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C. L’enfant a-t-il vécu

La docimasic pulmonaire, ou l’examen des poumons, est le moyen le plus capable d’éclaircir cette question , soit par les changemens que ces organes éprouvent, soit par ceux dont ils sont cause , comme l’agrandissement et la voussure du thorax. L’observation générale et constante apprend qu’avant la respiration, les poumons 'compactes, d’un rouge brun et comme flétris, sont situés en arrière du thorax : pesés et comparés au poids total de l’individu, ils sont dans un rapport de un à soixante-dix, tandis qu’après la respiration, la différence relative est de un à trente-cinq , ce qui dépend de 1 eur dilatation , et de la plus grande quantité de sang qu’ils contiennent. C'est à Plouquet que l'on doit ces remarques, qu inc sont pas toujours d’une exactitude parfaite, puisque l’on a trouvé, dans des observation*

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comparatives, des exemples tout à fait inverses; mais f comme elles sont justes dans la généralité, on ne doit pas négliger de les, îaire , ni d'en donner le résultat. Placés dans un vase rempli d’eau , encore unis au cœur ou séparés, entiers ou coupés en morceaux, ils se précipitent tout à coup au fond , comme le feraient des portions de foie ou de reins; tandis qu’après la respiration, ils remplissent la capacité de la poitrine ; le péricarde est en partie couvert par le Lord gauche du poumon droit, dont le développement est plus rapide, en raison de la brièveté et de la largeur de sa bronche ; la surface pulmonaire est rosée, et si l’on comprime entre les doigts une portion de ces viscères, on voit se former des plaques emphysémateuses qui dépendent de la rupture des vésicules bronchiques ; pressés ou incisés, ils font entendre un bruit particulier que l’on nomme crépitation. Ces changemens n’arrivent pas j constamment dès les premières heures de la vie : quelquefois les poumons ne donnent accès à l’air que sur leurs bords ou dans quelques uns de leurs lobules , et la respiration ne devient complète que le deuxième ou je troisième jour ; dans cet état, ils surnagent, quelle que soit la pression à laquelle ils ont été soumis. Pour faire cette expérience , on prend un vase gradué de la profondeur d’un pied environ rempli d’eau pure, aune température moyenne dont on s’assure par le thermomètre ; on fait en même temps la ligature des gros troncs vasculaires que l’on détache du cœur, et l’on enlève cet organe avec les poumons, en coupant les <

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conduits aériens près de leur insertion. Si cette masse ne surnage pas parfaitement, et que le cœur semble l’entraîner, on le détache, et l’on continue l'expérience sur les poumons seuls. On observe s’il y a des différences entre le gauche et le droit, et on en tient compte. Enfin on les coupe et l’on plonge séparément chaque portion pour déterminer si tout l'organe a pris part à l’acte respiratoire, et dans les cas où ce ne serait pas, quelles sont les parties qui lui sont restées étrangères. Lorsque l’on a constaté qu’il y a supernatation , et que le rapport du poids à celui du corps est au dessus de un à soixante-dix, on juge que l’enfant est venu au monde vivant, et qu’il a respiré. Ces conclusions, considérées d’une manière générale, sont exactes; mais il est de nombreuses exceptions qu’il est indispensable de connaître.

1° Les poumons peuvent devenir plus légers , par le fait de la respiration, sans que l'enfant soit venu au monde. On possède des observations incontestables de fœtus qui ont respiré et jeté des cris, lorsque la tête seule avait franchi la vulve. Osiander a même admis le vagissement utérin, lorsqu’à la suite de la rupture des membranes et de l’écoulement des eaux, la bouche se trouve répondre à l’orifice de la matrice. MM. les docteurs Jitterland et Henry ont été témoins d’exemples semblables, et quoique l’on ne se soit pas assuré de 1 état des poumons, on peut regarder ce fait comme possible, s’il n’est pas encore complètement prouvé.

~° Les poumons peuvent surnager par l’clTet d’une

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autre cause que la respiration. — Ainsi, pour ranimer un enfant qui vient de naître , on lui souffle de l’air dans ) la bouche , et l’on pourrait par un motif criminel insuffler mécaniquement les poumons d’un enfant qui n'aurait pas vécu. Il faut donc déterminer les moyens de distinguer l’insufflation de la respiration. Dans le premier cas , on dilate 1er poumon , on le rend crépitant, et il devient d’une couleur rosée, quoi qu’en dise Metzger la voussure du thorax a lieu, et le poumon gauche se dilate comme le droit. Cependant M. Billard, dans de nombreuses expériences , a reconnu que l’insufflation complète était d’autant plus difficile, que le fœtus s’éloignait davantage du terme de sa naissance. Ces viscères surnagent sur l’eau après avoir été soumis à une forte compression ; mais ils sont plus légers qu’ils le seraient à la suite de la respiration naturelle, parce qu’ils contiennent moins de sang. M. Fodéré a même dit que les vaisseaux étaient vides, assertion contestée par M. Orfila. L’expérience comparative de Plouquet servirait aussi à prouver que, malgré leur dilatation , ils sont restés dans le rapport de un à soixante-dix au poids total du corps.

Une seconde cause qui pourrait faire surnager les poumons serait la putréfaction , mais il suffit alors de les presser entre les doigts pour dégager les gaz produits. Ils n’oflrent plus de crépitation à l’incision, et d’autres portions de viscères, tels que le thymus , les intestins, la vessie, surnagent également ; enfin l’odeur et l’état de ccs organes ne peuvent manquer d’éveiller ,

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l'attention sur ces phénomènes, que l’on saura rapporter à leur véritable cause.

3° La respiration ire rend pas toujours les poumons crépitans et susceptibles de surnager. Ainsi , chezle enfans qui naissent très faibles, l’air peut pénétrer seulement dans la trachée et les premières divisions bronchiques (ce que l’on nomme faiblesse de naissance) , et s'ils meurent au bout de quelques heures , les poumons se précipitent au fond du vase, et il n’v a que quelques lobules qui sont dilatés. Une cause également fréquente est la présence des mucosités, ou du fluide amniotique , dans la trachée-artère. Dans des cas plus rares, c’est une altération morbide de la texture du poumon, l’induration, l’hépatisation , mais alors la dyspnée n’a fait que des progrès successifs , la respiration s’est embarrassée de plus en plus , et la mort est arrivée. Il n’y a alors que quelques portions du poumon ou l’un d’eux, ordinairement le gauche, qui ont ainsi repris leur densité primitive, mais leur poids et leur volume sont beaucoup augmentés.

SI. Orfila dit « qu’en supposant que le fœtus n’a pas respiré , il ne s’ensuit pas qu’il n’ait pas vécu ^ j> mais celle objection est contradictoire à 1a définition qu'il donne lui-même de la vie. Si elle n’est véritablement constituée que par l'acte respiratoire, il est évident qu’elle n’existera pas dans l’absence de cet acte. Tout ce que pourra rechercher le médecin légiste sera de savoir quel a été l’empêchement, l'obstacle, et s’il n’a pas consisté dans des manœuvres criminelles.

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M. le docteur Bernt, de Vienne, a publié un procédé particulier de docimasie pulinonaire-hydroslatique, que' M. Marc nous a fait connaître. Il consiste à mesurer comparativement dans l’eau des poumons de fœtus, de sept, huit et neuf mois, des poumons d’enfans à terme , male et femelle, qui ont respiré complètement, et d’autres qui n’ont respiré qu’imparfaitement. On marque, dans chacune de ces expériences, le niveau que prend l’eau dans le vase où elles se font , ayant soin de toujours agir sur la même quantité de liquide , et l'on possède ainsi des termes de comparaison qui doivent servir à connaître quel est l’âge du fœtus, et s’il a respiré plus ou moins complètement.

Pendant combien de jours l’enfant a-t-il vécu apres sa naissance?

Celte question se rapporte en partie à l’histoire des âges. ( Voy. Ages. ) Mais je crois devoir examiner les cliangemens qui surviennent dans quelques organes , parce qu’ils sont complémentaires des preuves que ■ donne la Docimasie pulmonaire.

Tant que la respiration n’est pas établie, les vaisseaux ombilicaux, le canal veineux et le canal artériel ne s’oblitèrent pas ; mais ils se contractent, et ne donnent point passage au sang, non plus que le trou interauriculaire , lorsque la respiration a lieu depuis quelque temps. M. Billard a fait des recherches curieuses sur ce sujet. Examinant dix-huit enfans d’un jour, il a trouvé

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que le trou de Botal était complètement ouvert sur quatorze; il commençait à s’oblitérer sur deux autres, et sur les deux derniers, il était tout à fait fermé ; le canal artériel était ouvert et rempli de sang sur treize, il était contracté sur quatre , oblitéré sur le dix-huitième ; les artères ombilicales avaient leurs parois épaissies , la veine ombilicale et le canal veineux conservaient leurs diamètres. Continuant ces observations jusqu’au huitième jour et au delà, il en a conclu que l’on ne pouvait affirmer de la non-oblitération de ces vaisseaux ou du trou de Botal , que l’enfant n’avait pas respiré ; mais que, dans le cas où on la rencontrerait, il était certainement né vivant.

Le refoulement du diaphragme en bas, la vacuité de la vessie et des intestins , le dégorgement sanguin du foie, sont des preuves qui méritent d’être appréciées.

Depuis combien de temps l’enfant est-il mort?

L’état de putréfaction plus ou moins avancée guide dans ces recherches. ( Yoy. Putréfaction. ) L’on sait toutefois que les cadavres d’enfans nouveau-nés se conservent beaucoup plus long-temps que ceux des adultes, et que la température, l’humidité de l’air, les substances dans lesquelles ils sont placés, ont une très grande influence sur le développement de ce phénomène. Toutes ces circonstances devront être pesées, et l’on citera les conditions qui auront dù accélérer ou retarder la décomposition.

PE l'infanticide.

La mort a-t-^llc été accidentelle ou volontaire?

C’est évidemment dans la décision de cette q-ueslion que réside une des conclusions les plus graves du rapport sur l’infanticide. Si la mort a été naturelle , il ne peut y avoir d’accusation , dès lors plus de recherches à faire ; si , au contraire, il est prouvé que la mort a été donnée volontairement, il y a un coupable, et la loi doit l’atteindre. Nous allons donc exposer quelles sont les causes de la mort naturelle ; et celles de la mort volon-

taire seront rapportées aux articles infanticide par i omission et par commission.

Causes involontaires de la mort du nouveau-né.

Quoique le médecin ne doive pas s’en laisser imposer par de simples possibilités, il est toutefois nécessaire qu’il évite de faire planer des soupçons sur l’innocence; il doit donc reconnaître que la mort a été naturelle lorsque rien ne s’élève contre celte opinion, et qu’elle est fortifiée de quelque circonstance probable. Ici, il ne s’agit pas de savoir à quelle époque la mort a eu lieu, si l’enfant a vécu ou non ; il s’agit de déterminer pourquoi il est mort. Il n’est malheureusement que trop de causes qui le font périr pendant ou après l’accouchement; voici les principales :

1° La longueur du travail. Les contractions de l’utérus, lorsqu’elles durent long-temps, et qu’elles sont

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fortes, peuvent pousser la tête contre les os du bassin, comprimer le placenta et le cordon ombilical , et causer de tels troubles dans la circulation que la mort en soit la suite. Les obstacles qui s’opposent à l’accouchement peuvent dépendre du peu de largeur des droits pelviens, du défaut de dilatation du col utérin , de la rigidité de la vulve , ou du volume disproportionné du fœtus ; on trouve alors de la tuméfaction et une coloration livide de diverses parties du corps; le système vasculaire cérébral est gorgé de sang, et ce fluide peut être épanché. Le cuir chevelu est une des parties le plus souvent lésées non seulement lorsque la tête se présente au détroit supérieur, mais dans quelque position que se fasse l’accouchement. M. Orlila a disséqué un fœtus qui avait offert l’épaule gauche dans la quatrième position , et sur lequel on fit la version. Tout le membre gauche était livide, et le péricrâne couvert d’une foule de petites ecchymoses rouges et étoilées ; une incision démontra que le pariétal et le frontal du même côté étaient couverts de sang.

M. Chaussier avait parlé de celte circonstance , en décrivant les altérations des fœtus qui présentent le siège, a Si le travail a été pénible, dit-il , on trouve à la partie qui s’est engagée une ecchymose plus ou moins étendue , les muscles sous-jacens ont une teinte brunâtre ; on remarque seulement dans l’aponévrose qui recouvre le crâne quelques petites ecchymoses rougeâtres, lenticulaires, disséminées çà et là, ce que l’on trouve également dans tous les cas où on a été obligé de faire

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la version de l’enfant , surtout lorsque la tête a été arrêtée au passage et qu’elle est sortie difficilement, j (Orfilà.) Lorsque la tête a subi une forte pression , les os peuvent être plus ou moins enfoncés et même fracturés, la peau est d’un rouge-violet et comme contusc, enfin on trouve toSis lés signes d’une congestion sanguine locale par arrêt mécanique de la circulation.

2° Le cordon ombilical peut faire plusieurs fois le tour du fœtus, lui entourer le cou, et déterminer la mort par étranglement : il peut aussi se trouver comprimé assez long-temps pour que la circulation s'arrête et que le fœtus périsse.

Les hémorrhagies provenant du décollement total ou partiel du placenta, les convulsions, l’implantation du placenta sur le col de la matrice , la mauvaise position de l’enfant, exigent que l’on termine l’accouchement sur-le-champ. Comme on est alors obligé d’employer la main, ou différens inslrumens , tels que le forceps, le crochet , été., ces moyens mécaniques , laissent toujours des traces de leur action, et ils peuvent blesser et fa'rfe périr le fœtus.

Les autres causes de mort sont la grande faiblesse, d’épaisses mucosités, ou l’introduction du fluide amniotique dans la trachée ; enfin des altérations organiques qui permettent de reconnaître le défaut de viabilité. (Voyez Viabilité.)

Il est constant que l’accoucliement peut être assez subit pour que la mère n’ait pas eu le temps de prendre les précautions convenables , et que le fœtus, lancé pour

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ainsi dire hors de la vulve , ne soit pas retenu et tombe à terre. Quoique cet accident soit plus rare chez les femmes primipares, il a cependant été observé. M. Henke, célèbre médecin allemand, et M. Chaus- ■ sier, qui a expérimenté sur plus de trente cadavres de i nouveau-nés, ont soutenu que des blessures mortelles pouvaient être la suite de ces chutes ; mais M. Klein, médecin du roi de Wurtemberg, ayant fait inviter tous j I les médecins du royaume à envoyer au conseil de santé les observations qu’ils feraient à ce sujet, en réunit cent quatre-vingt-trois , et dans aucune la mort de l’enfant n'eut lieu : deux fois seulement, il y eut une asphyxie momentanée, mais l’hémorrhagie ne parut jamais, quel que fût le point de la déchirure du cordon. De ces faits contradictoires M. Marc a tiré la sage induction , que , dans les cas où l’accusé attribuerait à une semblable chute la mort de son enfant, il faudrait en constater la possibilité , et examiner quelles sont les circonstances qui pourraient en donner des preuves incontestables ; ainsi , la rupture du cordon dans son milieu laisserait peu de doute sur le mensonge.

Causes volontaires cle la mort du nouveau-né .

Comme il est impossible de diviser exactement les causes delà mort, en accidentelles et en volontaires, puisque la même cause peut se rapporter à l’une ou à l’autre de ces conditions , selon les cas que l’on examine, nous ne prétendons pas que celles que nous

de l’infanticide.

citons Ici soient toujours et nécessairement volontaires.

Infanticide par omission.

Lorsque l’enfant vient au monde , il a besoin de secours, les uns pour le préserver des dangers qui l'assiègent à son entrée dans la vie , les autres , pour soutenir son existence encore si fragile. Ces secours , lorsqu’ils sont négligés volontairement, constituent le crime d’infanticide par omission.

Au moment où la tête franchit la vulve , la face est ordinairement tournée en bas, de sorte que la bouche peut être appliquée contre la cuisse de la mère, et l’asphyxie en être la suite : il en serait de même si l'enfant n’était pas retourné, et que quelque vêtement, ou un liquide, l’empêchàt de respirer; plus rarement ce sont des mucosités qui remplissent la bouche , ou la langue est accolée au palais ; il faut alors introduire le doigt, et dégager cette cavité. Quelques enfans sont si faibles que la respiration ne s’établit pas; on doit leur insuffler de l’air dans la bouche , ou si l’on en craint les mauvais effets, comme sembleraient le prouver les expériences de M. Leroy d’EtiolIes, il faut leur faire des frictions sèches et chaudes , et comprimer doucement et alternativement la poitrine. S’il y avait état ou imminence apoplectique, l’on devrait laisser saigner un peu le cordon après sa section ; et il faut toujours prendre garde de comprendre dans sa ligature quel-

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que anse d’intestin grêle formant une hernie ombilicale.

Il arrive souvent qu’aucune hémorrhagie n’a lieu , quoique l’on ait négligé la ligature du cordon ; cela dépend du nouveau mode de circulation qui s’est établi, dès le moment où les poumons ont commencé leurs fonctions ; car alors le sang ne doit plus passer dans les vaisseaux ombilicaux, et c’est ce qui a fait dire à M. Capuron que, si on lui présentait le cadavre d’un enfant , pâle , exsangue et couleur de cire, il regarderait l’hémorrhagie comme l’effet , non de l’omission de la ligature, mais des obstacles qui ont empêché ou supprimé la respiration ou la circulation. En admettant que cette opinion soit généralement vraie (quoique l’on possède des exemples d’individus adultes qui ont péri d’hémorrhagie à la suite de l'ouverture de la veine ombilicale par un coup d’épée), elle viendrait encore à l’appui de la nécessité de la ligature ; car les obstacles à la respiration et à la circulation cèdent souvent aux moyens médicaux que l’on emploie pour les combattre , et l’on ne pourrait plus y avoir recours, si l’enfant avait éprouvé une perte de sang irréparable.

Lorsque la mort est la suite d’un pareil accident, le cordon ombilical est resté sans ligature , ou celle-ci a été posée postérieurement à l’hémorrhagie, qui aura été d'autant [dus prompte et plus facile, que le cordon sera coupé plus près de l’abdomen , et avec un instrument mieux tranchant. Nous avons déjà dit que, dans les arrachcmeus ou déchiremens du cordon, il n’y

de l’infanticide.

avait pas (l’écoulement de sang, et toutes les femelles d'animaux savent instinctivement le prévenir, en mâchant le cordon de leurs petits. S’il arrive que la seule donnée, pour résoudre la question d’hémorrhagie , soit l’examen du petit cadavre , il sera assez difficile de se prononcer : à la vérité , la peau est pâle , ainsi que les muqueuses; les artères sont vides de sang, les veines en contiennent à peine, les capillaires sont exsangues , ainsi que le cœur. Mais ces caractères sont-ils des preuves absolues? <i Qui ne sait, dit M. Lobstein, combien les expériences sur l’état du sang dans les vaisseaux, après la mort de l’individu, sont trompeuses ? Ne trouvet-on pas souvent dans les cadavres tous les vaisseaux r vides, sans qu’on puisse dire ce que le sang est devenu?

Et quel est l'anatomiste qui n'a remarqué cette disposition dans des cadavres de fœtus , surtout de ceux qui sont morts avant terme ? 7»

Ces observations sont parfaitement justes, et augmentent le doute. Chez les animaux que l’on fait périr d’hémorrhagie, les muscles conservent leur couleur; il sera dès lors assez difficile d’ajouter un grand degré de confiance à celle des muscles du nouveau-né , qui sont généralement pâles. Cependant si tous ces signes se rencontraient chez un fœtus qui parût à terme , bien conformé , chez lequel le cordon ombilical ne serait pas \ flétri, et qui ne présenterait aucune autre cause de mort, telle que la perte de sang qui suit le décollement du placenta implanté sur le col utérin ; l’expulsion simultanée du fœtus et de ses annexes ; ou le décollement.

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la rupture accidentelle du placenta pendant le travail ; on pourrait établir, sans l’affirmer, la très grande probabilité de l’hémorrhagie ombilicale : mais il est bien rare que quelque circonstance particulière ne vienne pas jeter de lumière sur une question aussi épineuse. Si le cordon n’avait pas été lié , et qu’il fût rompu très près de l'ombilic ou du placenta , cette négligence pourrait être attribuée à une syncope de la mère , à des convulsions, une attaque d’épilepsie, accidens rares, mais qui ne sont pas impossibles.

On avait remarqué à l’hospice de la 3faternité qu’il périt beaucoup plus d’enfans l’hiver que l’été, et les expériences de MM. Edwards, Flourens, etc., ont prouvé que ce résultat devait être attribué au froid. 11 serait extrêmement difficile de dire que la mort dépende de cette cause, si elle avait agi lentement, et que l’on n’eût d'autres preuves, que celles que fournit l’examen cadavérique ; mais si l’on trouve l'enfant exposé dans un lieu froid, sur le sol, une pierre, et dans un état de nudité, ou couvert seulement de légers vêtemens, et que l’on découvre une forte congestion des viscères, avec décoloration de la peau et induration des poumons , on pourra penser que le défaut de chaleur l’a fait périr. 11 est bien plus rare qu’un excès de chaleur ait produit cet effet; et d’ailleurs ce cas se rapprochant de la combustion , il rentre dans l'histoire de l’infanticide par commission.

L’inanition est rarement la cause unique de la mort; il faudrait admettre une barbarie bien prolongée de la part

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de la mère , pour qu’elle put faire mourir ainsi son enfant, mais ordinairement le nouveau-né ayant été abandonné dans un lieu solitaire, y meurt sans secours, et si le froid, l’humidité, les corps environnans en putréfaction, n’y ont pas coucouru, on doit en accuser l'inanition, lorsque le tube digestif est vide et contracté.

Dans tous ces cas, le médecin légiste ne prononcera qu’après avoir pesé la valeur de chacune des circonstances que la mère présente comme excuse; et, s’il ne se croit pas en droit d’affirmer, il établira des probabilités plus ou moins fondées.

Infanticide par commission.

Les observations d’infanticide ont été si fréquentes , que l’on a eu l’occasion de voir presque toutes les lésions que le crime peut imaginer pour causer la mort du nouveau-né , et nous pourrions citer un exemple et une histoire à l’appui de chacune de celles que nous indiquerons. Celles que l’on remarque le plus fréquemment sont les écrasemens et les plaies de tête , l’étranglement, l’acupuncture du cerveau, de la moelle épinière ou de la moelle alongée , la torsion du cou et la détroncation , la luxation des vertèbres cervicales , les fractures , les plaies. On a vu des nouveau-nés coupés en deux à coups de hache ; la torréfaction et une foule de causes qui produisent l’asphyxie , comme l’occlusion delà bouche et des narines avec les mains, un linge, un vêtement; la pression du cou, la strangulation; quelques uns ont été enfouis dans la terre , jetés dans

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des fosses d’aisance ; enfin il serait vraiment trop long d'énumérer toutes ces causes de mort ; et comme aux articles Asphyxies, Blessures, JEmpoisonnemens par gaz délétères, nous en ferons une histoire complète, nous n’entrerons ici que dans des détails tout à fait particuliers à l’infanticide.

Les exemples que nous venons de citer apprennent avec quel degré d’attention on doit procéder à l’examen et à la dissection du cadavre. Rien ne doit être oublié, et, il faut en outre s’attacher à vérifier si les lésions ont été produites pendant la vie ; car autrement elles ne seraient d'aucune conséquence, et pourraient seulement promer qu’elles auraient été faites dans le but de faire condamner une mère innocente. Il faudra également établir, dans son rapport, quelles sont les lésions qui sont évidemment volontaires, et quelles sont celles qui pourraient être aussi bien attribuées aux causes accidentelles que nous avons signalées. Il est enfin des altérations purement cadavériques, qu’il faut savoir reconnaître. (Voyez Mort.)

Vers le milieu du dernier siècle, on condamna une sage-femme qui pratiquait l'acupuncture sur les nouveau-nés, en leur enfonçant une longue aiguille dans le cerveau, ou au commencement de la moelle épinière, « dans le seul but, disait-elle dans sa défense, de « peupler de plus en plus le ciel, s Déplorable effet du fanatisme religieux !

Il est donc indispensable d’examiner scrupuleusement toute la surface du corps, et si l’on aperçoit une ecchy-

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mose , une piqûre, de voir si elle ne se continue pas profondément. Belloc rapporte qu’ayant suivi les traces d’une semblable piqûre qui n’avait qu’une demi-ligne de diamètre, il reconnut que l’aiguille avait pénétré dans le crâne de près de deux pouces ; que la substance cérébrale avait été déchirée, et qu’il y avait du sang épanché dans le ventricule gauche correspondant et entre les méninges.

Nous avons déjà dit que les contusions, les luxations et les fractures pouvaient être accidentelles. M. Chaussier en donne plusieurs exemples. Il a cité un cas de luxation scapulo-humérale , et un autre de cent treize fractures, sur deux enfans nouveau-nés, dont les accouchemens avaient été faciles; à plus forte raison un accouchement laborieux pourrait-il être cause d’accidens semblables. Il faut donc s’aider d’autres indices, et la gravité des lésions peut aussi servir à motiver son jugement.

Il doit être très rare , si toutefois cela peut arriver, que la contraction exercée par le col utérin , ou le cordon entortillé autour du cou, déterminent des ecchymoses et des taches brunâtres : MM. Désormeaux, Evrat et un grand nombre d’autres praticiens habiles , ne les ont jamais observées, et M. Clein affirme qu’il n’a jamais rien vu de semblable, quels que fussent les instrumens et les efforts que l’on fit pour déterminer l'accouchement, et qu’il n’a même pas rencontré ces marques dans quinze cas de suicide par suspension ; cependant nous en avons iudiqué des exemples. Ce qui est certain , c’est

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qu’une raie brunâtre et livide autour du cou prouverait ia strangulation, d’autant mieux qu’il serait en meme temps constaté que la respiration a eu lieu.

Une autre cause d'asphyxie est la pression du nouveau" né entre les cuisses de la mère , et je ne peux citer une observation plus remarquable que celle que j’emprunte à M. Fodéré , où l’on voit la force de la volonté et toute la présence d’esprit se conserver au milieu des plus cruelles souffrances.

« Une veuve, âgée de trente ans, était parvenue à cacher sa grossesse. Le jour qu’elle fut saisie des douleurs de l’enfantement, ses voisines, au nombre de huit, s’étaient rendues chez elle pour y passer la veillée; celle veuve se plaignit de coliques , et demanda un petit sceau, qu'on lui apporta; elle se mit dessuspendant à peu près une demi-heure ; puis elle pria une voisine de lui apporter une brique chaude avec un linge pour qu’elle se recouchât et eût les pieds chauds. L’on fit ce qu’elle demandait , et elle eut l’adresse d ; développer la brique et d’entourer avec le linge l’enfant dont elle venait d’accoucher, et qu’elle cacha dans sa paillasse.

t Une sage-femme étant passée par là, on lui raconta l’état de celte femme, et elle se douta de ce qui était arrivé. Elle entra dans la chambre, et découvrit le mensonge. Un chirurgien, chargé d'examiner l’enfant, déclara qu’il n’avait pas .respiré, et il fut prouvé qu’il avait eu la tète écrasée au passage entre les cuisses de la mère ; cependant la cour d’assises l’acquitta, en la déclarant coupa b le d’homicide , mais involontairement . »

DE L’INFANTICIDE

Ne terminons pas cet article sans recommander à tous ceux qui seront appelés à faire un rapport sur l’infanticide, d’indiquer, avec toute l’exactitude possible, les recherches qu’ils auront dû faire complètes, ainsi que leurs résultats ; car on s’est trop souvent appuyé sur des faits omis ou indiqués légèrement, pour les arguer de faux, et annnuler ou même tourner en ridicule les rapports de l'homme de l’art.

OUTRAGES A LA PUDEUR

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