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DES MALADIES SIMULÉES , DISSIMULÉES , PRÉTEXTÉES ET IMPUTÉES

On nomme maladie simulée celle que l’on feint d’a- jl voir ; dissimulée celle que l’on caclie ; prétextée celle j dont on se plaint faussement afin d’ob c; ir quelque avantage; enfin, la maladie imputée est ceüe que l'on croit à tort exister chez un individu qui n’en est pas || atteint.

Maladies simulées.

Parmi leurs causes, la plus commune est le désir de se faire exempter de la conscription ou du service militaire. L’on voit aussi des accusés simuler la "olic pour échapper à la peine qui les menace ; des mendians se couvrir de plaies , tomber dans de fausses défaillances, pour exciter la commisération. Combien n'a-l-on pas

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observé de prisonniers accuser des maux imaginaires, et supporter les traitemens les plus longs et les plus rigoureux , pour échapper à une horrible détention.

jM. Marc a partagé ces maladies en deux classes : 1° celles par imitation , dans lesquelles l’affection est complètement feinte, comme l’épilepsie, les douleurs nerveuses, l’aphonie, etc.; 2° celles par provocation, où l’affection existe réellement , mais est due à des causes externes et volontaires dont on peut facilement suspendre l’action.

II est rare qu’avec de la patience, de l’observation i et un peu de finesse, l’on ne parvienne à découvrir la ruse ; car il est un grand nombre de moyens capables de la faire reconnaître.

A. On s’informera quelles sont les circonstances dans 1 lesquelles la personne se trouve placée , et quels sont ] les motifs qui peuvent l’engager à simuler la maladie < qu’elle accuse.

B. On jugera si l'affection est en rapport avec l’age, lie tempérament et les causes assignées; si les symp- I tomes sont vrais, il ne faut pas alors, en interrogeant

le malade , énumérer leurs principaux signes, mais y substituer des phénomènes extraordinaires ou impossibles; car les prétendus malades, croyant que l’on leur parle d’observations réelles et communes , s’empressent de répondre affirmativement et se trahissent ainsi. « Sauvages, soupçonnant la bonne foi d’une I petite fille de sept ans , qui imitait parfaitement les i gestes et les mouvemens de ceux-qui tombent en épi—

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lepsie , lui demanda s’il ne passait pas un air de la main à l’humérus , et de là dans le dos et le fémur. Elle répondit que oui. Il ordonna alors qu’on lui donnât le fouet , et la recette fit tant d’cfTet, qu’elle se trouva parfaitement guérie. « ( Nosologie méthodique. )

C. Si la maladie est intermittente et revient par accès, on attend ce moment pour l’observer et la soumettre auv épreuves convenables. On ne doit recourir aux médications énergiques, telles que la cautérisa-?, tion, etc., que lorsqu’on aura la conviction que c’est le seul moyen de vaincre l’entêtement ridicule de celui qui persévère dans des allégations évidemment mensongères.

1° Maladies simulées par imitation.

Amaurose. Quoique l’on observe , dans quelques cas d’amaurose, la persistance des mouvemens de l’iris , ils sont toujours plus lents, et les contractions de cette membrane ne durent pas, quoique l’intensité delà lumière reste la même; tandis que dans les cas d’intégrité de la vision les mouvemens de l’iris sont très rapides, et que sa dilatation est en rapport soutenu avec le degré d’obscurité, et son resserrement avec l’intensité du rayon lumineux. Quelques gouttes d’extrait de belladone ou de jusquiame, instillées entre les paupières, amènent la dilatation et l’immobilité de la pupille, mais ces effets ne se prolongent pas au delà de vingt-quatre heures pour la jusquiame et de six ou

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sept heures pour la belladone : il suffira donc d’examiner plusieurs fois le malade, en empêchant qu’il ne puisse recourir à de nouvelles applications de ces sub-

• stances.

Myopie. MM. Percyet Laurent rapportent qu’ils ont vvu des individus qui s’étaient habitués à lire avec Moules sortes de lunettes ; la rareté d’un pareil fait laisse ‘subsister les réglemens qui ne déclarent myopes que cceux qui lisent avec des verres n° 3, et à mie distance Id’un pied, et qui voient assez bien de loin avec un werre n° S. On peut aussi les faire lire en plaçant le iilivre à quelques lignes seulement des yeux.

Surdité. Rien n’est plus commun que les exemples

tide surdité simulée, que l’on ne pourrait jamais dé-

couvrir, si l’attention et l’intelligence étaient assez «grandes pour faire soutenir ce rôle. Mais de pareils eexemples sont excessivement rares ; il faut donc observer long-temps, cl avoir recours à toutes les épreu- 'ves possibles. M. Percy en a indiqué un assez grand nnombre; tantôt on baisse successivement la voix, et le

■ faux sourd continue à répondre : « Un autre faux

■ isourd , que des moyens analogues n’avaient pas dét masqué, voit entrer dans la salle où il était détenu un f gendarme qui s’annonce comme ayant ordre de l’are fréter . parce qu’il est prévenu de meurtre et de vol ;

• aussitôt le faux sourd proteste contre celte mesure, et pleure parce qu’il est innocent, p ( Orfila. ) Quelquefois on trouve des pois, des boules de cire dans les

m oreilles : moyens qui ne pourraient abuser qu’un ob-

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servateur peu attentif. Le Moniteur (4806) a raconté j l’histoire d’un homme qui se faisait passer pour sourd- ! muet depuis plusieurs années; M. Sicard fut conduit i à découvrir sa ruse, par sa manière d’orthographier; ri il écrivait qu’honduit , et les autres mots tels qu’on les prononce, ce qui prouvait qu’il les entendait, puis- !i que les sourds et muets ne peuvent écrire que comme id ils voient.

Oz'ene. Comme l’ozène rend impropre au service ceux [n qui en sont attaqués (punais), quelques individus ont |j simulé cette afi'ection en s’introduisant dans les narines 1 des substances fétides ; il faut alors avoir égard à la conformation du nez , qui est ordinairement écrasé , à 11 l’existence de cicatrices ou des symptômes de syphilis, i de dartres, de vice scorbutique ou cancéreux ; mala- Il dies qui sont les causes ordinaires de l’ozène. On fait u des injections dans les fosses nasales, et l’on reconnaît a bientôt des lésions véritables, si la maladie n’est pas n simulée.

Contracture. Les militaires feignent assez souvent il d’clre affectés de contracture , soit des membres, soit ^ du rachis. M. Percy, qui a eu l’occasion d’observer r fréquemment de pareils exemples , indique plusieurs | moyens pour s’assurer de la vérité ; s’ils paraissent quel- i quefois cruels , il faut penser qu’il est extrêmement | rare qu’ils soient appliqués à de véritables malades. | J’ai souvent vu des soldats se plaindre du raccourcis- « sement de l’un des membres inférieurs ; lorsqu’ils mar- i chaieut, la claudification était très prononcée ; étendus i|

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en supination sur leur lit, on trouvait une différence de longueur de un à deux pouces ; mais on s’apercevait aisément que le bassin n’était pas placé sur une même ligne ; les deux épines iliaques n’étaient pas de niveau ; les muscles de la cuisse étaient fortement contractés , ainsi que ceux de la jambe , ce qui arrive également dans les flexions forcées du genou. 11 suffit alors de frapper légèrement le membre , et d’ordonner au malade de le relâcher, de l’abandonner à son propre poids , pour que les articulations deviennent flexibles; on voit alors le membre reprendre sa longueur dès le moment que le bassin n’est plus dévié. Si ces moyens ne suffisent pas , on exerce une assez forte pression sur tout le membre , au moyen d’un bandage roulé et l’on lui imprime mécaniquement des mouvemens répétés; les muscles se fatiguent, et l’on découvre la fraude. M. Percy conseille de faire placer l’individu sur un pieu un peu élevé, et de le forcer à se tenir en équilibre sur sa bonne jambe , bientôt l’autre ■ est prise de tremblement, et s’alonge; il a vu cette i épreuve réussir sur douze hommes qui avaient résisté à l’emploi de toutes les autres.

Quelquefois , en piquant à l’improviste des individus qui prétendaient être affectés de lumbago avec contracture du rachis , on les a vus se redresser subi- I tement.

Epilepsie. Dans les fausses attaques d’épilepsie, l’accès a presque toujours lieu dans les momens où des gens étrangers à la médecine peuvent seuls l’observer.

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En annonçant que l’on va faire de profondes brûlures, j ou que l’on va recourir à des moyens extraordinaires, comme de larges incisions, la castration; le faux épileptique, qui n’a pas perdu connaissance, est épouvanté , termine son accès et n’y retombe plus. On cherche à découvrir des signes de sensibilité par l’emploi >1 de l’ammoniaque mis sous les narines; on examine la pupille, qui est dilatée et insensible à la lumière; l’é- I tat du cœur, dont les battemens sont forts et tumul- il tueux ; il doil y avoir de l’écume à la bouche , et ! M. Marc conseille d’étendre les pouces et les poignets, t qui restent alongés , si l’attaque est véritable; enfin il I est rare que la fin de l’accès puisse être simulée , le retour de l’intelligence , qui passe par des expressions d’hébétude et d’étonnement, est difficile à contrefaire, surtout aux yeux d’un médecin qui a vu souvent la maladie.

En outre, la plupart des véritables épileptiques ont quelque chose de particulier dans toute l’expression , qui ne trompe pas un œil exercé. La physionomie est triste et stupide ; tous les muscles de la tête semblent affaiblis, la paupière supérieure est légèrement abaissée et tombante. La tête est penchée en avant , ou sur les côtés; le visage est terne, quelquefois affecté de mouvemens convulsifs, rapides et partiels. Les dents incisive» inférieures sont usées en biseau à leur face antérieure , chez les anciens épileptiques. Les pommettes sont colorées, et les jugulaires saillantes , ce qui annonce 1 habitude et l’imminence de la congestion cérébrale.

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Incontinence d’urine. Le meilleur moyen de distinguer l’incontinence d’urine est d’essuyer le gland, et d’observer si l’urine suinte continuellement de Purèlre ;

■I quand l’orifice de ce canal reste sec , il est probable que cette affection n’existe pas ; mais il pourrait arriver qu’elle fût arrêtée par l’état de veille , et qu’elle n’eût lieu que la nuit ; alors on surprend le malade au milieu de son sommeil, et on lui introduit une sonde dans la i vess e ; si on la trouve pleine , on est certain de l’irn- I posture.

Il est encore une foule d’afl’ections qui ont été simu- I lées : mais il serait trop long de nous y arrêter, je me I bornerai à citer quelques exemples des plus remarquables.

Une femme s’était introduit dans l’anus un boyau de 1 bœuf, qu’elle laissait pendre de près de six pouces, l pour faire croire à un renversement du rectum. Les 1 hémorrhoïdes ont été imitées au moyen de vessies de poissons ou de rats , insufflées et teintes de sang , et soutenues par un ressort. Différentes hémorrhagies peuvent être simulées : l’hématurie par une injection de sang dans la vessie ; l’hémoptysie en se blessant les gencives, ou le fond de la bouche; l’hémalémèse, en avalant du sang de uœuf ou d’un autre animal , et en le vomissant ensuite. Les rhumatismes sont une des maladies, le plus facilement simulées. 11 suffit d’une observation soutenue et un peu attentive pour découvrir toutes ces supercheries.

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2° Maladies simulées par provocation.

Des mendians, pour exciter la pitié, s’insufflent de l’air dans le tissu cellulaire sous-cutané , et parviennent ainsi à se rendre monstrueux ; d’autres en avalent, ou s’en font pousser dans les intestins pour simuler le ballonnement ; l’absence complète des symptômes qui accompagnent ces affections doit faire soupçonner la ruse.

Quelques unsont recours à l’action vésicante de certaines substances , telles que les cantharides , le garou, le suc de tithymale, de la clématite, pour simuler de larges ulcères , ou entretenir indéfiniment une plaie qui guérirait autrement très vite. Il suffit d’observer la constitution de l’individu , qui n’est jamais sympathiquement altérée , et de placer un cachet sur le bandage , pour que l’on voie bientôt se cicatriser ces prétendues lésions incurables.

Des conscrits se donnent volontairement des ophthalmies, en exposant leurs yeux à un courant d’air, ou en se servant de poudres irritantes. On en a vu qui s’étaient arraché les cils, et avaient cautérisé le bord des paupières; d’autres se sont fait arracher les dents; quelques-uns se sont mutilés. Dans tous ces cas , l’affection existe , mais elle a été provoquée , et ce n’est que par une enquête que l’on peut arriver à la vérité. De telles questions sont quelquefois d’une extrême importance. A la suite des batailles de LuLzen , Eaulzen et Wurchen , près de trois mille soldats eurent les doigts tronqués ou

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les mains traversées par des balles. On les accusa de < s’êlre mutilés volontairement, et ils eussent été décii mes , si M. le baron Larrey, chirurgien en chef des ari mées impériales , n’eùt démontré dans un rapport rej i marquable , inséré dans les Mémoires et Campagnes ,

( que ces blessures n'avaient nullement été volontaires.

Maladies dissimulées .

Il faut qu’il y ait atteinte à l'ordre légal pour qu’une ) maladie soit dissimulée. Celui qui se présente comme i remplaçant en cachant des infirmités qui le rendent im- I propre au service ; la femme galante qui cherche à t tromper le médecin de visite sur la syphilis dont elle est a atteinte : voilà des exemples de maladies dissimulées. Il i en serait de même d'un individu qui aurait reçu une t blessure légère , et qui tairait les circonstances particu- 1 lier es qui l’ont aggravée , afin d’obtenir des dommages j < et intérêts plus grands , ou d’exercer une vengeance ; i mais on ne peut dire , dans le sens légal , qu’une perî sonne qui , par pudeur, n’ose avouer des aiTections que l’on regarde généralement comme honteuses , telles que les dartres, la gale, la syphilis; une jeune femme qui cache une légère inflammation des organes générateurs, dissimulent leur état, parce que , dans ces cas , il n’y a pas de déception , et que celte condition est décisive dans la question qui nous occupe. Nous ne pouvons tracer ici de règles particulières véritablement utiles, i parce que la connaissance parfaite des maladies dissimu-

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lées peut seule les faire facilement découvrir. Cependant , dans l’examen d’un homme qui se présente comme remplaçant militaire, etc., il faut examiner s’il n’existe pas de cicatrices adhérentes , de varices, de varicocèles , de chute ou relâchement du rectum , si les yeux sont bons, les dents intactes. Si la poitrine raisonne bien, etc. i

Comme certaines affections revêtent un caractère de ( gravité plus ou moins grand , selon leurs causes , leur durée , etc. , un malade peut chercher à tromper l’homme de l’art sur ces points , afin de lui faire porter un pronostic qui lui soit favorable. L’examen attentif II des symptômes sera l’épreuve de ces assertions.

PJaladies prétextées.

Une maladie prétextée est celle qui, par sa nature, sa légèreté ou d’autres raisons , ne peut servir au but i que l’on voudrait atteindre. C’est ainsi qu’un témoin ou un juré prétexte une simple incommodité pour s’exempter du devoir qui lui est imposé ; dans ce cas , un médecin nommé d’office est chargé d’examiner le ma- i lade, et il doit déclarer, dans son rapport, que l’ affection est trop légère pour constituer une excuse.

Maladies imputées.

Rien de plus facile de reconnaître qu’une maladie est imputée, puisque ses symptômes n’existent pas; et alors l’on découvre aisément les motifs de l’impu—

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talion. Ainsi, l’on a vu des femmes accuser leur époux d’impuissance pour obtenir d’en cire séparées; des enfans avides chercher à faire prononcer l'interdiction de leurs parens , pour entrer de suite en jouissance de leurs biens. Quelquefois aussi, des amis ou des défenseurs ont cherché à prouver qu’un accusé était atteint de folie ; mais comme il n’y a pas ici de simulation , la plus légère observation prouve que ces assertions n’ont aucun fondement.

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