‹ Manuel complet de médecine légaleChapitre 90 sur 97 · PLANCHE TROISIÈME · texte numérisé non relu

PLANCHE TROISIÈME

X.., âgé de soixante-dix ans, entré à l'infirmerie de Bicêtre 3 19 novembre 1827 , mort le 6 février 1828 , à onze heures du oir , à la suite d'une hypertrophie du cœur et d'une bronchite , :nterré le 8 du même mois , à neuf heures du matin , fut exhumé e 27 novembre delà même année, neuf mois dix-neuf jours après 'inhumation. Le cadavre était enveloppé dans un drap assez in, et la bière qui le contenait était en sapin neuf d'un pouce ;nviron d'épaisseur.

La bière est entière , et paraît neuve; lorsqu'on enlève les Ions qui tiennent les diverses pièces entre elles , on voit que la >artie interne et inférieure de ses parois latérales est humide et l'un jaune bistre : on remarque sur un des ais latéraux une

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grande quantité de larves blanchâtres, et un enduit d'un brun noirâtre, comme graisseux; la face interne de la paroi inférieure, sur laquelle repose le corps , est plus humide et singulièrement tachée en jaune , en rouge , en lie de vin et en brun , et contient un très-grand nombre de larves.

Le drap enveloppe tellement le cadavre, qu'on est obligé, pour voir le corps , de couper les fils avec lesquels on avait cousu la toile ; celle-ci offre une teinte fauve , plus foncée par places ; on y remarque aussi quelques taches noirâtres; toutefois elle conserve sa couleur blanche au-dessus de la tête et au-delà des pieds, où elle avait été nouée; sa surface externe est presque entièrement couverte de larves d'un blanc jaunâtre, encore vivantes, qui la rendent comme lanugineuse ; lorsqu'on cherche à l'enlever, on voit qu'elle adhère au thorax, mais surtout aux parties externes des membres supérieurs et des cuisses. Il y a sur la partie qui correspond à la main gauche quatre lames cornées qui y adhèrent , et qui sont évidemment des ongles : partout où le drap est fortement accolé au corps, on trouve des lambeaux mous , presque poisseux , qui semblent formés par l'épiderme altéré. La portion de ce drap qui est appliquée sur le fond de la bière est beaucoup plus humide et plus tachée; les taches brunes, jaunâtres et lie de vin , sont d'autant plus foncées qu'on se rapproche devanlage de la tête ; la portion qui correspond aux membres inférieurs est en outre recouverte d'un moisissure jaunâtre; il existe enfin, dans l'intérieur de cette portion du drap, beaucoup de larves qui s'agitent en tous sens, et un enduit graisseux, jaunâtre , semblable à celui dont nous avons déjà parlé. Dans plusieurs parties , ce drap est comme pourri , et se déchire avec la plus grande facilité.

Extérieur du cadavre. Le cadavre, placé sur le dos, est entier et ressemble assez , àu premier aspect , à une momie : sa face antérieure est recouverte de parties molles dans presque toute son étendue; il exhale une odeur particulière, à peine fétide; il est diversement coloré dans les divers points : ainsi les membres sont d'un brun violet à leur partie externe, tandis que le tronc est fauve foncé , verdfttre et gris par places ; des larves blanchâtres et brunâtres , appliquées sur presque toute la surface du

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corps, donnent à celui-ci un aspect lanugineux; la face postérieure du cadavre est presque entièrement décharnée ; il ne reste iqne quelques débris des tégumens et des muscles ; ces parties molles sont très-minces et se déchirent avec facilité : on aperçoit çà et là des portions brillantes qui sont évidemment le reste des tendons des muscles; les fibres de ceux-ci ne sont distinguées qu'avec peine.

La tète, inclinée à ganche, est dépouillée de parties molles dans plusieurs de ses points : la moitié droite du coronal est dénudée ; l'autre moitié est recouverte en bas et en avant d'une sorte de membrane minoe, brunâtre, se détachant avec facilité, reste évident de la peau , sur laquelle on voit l'empreinte du drap et quelques poils : la face interne de cette membrane est d'un gris jaunAtre. Sur les autres parties du crâne on trouve çà et là des lambeaux d'une membrane analogue, mais plus foncée, et plus adhérente au crâne, au moyen du tissu cellulaire; elle est garnie de cheveux blancs : le périoste s'enlève avec la plus grande facilité. Les deux arcades sourcilières sont couvertes de tégumens semblables aux précédens, et offrent quelques poils qui n'y sont qu'accolés. Les os propres du nez, ceux delà pommette, et les extrémités supérieures des apophyses montantes des os maxillaires sont presque à nu; les paupières sont entièrement détruites; on voit dans les orbites une masse de gras de cadavres, ayant la forme d'un cône creux , reste évident des yeux et des parties environnantes. Les portions de la face qui sont recouvertes, le sont par une membrane demi-desséchée, d'un jaune-brun, au-dessous de laquelle il n'existe des traces musculaires qu'au niveau des branches de l'os maxillaire inférieur; là, les fibres des muscles sont d'une couleur roussâtre. On trouve des poils accolés sur la peau, au menton et en arrière des joues. Les parties molles qui composent le nez sont entièrement détruites. La bouche est grandement ouverte et laisse apercevoir un appendice membraneux desséché , mince, aplati, reste de la langue : les alvéoles sont garnie» de quelques dents vacillantes que l'on arrache avec facilité; le pavillon de l'oreille est entièrement détruit à droite; à gauche , on peut encore le reconnaître ; mais il est très-ramolli , et il n'y a que la partie cartilagineuse.

La capacité du crâne est remplie dans les deux tiers environ; la substance du cerveau diflluente , d'un gris vcrdàtre , très-fétide, présente çà et là quelques stries blanchâtres et d'un rose lie de vin. 11 est impossible de distinguer les différentes parties qui composent cet organe. La dure-mère est parfaitement reconnaissablé.

On trouve encore les enveloppes de la moelle épinière; mais il ne reste que fort peu de cette moelle, qui est grisâtre, diffluente et très-fétide.

Col. La tête tient au col par une assez grande quantité de parties molles désséchées- En avant, on distingue bien la saillie du larynx, qui est entièrement recouvert par une membrane desséchée, brunâtre , au-dessous de laquelle il est impossible de découvrir aucune trace musculaire : les membranes crico-thyroïdienne et thyro-hyoïdenne existent encore; les cartilages thyroïde et cricoïde sont entiers et comme vermoulus ; il ne reste plus que des débris des aryténoïdiens.

La trachée-artère conserve sa forme et est parfaitement reconnaissable; elle est d'un vert noirâtre à l'intérieur comme à l'extérieur ; une membrane mince , semblable à celle qui recouvre le larynx , est appliquée sur la trachée-artère. On n'a pas trouvé de corps thyroïde : les parties molles du reste du col sont formées de feuillets membraneux et celluleux, grisâtres et presque secs; toutefois , eu arrière, ces feuillets sont humides et comme graisseux.

Thorax. Le thorax est recouvert par des tégumens et des restes de parties molles, excepté au niveau des cartilages des deuxième, troisième et quatrième côtes gauches, et des troisième et quatrième droites ; les cartilages des trois premières côtes asternales gauches sont également à nu : la portion tégumentaire qui correspond au sternum est d'un jaune-brun moucheté de blanc; ce qui est dû à une infinité de petites larves et à des petites taches semblables à des lichens. Les parties latérales du thorax sont d'une brun verdâtre, également piquetées de blanc, mais moins que la partie moyenne : du reste , ce thorax n'est affaissé que dans sa portion sternale. En arrière , presque tous les espaces intercostaux sont à jour, et la partie postérieure des côtes qui correspondent

[lu foie est imprégnée d'une matière noire comme du cambouis, ikmblable à celle qui colore cet organe.

Les parties molles qui recouvrent les os du thorax se réduiîlr nt d'abord à une membrane an-dessous de laquelle se trouvent 68 feuillets couleur d'amadou , faciles à séparer les uns des autres, l:uoique dans certains points ils offrent assez de consistance j plus \mi dedans on distingue aussi, et toujours sous forme de mem- •rane, deux couches musculaires, ainsi que la plèvre costale : mus côtes sont recouvertes de leur périoste , qui est desséché et wicile à enlever. Le thorax est presque entièrement vide. Les motimons , appliqués sur les parties latérales de la colonne ver- IfflBrale , constituent deux masses aplaties, d'épaisseur inégale laans les différens points, mais n'offrant que quatre lignes environ dans la partie la plus épaisse, de couleur jaune foncée, luchetée de noir à l'extérieur, et même d'une couleur semblable

I celle de la boue des égouts dans la portion qui est appliquée |i ur les parois thoraciques ; leur consistance est molle , leur odeur pssez fétide, et leur surface parsemée de petits points blancs loormés par des larves : lorsqu'on les coupe , on aperçoit l'orifice Inès gros troncs bronchiques et des vaisseaux pulmonaires : ces Inrganes nagent sur l'eau et ne sont plus crépitans.

Le cœur , singulièrement ramolli et affaissé , conserve assez fi le sa forme pour qu'on puisse y distinguer facilement toutes les p avités et les parties qui le composent; il est très-fétide : il est !*rert et rosé, violacé par places à l'extérieur, tandis qu'il est

II l'un vert-bouteille noirâtre à l'intérieur des cavités droites, et n l'un vert un peu moins foncé dans les cavités gauches : les |i colonnes charnues qui tiennent aux parois du ventricule Ebauche sont d'un rouge brun violacé. On aperçoit à l'intér rieur, comme à l'extérieur du cœur, et çà et là, des petits fp points blancs non adhérens qui sont des larves. Uuortc thoracibjue, très-distincte, quoique ramollie, estd'un rouge brun à l'ink-.éricur , et renferme une petite quantité d'un liquide rouge foncé, kqui paraît être du sang liquéfié: on peut facilement séparer les p trois membranes qui la composent. La face interne des portions liides côtes qui avoisinent la colonne vertébrale l!st enduite d'une lecouche noire semblable a celle qui colore la face correspondante

des poumons. Du reste, il n'y a aucun liquide épanché dans le thorax.

Abdomen. La paroi abdominale antérieure est entière, mai» tellement déprimée , qu'elle paraît appliquée sur la colonne vertébrale dans sa moitié inférieure , les flancs sont également déprimés : de cette disposition résulte un creux très-prononcé, à partir de l'appendice xyphoïde jusqu'un peu au-dessous de l'ombilic; la coloration de la partie moyenne et des parties latérales de celte paroi est semblable à celle du thorax. En arrière, sur les coté» et inférieurement , les parois abdominales sont détruites.

L'abdomen ouvert , on aperçoit au devant et sur les côtés de la colonne vertébrale une niasse comme feuilletée, desséchée à l'extérieur , et presque demi-transparente, dans laquelle on distingue assez facilement l'estomac et les intestins ; l'extérieur de cette masse est d'un blanc jaunâtre, semblable à des boyaux à demi desséchés ; on y voit quelques petites larves , l'intérieur est plus humide. La membrane muqueuse de l'estomac et des intestins, d'un gris blanchâtre , nullement injectée , facile à détacher , offre à peu près l'aspect naturel : on y trouve çà et là quelques petites larves non adhérentes ; toutefois, une portion de la membrane interne des intestins grêles est teinte en jaune par de la bile; le rectum est distendu par des matières fécales. Il est évident, d'après ce qui précède, qu'une substance vénéneuse contenue dans ce canal digestif au moment de la mort , aurait été facilement retrouvée lors de l'exhumation. Le foie est encore reconnaissable parla place qu'il occupe , plus que par sa forme et sa structure ; il est aplati, ramolli, de couleur noire , semblable à celle de la face postérieure des poumons ; on n'y distingue plus les substances qui le composent; mais on voit çà et là , en le coupant , les ouvertures de quelques vaisseaux. La vésicule du fiel amincie, ratatinée , ne saurait être méconnue ,'et présente intérieurement la cotileur jaune et l'aspect qui lui sont propres. On trouve sous le péritoine, dont il ne reste que quelques débris, une matière graisseuse brunâtre , semblable à du vieux oing, qui paraît être le résultat de la décomposition des muscles et du tissu cellulaire graisseux des parties environnantes. Au milieu de cette masse, sont comme ensevelis les reins, qui sont très-ramollis, violacés ,

■ dans lesquels on ne peut plus distinguer les diverses substan- Iss. La rate est tellement fluide , qu'elle ne forme plus un organe. I Organes génitaux. Le sexe est très-reconnaissable. Le scrotum est raccourci , desséché, comme membraneux, de couleur Irune ; les testicules à moitié détruits peuvent encore être reconîs par la manière dont ils sont attachés aux cordons, et par fur position; mais ils ne présentent plus^la structure qui leur ft propre. La verge est aplatie, desséchée; à la place des corps ^uverneux,on ne trouve que des filamenscelluleux entrelacés, formant ainsi des cellules, au-dessous desquelles est placé l'orifice du bnal de l'urètre. Le pénil est garni de poils roux. I Membres. Les clavicules sont recouvertes par une membrane liince presque sèche, d'un brun d'autant plus foncé qu'on l'exariine plus près de la partie externe de ces os. Les articulations in bras avec le tronc ne tiennent plus que par une sorte de memr: ane épaisse formée par la peau et par les parties molles sous- I centeSjdon ton ne peut plus reconnaître la structure musculeuses. ees bras, placés à une certaine distance du tronc , sont violets à i ur partie externe : au fond du vide qui les sépare du tronc , on i ouve une grande quantité de larves qui forment sur le drap une >ouche à peu près d'un pouce d'épaisseur : on remarque à la partie iférieure de ces bras une couche assez épaisse de parties molles, i ès-bumides et très-fétides, d'un rouge foncé, offrant encore laspect musculaire ; on y voit aussi des portions tendineuses, 'eut-ôtre un peu moins brillantes et nacrées que dans l'état natu- ;1. Rien , dans ces organes , n'annonce d'une manière évidentela résence du gras de cadavres. L'avant-bras droit est appliqué en artie sur les côtés du thorax et de l'abdomen; le gauche est libre; un et l'autre sont colorés en brun violet, et tachés de gris jauâtre; ils sont presque entièrement recouvert de parties molles , omme desséchées, réduite à un petit volume, et qui, étant oupées , ressemblent assez à du jambon fumé : les tendons ont onservé leurs caractères. Les doigts de la main gauche croisent eux de la droite, et les deux mains sont appliquées sur le pubis : u reste , elles sont entières , si ce n'est qne les ongles de la main aaclie sont séparés en entier; elles sont presque entièrement énudées, surtout la gauche, et de couleur jaunâtre comme les

os; les parties recouvertes sont d'un jaune brunâtre, et semblables à des tégumen8 desséchés Ces mains tiennent beaucoup aux avant-bras, au point qu'il faut employer l'instrument tranchant pour les séparer.

Les membres abdominaux laissent entre eux un espace au milieu duquel on trouve une couche d'un blanc jaunâtre , épaisse de six lignes environ, de consistance caséeuse , recouverte de larves grises et de cette matière comme lanugineuse, dont nous avons dit que le drap était enduit dans plusieurs de ses points. La cuisse droite est presque entièrement enveloppée en avant de parties molles d'un brun violacé , tirant plus ou moins sur le violet; à gauche et en avant, le fémur est légèrement dénudé : on aperçoit encore sur les parties molles de ces régions, et en dehors, la marque de la trame du drap ; lorsqu'on incise, on trouve les muscles réduits à un très-petit volume, mous, et de couleur verdùtre ; leurs fibres sont séparées par un peu de graisse, et dans quelques endroits par un liquide fétide, comme huileux. L'articulation coxo fémorale est assez fortement maintenue parles parties molles; cependant le ligament rond se déchire facilement lorsqu'on tire la cuisse en bas. Le tissu cellulaire du jarret et l'articulation tibio-fémorale contiennent une grande quantité de ce liquide huileux fétide dont nous venons de parler; lesligatnens croisés sont très-reconnaissables , mais faciles à déchirer. Les régions fessière et postérieure de la cuisse sont extrêmement ramollies, et enduites par places d'un liquide comme huileux et d'une substance grisâtre semblable à du fromage pourri. On trouve aussi sur la presque totalité de la face postérieure des membres abdominaux une couche de larves qui donnent à ces parties un aspect lanugineux.

Les tibias sont presque entièrement dépouilles de parties molles, et là où l'on découvre encore quelques restes de peau sous forme de membranes minces, desséchées , on trouve au dessous d'elles , lorsqu'on les racle , des fibres blanchâtres formées par le périoste. Les parties molles sont moins humides que celles des cuisses, si ce n'est tout-â-fait en arrière, où elles sont comme macérées et d'une couleur verdfttre; en avant et sur les cotés, elles existent sous forme de feuillets desséchés, entre lesquels

on aperçoit une grande quantité de petites larves blanches.

Les pieds tiennent encore aux membres inférieurs par des parties membraneuses et tendineuses , entièrement desséchées ; les os du pied gauche, excepté les phalanges, sont recouverts par ces parties desséchées ; ceux du pied droit , au contraire , sont pour la plupart dénudés J ils tiennent faiblement entre eux , excepté les phalanges qui sont séparées les unes des autres , et qui sont tombées dans le drap qui enveloppait le cadavre.

Les os se fracturent avec facilité} leur substance médullaire n'est pas très-desséchée.

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