‹ Manuel complet de médecine légale, considérée dans ses rapports avec la législation actuelleChapitre 13 sur 111 · AVORTE ME IV T · texte numérisé non relu

AVORTE ME IV T

A. L’avortement a-t-il eu lieu P Deux sortes de preuves sont invoquées pour éclairer cette question : lu L’examen de la femme; 2° celui du produit expulsé qui constate le délit.

1° Examen de la femme. Tout ce que nous avons dit des signes de l’accouchement récent est ici applicable. Les désordres locaux dépendent du volume du nouvel être et des moyens qui auront été employés pour en déterminer l'expulsion. S’il est quelquefois difficile de reconnaître, au huitième et au dixième jour, qu’un accouchement a eu lieu , les signes de l’avortement seront encore plus obscurs, et ils pourront même manquer complètement , s'il a lieu à quelques mois de la conception , et chez une femme déjà mère de plusieurs enfans? Il faudra donc, à défaut de changemens éprouvés par l’appareil génital , interroger toutes les preuves secondaires, dont nous nous sommes déjà occupé. (Voyez Signes de l’Accouchement. ) Et elles seront d’autant plus marquées, que la grossesse sera plus avancée. L’hémorrhagie utérine qui se continue quelquefois longtemps lorsque le placenta a été blessé ou décollé , les écoulemens fétides par la vulve, si l’utérus ne s’est pas complètement débarrassé ; les plaies , les déchiremens de quelques points de l'appareil génital, s’il y a eu Violence , sont des signes qui méritent de fixer l’attention. Si la femme a succombé , on découvre la matrice qui a pu être blessée par des instrumens employés dans un but coupable , et l’on peut rencontrer dans sa 'cavité des débris de l’arrière-faix , qui sont des témoins

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irrécusables. Enfin , si l’on est conduit à penser que l'a* Vorlement a eu lieu, on doit chercher à en fixer l’époque; si, rien au contraire, ne peut le faire soupçonner, on doit avouer que les connaissances médicales ne révèlent aucune trace d'un pareil accident, sans établir toutefois qu’il n’ait pu arriver antérieurement.

2° Examen du produit expulsé. La plus grande attention est ici nécessaire, parce que l’on pourrait confondre un embryon encore fort jeune , avec une concrétion sanguine, ou quelque autre corjis pathologique développé dans l’utérus. ( Voyez Fausse Grossesse. ) On évite de changer les rapports en plongeant la masse dans l’eau sous un léger courant, on la soumet à une dissection minutieuse. Jusqu'au quatrième mois, il peut arriver que le foetus sorte enveloppé de toutes ses membranes, alors la poche qui le renferme est de la giosseur d’un œuf de poule, comme spongieuse et garnie d’un duvet très épais extérieurement : elle est composée de deux membranes, l’une extérieure, que nous venons de décrire, est le chorion; l’autre, interne, mince et transparente , renfermant les eaux et le corps du fœtus, est l’amnios. Comme ces membranes sont d’autant moins adhérentes que la grossesse est plus avancée, elles se séparent ordinairement après les deuxpremiers mois, et la femme ne rend alors qu’une espèce d’œuf membraneux, sur lequel on ne voit pas la moindre trace de tomentum : la membrane chorion sort plus tard , souvent recouverte d’une couche de sang, ce qui pourrait faire prendre 1 œuf pour un cail-

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lot de ce liquide ; c’est sur un des points du chorion que se développe le placenta qui semble une niasse charnue, tuberculeuse et sanglante, d’autant plus considérable que le fœtus est plus âgé. Celui-ci nage dans les eaux que renferme l’œuf, et n’est pas tout à fait placé au centre : c’est en l’examinant et en notant les diirércns caractères de poids, de volume , de développement, que l’on parvient à fixer son âge d’une manière assez précise. ( Voyez Ages.) Dans d'autres cas où les membranes ont été rompues dans les premiers mois, le fœtus et le placenta restent dans l’utérus, et ils ne sortent que décomposés, sous forme d’un liquide sanieux et fétide. Quelquefois le fœtus, quoique mort à une époque assez avancée de sa vie , reste renfermé dans l’utérus jusqu'au neuvième mois, et alors il a éprouvé un ramollissement général ; l’épiderme est blanchâtre , épaissi et s’enlève à la moindre pression , le tissu cellulaire est infiltré , les organes comme difluens. On a vu aussi des fœtus se dessécher après l’écoulement des eaux , et subir la transformation connue sous le nom de gras. (Voyez Putréfaction. )

B. L’avortement a-t-il été provoqué ? Il ne suffit pas de constater que l'avortement a eu lieu , il faut prouver qu’il a été provoqué.; distinction souvent difficile, parce que l’on possède une foule d’exemples de causes qui le déterminent, sans que l’on puisse les considérer comme nécessairement abortives. Il en est encore de spéciales , telles qu’une constitution atmosphérique particulière , pendant laquelle les grossesses n’arrivent pas à terme .

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un élat de contractilité ou de relâchement trop grand de l’utérus; dans le premier cas, la fausse couche arrive de plus en plus tard à chaque grossesse, tandis que dans le second elle suit une marche inverse.

Enfin, l’hystérie, les affections débilitantes, celles qui amènent une forte contraction des muscles abdominaux, ou une congestion vers le bassin. On a remarqué que parmi les maladies aiguës, la pneumonie était celle qui était le plus souvent suivie de l’avortement et de la mort de la mère. On aura égard à la moralité de la personne , à la nature des moyens dont elle a fait usage , et aux circonstances dans lesquelles ils ont été appliqués.

En faisant abstraction des moyens mécaniques , tels que la dilatation forcée du col utérin et l’action directe d’un instrument pour déchirer les membranes ou percer le nouvel être, il n’y a véritablement pas de remèdes abortifs , à moins que l’on ne regarde comme tel le seigle ergoté, qui déterminerait, si l’on en croit quelques observateurs, les contractions directes et expulsivesde l’utérus.

En outre, l’efficacité de ces moyens est surtout à craindre dans les deux premiers mois de la conception, et il est rare que les femmes coupables y aient recours à cette époque , parce qu’elles ne sont pas encore certaines de leur état; tous sont plus ou moins perturbateurs de l’économie; ainsi les saignées, et principalement celles du pied, les sangsues à la vulve, les révulsions soutenues par l'action d'un bain de siège très

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chaud , les emménagogues , comme la rue , la sabiue , les diurétiques, sont les moyens auxquels la perversité attache le plus de valeur ; heureusement qu’ils conduisent rarement au but qu’elle se propose; mais s'ils n'ont pas d’action contre le produit renfermé dans l’utérus, ils en ont toujours une sur la mère , dont ils altèrent la santé et qu’ils conduisent quelquefois au tombeau. On recherchera s’il ne reste pas quelques traces de ces prétendus abortifs, on s'informera des circonstances dans lesquelles ils auront pu être administrés. Les cicatrices qui résultent de la piqûre des sangsues ou de la lancette doivent être constatées, mais ne sont que des témoignages secondaires, car les praticiens les plus prudens ordonnent les saignées à des femmes enceintes , pour combattre des affections graves, et même pour empêcher l’accident que ces moyens sont accusés de provoquer; c’est ainsi qu’il est nécessaire, dans les cas de pléthore , et de trop grande irritabilité utérine, de diminuer la masse du sang, pour arrêter un avortement imminent, et faire parvenir la femme au terme naturel de sa grossesse.

C’est en pesant toutes ces considérations , en interrogeant la malade avec douceur et sagacité , et en faisant ressortir toutes les particularités de sa conduite , que l’on peut découvrir la vérité ; aussi l’on voit combien il faut de lumières et d'expérience pour répondre avec conscience et éclairer la justice sur de semblables questions.

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