‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 88 sur 97 · PLANCHE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

PLANCHE PREMIÈRE

N*** , âgé de soixante-dix ans , mort le 6 février 1828 , à dix heures du malin, à la suite d'une hypertrophie du cœur et d'un catarrhe pulmonaire avec infiltration considérable des extrémités inférieures, fut enveloppé dans un drap blanc de toile assez fine, et inhumé le 7 du môme mois à sept heures du matin.

L'exhumation eut lieu le 24 avril 1 8a8 , à huit heures du malin, deux mois dix-sept jours après l'inhumation. La température atmosphérique , pendant ce temps , était de 0,7 -(- o°.

Bière et drap. La Mère, en sapin mince, était entière et avait conservé sa couleur ; le bois était humide et offrait à peine de l'altération. Le drap était entier et ses coutures intactes; il était mouillé par une assez grande quantité d'uD liquide sanguinolent qui existait entre lui et le cadavre; à sa surface interne , dans toute la moitié supérieure et dans toute la portion sur laquelle reposait le cadavre , adhéraient des matières putrides de couleur variée , rouges, bleues , jaunes , fauves , verdâtres , grisâtres , recouvertes çà et là de matières semblables , pour la couleur et la consistance, à celles que l'on voyait à l'extérieur dn cadavre ; ces sortes de taches , épaisses en plusieurs endroits de trois lignes , pouvaient être enlevées , tantôt par couebes mollasses, tantôt sous forme de matières diffluentes. En plusieurs endroits, cette espèce d'enduit, attaché au linge, était évidemment formé par l'épiderme altéré: c'çtait surlout sensible à la partie du drap qui correspondait aux pieds , dont les orteils étaient comme dégantés. Ce drap n'avait conservé sa blancheur que dan 9 la portion qui répondait aux jambes , et encore présentait-il les mêmes taches dans la partie postérieure de cette région. Extérieurement, on voyait dans plusieurs points une matière humide, molle, comme glutineuse , jaune, rougeàlre, résultat de la putréfaction , qui avait transsudé , et qui affectait la double forme de loutons lenticulaires confliiens , de stalactites, etc., ce qui donnait à la surface externe du drap une apparence singulière.

Extérieur du cadavro. Le cadavre baigne dans un liquide sanguinolent, très-fluide, dont la surface présente des gouttes d'huile jaune ; une partie de ce liquide s'est écoulée, et ce qui reste encore, à partir de9 épaules jusqu'aux jambes, offre à peu pïès un demi-pouoe de hauteur. La putréfaction est très-avancée"; toutes les parties extérieures 9ont ramollies et humectées; elles sont de couleur aussi variée que celles qui imprégnaient le drap , d'un aspect luisant , dépouillées d'épiderme en certains endroits , et de peau en d'autres ; cet épiderme , simplement sou-

■?épar places, unit entre elles les parties du cadavre quisetou- Itent, comme par exemple les flancs et les bras. On n'aperçoit Jeune trace de vers ni de gras de cadavres: le corps exhale (Ice odeur des plus infectes.

Il La tête tient au tronc par les parties molles du corps qui sont Ihtières; les cheveux, en partie détachés , adhèrent au drap ; il Iten a même un assez grand nombre d'implantés dans la peau du Line. En quelques endroits , et particulièrement à la partie anieure et supérieure, le cuir chevelu est réduit à une memlaoe épaisse d'une demi-ligne, qui se détache facilement, et i laisse à nu le crâne, d'une blancheur éclatante. En arrière , '•existe, dans l'épaisseur de la peau du crâne, une infiltration ondante de sérosité sanguinolente , que l'on trouve aussi entre péricrâne et les os , et qui est le résultat de la situation du care sur le dos ; là, par conséquent , les parties molles se détaent très-facilement, quoique les tégumens aient encore assez consistance.

ILes paupières , très-amincies , se déchirent à la plus légère ction , et laissent un vide au fond duquel se voit l'œil réduit es membranes; les muscles et le tissu cellulaire qui l'environt sont transformés en gras. On aperçoit aussi sur les pau- 'res quelques traces de cils et de sourcils, '.Nez. Des peaux informes sont les seuls restes des parties molles 1 nez, et les cartilages de cet appareil sont détruits. Y? oreille tterne est altérée et en putréfaction ; cependant elle conserve partie ses formes. Les parties molles, musculeuscs et cutaes, qui unissent les deux os maxillaires, et qui constituent les es , sont conservées, moins humides et moins putréfiées que reste. Les poils de la barbe apparaissent , mais ils s'enlèvent ec l'épiderme au moindre frottement , et cet épiderme a un ect mollasse et comme huileux ; au-dessous est le chorion, s-résistant. La bouche est grandement ouverte; la lèvre inféure est enfoncée et repliée sur le bord alvéolaire ; la lèvre suricure est en partie détruite. La langue est mollasse, portée i arrière , et couverte supérieurement d'une sorte de pommade iiilenr de chair. L'ensemble de la face est marbré de jaune taxe , de vert pistache clair, et de rougeâtre mêlé de gris.

Lc'col est vert bronze à droite, et la peau existe de ce côté sans épiderine; à gauche, il est revêtu d'une matière de consistance de pommade , d'un rose briqueté , qui, étant soulevée, laisse voir le derme coloré aussi en brome , et sur lequel il existe un très-grand nombre de petits grains, adbérens, d'un blanc grisâtre et comme lichénoïdes.

La partie antérieure du thorax est marbrée de bleu et de vert] bronze, si ce n'esta gauebe , depuis la troisième côte slemale jusqu'aux dernières côtes asternales , où elle est d'un rose jaunâtre; beaucoup plus humide , et couverte de cet enduit épais et huileux dont nous avons déjà parlé. À la surface du thorax, et surtput près du sternum, on remarque une quantité prodigieuse de ces petits grains blancs grisâtres , que nous avons dit exister au col.

Les bras sont entiers, attachés au torse , adbérens aux flancs par des lambeaux d'épiderme ; ils offrent la même teinte vert bronze mêlée de rose. Les mains , posées sur le devant du bassin , présentent , à la région des doigts , le soulèvement de l'épidémie , et ppur quelques doigts , le détachement des ongles ; leur couleur est jaune et rouge ochracée par places.

L'abdomen est affaissé ; mais ses parois sont intactes et do couleur jaunâtre, marbrée de vert du côté du thorax: il n'y a d'épiderme que depuis le pubis jusqu'à l'ombilic.

Organes génitaux. On reconnaît facilement le sexe. Le pénil, est couvert de poils. La verge est excessivement molle , aplatie , sans épiderme ; le scrotum est presque détruit ; on distingue à merveille le gland, le prépuce, les corps caverneux, le canal de l'urètre et les testicules. Ceux-ci , très-mous , de couleur rougeâtre et peu volumineux, présentent encore les vaisseaux séminifères et les épididymes.

Membres abdominaux. Les parties charnues des cuisses, considérablement affaissées et comme macérées dans le liquide sanguinolent qui baigne le cadavre , semblent se toucher en dedans et constituent une masse humide, vert bronze, dans la^ quelle on aperçoit la verge et les poils des parties génitales ; Pépiderme se soulève an moindre contact Extérieurement , les cuisses présentent cette même couleur vert bronze , et plusieurs

fr uits grains blancs grisâtres comme ceux qui existaient au thorax I. «u col ; et, chose remarquable , là où le cadavre baigne dans I liquide , la peau a toutes ses apparences , si ce n'est qu'elle Lanque d'épiderme. Les jambes sont comme les cuisses , c'est-àluire que les parties molles sont de même affaissées , et que le» [eaux tibias saillent comme saillaient les deux fémurs , et ne sont Ouverts que parla peau. Celle-ci est d'une jaune fauve, sauf [îiuelques taches rares d'un vert brome. Aux pieds, quelques IrTteils sont dépouillés d'épiderme et d'ongles. A la plante de ces [uieds , Tépiderme n'est que soulevé ; leur couleur est d'un jaune Liuve foncé, et ils sont recouverts çà et là de matière humide, L iolle , glutineuse , affectant la forme de boutons , et dont nous Y vons parlé à l'occasion du drap. On remarquait aussi quelques-uns lté ces boutons à la partie supérieure du thorax et du col.

La partie postérieure du tronc est privée d'épiderme ; la peau, I' 'un vert bronze olivâtre à droite , est nuancée de rose brique à kauche ; cependant à la partie inférieure elle est à peu près de Couleur naturelle à droite , et lie de vin à gauche ; elle offre aussi ^[uelques-unes de ces granulations grisâtres que nous avons dit [«xister au thorax et au col. La peau des membres est beaucoup Btnoins colorée en arrière.

Muscles, nerfs , cartilages, liqamens, os. Le tissu musculaire est infiltré de sérosité sanguinolente , vert dans beaucoup die parties , violet dans d'autres , et dans quelques-unes d'un vert wiolet; il est très-ramolli , facile à déchirer et à reconnaître, et Ctt'offre aucune apparence de gras de cadavres. Les nerfs sont bien t conservés. Les liqamens , les cartilages et les os présentent à {peu près la même consistance et la même texture que dans l'état (naturel.

Etat des viscères. — Tète. U existe peu de vide dans le crâne ; lia dure-mère est d'un bleu verdàtre ; les vaisseaux sont vides, «affaissés. La substance blanche du cerveau est grisâtre , l'autre >est verdâtre • elles peuvent être facilement distinguées l'une de i l'autre. Le ramollissement de l'encéphale est très-considérable; lie cervelet est presque diffluent. U existe de la sérosité sanguino- I lente dans les ventricules latéraux du cerveau.

Thorax. Les parties molles thoraciques externes se détachent

avec facilité des os «ous-jacens quand on les incise; les muscle» sont d'un vert bronze; le sternum étant soulevé laisse voir la cavité thoracique vide d'un tiers; les viscères sont très-reconnaissables par leur forme , leur situation et leur apparence. Les pouvions sont d'un vert-bouteille, très-humides et glaireux a la surface , crépitans, emphysémateux, faciles à déchirer, plus légers que l'eau; ils renferment un liquide brun couleur de bistre. Le larynx est entier, d'un jaune verdâtre supérieurement et à «a face interne, d'un vert-bouteille très-foncé à sa partie inférieure, ainsi que dans tout l'intérieur de la trachée-artère. On trouve çs et là, sur la membrane muqueuse laryngée et tranchéale, des petits grains blanchâtres non adhérens et assez durs ; cette membrane ne se détache pas en lames pultacées , comme cela a quelquefois lieu. Le péricarde , ouvert, n'offre point de liquide; il est de couleur lie de vin à l'intérieur, et verdâtre à l'extérieur. Le cœur est mou, affaissé , ramolli, d'un violet foncé, et reconnaissable dans toutes ses parties; il contient un peu de sang noir dans les vcntricules^mais il ne présente aucune trace de granulation. Le diuphragiiià est aminci ; on y distingue les fibres aponévrotiques et musculeuL»

Abdomen. Les intestins, refoulés ■ferc la partie postérieure, offrent à peu près l'aspect naturel ; ils'ne renferment qu'une petite quantité de gaz. L'estomac contient environ un verre d'un liquide noirâtre, semblable à de la boue délayée; sa membrane muqueuse, de couleur vert-bouteille, est emphysémateuse par places. Le foie est très-ramolli , d'un vert-bouteille foncé; sa membrane externe se détache facilement; il est impossible de distinguer les diverses substances qui le composent. La vésicule biliaire est presque vide ; le peu de liquida qu'elle renferme est épais et d'un vert olive. La rate est tellement diffluente, qu'on ne peut la reconnaître qu'à sa situation ; elb ressemble à du sang décomposé. Les reins sont très- ramollis, dt •ouleur un peu verdâtre par places , violacée dans d'autres endroits ; on ne peut pas bien apercevoir les substances corticale et mamelonnée , mais on reconnaît bien les calices et le bassinet. Les uretères ne paraissent qu'un peu ramollis. La vessie est très-ample; on n'y trouve qu'une cuillerée à café environ d'un liquide bistre; du reste,

; est dans l'état naturel. Le bassin contient environ une yerre n liquide jaune safrané clair, surnagé par beaucoup d'huile. L'aorte tlioracique et abdominale contient assez de sang noir , ipartie coagulé. La veine cave descendante est vide: du reste, parois internes de ces vaisseaux sont d'un rouge violacé , t de l'imbibit'ion sanguine.

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