les bronches et la trachée artère. Tous les organes contenus is la cavité abdominale étaient sains ; l'estomac, rempli de lières alimentaires non chymifiées , offrait une coloration ée. La vessie était vide et contractée.
)'après ces diverses circonstances observées attentivement is croyons pouvoir conclure :
1° Que la cause de sa mort est la strangulation déterminée par le lien que Ton a trouvé serré autour du cou , et que le défaut de coloration et d'injection de la face provient de ce que le corps a été détaché de l'arbre six heures au moins avant notre examen, ce qui a donné le temps à ces phénomènes de disparaître.
2° Que la position du lien, à la partie inférieure du cou, au lieu d'appuyer sur l'os maxillaire et les apophyses mastoïdes, rend excessivement probable que le sieur B. n'a été suspendu qu'après avoir été étranglé.
3° Que cette présomption se change en certitude, lorsque l'on considère les plaies de la bouche et l'enfoncement des dents , les ecchymoses de la partie postérieure de la tête , et celles que l'on rencontre sur diverses parties du corps ; qu'il est probable qu'un pied a été appuyé sur la bouche du sieur B. terrassé, et que c'est dans celte position qu'il a été étranglé.
En foi de quoi, etc., etc.
Xle RAPPORT.
Taches de sang reconnues.
Nous, soussignés (qualités, demeures, etc. , etc.) , conformément àl'ordonnance de M. le juge d'instruction criminelle, nous sommes transportés, aujourd'hui, ce . . . , heure de ... , au laboratoire de la Faculté de médecine de Paris, à l'effet de constater la nature des taches trouvées sur les vêtemens du sieur B***. Nous avons bientôt été rejoints par M.X*** , commissaire de police , qui a fait apporter un paquet entouré d'une toile verte, et qui l'a fait ouvrir en notre présence, après nous avoir fait reconnaître l'intégrité du sceau , qui y avait été apposé. Ce paquet renfermait une veste de gros drap bleu, et un gilet de même couleur; on remarquait , sur différens points de ces vêtemens, et principalement sur les manches de la veste, des taches circulaires d'un rouge-brun , un peu plus épaisses au centre , complètement desséchées, et se réduisant par trituration en une poudre noirâtre.
nAÂyant coupé un morceau de l'étoffe tachée , nous le fîmes Bhsnger dans de l'eau distillée, et nous aperçûmes bientôt des ! Kiies rougeàtres , comme globuleuses, s'en détacher, et tomber I Internent au fond du vase , sans colorer sensiblement les coui\ ess supérieures du liquide. Au bout de quelques heures, nous
■ Lir&mes l'étoffe, et nous trouvâmes les taches transformées en
■ ke matière molle, élastique, d'un blanc grisâtre, que l'ongle en- I rrait facilement, et qui présentait enfin tous les caractères de la
I Irrine.
(jllLa matière colorante, agitée dans le liquide, lui communi- H*ait des propriétés remarquables. Sans action sur le papier de wmirncsol rougi par un acide, il verdissait alors parle chlore, se Décolorait ensuite, et finissait par prendre une teinte opaline, et par Bcécipiter sous forme de flocons blanchâtres; V ammoniaque n'avait ■Mccune action apparente sur sa coloration; Vacide ?iiirique oc- Mssionait un dépôt d'un blanc grisâtre, et Vin fusion de noix H Galles faisait naître un précipité rougeâtre; nous le portâl|e-!S à l'ébullition, assez soutenue pour faire évaporer la plus Maande partie du liquide , et la portion restante se coagula légè- Haroent. Continuant nos recherches, nous détachâmes, d'un Uttre point des vêtemens, la matière qui formait les taches, et Ut us la fîmes chauffer dans un petit tube de verre, dont une des \ jt! trémilés était fermée; il s'en dégagea bientôt un produit vo- | It '.il ammoniacal, ainsi que le démontra le papier de tournesol iltécédeuiment rougi par un acide.
•I I De ces expériences et observations, nous pouvions conclure ff .e les taches que nous avions été chargés d'analyser étaient for- Itkêes par du sang desséché ; mais non satisfaits de ce simple résullllt, nous avons cru devoir éclairer davantage la question, en
II icidant , par de nouvelles recherches , à quelle classe d'êtres pl'vans ce sang avait appartenu; pour résoudre ce problème, kl* nous nous sommes procuré quinze jours d'avance du sang ijphomme et de femme blessés, du sang de bœuf et du sang de frluchon; nous en avons imprégné divers linges, qui ont été séchés H exposés à l'air jusqu'au moment de les soumettre à l'expéllrence; alors, ayant coupé un morceau de chacun d'eux, nous Mirons fait tremper dans une petite quantité d'eau, pour recon-
312 RAl'POKTS.
stituer du sang liquide , et nons avons ajouté dans la liqueur une quantité suffisante d'acide sulfurique concentré ; nous avons traité de même la plus grande tache de la manche de la chemise, et nous avons observé ce qui suit :
» Le sang de porc a développé une odeur très-marquée et très-désagréable, dans laquelle on distinguait quelque chose du porc.
» Le sang de bœuf a dégagé une odeur moins marquée, analogue à celle du boudin.
» Le sang d'homme a donné une odeur très-marquée, comme grasse, et analogue à celle de la sueur.
i) Le sang de femme a donné lieu à une odeur un peu aigre non désagréable.
« Enfin, le sang de la chemise a développé une odeur aigre non désagréable, que deux d'entre nous ont rapportée à celle de» tanneries; le troisième l'a jugée semblable à la précédente; nous nous sommes procuré d'autre sang de porc, de bœuf, d'homme et de femme; le sang de porc, pris chei plusieurs charcutiers de Paris , et directement à i'échaudoir de la rue des Vieilles-Tuileries , nous a constamment présenté la même odeur repoussante; le sang de bœuf nous a offert tantôt l'odeur forte des abattoirs , tantôt celle de la peau de l'animal mouillé.
» Le sang de l'homme nous a toujours offert la même odeur ; le sang de femme s'est montré plus variable , et notamment le sang d'une fille de quarante-sept ans , provenant d'une saignée au bras , a offert la même odeur que le sang d'homme.
» Dans une circonstance aussi grave, la justice pèsera la valeur d'une déclaration fondée sur des expériences nouvelles , qui n'ont pas encore subi l'épreuve de la publicité et de la controverse; mais voici la nôtre, telle que la conscience nous la dicte :
îi Considérant que l'odeur dégagée par le sang de porc et l'acide sulfurique parait propre à ce sang et constante, et que le sang trouvé sur la manche de la chemise manque absolument de ce caractère , nous pensons que ce dernier n'est pas du sang de porc. »
( Rapport de MM. Hbniu, GuiDOonT et Raihtel. )
Xlle RAPPORT (i).
Suicide. Blessures.
Nous , soussigné, docteur en chirurgie de la Faculté de ïr.édene de ... , demeurant à . . . , conformément à l'ordonnance de I. le juge d'instruction criminelle, qui nous a chargé de visiter
corps de M. S*** , que l'on disait s'être brûlé la cervelle la aille au soir , dans sa maison rue . . . , n° . . . , nous, sommes ansporté aujourd'hui, 8 juillet i8a3, à 3 heures du matin, au eu indiqué, accompagné de M. le commissaire de police.
On nous' introduisit au premier étage , dans la chambre i M. S***, dont le corps était étendu sur le lit , et Ton nous .conta que cet homme était tombé depuis quelque temps dans ne sorte d'hypocondrie maniaque , avec penchant au suicide, ue plusieurs fois il avait annoncé le projet de se détruire; et îe la veille , s'étant retiré dans sa chambre, il s'était tiré un >up de pistolet, dont on avait entendu la détonation, mais qui avait excité aucun soupçon , parce qu'on avait cru qu'il partait »la maison voisine. Ce n'était qu'au bout d'une heure , qu'étant itré dans la chambre de M. S*** , on l'avait trouvé étendu sans .e , près de la cheminée de l'appartement ; à peu de distance ; lui étaient une chaise et un pistolet court , mais d'un très-
rt calibre. Une espèce de testament, laissé sur la cheminée, et çné par lui, indiquait sa funeste résolution et ses dernières M& nt és.
Ayant procédé à l'examen du corps, nous constatâmes qu'il 'ait cinq pieds trois pouces , et qu'il devait appartenir à un anime de quarante à cinquante ans. 11 était fortement musclé, et ibdomen chargé de graisse, était volumineux. Le pied, droit ne
ésentaitque quatre orteils; le cinquième ou petit orteil maniait , et une cicatrice ancienne , calleuse , et un peu difforme , couvrait l'extrémité antérieure du cinquième métatarsien.
Les muscles du visage étaient tendus et contractés, les sour-
(i) Quelques détails ont etc extraits il'unc observation de M, Dai;cc, rége près de la Falcultédc médecine de Paris,
cils froncés } et la physionomie exprimait encore une détermination violente.
Nous remarquâmes une plaie irrégulière , de la largeur de la paume de la main, derrière et un peu au-dessus de l'apophyse mastoïde droite. Les bords étaient formés par les tégumens du crâne ecchymosés , lacérés et noircis. En ce point , l'occipital avait été brisé et enfoncé, en formant plusieurs fragmens aigus et mobiles qu'on sentait avec le doigt ; du sang noir s'était écoulé en abondance. Cette plaie semblait se diriger d'arrière en avant, de dehors en dedans, et de droite à gauche; elle n'avait point d'orifice desortie, et les perquisitions les plus exactes ne firent point découvrir la balle, qu'on soupçonnait avoir été contenue dans l'arme à feu.
A l'ouverture du cadavre, nous trouvâmes l'occipital brisé dans le point indiqué, le sinus latéral droit était ouvert, l'hémisphère droit du cervelet, labouré et noirci par le trajet de la balle, qui était nichée et enfoncée dans la base de l'apophyse pierreuse du côté gauche ; cette balle était déformée et aplatie-
Les méninges étaient fortement adhérentes à la voûte du crâne, et l'on remarquait une couche grisâtre et albumineuse , au-dessus de la pie-mère , ce qui est en rapport avec l'affection maniaque dont on nous avait entretenu.
Le siège et la direction de cette plaie nous firent penser que M. S*** devait avoir la tête tournée à gauche , lorsqu'il appuya la bouche de l'arme à feu contre l'occipital : le pistolet ayant été mis dans la main du cadavre, nous vîmes que la plaie pouvait avoir eu lieu dans celte position.
D'après les recherches et observations ci-dessus mentionnées , il nous a paru de toute évidence que la mort avait été déterminée par la plaie du crâne et de l'encéphale, et que l'affection cérébrale antérieure, et les circonstances de la mort rendent le suicide excessivement probable.
En foi de quoi nous avons signé le présent rapport, que nous affirmons conforme âla vérité et aux principes de l'art.
XIIIe RAPPORT.
Plaie de l'azygos suivie d'une hcmorrhagie mortelle
(par M. le professeur Breschet).
Nous, soussigné , T***, surlaréquisition de M. le procureur du roi, en date du a 6 octobre 1827, nous nous sommes transporté aujourd'hui en la maison de santé de M. P***? rue de , à l'effet
de visiter , avec le docteur Denis , et 31. le docteur Pressât , directeur de ladite maison , le corps d'un jeune homme qui a succombé à une blessure reçue par lui, trois jours auparavant, et de constater :
i° Quelle est la nature de l'instrument vulnérant; 30 Quelle est la direction du coup ;
5° Quelle a dû être la position de l'auteur de la blessure, en raison du siège et de la direction de cette blessure j 4° Quelles sont les causes de la mort.
Audit lieu, en présence de M. le commissaire de police, et de concert avec nos confrères ci-dessus dénommés , nous avons procédé de suite à l'opération qui nous était confiée. Nous avons été introduits dans une chambre où était le corps d'un homme de vingt à vingt-cinq ans, doué d'une forte constitution, d'un système musculaire athlétique , de la taille de cinq pieds six à sept pouces , que M. le commissaire de police et 31. Pressât nous ont dit être celui d'Adolphe 31*** , etc.
Après avoir constaté par l'inspection de ce corps , qui présentait déjà des signes de putréfaction , qu'il était bien évidemment privé de la vie depuis plus de vingt-quatre heures, nous avons commencé par en examiner attentivement toutes les parties extérieures.
I. Ce corps n'avait d'autre vêtement qu'une chemise de coton, déchirée antérieurement, et tachée en haut et en avant, vers le collet et l'épaule , par un liquide séreux et par du sang. Cette chemise, d'après la déclaration de M. le docteur Pressât, n'avait été passée que quelques heures avant la mort.
II. Nous avons reconnu, au pli du bras droit, deux petites plaies, résultant de deux saignées faites récemment.
III. Le tronc, le cou, le scrotum, la partie supérieure des membres abdominaux et thoraciques ont une couleur verte , inégalement répandue, et dans plusieurs endroits existent des phlyetènes, formés par l'épiderme soulevé, et contenant une bumeur séreuse, roussâtredans quelques points, et bleuâtre dans d'antres.
IV. A la partie supérieure du tronc , il y a des sugillations d'un bleu verdâtre. Dans toutes les régions sus dénommées , le tissu cellulaire sous-cutané est emphysémateux. Celui du scrotum présente surtout cette distention, produite par du gai, résultat de la décomposition putride. Ces altérations sont encore plus marquées à la partie postérieure du corps. Dans le mouvement imprimé au cadavre, un fluide rouge-brun, écumeux , de la quantité de plusieurs onces , s'est échappé par le nez et la bouche.
V. Sur tout le reste du corps , nous n'avons découvert d'autres traces de lésion qu'une blessure à la partie antérieure supérieure droite du thorax , dont nous parlerons bientôt. Nous ne mentionnerons pas comme des lésions , de légères scarifications qui ont été faites à quelque distance de cette blessure, au-dessous et en dehors, entre elle et le mamelon du sein droit, ni de profondes scarifications, faites à la partie postérieure correspondante du tronc. Ces légères solutions de continuité résultaient de l'application des ventouses scarifiées , faites le lendemain de la blessure.
VI. Nous avons remarqué que le pénis était privé de prépuce, et que cette opération , faite sans doute dans le bas âge de l'individu, n'avait laissé qu'une cicatrice à peine apparente.
VII. A la partie antérieure, supérieure droite du thorax , immédiatement au-devant et au-dessous du tiers interne de la clavicule, existait, ainsi que nous venons de le dire , une blessure dirigée à peu près parallèlement à cet os , c'est-à-dire un peu de haut en bas, et de dehors en dedans , longue, dans son plus grand diamètre , de vingt lignes. Il nous a paru que la solution de continuité avait été faite , vers ses deux extrémités, avec un instrument tranchant, tandis que vers sa partie moyenne, ses bords inégaux et contus indiquaient l'action d'un corps contondant.
VIII. Nous avons demandé à M. le commissaire de police de l'ous faire représenter les vêtemens qu'Adolphe M*** portait au cornent où il a été blessé , et il nous a été remis une redingote
t drap vert, une veste ronde à manches, de cotonnade rayée î bleu et de blanc, un gilet de Casimir d'un jaune-paille , deux etelles de coton à côtes transversales, et une chemise de calicot chirée à sa partie antérieure, dont une portion avait été enlqe.
IX. Nous avons appliqué ces vêtemens sur le cadavre, d'abord uis à la fois , puis les uns sur les autres , et nous avons vérifié que
trou de cinq à six lignes de diamètre , que l'on voit sur chacun ''eux à sa partie antérieure supérieure droite , à deux pouces en- 'ron de l'entournure de la manche, correspond parfaitement au ntre de la blessure.
X. Ces trous ont leurs bords inégaux et frangés, ces bords sont oussés du dehors en dedans, en sorte que les inégalités vont jujours en se rapprochant de la surface de la peau.
XI. La circonférence du trou, observé à la redingote, est maifestement moins inégale à l'extérieur que celle des autres vête-
ens. Il manque, en cet endroit , une partie du tissu du drap, insi que de la doublure.
XII. Tous ces vêtemens sont plus ou moins tachés d'un liquide aanguinolent, selon qu'ils ont été plus moins immédiatement ap- I liqués sur la peau .
XIII. Nous avons fait, à quelques pouces de la plaie, une in- : ision circulaire pour la cerner de toutes parts , et nous avons : nsuite ouvert la cavité droite du thorax. Aussitôt s'est écoulée
ne grande quantité de sang liquide , qui remplissait tellement :ette cavité, que le poumon était refoulé contre la partie antérieure supérieure de la colonne vertébrale , réduit à un très-petit •olume , et non crépitant , quoiqu'il n'y eût aucune trace d'inflam-
ation , ni dans son parenchyme , ni dans son enveloppe sé-
euse.
XIV. Toute cette cavité de la poitrine était tapissée par une ouche fibrineuse d'un blanc rougeâtre , disposée en fausse memrane, n'adhérant ni à la plèvre, ni au poumon. Cette couche ous a paru formée par la partie fibrineuse du sang, constituant
une espèce de poche, dans laquelle les parties cruorique et séreuse de ce liquide étaient contenues, ainsi qu'on le voit dans les grands épanchemens de sang contenus dans les cavités splanchniques.
Nous indiquons avec détails cette disposition, pour signaler la I différence de cette espèce de kyste fibrineux, d'avec les autres I fausses membranes produites par l'inflammation de la plèvre.
XV. Nous avons ensuite disséqué , couche par couche , le Iraj jet de la plaie , et nous avons vu qu'il suivait une direction I oblique de haut en bas , de dehors en dedans , et d'avant en arrière, que le corps vulnérant avait successivement parcouru une ligne qui , partant du bord antérieur du tiers interne de la clavicule, traversait les muscles grand et petit pectoraux, le pre- { mier espace intercostal, les muscles qui le remplissent, puis pas- I sant au-dessus du sommet du poumon droit , arrivait sur le I côté droit du corps de la cinquième vertèbre dorsale, le traver- [ sait départ en part, et se terminait au côté gauche de cette vertèbre. I
Que dans ce trajet la clavicule avait été frottée , et la veine I 8ous-clavière effleurée à sa partie antérieure, que les muscles I pectoraux et la plèvre costale avaient été traversés , que le som- I met du poumon droit avait été contus, et la veine axygos ouverte j \ia peu au-dessus de la courbure qu'elle décrit avant son embouchure dans la veine cave, sur le côté droit du corps delà cinquième vertèbre dorsale ; enfin que cet os avait été traversé, | ainsi que la plèvre qui recouvre sa partie gauche.
Que tout ce trajet était comme enduit par une matière purulente j que les tissus voisins étaient plus ou moins contus ; que l'ouverture delà paroi du thorax, correspondant à la partie ex- j terne du trajet , était fermée par la couche membraneuse que nous avons décrite j de manière que le sang épanché dans la cavité droite du thorax, ne pouvait s'écouler par la plaie antérieure, tandis que l'orifice du trajet du corps vulnérant , traversant la colonne vertébrale, était béant du côté de la cavité thoracique , droite , de manière à laisser écouler dans cette cavité le sang ve- | nant du tronc de la veine azygos.
XVI. Enfin, après avoir enlevé la portion antérieure du corps | de la vertèbre, nous avons reconnu que le canal rachidien n'a- j
t pas élé ouvert par le corps vulnérant, et à côté de cette verre , près de l'orifice , qui s'ouvrait dans la cavité 'gaHche du orax,nous avons trouvé un corps étranger, que nous avons reunu être la portion du drap et de doublure, que nous avons dit nquer à la redingote.
XYIf. Continuant nos investigations jusque dans le côté .tuche du thorax, nous avons reconnu que le poumon et la plè- ~e de ce côté était dans l'état sain , et qu'un peu de sérosité nugeàtre y était épanchée.
XH1I. Enfin , à la partie supérieure de la même cavité, nous ovs trouvé une balle de plomb de quatre lignes et demie de amètre, paraissant être celle d'un pistolet d'un assez fort care.
Vayant aucun doute sur la cause de la mort, nous avons jugé jutile de faire l'ouverture du crâne ou de l'abdomen , et nous i vons cru devoir ne pas pousser plus loin des recherches que la eligion hébraïque , professée par le jeune M*** et par sa famille, i.ous obligeait à ne faire qu'autant qu'elles eussent été indispenles.
D'après cet examen attentif, et bien circonstancié, pour ré- • ondre aux questions contenues dans le réquisitoire de M. le proureur du roi , nous disons :
i° Que la plaie a été produite par une arme à feu ; 2° Que dans le rapport ci-dessus, nous avons décrit avec tous es détails suffisans la direction du coup 5
3° Que la plaie extérieure a été primitivement faite par une aile, et qu'elle a été ensuite agrandie par un instrument tran- ;hant (débridement jugé nécessaire par le chirurgien qui a soigné e jeune M***); que tout le trajet traumatique a été produit ar le projectile trouvé dans la poitrine ;
4° Que la mort est résultée de l'épanchement considérable de ang dans la cavité droite du thorax, lequel épanchement a été roduit par la lésion de la veine azygos , et comme la circulation cdans ce vaisseau se fait de bas en haut , qu'une valvule, existant Tvers son orifice, du côté de la veine cave , s'oppose au reflux du laang de la veine cave dans la veine azygos ; et l'épanchement n'a ipu être produit que parle sang ramené de l'abdomen, par la
grande veine azygos, et par conséquent être lent et successif, ce qui explique suffisamment pourquoi la mort n'a pas été l'effet immédiat de la blessure.
5° Qu'il est présumante qu'au moment du coup de feu le blessé présentait, ù l'arme de son adversaire, le côté droit du corps, l'épaule droite fortement relevée , de telle façon , que la clavicule étant alors obliquée . et la balle arrivant sur cet os angulairement, ce projectile a pu être dévié de sa direction primitive et prendre la route oblique que nous avons indiquée.
6° Que le coup n'a pas été tiré à brûle-pourpoint, puisque nous n'avons reconnu ni brûlure , ni bourre , ni traces de poudre sur les vêtemens, ni aux environs de la blessure. Que la distance entre le blessé et son adversaire n'a pas été moindre de huit à dix pas, mais qu'elle n'a pu guère être au-delà du double, car il a fallu que le projectile arrivât avec force sur le blessé, pour traverser toutes les parties que nous avons signalées, et surtout le corps de la cinquième vertèbre.
7° Enfin, en réponse aux soupçons qui se sont élevés contre l'adversaire du jeune M***, étant d'une très-haute taille, et son adversaire d'une très-petite, on n'a pu concevoir comment un coup tiré de bas en haut, a produit une blessure, dont la direo- H tion est oblique de haut en bas , et de dehors en dedans , nous di- H rons que l'obliquité de la plaie peut très-bien être expliquée par II la déviation du projectile , rencontrant obliquement un plan ré- H sistant et incliné , tel que la clavicule dans la direction rapportée II ci-dessus (V), que la ligne oblique, sous laquelle la balle a ren- Il contré la clavicule , explique comment un projectile , qui a ou la H force de traverser les parois du thorax et le rachis, a pu être dé- Il tourné de sa direction primitive par un os beaucoup moins fort H et moins épais que le corps d'une vertèbre, et que les cbirur- Il giens qui ont observé un grand nombre de blessures d'armes à feu ont de nombreux exemples de faits analogues.
En foi de quoi nous avons délivré le présent rapport, que nous certifions conforme à la vérité et aux principes de l'art.
Paris, ce...
f RAPPORTS. 321
XI Y* RAPPORT (i).
mmspension après la mort, déterminée par une blessure'
du crâne.
■ËWfous, soussignés, docteurs de..., etc., demeurant à..., con- Hsmément à l'ordonnance de M. le juge de pais..., nous sommes
UBudus aujourd'hui...., heure de , au domicile du nommé....,
jimous avons trouvé M. le juge de paix avec son greffier, qui > b is a dit qu'ayant été informé hier au soir que l'on avait trouvé li emme Col..., pendue à tin arbre dans le clos appartenant à sa Hiiison, il nous avait mandés po,ur examiner , conjointement, le Dpps de cette femme, constater le genre de mort et faire notre Bpport.
flAiprès avoir prêté, entre les mains de M. le juge de paix, le ■■raient requis, nous avons été conduits dans le clos, et ayant ■ttrersé un herbage qui est à son entrée , nous avons trouvé, à tèt •■ extrémité dudit clos , une femme vêtue de ses habits , grosse, Messe, qui nous a paru âgée d'environ soixante ans, et qui était Hfcoendue par une sorte de mouchoir, passant sous la mâchoire Br-rieure , et noué à la branebe d'un gros pommier , et nous Mt ns remarqué :
ffc ° Que le tronc de cet arbre , mesuré à la moitié de sa hauteur iit trente trois pouces de circonférence.
i » Qu'il ne se divisait en branches qu'à la hauteur de six 1s;
' ° Nous avons vu sur le terrain une espèce de grosse et lourde eelle, de sept pieds de longueur, composée de deux jumelles ■ ées, épaisses, assemblées par de longs et forts fuseaux, et qui iiit évidemment servi de râtelier dans une écurie de chevaux.
) L'affaire qui motive ce rapport était notamment délicate et corapli- , un premier rapport avait été fait par trois chirurgiens du pays , et ■ait remarquable par la négligence, l'ignorance et les inconséquences i l'on y observait. M. Cbaussier , ayant été consulté par le tribunal luinel , réunit et compara toutes les circonstances qui auraient dû i-iculièrcment attirer l'attention des experts , car il do les a presenraoas la forme d'un rapport que pour servir d'exemple dans les cas wgues. Voyez mémoires , consultations et rapports , par Chaussîcr.
La distance de celte échelle au pied de l'arbre était de quatre pieds , et après avoir fait planter dans le sol deux pieux, pour inarquer la position et la distance de l'échelle , nous avons vtj qu'en partant de ce point, et en la relevant , elle ne parvenait contre le tronc de l'arbre qu' à peu près à la moitié de sa hauteur ;
4° Considérant ensuite la position du corps suspendu, nous avons Irouvé que le point de suspension à la branche de l'arbre était élevé au-dessus du sol de huit pieds sept pouces , qu'il était éloigné du milieu de l'arbre de trois pieds six pouces; que le dot du cadavre répondait au centre de l'arbre ; que la tête était un peu fléchie en devant, les bras pendans, les mains à demi fer mées, la pointe des pieds inclinée en bas, et les talons élevé» au-dessus du sol d'un peu plus de deux pieds et demi; j 5° Ayant ensuite , l'un après l'autre , monté sur l'arbre , no n'avons pu atteindre le point de suspension qu'avec peine, et nous penchant beaucoup sur la branche. Nous avons aussi marqué que l'écorce de la partie supérieure de la branche é lisse et même un peu éraillée dans une étendue de onze pouc tandis qu'au-delà du point de suspension , elle était visqueuse couverte de petits lichens;
6° Après ces premières observations, nous avons, du cons tement de M. le juge de paix, fait couper avec un scie à main branche de l'arbre, un peu au-delà du point de suspension , puis en soulevant et soutenant le cadavre, on a fait glisser l'anse d mouchoir qui le tenait suspendu, et on l'a transporté dans un chambre de la maison pour en faire l'examen ultérieur.
Là nous avons fait déshabiller le cadavre , et nous avons marqué sur la tête un bonnet de toile propre, blanche de lcssi et qui , sur le côté gauche et postérieur, avait quelques taches d sang : sur le cou, un fichu; sur le corps, une camisole et d jupes de laine, dont l'intérieur était mouillé dans sa partie in rieure, et principalement en devant : les bas, qui couvraient 1 jambes, étaient aussi mouillés et humides depuis le milieu de jambe jusqu'au pied , et cette humidité n'avait aucune odeur, ne dépendait pas d'un écoulement de l'urine. La chemise éta sècho et très-propre ; l'empeigne et les semelles des souliers étai
ees , sans boue , leur pointe un peu rougeâtre , et on y aperce- , , en divers endroits , des brins d'herbes fraîches ; l'anse , qui ,it servi à la suspension du corps, était formée par un mouuir, inégalement roulé sur sa longueur, et dont les extrémités cent réunies par un double nœud. En déroulant ce mouchoir, sa avons vu en différens endroits quelques taches de sang; ss avons vu aussi que ce mouchoir avait été coupé d'une mare fort inégale, et par hoches, en demi-portions, qui avaient nite été réunies par un nœud, fort serré, et ce nœud, ainsi que [.taches de sang, se trouvaient cachés au milieu des plis roulés I formaient l'angle de suspension.
afin, après ces diverses observations, nous avons examiné suciivement toutes les parties du corps, tant internes quexutes, et nous avons reconnu :
.La face pâle, d'une teinte un peu jaunâtre sans tuméfaction, [ paupières molles, à demi-ouvertes , sans gonflement ni alléion de couleur. Les yeux enfoncés, affaissés, ternes, et cou- ;-;s d'une couche muqueuse; les oreilles pâles et molles dans l'te leur étendue, les lèvres sèches, un peu brunâtres sur leurs dds mais sans gonflement, et pâles à leur face interne; les mài ires rapprochées , serrées , la langue ne dépassant pas le conr: alvéolaire , mais seulement ses bords étant un peu engagés r -e les deux mâchoires , en devant et sur les côtés , dans les
roits où manquaient des dents, et ces bords saillans étaient igeâtres ; enfin il n'y avait ni à la bouche , ni aux narines, aut e mucosité écumeuse ou sanguinolente.
II. Sur le cou, dans l'endroit où était l'anse de la suspension,
I : dépression ou enfoncement semi-circulaire qui , de la partie i penne de l'os hyoïde, s'étendait sous le menton , avait en cet kroit un peu plus d'un pouce de large , et de là montait obli- :::ment derrière chaque oreille, et se perdait un peu au-dessus
apophyses mastoïdes. La surface de cette dépression présen-
I I aussi quelques ligues saillantes, inégales , d'une teinte lé tement violacée sur leurs bords; et ces lignes, qui correspondent auxenfoncemens formés par les plis du mouchoir, se perdent insensiblement sur les côtés.
Hi Sur la partie inférieure du cou, un peu au-dessus delà
clavicule gauche, une excoriation d'une couleur rougeâlre, d'une forme ovale, longue de quinze lignes, sur cinq lignes de largeur.
IV. Sur la poitrine et l'abdomen, il n'y avait aucune apparence de lésion, en devant, et sur le coté gauche, la peau conservait sa couleur naturelle ; en arrière , et sur le côté droit , on y remarquait une légère lividité , ou teinte violacée , inégalement diffuse, mais bornée à la superficie du tissu de la peau, comme nous nous en sommes assurés par de légères incisions.
Y. Les pieds, les mains, ainsi que les membres dans tou leur étendue, étaient pâles et sans lividité, seulement nou avons remarqué , à la face suspalmaire et externe de la second phalange du doigt annulaire de la main gauche , une petite pla transversale, longue d'un centimètre, bornée à l'épaisseur d la peau, qui était évidemment récente et laite par un instra ment tranchant.
VI. Passant ensuite à l'examen des organes intérieurs , apr avoir coupé les cheveux , nous avons trouvé à la région occip taie, un peu à gauche, une tumeur molle, peu saillante, s changement de couleur à la peau , et ayant deux pouces de d mètre. Par la dissection nous avons reconnu : i° que cette t meur était formée de sang coagulé et épanché dans le tissu so cutané; 2° qu'il y avait à la partie correspondante de l'os occipital une fracture qui commençait sur le bord delà suture occipitale se dirigeait obliquement en bas et en dedans, et avait un peu plus de deux pouces, trois lignes de longueur; 3° ayant scié le crâne avec précaution, nous avons trouvé, à l'extrémité posté rieure du lobe gauche du cerveau et sur le cervelet , du sang, en grande partie coagulé , dont nous évaluons la quantité à deux onces ; les autres parties du cerveau ne nous ont présenté aucune altération perceptible.
VII. A l'ouverture du thorax, nous avons trouvé les poumons mous, légèrement engorgés, et d'une couleur brunâtre , principalement à la partie postérieure et latérale droite ; le cœur était mou , et les cavités droites remplies de sang noir, presque entièrement fluide.
VIII . La dissection du cou ne nous a présenté sous le menton, dans l'endroit où était placé l'anse de suspension, aucune ecchy-
ÎW, aucun engorgement dans le lissu ou l'interstice des mus- H.i. Mais nous avons vu à la partie inférieure du cou, un peu Hùlessus des clavicules , et aux côtés delà trachée artère, deux ■khymoses profondes, l'une à droite, l'autre à gauche , longues Hqiiuatre à cinq lignes, et s'étendant un peu sur les côtés de la Huhce artère.
HlK. A l'ouverture de la touche, nous avons trouvé la langue i(tl le, rougeâtre, sans gonûement ; il n'y avait ni dans la bouche, Milans la trachée artère, aucune mucosité sanguinolente et Hameuse.
Kl. Enfin les viscères de l'abdomen ne, nous ont offert aucun Hrre d'altération.
Kiin rapprochant les différentes observations que nous avons Hiueillies par la visite du corps , et l'examen du local, dans 1cf&ll on l'a trouvé suspendu, il résulte :
D° Que la mort de la femme Col ne peut point être regardée
mime un suicide, parce que, d'après la disposition du local et H 'espèce d'échelle qui s'y est trouvée , elle ne pouvait parvenir tm< )oint de suspension où l'on a trouvé son corps , ce qui est dé- Hi itré par les observations exposées dans la première partie de Mrre rapport;
"Que la mort est évidemment due à un coup ou à un choc viot; à la partie postérieure de la tête. Ce qui est spécialement dé- 1 îtré. ( Art. vi.) *> Que l'excoriation et les ecchymoses observées à la partie irieure du cou (art. ni et viu) indiquent une violence antéi! re à la mort.
° Enfin que le corps n'a été suspendu que quelque temps après nort, puisqu'il ne porte aucune marque de strangulation. U. i, w, v, vm.)
.mi foi de quoi nous avons signé le présent rapport, que nous i mons sincère et véritable.
A , jour , etc.
Empoisonnement par le sublimé coii'osif.
Nous , soussigné , docteur en médecine de la Faculté de Paris, etc., etc., demeurant à..., nous sommes transporté, sur la réquisition de M le procureur du roi, au village de. ., ce 1 G mai i8ao, accompagné de MM. A***, commissaire de police, et docteur en médecine, pour constater les causes de la mort de M. X***, âgé de vingt-nuit ans, et décédé la veille, après une maladie de quelques heures.; arrivé au village de...., à l'auberge du sieur B***, nous avons appris que M. X*** était venu la veille au matin , déjeuner en partie de plaisir avec un de ses amis , que, peu de temps après , il s'était senti incommodé, avait éprouvé quelques symptômes d'indigestion, bientôt suivis de coliques très-vives et de vomissémensfréquens; un médecin aval été appelé , qui avait ordonné une potion calmante , à prendr par cuillerées , de cinq minutes en cinq minutes , et quelques au très remèdes qui avaient été exécutés. Cependant les accident avaient continué , et s'étaient même exagérés ; un des cnfans de) l'aubergiste avait vu l'ami de M. X*** mêler du sucre en poudrer disait-il, à la potion calmante, qui semblait avoir plutôt aggravé! l'état du malade; on en avait enfin discontinué l'usage, et 1^ sieur D***, alarmé des suites que pouvait entraîner une maladié aussi inquiétante, avait fait conserver avec soin les matières desj vomissemens et des selles, et s'était emparé du reste delapotionj malgré les sollicitations de l'ami de M. X*** , qui assurait eij avoir besoin pour lui-même. Enfin, après sept heures des souf| francesles plus cruelles, M. X*** «Tait succombé à la suit* d'une agonie délirante longue et pénible.
Instruit de ces circonstances , nous nous sommes occupé ans» sitôt de l'examen du cadavre , qui fut reconnu , par les témoinsT être celui de M. X***. 11 avait cinq pieds quatre pouces de loni gueur, paraissait celui d'un homme de vingt-cinq à trente ansf peu chargé d'embonpoint , mais bien musclé, et n'offrant qnj quatre doigts à la main gauche , l'annulaire ayant trobablemen}
amputé dans son articulation métacarpo-phalangicnne ; nous fi Iriremarquàmes aucune trace de contusion ou de violence. Le Ifpps était étendu sur un lit dont les draps étaient tachés par des
■ prières molles, sanguinolentes, d'une odeur aigre et désagréa- B|,,*qui paraissaient de même nature que celles qui étaient
■ natenucs dans plusieurs cuvettes, et avaient été rejetées parle m lonissement.
1 NNous procédâmes alors à l'examen néerôseopique , et nous ne I Rouvrîmes qu'une violente inflammation du tube digestif, kîtomac était particulièrement affecté, sa membrane interne : lit d'un rouge foncé, et offrait ça et là de petites taches brunes, I l; iticulaires , dues à du sang extravasé entre la membrane mueuse et la tunique musculeuse, comme il- était facile de s'en ssurer par une simple incision et un léger examen. Les intesms ne renfermaient aucune matière alimentaire , et n'offraient l'une épaisse mucosité , mêlée à un liquide bilieux. Tout le mal digestif fut enlevé et déposé avec soin dans un grand vase ! verre , pour être soumis à quelques expériences. L'attention fut d'abord portée sur la fiole qui renfermait le ste de la potion calmante ; on commença par étendre la liqueur eau distillée ; elle était incolore, d'une odeur éthérée, mais une saveur âcre et styptique, mal déguisée par le goût de réther et de fleurs d'oranger. Le papier de tournesol était rougi a*r ce liquide : la potasse à l'alcoliol y faisait naître un précipité ^une-serin, l'ammoniaque un précipité blanc, ainsi que le îitrate d'argent : l'acide hydrosulfurique déterminait un dépôt (oirâlre , et une lame de cuivre décapé plongée dans la liqueur r renait une teinte brune, devenait brillante et argentine par le ottement.
Tous ces réactifs démontraient d'une manière évidente la urésence du deuto-chlorure de mercure , et nous complétâmes 'analyse en employant le procédé de M. Ellitson ; nous fîmes •longer dans la liqueur , à laquelle nous ajoutâmes quelques ;outtes d'acide hydrochlorique , une petite lame d'or , recouverte l'une spirale d'étain ; la feuille d'or, blanchit presque aussitôt, !t l'ayant fait chauffer dans un petit tube de verre, de petits ;lobules mercuricls se déposèrent sur ses parois.
Examinant ensuite les matières qui avaient été rejetées j.ar le vomissement, nous les soumîmes à une courle ébullition dam de l'eau disljllée, et nous jetâmes le mélange sut un filtre ; la liqueur obtenue ne rougissait que faiblement le papier de tournesol , et ne précipitait ni par la potasse , ni par l'ammoniaque, ni par les hydrosulfates; elle ne faisait pas effervescence lorsque 1 on en versait quelques gouttes sur du sous-carbonate calcaire.
Notre attention fut alors dirigée sur le dépôt laissé sur le filtre, nous le fîmes dessécher au bain-marie, dans une capsule de porcelaine, puis on le satura avec du charbon et de la potasse caustique , et le mélange , porté dans un tube de verre , fermé à une de ses extrémités , fut chauffé au ronge ; pendant cette opération , du mercure se volatilisa et se déposa en gouttelettes trèsfines et très-brillantes sur les parois du tube. Lamême expérience fut répétée en grand et dans une cornue de verre, avec les membranes internes de l'estomac , et le résultat en fut le même, quoique j la quantité du mercure réduit fût beaucoup moins considérable.
De ces faits nous croyons devoir conclure :
i° Que la liqueur contenue dans la fiole, et désignée sous le nom de potion calmante, tenait , en dissolution, une quantité notable de deuto-chlorure de mercure , ou sublimé corrosif :
2" Que les matières qui nous ont été présentées comme ayant [ été rejetées parle vomissement , fait qui nous paraît démontré, I étaient mêlées à un sel mercuriel, insoluble, ce qui s'explique I facilement , dans l'hypothèse où l'empoisonnement aurait eu lieu I par le sublimé corrosif, décomposé alors par les substances \ alimentaires avec lesquelles il se serait trouvé combiné.
5° Que ce poison, dont nous sommes parvenu à démontrer I la présence, dans les tissus mêmes de l'estomac, rend parfaite- I ment raison de la promptitude et delà gravité des accidcns,et I de leur issue funeste ;
Qu'il est certain , d'après la nature et la marche des symp- I tomes , les altérations pathologiques et les analyses chimiques , que M. X*"** est mort empoisonné par le sublimé corrosif.
En foi de quoi , nous avons délivré le présent rapport , que I nous certifions conforme à la vérité et aux principes de l'art.
Paris , ce , etc.
XYI« RAPPORT.
'mpoisonnement par l'acide arsènieux ( oxide blanc d'arsenic ). Exhumation trente-deux jours après la mort.
( Ce rapport , dont nous avons emprunté les principaux déils à M. Orfila , est digne de fixer l'attention par les faits nomeux qu'il fournit à l'histoire de plusieurs questions imporantes et par les précieuses observations qu'il contient sur les énomènes de la décomposition putride. Aussi n'avons-nous as hésité à y comprendre beaucoup de détails, qui seraient nutiles,et devraient être supprimés dans un rapport judiiaire ).
Nous, soussigné , docteur en médecine de la Faculté de . . , emeurant à . . . ., ayant été appelé, le 3o juillet 18 2 3 , par D***, juge d'instruction, pour savoir si l'on pouvait espérrer de reconnaître qu'un homme, mort 3o juin de la môme nnée et dont le cadavre avait été inhume le lendemain, eût péri mpoisonné , nous avons répondu que cela n'était pas imposssible. c( En conséquence , nous nous sommes transporté le 1er iaoùt , à sept heures du matin , au cimetière de*** , où , en préssence de M. le commissaire de police, et de MM***, ona [procédé à l'exhumation. » Le cadavre, recouvert d'une chemise, et enveloppé d'un linceul, était enfermé dans une bierre en chêne, que l'on avait enterrée dans une tombe particulière , à cinq pieds de profondeur. A peine le cercueil fut-il ouvert , qu'il s'exhala une odeur tellement fétide , que nous crûmes convenable de faire retirer le corps , et de le laisser exposé à l'ombre pendant quelques minutes ( la température de l'atmosphère était déjà à 17° R. ).
L'identité n'ayant pu être constatée qu'à dix heures du matin par M. le commissaire de police, il fut facile d'observer que le cadavre avait augmenté sensiblement de volume pendant qu'il était resté à l'air. A dix heures on le transporta dans une salle de dissection. Là il fut découvert avec rapidité , et dépouillé du linceul et de la chemise , avec lesquels une grande partie de l'épiderme se détacha : l'odeur était tellement infecte, qu'il
eût été dangereux de séjourner plusieurs heures dans cette atmosphère, si on n'était pas parvenu à la détruire ; nous répandîmes indistinctement sur toute la surface du corps environ trois pintes d'eau, contenant en dissolution un huitième de son poids de chlorure de chaux ; l'effet de cette liqueur fut merveilleux ; il s'était à peine écoulé une minute, que l'odeur fétide avait entièrement disparu.
Le linceul et la chemise étaient mouillés et tachetés de vert , de hrun et de jaune. On voyait çà et là des portions qui paraissaient moisies. On nous dit que l'individu était âgé d'environ quarante-cinq ans , qu'il étaitfort gros , et qu'il avait succombé à une maladie qui n'avait duré que trente-huit à quarante heures. Sa stature était d'environ cinq pieds ; la tuméfaction du cadavre était extrême ; la peau était d'un brun noirâtre au crâne, d'un blancrosé à la partie supérieure de la face; noirâtre autour des lèvres, moins foncée aux joues et au menton; les paupières étaient affaissées , et commençaient à tomber en putrilage ; le nez , la bouche et le menton étaient aplatis parla pression du linceul , ce qui altérait singulièrement les traits de la face. La peau était d'un brun noirâtre au cou , grisâtre à la poitrine , où l'on remarquait quelques taches noires , surtout sous le mamelon; elle était d'un blanc sale à l'abdomen et sur les côtés du tronc, et d'un brun noirâtre aux régions suspubienne et inguinale, ainsi que sur le scrotum ; celui-ci était d'ailleurs du volume de la tête d'un adulte, et ne paraissait devoir son développement excessif qu'à la présence des gai. La peau qui revêt les membres thoraciques et abdominaux était d'un vert foncé, marbrée de plaques noires comme torréfiées; l'extrémité des oreilles offrait une couleur d'un vert clair : du reste la peau du tronc et des membres n'était pas sensiblement ramollie ; il était impossible de la déchirer en opérant d'assez fortes tractions avec des pinces. L'épiderme était détaché, ou s'enlevait avec le plus grande facilité ; et en arrachant celui qui recouvre les pieds, on enlevait en même temps les ongles.
En incisant la peau, on voyait que les muscles étaient légèrement ramollis, mais que les faisceaux et les fibres étaient distincts et de couleur rosée. Le tissu cellulaire qui les environ-
I k : était en partie saponifié; toutefois cet état de la graisse I itt beaucoup plus sensible à la face et au tronc, /.'ouverture du cadavre faite suivant les règles de l'art permit voir: i° que l'intérieur de la bouebe et du pharynx offrait couleur noirâtre , qui était l'effet de la putréfaction. Une tture fut appliquée sur l'œsopbage et sur le rectum; et tout iinbe digestif , dont la membrane péritonéale était saine, fut î'îvé avec précaution, et réservé à des recherches ultérieures. )Jue le foie , la rate , les uretères , la vessie et le pancréas liraient rien de remarquable ; les reins étaient ramollis et uuils en une espèce de putrilage. Il y avait dans la cavité de «domen environ quatre onces d'un liquide jaune, filant, et eessivement gras.
[i)ue le larynx, la trachée-artère et les bronches étaient dans lat naturel; que les poumons étaient d'un brun violacé , créions et infiltrés par des gaz, que le péricarde était chargé de is.sse en avant et sur les côtés; que la face interne, ainsi que uurface externe du cœur offraient un grand nombre de granuoons blanchâtres , semblables à du sablon ; que cet organe 1 1 un peu volumineux et chargé de gTaisse ; que l'oreillette et • entricule droits ne conteuaient aucune trace de sang liquide cooagulé ; que la membrane interne de cette oreillette était b lie de petites pétrifications, semblables à celles dont nous rns déjà parlé ; qu'il y avait de semblables pétrifications dans ccavités gauches du cœur , mais qu'elles se détachaient par le I tement , qu'il n'y avait pas non plus de sang dans ces cavités ;
les valvules n'étaient pas ossifiées, que seulement les fesis, qui se trouvent au commencement de l'aorte , offraient de :res traces d'ossification.
Jlu'il n'y avait pas un atome de sang liquide ni coagulé dans vaisseaux, que l'on pouvait apercevoir sans injection préaf.e ; que la membrane interne de l'aorte , de l'artère pulmo- Te , et les veines du mêmenom , offraient des taches rosées. ||ne la graisse qui sépare les os du crâne du péricrâne était partie saponifiée; que ces os étaient fragiles, et se brisaient rjrands fragmens ; que la masse cérébrale était très-affaissée , norte qu'il y avait un grand vide dans la cavité du crâne ; que
la dure-mère était détachée, et qu'il n'y avait pas d'épanché- ( ment entre elle et les os; que la couleur de celte membrane était! verdâtre, et qu'elle ressemblait assez à une vessie à moitié \ pleine; que la faux se détachait en lambeaux avec les vaisseaux) qui s'y rendent; que la face interne de la dure-mère était rosée; | que sa consistance n'était pas sensiblement diminuée ; qu'il était f impossible de reconnaître la pie-mère et l'arachnoïde; que le cerveau était converti en une espèce de bouillie grisâtre et fluide à sa surface , tandis qu'il était d'un blanc-cendré aux parties médullaires, que le plexus choroïdien se dessinait sous forme del stries rosées ; que le cervelet et le commencement de la moelle alongée offraient le même aspect que le cerveau.
Le tube digestif, qui avait été séparé, fut ouvert avec toute§| les précautions nécessaires pour recueillir les matières qu'il pouvait renfermer. L'œsophage était presque dans l'état naturel ,j l'estomac était énormément distendu par des gaz, et ne conte-l nait aucun aliment; sa consistance ne paraissait pas diminuée,! et sa membrane muqueuse était tapissée d'une couche assez! épaisse de mucosités jaunâtres. En enlevant les mucosités on! apercevait, près de l'extrémité splénique , une tache d'un jaune-» serin ; il y avait au voisinage des orifices œsophagien et pylorique , et de la portion splénique, des traces manifestes d'inflara-f mation ; on voyait aussi près du pylore quelques ecchymoses ,| que l'on faisait disparaître en grattant légèrement. Les altération^ étaient aussi évidentes qu'elles auraient pu l'être si le oadavret eût été ouvert le lendemain de la mort de l'individu. La membrane interne du duodénum était également tapissée de mucosités jaunâtres; on en voyait aussi dans les autres portions de l'in-J testin grêle , mais elles diminuaient au fur et à mesure que l'on* avançait vers la fin de l'iléum , où l'on apercevait quelques grainsi blanchâtres et durs; du reste les intestins grêles offraient çà fetjl là des parties emphysémateuses, mais sans aucune trace d'in-ji flammation : le cœcum , lè colon et le rectum paraissaient dana)< l'état naturel et contenaient quelques matières fécales demi-* fluides. «
Passant ensuite à l'examen chimique des matières recueillies! dans le canal digestif, nous nous sommes livré aux essais suivans 1
i° En ayant pris une partie, nous Pavons fait bouillir dans ma» ras avec de l'eau distillée, et après avoir filtré la liqueur, Mus l'avons essayée par le papier de tournesol rougi par un i.ide , dont la couleur n'a pas été sensiblement altérée ; 2° Y ayant ajouté quelques gouttes d'une solution de potasse .'alcohol, il ne s'est pas formé de précipité; 33o L'ammoniaque versée goutte à goutte dans une partie du ; [uide n'a déterminé aucun nuage , aucun dépôt ; 4o L'acide hydrosulfurique y fait naître des flocons jaunâtres ai nous ont paru être du sulfure d'arsenic ; 5° Afin de vérifier nos doutes , nous avons pris une autre porm de la liqueur , et nous y avons versé quelques gouttes d'une lujion de deutosulfate de cuivre ammoniacal j il s'est produit 1 précipité vert ; I 6° Reprenant alors la portion de la liqueur flans laquelle nous ions ajouté delà potasse caustique, et y versant du nitrate aargent , il s'est formé peu à peu un précipité jaune , qui a augsnté lorsque nous avons soumis le liquide à l'ébullition ; 7° Nous avons pris une nouvelle quantité des matières que ous avions trouvées dans le tube digestif , et nous avons projeté |T un charbon incandescent quelques-uns des grains blancbâcs dont nous avons précédemment parlé. Ils se sont volatilisés ! us forme d'une fumée blanchâtre , qui répandait une odeur al- ■icée ; cette fumée, reçue sur une lame de cuivre , tenue à trois 1 quatre pouces de distance , y adhérait sous forme de poudre : anche très-fine ) 8° Ces essais avaient suffi pour nous faire reconnaître l'acide sénieux (oxide blanc d'arsenic) , mais voulant obtenir l'arsec métallique , nous avons fait dessécher au bain-marie les macères retirées de l'intestin, et les ayant mêlées à la poudre de larbon, et un peu de potasse caustique , nous les avons calcinées dans un petit tube de verre , sur les parois duquel nous rrons vu l'arsenic métallique venir se déposer dans le cours de l'opération j
90 11 nous restait à savoir si ce poison se trouvait combiné et dihérent à la membrane muqueuse; pour nous en assurer, nous a avons pris une portion , et après l'avoir desséchée à une douce
chaleur, nous l'avons projetée par parcelles dans un matras à long col , contenant du nitrate de potasse fondu : il nous fut facile après cette expérience de nous assurer que le résidu contenait de l'arséniate de potasse.
Nous croyons pouvoir conclure, d'après ces observations bien circonstanciées :
i° Que la décomposition putride n'était pas assez avancée pour marquer les altérations que nous avons pu reconnaître et signaler ;
i° Que la mort a été certainement causée par l'emploi de l'acide arsénieux , qui est une substance vénéneuse très-énergique, et dont l'unalyse chimique nous a démontré la présence en assez grande quantité.
En foi de quoi nous avons délivré le présent rapport , que nous certifions conforme à la vérité et aux principes de l'art.
A Paris , ce...
XYIIe RAPPORT.
Empoisonnement simulé par une hernie étranglée.
Nous, soussigné, docteur en médecine de la Faculté de..., etc., demeurant à... , rue... , n° .. , sur la réquisition de M. le procureur du roi , nous sommes transporté chez M. B*** pour constater les causes delà mort de Marguerite M*** , domestique, décédée la veille , après une maladie aiguë de vingt-quatre heures, dont l'invasion avait été brusque et subite.
Arrivé chez M. B***, on nous raconta que Marguerite M***, âgée de trente-quatre ans , était depuis long-temps sujette à des coliques violentes et passagères, à des troubles dans la digestion, dont la durée n'était que momentanée, et qui ne paraissait pas j exercer d'influence nuisible sur l'économie ; car cette fille jouissait en apparence d'une forte santé, et avait assez d'embon- I point. Rentrée deux jours auparavant, après une longue course pendant laquelle elle avait glissé sur le pavé , et serait tombée si on ne l'avait retenue, elle s'était couchée bien portante,
Mjrrès avoir pris son repas du soir, mais n'avait pu trouver de som- ; elle se plaignait le malin d'éprouver une chaleur brûlante ||: ns l'abdomen , avec des maux de cœur et des envies de vomir ; ■ ffacies était pâle et abattu, bientôt il était survenu des vofeLssemens répétés, des sueurs froides et visqueuses, et de freintes lipothymies. Le docteur B*** , appelé près d'elle , l'ait pressée de questions, pour découvrir le siège et, la nature ses douleurs, qu'elle avait constamment rapportées à l'épi- I Lstre et à la poitrine , en refusant de se laisser palper l'abdomen.
ifin le soir elle avait succombé après avoir montré par ses ■laintes et ses cris que ses souffrances étaient horribles , et avoir Ijqeté par la bouche de véritables matières fécales.
.'Nous procédâmes aussitôt à l'examen du corps, qui était oendu en supination sur le lit ; des témoins en constatèrent udentité, et il n'offrait aucun indice de sévices ni de violents; il existait dans l'aine du côté droit une tumeur rouge, lillante, se prolongeant vers la grande lèvre correspondante, ressemblant extérieurement à un phlegmon dans son plus haut ygré inflammatoire. Comprimée entre les mains , cette tumeur tait molle et pâteuse, et il nous vint sur-le-champ à l'esprit que maladie n'était qu'une hernie étranglée que la malade avait ifusè de déclarer, et qui avait occasioné tous les accidens. Le j.rps fut alors ouvert, et le cerveau, non plus que les organes luoraeiques , n'offrirent aucune altération : la cavité abdominale informait un peu de sérosité rougeàtre , et une anse d'intestin r-.-êle était engagée dans l'anneau inguinal du côté droit , où elle ryait contracté de très-fortes adhérences. Une dissection minu- •etise démontra que l'anneau inguinal était fort dilaté, et se rrolongeait jusque dans la grande lèvre droite, ce qui indiquait ine altéraliou ancienne; l'anse intestinale herniée était étranl-lée à sa base , où elle avait contracté des adhérences toutes ré- ^ntes. L'intestin était d'un rouge brun , renfermant peu de macères fécales, mais paraissant déjà sphacelé par plaques; au i loins offrait-il un très-grande mollesse, et pouvait-on le déchirer Jicilcment; les vaisseaux étaient gorgés de sang, ainsi que le tissu cellulaire environnant , dont l'inflammation était manifeste, oute la partie supérieure du tube digestif était vide, et le siège
d'une légère phlngose manifestée par de la rougeur, tandis que les gros intestins blanchâtres contenaient quelques matières fé cales.
La matière des vomissemcns fut soumise à l'ébullition da de l'eau distillée, et le mélange, jeté sur un filtre: ni la potasse ni l'ammoniaque , ni les hydrosulfates ne firent naître de préci pité dans la liqueur, qui ne rougissait que très-faiblement la teinture de tournesol. Le dépôt calciné avec du charbon et delà potasse ne fit découvrir aucune trace de substance vénéneuse.
Nous croyons pouvoir conclure de ces faits que les accideos éprouvés par la demoiselle Marguerite M*** sont clairement erpliqués par la présence d'une hernie étranglée , qui est certainement la cause de sa mort.
En foi de quoi, etc. ,