DE LA MANIÈRE
DE FAIRE LES EXHUMATIONS JURIDIQUES , ET DES PRÉCAUTIONS F RENDRE FOUR ÉVITER LES DANGERS QUI FEU VENTEES ACCO FAGNER.
11 importe de distinguer le cas où il s'agit simplement d'extraire un cadavre d'une fosse particulière , de celui qui a pour objet l'évacuation des cimetières et des caves sépulcrales, ou l'extra: tion d'un cadavre d'une fosse commune.
A. Exhumation d'un cadavre enterré dans une fosse
particulière.
Quoiqu'il n'y ait en général aucun danger à exhunier ub cadavre enterré dans une fosse particulière, nous croyons devoir conseiller un certain nombre de précautions qui rendent l'opération moins désagréable (1). 1° On choisira le matin de préférence , surtout dans les saisons ebaudes, d'abord parce qu'il sera quelquefois nécessaire de prolonger pendant plusieur» lieures l'examen du cadavre , et que d'ailleurs les corps inhumés depuis quelques mois peuvent se gonfler et éprouver d'autres changemens , beaucoup plus promptement au milieu du jour, lorsque la température est élevée, que dans la matinée ; il est également certain que l'impression désagréable produite par les émanations sur l'organe de l'odorat, est plus marquée pendant la chaleur, a0 On emploiera deux ou trois fossoyeurs afin que l'exhumation soit faite promptement , et on pourra arroser de
' (i) On ne procédera que d'après l'ordre d'un magistrat* el en présence d'un juge d'instruction ou do tou! autre fonctionnaire délégué . cet effet.
EXPLICATION DES PLANCHÉS. 397
Uanps en temps les parties de la fosse déjà creusées avec deux IL i trois onces d'une faible dissolution de chlorure dè chaux ; les Ikssoyeurs sont tellement habitués aux odeurs qu'exhalent les Uddavres eh putréfaction, et redoutent tellement peu les effets h: ces exhalaisons, que dans les nombreuses exhumations dont Hou s les avons chargés, ils n'ont jamais eu recours à cette liqueur Utsinfectante : nous-méme qui assistions à ces opérations , nous ■Viavons jamais senti la nécessité d'en faire usage. On doit déjà ■pressentir que nous regarderons au moins comme inutiles deux Urécautions indiquées par les auteurs , et qui consistent à Utirnir la bouche et les narines des ouvriers d'un mouchoir trempé ins du vinaigre, et à jeter plusieurs livres de dissolution de tp îlorure de chaux sur le cercueil , aussitôt qu'on aurait creusé Musez pour l'apercevoir : cet arrosement doit même être rejeté Inomme nuisible dans beaucoup de cas ; en effet , lorsque la bière v été brisée, défoncée, la liqueur dont il s'agit, pénétrera dans lion intérieur, et agira sur le corps dont elle pourra altérer les |i<ssus , comme nous le dirons plus bas. Tout Ce que nous poulloons conseiller en pareil cas, et seulement lorsque l'odeur putride met très-désagréable , c est de jeter au fond de la fosse et sur la Htarlie delà bière encore entière, trois ou quatre onces de disse liution de chlorure de chaux ou de soude (1). Dans aucun cas la il: ;ère ni le corps ne seront plongés dans une dissolution de ces Hkhlorures ; il ne faudra même pas répandre quelques verres de Ile otte liqueur à la surface du cadavre: si l'on veut neutraliser mmomentanément (■») l'odeur désagréable qui s'exbale , on versera Hj t et là sur la table où gît le cadavre , et à côté de lui , deux ou U ois onces de dissolution de chlorure , qui agira à peu près llivec la même énergie que si elle eût été portée sur le corps , et Huui n'offrira pas les inconvéniens qui résultent de son contact ll'vec la peau et nos organes. Ces inconvéniens , sont a d'être
I (1) Ctlte dissolution pourrait èlrc préparée avec une once i'c clilorure Hit deux pintes d'eau.
I (3) Nous disons momentanément, parce qu'en effet l'action desinfee- 11 1 -- des chlorures est limitée à un temps qui n'est pas très-long, et Il on est obligi de revenir souvent à l'emploi de Ces préparations, pour l|»ea que l'ex unen du cadavre se prolonge.
presque instantanément décomposée par l'acide carbonique et de donner naissance, quand on s'est servi de chlorure de chaux a du sous-carbonate de chaux blanc qui s'applique sur les tissus et les recouvre d'une couche blanche qui ne permet plus de bien les étudier; l d'altérer promptement ces mêmes tissus, de manière à changer leur consistance, leur couleur : ainsi les muscles qui sont d'un rouge tirant légèrement sur le livide, blanchissent, puis deviennent plus livides, verdâtres et plu» mous parleur contact avec le chlorure de chaux; les chlorures de soude et de potasse attaquent aussi les organes, mais plu» I lentement que celui de chaux, et ne déposent jamais de sous- I carbonate de chaux, quoiqu'ils communiquent d'abord une teinte f blanchâtre aux muscles, c On retirera le cadavre du cercueil et I on commencera les recherches immédiatement après ; ou observa en effet, surtout en été et lorsque la putréfaction n'est pas encore très-avancée , que les corps qui restent pendant plusieurs heures en contact avec l'air, se tuméfient , se colorent, et éprouvent des altérations qui seraient propres à induire l'expert en erreur.
B. Evacuation des cimetières et des caves sépulcrales.
Tandis que, lors d'une exhumation juridique, les gens de l'art sont obligés de procéder à l'opération aussitôt qu'ils sont requis , ils peuvent au contraire différer les travaux, et attendre la saison la plus favorable quand il s'agit de fouiller et d'évacuer des cimetières et des caves sépulcrales dans l'intention d'assainir les environs. On ne procédera donc que lorsque 1» température ne sera pas trop élevée, et l'on suspendra l'opération pendant que'que temps si l'atmosphère devient trop chaude et humide, et surtout si le vent souffle du. sud ; les époques les plus convenables dans nos climats, sont la fin de l'hiver et le commencement du printemps. On emploiera un nombre d'ouvriers suffisant pour que les travaux puissent être promptement exécutés , et pour peu que les fossoyeurs soient incommodés, on les remplacera par d'uutres qui à leur tour pourront céder la place aux premiers : leurs vôlemens seront exposés à l'air à la fin de
journée, et ne serviront que le surlendemain. Ceux des ouvriers ni descendront dans les caves sépulcrales, ou qui lèveront une •erre à chacune des extrémités de ces caves pour pratiquer des >vertures destinées à renouveler l'air , auront la bouche et les i rines garnies d'une mouchoir trempé dans du vinaigre ; et s'il II Utile qu'ils aient bu modérément du vin, il importe qu'ils -soient pas ivres, parce que l'affaissement qui accompagne le us souvent cet état semble favoriser l'action délétère des émai tions putrides. On évitera aussi que ces fossoyeurs ne se tien-
nt long-temps courbés en avant, la face rapprochée du sol, et sur cela on fera plutôt usage de bêches et de longues pinces de
" , que de pidcheset d'autres instrumens peu longs.
Avant de commencer les travaux il ne sera pas inutile de Lnder le terrain dans plusieurs endroits pour s'assurer du degré
putréfaction des corps , car il peut se faire que dans une por-
>n du cimetière, la décomposition ait atteint le dernier term? , mdis qu'elle ne sera pas trop avancée dans une autre partie :
, on conçoit que, dans le premier cas, il n'y ait presque aucune écaution à prendre. Toutefois ces fouilles ne doivent pas être
)[> multipliées , et l'on ne doit en commencer une nouvelle ;'après avoir comblé avec de la terre celle que l'on vient de
re. Qu'il s'açisse de ces travaux préparatoires, ou que déjà
n creuse sur toute la surface du cimetière pour extraire les corps, i arrosera de temps en temps le terrain avec la dissolution do
lorure de chaux précédemment indiquée; on pourra n'enlever abord qu'un demi-pied de terre sur toute la surface, laisser celle
uvelle couche de terrain en contact avec l'air pendant quelques
ures après l'avoir arrosée avec le chlorure, puis enlever un cond demi pied de terre , et agir de même jusqu'à ce que l'on it arrivé à la profondeur voulue.
Les cercueils non endommagés seront placés en entier et avec in sur des tombereaux destinés à les transporter ; les nutres, ux qui auront été disjoints, enfoncés ou brisés, exhaleront ut-être une odeur infecte, et devront être arrosés avec une ssolution de chlorure avant de les placer sur les tombereaux : ux-ci seront couverts d'une toile imprégnée d'eau vinaigrée,
lorsque les cadavres ne seront pas encore entièrement pourris,
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on aura soin de les placer dans des caisses bien goudronnées ei munies d'un couvert. Les débris des cercueils seront brûlés sur une grille , d'abord à l'aide de fagots ou de charbon de terre, puis ils. serviront eux-mêmes à entretenir la combustion. S'il y a à transporter d<s ossernens mêlés de terre, il faudra emporter le tout plutôt que de passer à la claie pour séparer les petits os ; en effet, cette ventilation, dans un terrain infecté, pourrait être nuisible.
S'il s'agit de l'exhumation dans des caves sépulcrales située» dans les églises ou ailleurs, après avoir établi des courans d'an en ouvrant les portes et les croisées , et avoir percé ime ouverture à une des extrémités de la cave, on arrosera le sol avec la dissolution de chlorure de chaux, et on s'éloignera pendant plusieurs heures. Alors on s'occupera de renouveler l'air de ces caves. On a d'abord proposé d'allumer du feu dans un fourneau disposé sur une grille placée elle-même sur l'ouverture déjà mentionnée. A l'aide de ce ventilateur, l'air du souterrain sera bientôt renouvelé j mais il est préférable de recourir à la manche à air. Cette manche consiste tout simplement en une toile de forme cylindrique, longue de plusieurs toises, offrant un grand nombre de cerceaux que l'on place de deuxpiedsen deux pieds pour empêcher l'affaissement de la manche sur elle même.Une des extrémités de cette manche X étant introduite dans la cave sépulcrale ^dont on veut renouveler l'air , l'autre extrémité D vient se fendre dans le cendrier d'un fourneau E où l'on allume le charbon ; et l'on conçoit que celui-ci ne puisse pas brûler sans qu'il se fasse une aspiration telle de l'air du sépulcre, qu'il suffira de très-peu de temps pour le renouveler en entier. Yoici du reste la désignation des diverses parties qui composent cet appareil.
A Blanche à air servant à renouveler l'air et dont l'ouverture se trouve du côté du vent.
B Manche pliée. De deux pieds en deux pieds se trouvent de» cerceaux.
C Porte pour jeter le charbon.
Z?Tube en tôle recouvrant la manche à air , et servantà porter l'a,ir du sépulcre dans le cendrier.
I E Fourneau où l'on allume le charbon. Q Sépulcre.
• Quel que soit le moyen employé pour renouveler l'air d'un de Us caveaux, avant d'y faire descendre les fossoyeurs , on s'assu- ;ra qu'une bougie allumée, plongée jusqu'au fond, continue à [: brûler ;si elle s' éteignait, il faudrait encore différer les travaux Le quelques heures , et insister sur l'emploi des moyens prescrits. Les premiers ouvriers qui pénétreront dans ces caveaux auront La boucbe et les narines garnies d'un mouchoir trempé dans de Pt'eau vinaigrée; ils seront suspendus à une corde qui passera L ous les aisselles , et munis d'une sonnette à l'aide de laquelle Us avertiront qu'il est temps de les retirer.
' Les travaux une fois terminés, on comblera les vides de» cimetières avec la terre qui avait été remuée, et on arrosera nvec la dissolution de chlorure; quant aux caves, on les fermera après les avoir également arrosées. L'emploi réitéré de ce cchlorure, pendant quelques jours , permettra d'habiter peu de Uemps après les cimetières et autres lieux naguère infectés par ddes exhalaisons fétides.
Nous terminerons' cet article eu indiquant les précautions que ddevront prendre les individus qui habitent dans le voisinage «des lieux où se font les exhumations. Ces précautions consisi tent à fermer les portes et les fenêtres qui donneront du côté de I ces lieux , à répandre en été , sur le sol des jardins ou des rues tqui avoisinent les habitations , quelques onces de dissolution de chlorure , et à faire de temps à autre des fumigations aromatiques , qui auront au moins l'avantage de masquer l'odeur fétide des cadavres.